Les illustrations du Petit Prince : de Saint Exupéry à Joan Sfar

Les illustrations du Petit Prince : de Saint Exupéry à Joann Sfar

Le Petit Prince de Saint-Exupéry est aussi célèbre pour son texte que pour ses images. Étudions et comparons  la relation texte/image dans la version originale et dans l'adaptation en bande-dessinée de Joann Sfar.

Oeuvre originale et adaptation

couv le petit prince

La version de Saint-Exupéry

Aujourd'hui, les aquarelles de Saint-Exupéry font partie de notre inconscient collectif. Pourtant, à l'origine, c’est Bernard Lamotte, déjà illustrateur de Pilote de guerre, qui avait été pressenti pour les dessins du Petit Prince. Mais Saint-Exupéry jugeait son trait trop réaliste pour son conte naïf et décide d’illustrer lui-même le livre à paraître. Sur conseil de son ami l’explorateur Paul-Emile Victor, il choisit la technique, très en vogue à l’époque, des crayons aquarelle (crayon de couleur soluble dans l'eau utilisé dans les techniques d'aquarelle). L’auteur voyage beaucoup et ce matériel est plus facile à transporter.

La version de Joann Sfarcouv joann sfar

Joann Sfar, auteur de bandes dessinées à succès, a revisité Le Petit Prince. En 2006, à l’occasion du 60e anniversaireire du Petit Prince, le magazine "Lire" réalise un hors-série et demande à plusieurs artistes d’illustrer le petit homme. C’est en découvrant le dessin de Sfar que les héritiers de Saint-Exupéry et les éditions Gallimard lui propose de réaliser une adaptation de l’oeuvre.

Publié en 2008, l’album fait couler beaucoup d’encre : il est accueilli chaleureusement par les lecteurs et salué par la critique. Mais même s’il est fidèle au texte, certains crient à la trahison. Pourtant, il s’agit de sa propre interprétation de Saint-Exupéry, il n'y a donc pas plagiat ou copie.

Aquarelles et bandes-dessinées

Lorsqu'il décide de publier Le Petit Prince en 1942, cela fait déjà des années que “Saint-Ex” griffonne son petit bonhomme en marge de ses manuscrits, dans sa correspondance ou sur des nappes de restaurant… Ce petit garçon mélancolique n’est autre que Saint-Exupéry lui-même. Les illustrations du livre sont fortement liées à ses souvenirs personnels (par exemple, le renard est inspiré par un fennec apprivoisé dans le désert de Mauritanie, en 1928). Ces références intimes donnent une signification plus poignante encore au texte. Il demandera même à ses amis de poser pour lui pour qu’une attitude soit plus proche de la réalité.

Illustrer un texte permet de le rendre plus compréhensible, en ajoutant des images, mais c’était aussi le rendre plus beau. L’image est indissociable de la lecture elle-même, car même pour un texte sans image, le lecteur se crée des images mentales grâce à son imagination.

Si en plus c'est la même personne qui écrit et illustre, comme dans LePetit Prince,  le rapport textes/images se complexifie et rend la lecture de l’ouvrage encore plus intéressante ! Le texte et les images sont alors complémentaires : le texte a besoin des images et inversement. L’œuvre de Saint-Exupéry est particulière car le texte est écrit pour fonctionner avec les images c’est-à-dire que le texte et les images construisent un univers qui a besoin des deux dimensions pour exister. Contrairement aux livres d’enfants traditionnels, les images du Petit Prince dépassent le statut de décor. Elles sont vraiment au centre du texte, et non à côté.

Dans une bande-dessinée, les images font partie de l’intrigue : il est difficile, voir impossible de comprendre l’histoire sans les images mais on peut tout à fait la comprendre en regardant uniquement les images. Or, dans l'oeuvre originale de Saint-Exupéry, les aquarelles de l'auteur dialoguent avec le texte, au point de faire progresser l’action. On peut même considérer qu'elle fonctionne comme une bande-dessinée : c’est cette particularité qui a probablement faciliter l’adaptation et le travail de Joann Sfar.

Le jeune dessinateur n’a pas vraiment adapté le célèbre conte philosophique, il l'a seulement mis en scène en reprenant les conversations entre le Petit Prince et le narrateur. Contrairement à l’oeuvre originale, Sfar ajoute la figure de l'aviateur, lui donnant le visage de Saint-Exupéry, qui s’était volontairement effacé. Du coup, le dialogue entre l'enfant et l'adulte prend une autre tournure, plus humaine et moins symbolique.

Dans l’oeuvre originale, les aquarelles et pastels aux couleurs tendres donnent une atmosphère de douceur qui est celle –supposée– de l’enfance. Certains reprochent à Sfar, entre autres, de ne pas avoir respecté « la pudeur des dessins » de l’original. Or l’illustration de BD n’a rien à voir avec l’illustration traditionnelle d’albums ! Même si les couleurs sont moins douces, l'oeuvre n'en est pas moins poétique.

petit prince comparaison

Des dessins universels

Le Petit Prince de Saint-Exupéry est un “ovni littéraire” : à mi-chemin entre le roman et l’album illustré, sorte de conte philosophique pour l’enfant qui sommeille en chaque adulte, pour l’enfant qui voit avec le coeur et l’adulte qui ne sait plus voir l’essentiel…

Les illustrations du Petit Prince ont largement contribué à son succès planétaire et leur intensité en font un livre particulièrement émouvant. Le Prince prend réellement vie sous la plume et le pinceau de son auteur. Même si l’interprétation de Joann Sfar est résolument plus moderne, on retrouve malgré tout la poésie de l’original. Ce petit prince reste encore aujourd’hui l’une des figures emblématique de la littérature française et Sfar lui offre un nouveau visage.

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