100 ans de Bandes-dessinées 18

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6 mai

1959
Dans la famille Conrad de Marseille, naît le petit Didier, vé ! Et comme il est de Marseille, il annonce tout de go à ses parents ébahis qu'il deviendra célèbre un jour. Ce n'était pas une galéjade ! Quatorze ans plus tard, il signe ses deux premières planches dans "Spirou". Oh, ce n'est qu'une simple "Carte Blanche" (une rubrique destinée à roder les petits nouveaux et à défouler les grands anciens), mais peuchère, c'est quand même Spirou ! Comme il est de Marseille, il se repose ensuite pour se remettre de ses émotions et ce n'est que cinq ans plus tard, en 1978, avé un autre Marseillais, Yann, qu'on le revoit avec "Jason", une série fantastico-policière sur scénario de Smit le Bénédicte. En 1981, le duo Yann et Conrad provoque presque une émeute parmi les dessinateurs de "Spirou" en animant les hauts de page du magazine et en s'y moquant très, très, très, très férocement de leurs collègues. Un éditeur mécène, Bidouille/Schlirf, les éditera dans un petit opuscule devenu rarissime, tous les dessinateurs attaqués en ayant acheté les exemplaires afin d'en épuiser le tirage - c'est la légende qui le dit. En parallèle, ils dessinent un personnage qui donne une idée du niveau de leur bon goût à l'époque, "Bébert le Cancrelas" (Carton, 1984), et une série du même tonneau, "Les Innommables" (en 1980). Ce sommet de l'humour corrosif obtient un succès immédiat chez les lecteurs, mais pas chez l'éditeur qui, au bord de l'apoplexie, demande aux deux galopins d'aller se faire éditer ailleurs. Mais "Les Innommables" deviennent un mythe. Un album paraît, "Aventure en Jaune", d'abord chez Temps Futur, puis chez Bédéscope, puis enfin chez Glénat. C'est chez ce dernier éditeur que le duo dessine "Bob Marone", un pastiche au vitriol de Bob Morane. Mais Conrad en a assez de l'humour de Yann, qui se limite à démolir avec férocité ce que d'autres ont créé. Il divorce. En 1984, il sort un petit livre, "L'avatar" (Bédéfil), qui pose l'univers du "Piège Malais", une magnifique histoire en deux volumes qui paraît dans la collection "Aire Libre" de Dupuis en 1990 et qui démontre ses capacités d'auteur complet. C'est pour Dupuis qu'il dessine également "Donito" dès 1991. Et, en 1994, après dix ans, il rejoint à nouveau Yann pour redonner vie aux "Innommables", chez Dargaud. Superbe !

7 mai

1957
Dans un petit village apparemment sans histoires, une vieille dame, Prudence Petitpas, est passionnée par les romans policiers. Tant mieux, car dans ce petit village, des histoires policières vont se dérouler et elle aura bien besoin de tous les trucs appris dans les livres pour en démêler les intrigues. Son matou, Stanislas et le vieux garde-champêtre, Cyprien, lui donnent un coup de patte quand c'est nécessaire. Dessinées par Maréchal, aidé ponctuellement au scénario par Macherot, Goscinny et Greg (excusez du peu...), les adorables aventures de cette "Miss Marple" en BD égaieront lesdu journal "Tintin" de 1957 à 1969, puis feront un court retour dans "Spirou" en 1985. Cette charmante vieille dame a pris sa retraite depuis, et elle nous manque affreusement.

1954
miaule pour la première fois. Tout au long de son enfance, passée à chasser les souris - la nuit - et à croquer du Whiskas - le jour - il rêve à son avenir. Devenir un homme, quitter son statut de chat. Il est d'abord comédien. On le retrouve, dans la seconde moitié des années 70, comme comédien au "Théâtre National" de Bruxelles, où il joue dans des pièces classiques ("Roméo et Juliette"), mais aussi des pièces insolites, signées Chaval et Copi. En 1982, il recueille un succès énorme avec un one-man-show, "Un certain Plume", de Michaux. Auparavant, il aura animé des centaines d'émissions quotidiennes à la RTBF. En 1983, il tourne dans "Benvenuta", de Delvaux, puis dans "Jackson et le Mnémocide", un téléfilm signé Van Hamme. Mais ses origines félines le rattrappent. Il les transcende en dessinant pour le quotidien "Le Soir" les gags d'un étrange personnage, "Le chat", apparu pour la première fois le 22 mars 1983. C'est que ce surdoué de l'humour est également dessinateur. Il a publié des livres pour enfants, exposé des dessins dans divers pays. Le Chat est un anti-héros pur et dur. Il est gras, imbu de lui-même, mais il cause. Il donne son avis sur tout et sur rien - surtout sur rien - et n'hésite pas à infliger aux malheureux lecteurs du quotidien des mots d'esprit, des calembours et des gags douteux qui en font vite une star de tous les amateurs d'humour. Le premier album, paru en 1986, révèle ce succès, qui ne s'est pas démenti depuis. C'est que chaque album du "Chat" (chez CASTERMAN) est une véritable "grammaire" du rire, Geluck y osant tout, du plus effroyable jeu de mot aux effets subtils avec les codes de la bande dessinée. Philippe Geluck fait, depuis, profiter l'humanité des bienfaits de son délire dans "La semaine infernale", une émission hebdomadaire de la RTBF où il créa le personnage mythique du "Docteur G" (un seul livre, avec cassette audio, chez Casterman).

