Les meurtres de Novembre

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Les meurtres de Novembre

une histoire écrite par

Bryan

octobre 1998

- Je crois, ma chère Novembre, que vous ne comprenez pas vraiment ce que vous venez de faire.
Oui, je le comprenais. Je le comprenais très bien. C'est ce que je dis immédiatement à ce cher Maurice, d'ailleurs. Et j'ajoutais:
- Par votre calme apparent, je dirais plutôt que c'est vous qui ne comprenez pas.
- Mais oui, Novembre. Je comprends. Vous venez d'assassiner froidement votre père. C'est morbide. C'est ridicule. Qu'est-ce qui vous a pris?
- Vous me demandez ce qui m'a pris? Franchement, Maurice! J'attendais une meilleure réaction de votre part! Je ne sais pas, moi! Pourquoi ne m'avez-vous pas attrappée au moment où je brandissais le couteau? Pourquoi ne me frappez-vous pas, à ce moment même, en me traitant de folle? Pourquoi ne vous êtes-vous pas rué sur le téléphone pour appeller la police? Non: vous restez froidement assis sur votre stupide fauteuil, et vous me demandez si je sais ce que je viens de faire, qu'est-ce qui m'a pris et tout et tout... Je suis une meurtrière, Maurice! Pourquoi ne réagissez-vous pas en conséquence?
- Novembre, Novembre! Ma chère petite Novembre! Vous exagérez une fois de plus! Calmez-vous! Vous savez bien que...
- Je sais bien, je sais bien! Cessez donc de vous chercher des échappatoires, Maurice. J'ai assassiné mon père. Devant vous. Je le dis en plus. Et comme vous le remarquez si bien, je n'ai pas du tout l'air de le regretter. Non: depuis hier que j'y pense et j'ai finalement décidé que c'était la meilleure chose à faire.
- Ah, oui? Vous vous êtes vraiment tout simplement dit hier: je vais assassiner mon père.
- Eh, oui! C'était la chose la plus logique à faire, non? Je déteste mon père. Non, je ne le déteste pas vraiment. Mais je ne l'aime pas particulièrement. Ce n'est pas non plus que je ne l'aime pas... Hum. Comment dire?
- Novembre! Vous qui avez tellement de facilité avec les mots d'habitude! Voilà que vous en perdez tout votre vocabulaire!
- Non, non, attendez. Je crois plutôt que ma situation avec mon père s'est toujours traduite par un sentiment de désappointement. Je veux dire que j'attendais toujours mieux de mon père et qu'il finissait irrémédiablement par décevoir mes attentes. Même ses actions passées, alors que je n'étais même pas née, me découragent profondément lorsque j'en prends conscience ou lorsque je l'apprends. Vous connaissez sûrement cette histoire de déménagement qui arriva alors que j'étais âgée de deux ans. Papa avait à choisir entre une résidence située en banlieue de Paris ou encore cette maison merdique située entre nulle part et rien.
Eh, bien, voilà que j'ai à perdre mon temps ici alors que je pourrais me balader dans les rues de la capitale quand bon me semble! Pas besoin d'aller chercher ses bêtises si loin, d'ailleurs. Regardez mon nom: Novembre. Je ne suis pas l'héroïne d'un poème, j'existe! Alors à quoi bon m'avoir affublée d'un nom qu'un écrivain minable sans vocabulaire aurait choisi par manque d'idée plus originales pour compléter une rime?
- Novembre, franchement! Ne trouvez-vous pas plutôt que votre nom à quelque chose d'original?
- Oui, il a quelque chose d'original. Trop, même! Six milliards de fois trop original, oui! Je vous mets au défi de trouver une autre personne sur cette fichue planète qui porte ce même nom ridicule!
- Eh, bien, Novembre, je dois dire que vous me décevez un peu.
- Pourquoi donc, Maurice?
- Je crois bien que toute cette rancoeur envers votre père n'est pas justifiée du tout. Et que vous l'avez en vérité assassiné parce que vous ne saviez pas ce que vous pouviez faire d'autre!
Novembre reste bouche bée quelques secondes, alors que Maurice la dévisage, un sourire moqueur aux lèvres.
- Vous pensez que j'ai assassiné mon père par manque d'idée?
- Oui, en fait, je crois qu'il est même ridicule que vous l'assassiniez pour cette raison ridicule, qui est d'ailleurs, ironiquement, celle pour laquelle vous dites l'avoir tué.
- Eh, bien, Maurice, je dois dire qu'une fois de plus vous avez su déchiffrer avec brio votre jeune apprentie.
- Allez, paresseuse! Je ne veux plus de ce genre d'histoires minables sans recherche. Et je ne veux plus non plus de ces mélodrames actés du genre "Allez! Appellez la police, j'ai assassiné mon père!" pour essayer de me faire adorer votre oeuvre.
Novembre rougit quelque peu, mal à l'aise.
- Je savais que vous n'aimeriez pas. Je ne serai jamais une bonne écrivaine.
- Mais non, mais non... Reprenez tout cela! Avec de l'inspiration, du tact et, surtout, de l'originalité, cette fois!
- D'accord, d'accord.
Sur ces paroles encourageantes, Maurice quitta la pièce. Novembre ramassa son manuscrit et le jeta dans le feu de foyer. Tout recommencer. Oh, non... Puis, en se penchant sur le divan, regardant le corps mort et inanimé de son père caché derrière, elle soupira:
- Moi qui avais même commis l'acte pour être sûre de ne commettre aucune erreur!

©1995-2005

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