Une étoile, la nuit

JEUNES POÈTES

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Une étoile, la nuit un poème de

Marie, 15 ans

janvier 1999

Elle avait 15 ans... Seulement 15 ans et déjà, elle devait se résigner à mourir, à quitter cette terre!
Elle était malade. Gravement malade... En fait, on estimait qu'il lui restait à peine quelques jours à vivre... On avait diagnostiqué sa maladie à peine 3 mois auparavant et on l'avait mise aussitôt entre ces 4 murs blancs d'une chambre d'hopital, entourée de machines immenses et bruyantes qu'elle avait appris à connaitre, mais qu'elle détestait avec toujours autant d'intensité... Et tout ça, sans lui demander son avis!
Elle ne voulait pas finir ses jours ici, dans une chambre morne et sans vie, dans une pièce qui incarnait la mort par elle-même...Tout était blanc, tout était triste, tout était si laid à ses yeux de jeune adolescente rêveuse...
Le pire dans tout ça, c'est qu'on la privait de ce qu'elle aimait le plus au monde, le ciel. La petite fenêtre qui perçait un de ces 4 murs lui permettait à peine d'entrevoir une parcelle de son monde de rêves... Il était si beau le ciel, son ciel!
Quand elle regardait ici, sur la terre, elle trouvait que tout autour était dégueulasse! Des guerres, des famines, des pauvres, des gens qui ne prenaient même plus conscience de la direction tragique que le destin de notre société semblait prendre et...des maladies! C'était affreux!
Quand elle regardait en haut, toutefois, une lueur d'espoir s'allumait en elle... C'était magnifique le spectacle qu'une nuit étoilée offrait à ses yeux.. Magique, même!
Un jour, peut-être, notre monde serait-il aussi joli que ce qu'il y avait en haut? C'était ce qui lui avait permis de ne jamais se décourager, de ne jamais cesser de croire en ses rêves les plus profonds et les plus beaux.
Oh... Comme le vie pouvait être cruelle! N'était-ce pas ironique de voir que tant de jeunes en pleine santé s'enlevaient la vie chaque jour alors qu'elle, elle qui voulait vivre, elle devrait partir? Elle devrait s'en aller avant même d'avoir pu donner aux gens ce qu'elle possédait de meilleur, avant même d'avoir pu faire sa part pour sauver l'humanité... C'était tous ses rêves qui tombaient à l'eau... Toute sa vie! Mais quelle vie? Celle qui devrait se terminer dans à peine quelques heures???
Oui, des heures! Car elle avait décidé de fuir... Fuir sa prison, retrouver sa liberté... Elle savait bien que le fait de s'exposer à la fraicheur du mois d'octobre écourterait terriblement ses derniers instants mais elle préférait mourir sous la lumière de la lune qui était si belle ce soir là, plutôt que de s'endormir à jamais sous la lumière des néons blancs d'un centre hospitalier. Elle n'avait pas de valises à faire car le seul bagage qu'elle avait besoin pour aller en direction du paradis, se résumait à... elle-même!
La première bouffée d'air frais qu'elle respira la remplit d'énergie plus que ne l'avait fait toutes les pilules qu'on lui avait fait ingurgiter au cours de ces trois mois qu'avait duré son hospitalisation. Et la pluie... la pluie qui était si douce et si fraîche sur son visage!
La nuit n'étant pas encore tombée, elle en profita pour tourner en rond dans la ville, redécouvrant des choses qu'elle avait eu le temps d'oublier au cours des derniers mois...
Comme c'était bon de se sentir libre à nouveau!
Soudain, l'envie irrésistible de danser s'empara d'elle... Elle qui dans sa jeunesse avait brillé sur tant de salles de spectacle, devant tant de caméras, le sourire aux lèvres... Petite fille pleine de vie, elle adorait danser et elle en avait fait son passe-temps favori, après l'observation d'étoiles... Encore aujourd'hui, elle prenait plaisir à danser, tourner au gré du vent, valser contre le temps. Mais seulement, ce soir, elle devrait tirer sa révérence car elle dansait là, sa dernière danse... Et si seulement elle avait pu être accompagnée! Mais non, elle dansait seule... Seule, seule, seule!
Il y avait des tonnes de gens autour d'elle mais aucun ne semblait comprendre le désespoir qui s'était installé en elle à l'idée de devoir abandonner son corps dans à peine quelques heures.
Solitude dans la foule.
C'était.. ironique, encore une fois. Mais n'était-ce pas ça, la vie? De l'ironie? Elle continuait d'avancer, sentant sa force diminuer à chaque pas....
Au bout de quelques instants, n'en pouvant plus, elle s'étendit sur l'herbe verte d'un parc mal éclairé afin d'observer son ciel une dernière fois, maintenant que la nuit était totalement tombée et que la pluie avait cessée. Comme c'était merveilleux! Elle observait les étoiles tout en se demandant si elle en deviendrait une elle-même, à sa mort, comme le voulait la légende... Elle l'espérait... C'était bien de croire aux contes de fées.
Elle pensa à sa mère, à son père... à tous les gens à qui elle manquerait sûrement... Mais elle était persuadée qu'ils comprendraient le geste qu'elle venait de poser... S'ils l'aimaient, ils comprendraient...
Une dernière fois, son regard croisa les étoiles puis elle abandonna... Sa lutte venait de prendre fin là, dans un petit parc d'une ville qu'elle trouvait... dégueulasse comme tout le reste ici-bas!
Sa mère prit la nouvelle avec calme, sans verser une seule larme... Pas qu'elle ne fusse pas triste, ni même qu'elle ne se soit faite à l'idée... Seulement, elle savait que sa fille ne serait pas mieux ailleurs que la place qu'elle venait de trouver...
Deux semaines plus tard, elle alla, comme tous les soirs, s'asseoir sur son balcon pour admirer la vue que lui offrait la ville toute illuminée. Seulement, ce soir-là, elle leva les yeux au ciel et elle se mit à pleurer... Pour la première fois depuis la mort de sa fille, elle pleura. Elle venait de l'apercevoir, cette étoile qui brillait plus fort que toutes les autres, qui à elle seule devait éclairer le coeur de tant de gens tristes et malheureux. Elle su immédiatement que c'était sa fille qui dansait dans le ciel... Comme toujours, elle avait trouvé le moyens de briller de milles feux... Comment une mère aurait-elle pu être plus fière de sa fille?
Oh... JE T'AIME, cria-t-elle à toute voix... Son cri était tellement puissant que l'écho de ses paroles ont du résonner dans les oreilles de plus d'une personne, marchant plus bas dans les rues...!
Et alors, l'étoile se mit à briller plus fort, tellement fort... Presque autant que la lune! Ou n'était-ce que son imagination??? Mais c'était tellement mieux de croire aux contes de fées....

©1995-2005

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