Rencontre Fortuite

JEUNES ÉCRIVAINS

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RENCONTRE FORTUITE une histoire écrite par

Claudine

février 1998 Après avoir injurié sa voiture sur tous les tons, imploré son moteur de démarrer et finalement déclaré forfait, la svelte avocate se dirigeait à pied vers la station de métro, trois rues plus loin. L'air glacial lui fouetterait le visage et l'aiderait, osait-elle l'espérer, à préparer sa plaidoirie. Une matinée comme tant d'autres, excepté en ce qui concerne le moyen de transport qui la conduirait au travail. Le destin, lui, tapi dans un coin, attendait le bon moment pour lui faire un clin d'oeil. Vite, elle s'engouffra dans un wagon bondé, faillit coincer sa mallette dans la porte qui déjà se refermait et se fraya un chemin entre les gens pour enfin se choisir une place, même réduite, près d'un couple à l'aspect respectable. Elle consulta sa montre, puis son agenda. Tout compte fait, il n'y avait pas de presse...

Soudain, une brusque secousse la fit sursauter. Elle s'appuya sur son voisin de gauche avec mille excuses. Elle n'aperçut qu'un éclair blond avant de se retrouver prisonnière du noir. "Je prends le métro un fois l'an, se dit-elle, et il fallait que je tombe sur le jour où survient une panne de courant!" La surprise fit bientôt place à l'insécurité. Elle se retrouvait seule au milieu d'une foule inconnue. Heureusement, le wagon se remit en marche presque aussitôt. Malgré la clarté, elle ne put identifier le flamboyant rayon apparu plus tôt.

* * *

Toute la nuit, elle révécut cette seconde précédant la panne durant laquelle elle avait entrevu l'éclat blond d'une magnifique chevelure masculine. Rêve apparemment banal, mais non moins obsédant.

* * *

Le retour au travail, après un sommeil habité d'un si obscur fantasme, ne fut pas aussi facile qu'elle l'aurait souhaité. L'ardeur qu'elle aurait dû employer pour plaider la cause de son client s'attardait sur ce songe confus. Néanmoins, elle se présenta dignement à la cour. Elle rassura l'accusé et attendit sagement son tour pour exposer ses arguments. Mais elle regretta par la suite de ne pas avoir mieux écouté ceux de l'autre partie. Quand le juge rendit son verdict, elle ne comprit pas seulement qu'elle venait de perdre sa cause. Avant tout, elle prit conscience qu'elle avait perdu la tête pour un jeune homme à crinière dorée, Maître Gauthier, son collègue de métier. Quelle coïncidence qu'ils se soient revus ici, qu'ils soient liés par la même profession!

* * *

Une autre nuit peuplée de rêves, mais ô combien plus doux! Son bel amour, coiffé comme d'une couronne de ses épaisses boucles blondes, lui faisait la cour. Elle était sa reine... Au réveil, rien ne put chasser cette pensée de son esprit. À tout prix, par n'importe quelle tactique, elle devait le conquérir.

* * *

Gauthier... Gauthier... Elle feuilletait fébrilement les pages de l'annuaire téléphonque. Maître Philippe Gauthier, avocat. Enfin! Elle caressa du bout des doigts le papier fin, comme si ce geste avait le pouvoir de la téléporter à l'adresse indiquée. Elle nota rapidement le numéro et la rue, retourna à sa voiture maintenant réparée et fit quelques retouches à sa coiffure et à son maquillage avant de démarrer.

* * *

Quelle chance! Près de l'immeuble où se trouvait le bureau de son bien-aimé, un banc avait été mis à la disposition des passants. Elle y prit place, regarda sa montre, prit une posture digne et examina le quartier.

* * *

Cinq heures précises. Il sortait d'un pas désinvolte. Elle l'épiait du coin de l'oeil, séduite par sa démarche qui seyait si bien à ce qu'elle connaissait de sa personnalité. Pendant les deux semaines qui suivirent, la scène devint la routine, se répéta chaque soir. Jusqu'au jour où, lassée de son rôle de figurante, elle osa l'aborder... Elle le salua simplement, mais lui s'arrêta et, curieux, lui demanda la raison de cette attente sans but apparent, chaque jour de la semaine à la même heure. Ainsi donc, il l'avait remarquée! Elle sentit le sang monter à ses joues et enflammer son visage. Une invitation au restaurant. Un charmant repas en sa compagnie. Puis, le week-end suivant, une sortie au cinéma. Les rendez-vous allèrent en se multipliant...

* * *

Voilà maintenant cinq ans qu'elle est sienne et toujours l'amour les accompagne sur la route des jours. À chacune de leurs étreintes, quand la traversent les soubresauts de l'extase, les yeux clos, la tête bouillonnant de plaisir, elle revoit cet éclair doré embrasant son regard, source d'ignition de leur brûlante passion.

©1996 -  
 

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