8 mai

1996
Le Centre Belge de la Bande Dessinée ouvre ses magnifiques portes, signées Horta, à un conférencier du "British Council" qui viendra parler des "anglais dans la bande dessinée belge". C'est à l'occasion de l'anniversaire de la Libération (merci, les Anglais !). Le CBBD est situé au 20, rue des Sables à 1000 Bruxelles et le 19 32 2 219 36 00 répondra à toutes vos interrogations en français.

1938
Naît , le plus célèbre élève de l'école ABC, dont les publicités pour la méthode si-vous-savez-écrire-vous-savez-dessiner florissaient un peu partout durant les années 50 et 60. Il débute en 1956 par des bandes dessinées sans lendemain publiées dans diverses revues de l'époque ("Ames Vaillantes, Far West, Sitting Bull, etc.) et rencontre, en 1957, son véritable maître : Jijé. Il deviendra son assistant après un interminable service militaire en Algérie, sur l'épisode"La Route de Coronoado", de Jerry Spring, publié dans "Spirou". En 1963, dans "Pilote", naît le mythique Blueberry (Dargaud), scénarisé par Jean-Michel Charlier, qui lui vaut une gloire sous le pseudonyme de Gir. En parallèle, cependant, il commence une carrière sous la signature de Moebius. Cela commence avec quelques récits dans Hara-Kiri, puis desd'actualité de "Pilote", et cette double personnalité éclate véritablement au grand jour avec la parution, en 1973 d'un album signé Gir mais marqué par le style Moebiusien: "La Déviation". Il mène désormais deux carrières de front, avec des styles radicalement opposés. Celui de Blueberry, chargé en détails et celui de Moebius, d'une sobriété et d'une luminosité qui feront école. Alors que Gir poursuit un Blueberry de plus en plus célèbre, Moebius publie "Le Bandard Fou", "L'Homme est-il bon ?" et fonde le magazine "Métal Hurlant" avec ses amis Dionnet, Druillet et Farkas. C'est là qu'il crée Arzach, puis "Le Garage Hermétique". En 1976, en désaccord avec son éditeur, Gir interrompt Blueberry et crée Jim Cutlass, toujours sur scénario de Charlier. Il ne reprend Blueberry qu'en 1979, pour un autre éditeur. Le cinéma s'intéresse à lui. Ridley Scott lui demande de travailler sur les costumes d'"Alien", René Laloux de dessiner le story-board des "Maîtres du Temps", et les studios Disney, celui de "Tron". Plus tard, il réalisera les recherches graphiques pour une adaptation de "Little Nemo", un dessin animé inspiré du chef-d'oeuvre de Winsor Mc Cay, et "Starwatcher", en images de synthèse. En 1980, avec Jodorowsky, il crée John Difool. L'oeuvre maîtresse de Moebius est là : ce sera L'Incal, l'un des monuments de la bande dessinée contemporaine. Il part ensuite aux Etats-Unis et crée, avec son épouse, les éditions Aedena. Il est un des rares auteurs européens à réussir à s'imposer sur le difficile marché américain. A son retour en Europe, Moebius se tourne vers les Editions Casterman pour rééditer ses anciens titres et publier ses nouvelles créations, tandis que Gir revient chez Dargaud poursuivre seul Blueberry, orphelin de scénariste. A la fois sous sa signature Gir et sous la personnalité fascinante de Moebius, Jean Giraud est l'un des auteurs les plus marquants de ces vingt dernières années. Les auteurs qu'il a influencés comptent parmi les plus grands. Son oeuvre, magistrale, est l'une des plus personnelles et a inspiré de nombreuses études qui y cherchent - sans doute à tort - des symboles ésotériques et des réflexions profondes sur l'existence. On a déifié Moebius et Jean Giraud est resté de marbre devant ce phénomène de starification extrême. Tant mieux : il s'est contenté de poursuivre ses nombreux albums, laissant aux autres le soin d'y découvrir leurs propres projections.

