L'adolescence vue par Sophie

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sujetNous, les ados auteur Sophie dateaoût 1996

Comment s'y prendre avec nous, les ados?...

Nous, ça veut dire les adolescents. L'adolescence, c'est le nom qu'on a donné à cette période qui se situe entre l'enfance et l'âge adulte. Et ces gens de l'âge adulte, ils ne nous comprennent pas. Et c'est de cela que je veux vous parler.

Lorsque je dis que les adultes ne nous comprennent pas, je pense bien sûr à ces nombreuses fois où nous voulons leur parler de nos problèmes et ils sont bêtes avec nous, mais il y a aussi autre chose. Ils pensent nous connaître, mais ils sont totalement "dans le champ". Pour nous aider, ils croient utiliser notre langage, et le meilleur exemple est ce slogan "Pour tripper, pas besoin de te geler!", pour inciter les jeunes à ne pas prendre de drogue. Ce que les créateurs de cette campagne croyaient être un slogan dans des termes auxquels les jeunes pourraient s'identifier était en fait une caricature grotesque des ados. Et que dire de cette rime, utilisée à toutes les sauces, pour informer les jeunes sur la contraception: "Sans condom, c'est non!". Mignon, n'est-ce pas? Et accrocheur. On l'a en tête à chaque fois qu'on voit un préservatif, que ce soit au magasin ou vous savez quand. Chapeau bas aux génies qui ont inventé cette rimette. Bien visé! Une seule chose, cependant: ils ne se sont pas encore rendu compte que ça ne marchait pas. Toujours autant de problèmes de drogue, de grossesse et de MST chez les jeunes. Ces adultes ne comprennent pas qu'ils devraient changer leur approche. Au lieu de réfléchir à une façon plus efficace d'aborder le sujet avec nous, ils continuent cette manière qui consiste à nous caricaturer.

J'ai pu pleinement le constater au mois de février, au CLSC de mon quartier, quand une travailleuse sociale m'a remis une petite brochure, élaborée par des travailleuses sociales (il n'y avait que des femmes) à l'occasion de la Saint-Valentin. Elle s'intitulait: Trucs pour Amoureux futés.

PAS TRÈS FUTÉ...

Lorsque j'ai lu le petit carnet, je n'en suis pas revenue.

De toutes ces petites brochures téteuses (pour parler comme eux), c'était la pire. Pour commencer, il y avait l'introduction. Passable. Puis, un test: Es-tu futé en amour? Wow! (en passant, je suis sarcastique) Je n'ai même pas pris le temps de le faire. Des questions du genre:
Pour toi, un condom, c'est:
A)Je vais mourir, pourquoi pas du sida...
B)Un "bug" pour une relation sexuelle super trippante...
C)Un moyen de tripper sans peur
Notez bien les termes utilisés. Franchement!...

Mais ce n'était pas cette partie-là la pire. Il y avait une "recette pour devenir amoureux". 2 personnes, 125 gr d'attirance, 250 ml d'écoute, etc. Vraiment!... Y'avait aussi un condom, une caresse, le plaisir et le sexe vu par les gars, les filles, et les "amoureux futés". Par exemple, la perception que ces derniers avaient du condom était: Pour faire durer le plaisir..., tandis que celle d'un gars était: C'est comme prendre une douche tout habillé. Joli comme tout... Pensez-vous que nous sommes vraiment assez naïfs pour dire: "Moi aussi, je veux devenir futé en amour, comme ils disent dans le p'tit cahier!"? Dans ce cas, en matière de naïveté, je n'ai rien à vous apprendre.

Le reste de ce guide était une page sur ce que les gars pensent des filles et vice-versa.

Pour qui se prennent-elle, les travailleuses sociales, pour savoir ce que les autres pensent?

Puis, il y avait des petits messages à découper et à donner à "l'autre". Des billets d'amour? Pas vraiment. Et puis, même si c'en était, un billet d'amour dactylographié à l'encre mauve, c'est pas très crédible. Non, c'était plutôt:
"Si tu veux prendre des risques, c'est ton affaire! C'est des bibittes dont je me méfie, pas de toi!".

En guise de bouquet final, à la dernière page du guide, il y avait des confidences sur le condom: "Moi, je porte le condom pour mieux jouir de la vie...", ou encore "C'est ma blonde qui me le met et je trouve ça capotant". Capotant... condom... la comprenez-vous? Et ils pensent que ça va nous faire rire...

ALORS, COMMENT EN PARLER?

La drogue, la grossesse et les "bibittes" sont des réalités d'aujourd'hui, et il n'est pas question que ces sujets deviennent tabous. Mais l'approche qu'ont les gens responsables de nous renseigner, nous, les jeunes, sur ces sujets, n'est pas très efficace.

Ne plus en parler du tout? Nous laisser nous débrouiller, y penser tout seuls? Jamais de la vie!

Il faudrait seulement enlever tout ce tape-à-l'oeil, ce lettrage fluo, ces mascottes et ces quiz ridicules. Garder le strict nécessaire. Un dépliant, en papier ordinaire, de couleur, par exemple, bleu clair, fait avec une feuille 8(PI)x11(PI). Et, à l'intérieur, le message à véhiculer, écrit dans un langage neutre et direct.

Mais il y a un problème: sur les présentoirs des CLSC, les livrets fluos sont beaucoup plus attrayants... C'est simple, ils n'ont qu'à les distribuer dans les classes, dans le cadre d'un cours de formation personnelle et sociale ou d'enseignement moral. Ainsi, tout le monde prendrait le temps de les lire.

Alors, c'est compris, les adultes? Nous, les ados, sommes très loin de ce que vous pensez que nous sommes!

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Page en construction permanente, dernier remaniement le
27/08/96

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