Symphonie En Quarante Heures De Beethoven

JEUNES ÉCRIVAINS

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SYMPHONIE EN QUARANTE HEURES

DE BEETHOVEN une histoire écrite par

Bryan

décembre 1997 Au premier coup d'oeil, ce petit appartement m'avait littéralement conquis. À proximité de mon boulot, du supermarché et du club vidéo, il avait tout pour me combler. Petit, douillet, avec vue sur la ville, incarnation de mon idée d'un logement parfait, comment aurais-je pu lui résister? Le bail fut signé deux ou trois jours plus tard. Mais je ne connaissais pas encore "son" existence. Par un assourdissant miracle, il ne s'était pas fait entendre ce jour-là. Peut-être aurait-il pu me faire renoncer à mon appartement... Le premier jour, tout commença. "L'Écossaise" de Beethoven... Tel un souffle chaud, les premières notes me carressèrent l'oreille. Je levai la tête de mes valises. "Tiens, me dis-je. Mon voisin est donc pianiste", et par hasard le mur était suffisamment mince pour me permettre d'entendre les notes qui valsaient dans une eurythmie parfaite. Lorsque l'Écossaise repris pour une seconde fois, je l'accompagnai de vive voix au cours des premières notes. En effet, le morceau était simple et déjà je le connaissais par coeur. Je ne l'entendis pas jusqu'au bout, car je partais alors pour le boulot.

Vers cinq heures, lorsque je revins à la maison, je fus accueilli par l'Écossaise qui jouait encore dans l'appartement de mon voisin. Je souris.

Après le souper, quand pour la trentième fois j'entendais le si qui annonçait le début de la pièce, je ne souriais plus.

Durant toute la soirée, l'Écossaise joua. Toute la nuit même, le morceau de Beethoven joua. Vraiment, je ne souriais plus du tout. Mon voisin cesserait-il un jour de jouer???

Quand je repartis pour le bureau le lendemain, ce fut pour moi comme une libération. Enfin, je le crus... Car toute la journée, l'Écossaise me fit vibrer le crâne au rythme de ses accords. J'eus cette chanson en tête huit heures durant...

Lorsque je revins à mon appartement, je dus me retenir pour ne pas crier. Oui, elle jouait toujours.

Ce soir-là, je me fis des ampoules à force de frapper sur les murs et sur la porte de mon voisin. Je perdis la voix à force de crier. Je ne dormis pas de la nuit. Pour toute réponse, j'avais eu le morceau maudit de Beethoven.

Au bureau, l'Écossaise me vrillait encore les tempes. J'en devenais agressif, ce que je considère normal après près de 40 heures...

À mon retour, je ne me contenais plus. Les yeux injectés de sang, les poings fermés, j'allai chez mon voisin. Une fois de plus, mes appels répétés restèrent sans réponse. Mais je n'en pouvais plus!

D'un violent coup de pied, je fis craquer la porte. D'un autre, la folle personne que j'étais pouvais maintenant entrer dans la demeure du démon.

Ce que je trouvai là...

Le corps mort et déjà froid de mon voisin septuagénaire, décédé alors que l'Écossaise était en fonction "repeat" sur son lecteur laser.

©1996 -  
 

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