1925
En Italie, à Milan, naît Dino Attanasio. Il travaille d'abord comme animateur, à la fois pour le dessin animé ("Rose de Bagdad") et la publicité. En 1948, il s'installe en Belgique. En 1950, il signe "Fanfan et Polo" dans "La Libre Belgique". Cette série est signée Jean-Michel Charlier, qui passe ensuite le scénario à un jeune débutant, René Goscinny. S'il réalise des illustrations dans "Tintin", c'est dans Spirou qu'il publie ses premiers récits complets. Ce seront les fameuses "Belles Histoires de l'Oncle paul", qui servaient de banc d'essai aux nouveaux dessinateurs. On retrouve sa signature un peu partout, au bas de séries sans lendemain, mais aussi comme illustrateur. Il illustrera ainsi les livres de Bob Morane (Marabout), des romans très populaires à l'époque, qu'il adaptera plus tard en bande dessinée (1959) avec peu de bonheur. C'est en 1957 qu'il connaît la gloire avec le "signor Spaghetti", que scénarise Goscinny. Dès 1961, il reprend Modeste et Pompon que Franquin, dépassé par ses nombreuses collaborations, doit laisser tomber. Il poursuivra leurs gags hebdomadaires jusqu'en 1968. Une lente déchéance commence alors, Attanasio multipliant les collaborations, souvent médiocres, dont ne sortent que quelques séries, sauvées par les scénaristes : "Bandoneon" (scénario de Delporte), Johnny Goodbye (scénario Lodewijck), etc. En privilégiant la quantité par rapport à la qualité, en bâclant, Attanasio a brisé une carrière qui avait tout pour être éclatante. Un gâchis !

1925
Attention, vérifiez bien si la porte est fermée à double tour, s'il n'y a personne sous votre lit, si aucune fenêtre n'est restée entrebaîllée, car c'est ce jour qu'est né André-Paul Duchâteau, le maître de la BD policière. C'est à quinze ans qu'il publie son premier roman, "Meurtre pour meurtre", après avoir rencontré le grand auteur de polar Stanislas-André Steeman. Sa carrière d'écrivain policier démarre bien. Ses nouvelles et ses romans sont publiés en Europe et aux Etats-Unis. Mais c'est dans la bande dessinée qu'il se fait un nom. Il réalise ses premiers scénarios pour "Bravo !" dès 1948, pour les dessinateurs Tenas et Rali qui s'occupaient du studio Disney. C'est donc naturellement qu'il poursuit au journal de Mickey. Mais il publie également un récit dans "Spirou" en 1952, dessiné par Tenas et Rali, et signé D.Aisin. En parallèle, il devient secrétaire de rédaction de "Bravo !", de "Story" et de "Mickey". Sa rencontre avec le dessinateur Tibet est décisive. Après quelques années de recherches, ils créent Ric Hochet, en 1955, pour "Tintin". Il scénarise aussi le "Club de Peur-de-Rien" et des aventures de Chick Bill. C'est sous un pseudonyme - Michel Vasseur - qu'il crée les 3A, une bande de scouts que dessinent Mittéï et Tibet, toujours pour "Tintin". Et il devient l'un des scénaristes les plus prolifiques de la profession. Parmi toutes les séries qu'il a scénarisées, de niveaux de qualité divers, citons Yalek ainsi que les Casseurs pour Denayer, Mr.Magellan pour Géri, Yorik des Tempêtes pour Eddy Paape, Udolfo pour Paape et Andréas, Hans pour Rosinski, Hypérion pour Franz, Bruce J.Hawker pour Vance, etc. Ce travailleur infatigable a également inventé d'innombrables jeu - dont ceux de Bob Binn pour Aidans - dirigé le journal "Tintin", assuré la direction littéraire des Editions du Lombard, dirigé la collection "BD Détectives" de Lefrancq, scénarisé des téléfilms et participé à de nombreuses émissions de radio et de TV. A ce titre, il mérite de figurer au livre des records.

9 mai

1996
Passionné par la bande dessinée, vous ne trouvez personne avec qui partager votre vice ? Discutez-en via Internet. Une liste de discussion existe enfin sur la bande dessinée européenne. Il s'agit d'une liste bilingue français/anglais créée par les Editions Dupuis, qui y diffusent leurs informations.
Pour vous inscrire (c'est gratuit): laissez le sujet vide et envoyez le message "subscribe comics", votre prénom, votre nom dans le CORPS d'un E-mail adressé à macjordomo@exmachina.be. C'est tout ! Une fois inscrit, il ne vous restera plus qu'à participer.

