Tien'o-Sen

Tien'o-Sen un poème de

Gazelle

novembre 2003 Toshia, alors âgée de quinze floraisons, ne put que contempler son ami se jeter du haut de la falaise Wang-Seip sur les éperons rocheux qui trouaient la baie, une vie plus bas.

Elle eut beau le supplier, le percer de ses larmes, rien n'y fit. Une lueur de défi dans les yeux, le regard teinté pourtant de tant d'amertume, Tien'o regardait Toshia, qui courait vers lui ; il la regardait tout en reculant vers le gouffre, comme aspiré par sa profondeur.

Son dernier pas, chancelant sous le poids des regrets, se termina dans le vide, et il chuta, son cri retentissant dans le cirque de grés, pénétrant la chair de Toshia, la déchirant mieux que n'importe quelle lame ébréchée. Elle tomba à genou, la tête rentrée dans les épaules, muette, les bras pendant le long du corps, sans vie ; les ruisseaux de ses peines sinuant sur ses joues.

Alors que le cri était mort, seule la silhouette parcourue de sanglots de Toshia, seule sur la prairie d'herbes hautes parsemée d'îlots de branches, rappelait au soleil le suicide qu'il venait d'éclairer. Les oiseaux se remirent à chanter - ils s'étaient tus, apeurés par le hurlement cinglant de Tien'o Sen.

©1995-2005

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