Tout à jamais

JEUNES POÈTES

la page dont vous êtes les auteurs Tout à jamais un poème de

Marie

janvier 2002 Quand il ne s'agit que d'écrire

Et voir la lueur de l'aurore

Et entendre des éclats de rires

S'amplifier, éclore jusqu'à la mort

Quand il s'agit d'encore comprendre

Et par -delà la nuit s'étendre

Sur une plage verte d'algue marine

Ou sur une toile de ciel bleuté

Quand il me faut parler et dire

Combattre l'adage des grands remous

Changer mes attitudes en leurres

Pour plaire, pour mentir sans détours

Quand il me faut encore sourire

Et faire semblant et être heureuse

Regarder les étoiles, la lune luire

M'endormir sans le moindre remords

Quand seule je dois être forte et fière

Marcher sur les plaines brûlantes

Avancer sur la lande chantante

Sans traces de pas sur les dunes désertiques

Je voudrais tant pouvoir le dire

Le crier, l'écrire sans point faiblir

Mais mon sempiternel orgueil s'éveille

Suppliant ma voix de se taire sans parler

Force m'est-il toujours d'admettre

De voir sous mes yeux tristes et sombres

Les plus grandes voiles du bonheur

S'ouvrir pour mieux me faire tanguer

Tangage de mes algues marines vertes

Lorsque la mer ma barque prend

Remous du vent des grandes tempêtes

Bafouant mon âme sans moindres ménagements

La solitude me fait souffrir

Bien plus que le vide de mon âme

Entendre et voir et m'endormir

Sous les rubriques joyeuses et insouciantes

Voilage parmi voilures d'or

Murmures parmi voix de ténors

Image et ombre ornant les grands tableaux

Brise éphémère sous le grand vent

Pour rien je me dois d'être réelle

Qu'un adage de mirages menaçant de s'effacer

Et mon être et mon âme ne sont qu'intemporels

Car personne n'est là pour me les faire incarner

Que cailloux ternes parmi les diamants

Indécente odeur parmi l'effluve de l'encens

Déchéance chassée des plus beaux paradis

Mais plus grande des grandes parmi les impies

M'éveiller par delà le fil lumineux de l'aurore

Et devoir prendre le chemin de la plaine seule

Sous la brûlure froide du soleil

Parce que tout un chacun a oublié ma présence

Dormir, souffrir pour oublier

Fermer mon âme aux piqûres du mal

M'évanouir parmi les étoiles lancinantes

Pour qu'on m'oublie enfin à jamais

Il vaudrait mieux être oubliée de tous au moment même de l'aurore de la vie; il serait donc à jamais impossible de connaître la souffrance des plus grandes douleurs de l'âme.

Il vaudrait mieux être inapte au bonheur, plutôt que d'y goûter comme une simple friandise, qui fondrait dans la bouche sans que jamais le goût revienne, ne nous laissant que les effluves, alors que d'autres ont pour eux le meilleur élixir.

Il vaudrait mieux être infiniment seule, parmi la lande, parmi les étoiles, danser sous le plus froid soleil et se réchauffer de la glace du pôle Nord.

Tout à jamais, plutôt que d'apprendre que le soleil réchauffe et que la neige est bonne à faire geler.

Tout à jamais, plutôt que de comprendre que la solitude au coeur d'homme n'est bonne qu'à éteindre les rêves et brasiers.

Tout à jamais, plutôt qu'être éternellement seule, ne connaître qu'un mince voile d'aurore tout de suite recouvert par l'ombre de la nuit fanée.

Et dormir pour mieux oublier, m'enfuir sans jamais m'éveiller, pour oublier la solitude, ne plus voir que le bonheur peut bien s'incarner partout, sauf en moi. ©1995-2005

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