10 mai

1962
Il est grand, maigrichon, pas très beau, naïf, chahuteur, c'est un potache et il est amoureux de la fille du proviseur. Qui est-il ? Un ado de la pire espèce, le Grand Duduche, qui personnifie tous les souvenirs d'école du dessinateur Cabu. Grâce à son personnage, il va pouvoir donner dans le Pilote des années 60 une vision, pas si caricaturale que ça, de la vie dans les lycées à cette époque où mai 1968 était loin d'annoncer sa venue. Elèves rigolards mais bêlants, face à des profs et des pions autoritaires qui ont tous les droits. Par la suite, "Le Grand Duduche" va se faire plus militant. Il quittera "Pilote" pour poursuivre ses frasques de plus en plus engagées dans "Charlie Hebdo". Il ne survivra pas aux années 80.

11 mai

1996
La 7e Fête de la Bande dessinée de Ganshoren ouvre ses portes pour cent heures de BD (très rapides, ces heures, puisque réparties sur deux jours seulement) au Château. Le lieu des réjouissances : le château de Rivieren, drève du Château 66, 1080 Ganshoren. Et les indispensables infos pour savoir s'il faut venir en tenue de ville ou de soirée, au 19 32 2 420 37 27.

1985
disparaît. Né le 20 novembre 1900, il débute à l'aube des années 20 par des illustrations dans divers quotidiens. C'est en 1931 qu'il crée le personnage qui va le rendre célèbre. Il s'agit d'un policier qu'il nomme Plainclothes Tracy. Très vite, il lui donne un nom plus efficace : Dick Tracy. Il en poursuivra les aventures quotidiennes (un strip par jour) et hebdomadaires (une planche par semaine, pour l'édition dominicale) jusqu'en 1977, imposant son style percutant, créant des personnages d'une force rare, des "méchants" à la personnalité inoubliable, n'hésitant pas à les mettre dans des situations d'une violence psychologique extrême. A juste titre, Chester Gould est considéré comme le plus grand auteur de la bande dessinée policière américaine. On lui doit également une bande dessinée animalière, "The Gravies".

1926
Naît Paul Gillon. C'est en illustrant des partitions et en réalisant des caricatures de personnalités du show-bizzzzz qu'il débute à l'âge de quatorze ans. Il fait ses débuts dans la bande dessinée en 1947, dans "Vaillant", avec la série "Lynx Blanc", sur scénario de Lécureux. Il y crée le très beau "Fils de Chine", puis dessine "Cormoran" (avec Jean Ollivier), puis "Wango"(avec Lécureux) et, enfin, en tant qu'auteur complet cette fois, "Jérémie", dès 1968. Il mène plusieurs carrières parallèles. Pour la presse quotidienne, il crée un strip intitulé "13, rue de l'Espoir", qu'il poursuivra de 1959 à 1972 dans "France Soir" à raison d'une bande par jour. Pour "Mickey", il adapte des films Disney ("Le Fantôme de Barbe Noire") et séries télévisées ("Le temps des Copains", "Teva"). Et, avec le prestigieux Jean-Claude Forest, il crée les "Naufragés du Temps" en 1964, série qu'il poursuit seul durant les années 70. C'est en 1978 qu'il entame une autre série fantastique, "Les Léviathans" (Humanoïdes Associés). On lui doit également l'adaptation du roman "Au nom de tous les miens" de Martin Gray (Glénat), et une série d'érotisme-anticipation, "La Survivante" (Albin Michel). Mais ce n'est que le principal : l'oeuvre de Gillon est immense, diversifiée et d'une remarquable cohérence.

12 mai

1975
"Fluide Glacial" est né et on ne va pas s'y embêter. Comme fondateur, il a celui qui personnifie le délire en cette moitié des années 70 : Marcel Gotlib, le père de la "Rubrique à Brac" et déjà fondateur de "L'Echo des Savanes". "Fluide" va devenir une véritable institution grâce à un choix cohérent de séries, toutes axées sur le rire, mais dans sa diversité. Les plus grands auteurs humoristiques vont y collaborer, des mythes de la bande dessinée vont y naître. Les auteurs ? Franquin, Gotlib (bien sûr), Alexis, Cabanes, Mandryka, Gimenez, Loup et même Harvey Kurtzman, le mythique auteur du journal américain "Mad". Les petits nouveaux qui s'y sont fait un nom ? Binet, Foerster, Goossens, Edika, Lelong, Boucq, Tronchet, etc. Les mythes ? Les Bidochon, Carmen Cru, les Idées Noires, Kador, Superdupont, etc. Autant d'oeuvres hilarantes qui serviront à alimenter les éditions AUDIE en albums pas possibles. Grâce à une ligne éditoriale de laquelle il n'a jamais dévié, Fluide Glacial est l'un des rares magazines à avoir résisté à la vague de décès des années 80. Il est en pleine fore et se renouvelle en permanence, parvenant à rassembler ceux qui partagent la même passion : le rire. Du côté des auteurs comme de celui des lecteurs.

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