SOUS LES ÉPINETTES

JEUNES ÉCRIVAINS

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SOUS LES ÉPINETTES une histoire écrite par

Claudine

août 1997 Elle s'approcha doucement du cadavre. Prudemment, elle en déboutonna la chemise pour découvrir son tatouage. Un dragon... Quand on lui avait demandé d'identifier le corps, la putréfaction brouillait déjà les traits du disparu. Ce tatouage, pourtant, était encore visible. Et sa chaîne portait ses initiales. D.R. Denis Richard, son mari... Tué par un inconscient alors qu'il chassait en forêt. Julien Thibodeau avait tendance à tirer sur ce qui bouge lorsqu'il partait en expédition de chasse avec Denis. Celui-ci le savait, mais n'osait pas refuser à son ami d'enfance de partir avec lui. Il aurait dû... Car Julien n'a même pas daigné avertir les autorités de l'accident. Alors, si cela n'en était pas un? Si Julien avait tenté, pendant tant d'années, de mettre fin aux jours de son supposé copain? Un motif... Il fallait que Jocelyne, la veuve éplorée, en trouve un... Et vite... Denis n'était pas riche. Julien n'avait jamais semblé intéressé par Jocelyne. Alors? Jocelyne, prise d'étourdissement, s'assit sur une souche. Ses yeux ne se détachaient pas du drap dont on avait recouvert le cadavre après identification. Tout était d'abord arrivé très vite... Le départ de Denis, puis la constatation de sa disparition. Ensuite, il avait fallu plus de temps avant la découverte du corps, qu'on retrouva dissimulé dans un bosquet de conifères qui poussaient très près les uns des autres... En hélicoptère, les équipes de recherche n'avait eu aucune chance de le voir. Il avait fallu ratisser le terrain à pieds, pendant des jours... Autant chercher une aiguille dans une botte de foin... Et pourquoi Julien était-il le seul suspect? Bien sûr, il était le seul témoin, le seul chasseur à avoir parcouru la région au moment de la disparition... et aussi parce qu'on ne l'avait revu que deux jours après qu'une équipe de recherche ait repéré l'homme, malheureusement sans vie. Mais un doute persistait dans l'esprit troublé de Jocelyne... Elle en avait assez de toutes ces procédures... Son mari avait toujours été discret, effacé. Maintenant, il retenait toute l'attention. Celle des policiers, celle des médias... Et elle ne le supportait pas. Cette mort tragique venait dérouter Jocelyne alors même qu'elle s'était cru à l'abri d'une telle situation, alors même qu'ils avaient forgé des projets pour leur vie future. Une maison, des enfants, un voyage en Europe... Mais tout était fini...

***

Après l'autopsie, eurent lieu les funérailles. Sobres, comme la vie du défunt. Les journalistes n'avaient d'autre choix que d'épier la scène à travers les vitraux de l'église... Puis, la portée du corps au cimetière. Un grand trou, comme celui que la mort de son mari laissait au coeur de Jocelyne, servit de dernière demeure au défunt. La veuve vint chercher une des roses de la gerbe qu'elle avait fait poser sur le cercueil avant de tourner le dos au fossoyeur... Julien, visiblement peiné, s'approcha timidement d'elle. Il lui confia, convaincu que c'était la meilleure chose à faire, qu'il s'était lui-même perdu dans les bois en allant chercher de l'aide. En effet, les deux compagnons étaient allés explorer une nouvelle région, sans carte, sans boussole. Trop de témérité leur avait coûté cher; Julien en tirerait une solide leçon. Affolé, il avait abandonné son fusil près du corps, pour ne pas avoir à le transporter. Ce n'était pas une bonne idée, il le reconnaissait maintenant qu'il était accusé. On avait cru qu'il s'était sauvé après le meurtre...

- Même ces confessions ne sont pas très claires, reconnut Julien, mais tu as compris n'est-ce pas, Jocelyne?

Oui, elle avait compris, tout s'éclaircissait... Comment avait-elle pu ne pas se rendre compte de l'évidence? L'émotion, certainement. Celle qui l'avait empêché d'écouter les nouvelles, les conclusions des enquêteurs et même sa propre logique. On avait retrouvé une arme sur les lieux du crime, certes. Elle portait les empreintes digitales de Julien, aucun doute... Mais... Son canon était toujours chargé des cinq balles qu'il pouvait contenir. Alors, son mari avait été la victime innocente d'un projectile perdu...

©1996 -

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