Elizabeth

JEUNES ÉCRIVAINS

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ELIZABETH une histoire écrite par

Bryan

août 1997 Elle avait froid. Elle avait faim. Il commençait à faire noir et elle avait peur. Mais un autre sentiment l'envahissait encore plus: la rage. Élizabeth n'avait jamais détesté aussi fort. Elle se souvenait avoir été très en colère quand Aurélie, une autre enfant de la maternelle, avait arraché la tête de sa poupée Barbie... Mais cette fois, c'était pire. Son père et sa mère l'avaient abandonnée. Seule dans cette ville de Québec immense et peuplée. Pourquoi avaient-ils fait ça? Ils lui avaient dit qu'ils allaient passer le week-end dans la vieille capitale pour voir la tante d'Élizabeth qui venait d'avoir un bébé. La fillette de 5 ans avait été très heureuse d'apprendre cette nouvelle, elle qui n'avait jamais quitté son petit village gaspésien de Causapscal auparavant, ses parents repoussant toujours aux calendes grecques n'importe quel voyage. Ils étaient donc arrivés à Québec samedi après-midi. Immédiatement, ses parents l'avaient emmenée visiter la vieille ville. Ses yeux émerveillés virent le château Frontenac, la rue St-Jean, la Citadelle, le fleuve... C'est alors qu'elle se retrouva seule. Elle se promenait gaiement lorsqu'elle remarqua la disparition de ses parents. Où étaient-ils? Pourquoi n'étaient-ils plus avec elle? Prise de panique, elle chercha dans les alentours. Rien. Elle regarda l'heure sur sa montre Mickey Mouse. Quatre heures et demie. Depuis combien de temps était-elle seule? Sur cette interrrogation, laissée sans réponse, la jeune enfant recommença à marcher. Elle avait l'intention de se rendre au château Frontenac, facilement identifiable avec son majestueux toit vert. Peut-être ses parents y étaient-ils? Elle marcha longtemps... Elle trouvait que sa démarche était beaucoup trop lente. Elle avait hâte d'être grande, d'avoir de longues jambes élancées. À 5 ans, elles sont trop petites.

Comme elle. Elle était trop petite pour se retrouver seule ici.

Finalement, à six heures, elle atteignit le célèbre château. Cependant, encore aucune trace de ses parents. Mais elle n'avait plus envie de marcher. Elle était tellement fatiguée... Elle décida de se terrer dans un coin tranquille pour se reposer.

Son regard se porta alors vers les gens qui se mouvaient devant le grand édifice. Est-ce que leurs parents les avaient abandonnés, eux aussi? Comment avaient-ils pu survivre? Élizabeth se croyait peut-être débrouillarde pour son jeune âge, mais elle savait qu'elle n'était pas prête pour vivre dans le monde des adultes. Pourtant, ses parents l'avaient cru...

Ses yeux se refermèrent doucement sur des larmes amères. Rapidement, elle sombra dans le sommeil. Elle était tellement épuisée... Ce qui est très dommage, car quelques minutes plus tard, un homme et une femme essoufflés et affolés apparaissaient en criant son nom à tue-tête.

Vraiment dommage.

* * *

Élizabeth se réveilla en sursaut. Elle avait fait un cauchemar. Heureusement, le cri de détresse qu'elle voulait lancer se coinça dans sa gorge. Car elle ne voulait pas se faire remarquer. Elle ne voulait plus parler à aucun adulte. Les adultes sont méchants, elle le savait maintenant.

Dans son rêve, ses parents l'avaient laissée seule à Québec, comme maintenant. Mais elle n'avait pas pu se trouver à manger, et où dormir. Et elle était morte, un peu comme la petite fille aux allumettes.

Elle avait très froid. Elle tentait de se réchauffer en se frottant des mains. Rien à faire. Elle décida de se lever, de bouger du sol glacé. Elle sortit de sa cachette en espérant que dans le noir, les gens aient moins de chance de la voir...

Prudemment, elle émergea de son refuge. Elle remarqua immédiatement un changement. Ce n'était plus des hordes de touristes étrangers qu'elle voyait, mais des gens à l'aspect plus sauvage, bizarre. Des gens comme elle n'en avait jamais vu à Causapscal. A moins que ce ne soit seulement le fruit de son imagination...

Mais elle avait tout de même peur.

Ses parents et elle étaient supposés aller visiter sa tante, ce soir. Mais non; voilà qu'Élizabeth doit, à cause de ces ignobles personnes qu'elle a déjà aimées, se débattre dans l'agressive jungle québécoise.

Dans sa tête, mille et une questions. Que faire? Comment panser cette peine? Comment remédier à cette faim qui lui tenaillait le ventre? Où allait-elle dormir?

Après la peur et la rage, Élizabeth était de nouveau envahie par un nouveau sentiment: le désespoir. Jamais dans sa courte vie elle n'avait cru qu'on pouvait voir tout aussi noir et n'apercevoir aucune solution.

Elle s'approchait du cap Diamant, la magnifique falaise qui séparait Québec du fleuve St-Laurent. Elle se dit qu'elle devait faire attention: maman lui avait toujours dit de prendre garde à ne pas tomber, car elle pourrait se faire mal... et même mourir.

Mourir?

Un éclair passa dans les petits yeux noisette d'Élizabeth. Qu'est-ce que c'était, pour elle, la mort? Sa grand-maman Germaine était morte, l'an passé, et elle avait eu beaucoup de peine. Mais papa lui avait dit qu'elle était allée au ciel et qu'au paradis, il n'y avait plus de problèmes, plus de responsabilités. On y vivait heureux, pour l'éternité.

* * *

Le petit corps fut recouvert d'un drap blanc. La mère, le visage en pleurs, se blotissait contre le père, cherchant du réconfort. Celui-ci hurlait des injures contre l'être cruel qui avait jeté son enfant en bas de cette falaise...

En fin de compte, personne ne remarqua le vague sourire de soulagement sur les lèvres bleues d'Élizabeth...

©1996 -  
 

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