100 ans de Bandes-dessinées 19

Imprimer la fiche

20 mai

1976
apparaît Jehanne d'Arc, version F'Murr. Pointilleux de l'Histoire, maniaques du fait précis, faites un détour, car entre la pucelle d'Orléans et l'héroïne du père du Génie des Alpages, il y a autant de rapport qu'entre Mère Thérésa et la Cicciolina. Paillarde, volontiers sujette aux gueules de bois, pas opposée du tout à la gaudriole, Jehanne d'Arc fut refusée par la rédaction du journal Pilote à la fin des années 60. Sans doute déjà en avance sur son époque par un humour effronté et irrespectueux avec les grandes valeurs, F'Murr ne parvint à la faire accepter que sept ans plus tard, par "Métal Hurlant". Mais c'est dans (A suivre) qu'elle connaîtra véritablement ses délirantes heures de gloire (Casterman).

21 mai

1943
naît Jean-Claude Fournier. C'est à "Spirou" qu'il débute avec un personnage poétique, "Bizu", en 1967. Mais c'est avec sa reprise de la série "Spirou et Fantasio" en 1968, à la demande d'André Franquin, qu'il se fait connaître. Il donne à la série un ton neuf, rajeunit les personnages, leur apporte un côté écolo qu'on avait déjà pu pressentir dans "Bizu" et leur fait explorer des contrées chères à son coeur - la Bretagne. En 1979, il doit malheureusement l'abandonner. Il reprend ensuite Bizu, qu'il poursuit jusqu'à la moitié des années 90. Il opte alors pour un ton plus mordant avec une série cannibalesque, "Les Crannibales", dans "Spirou", avec le scénariste Zidrou.(Dupuis)

22 mai

1907
naît le père de la bande dessinée européenne, George Remi. Un prénom et un nom que la postérité ne retiendra pas : elle lui préfère le patronyme "Hergé", sous lequel il signa certaines des plus bellesde la bande dessinée contemporaine. Hergé fait partie de ces bienfaiteurs de l'humanité qui, sans s'en rendre compte, on atteint à l'immortalité en tentant simplement de divertir. Comme Chaplin, il a donné au travers de son oeuvre un reflet de son époque, et l'histoire d'un demi-siècle plein de drames transparaît dans chacune desde Tintin. Une histoire vue par la lorgnette de la petite bourgeoisie catholique dont l'idéologie allait marquer les premières années de sa carrière. Elève au très catholique collège Saint Boniface, retiré des scouts laïcs pour être placé dans une troupe catholique, c'est donc dans des revues catholiques qu'il fera ses premiers pas. Les journaux de scouts, d'abord, puis le journal "Le XXe siècle", dirigé par l'abbé Wallez, très, très à droite, où il travaille d'abord comme employé au service des abonnements. C'est là qu'après avoir signé de nombreuses illustrations, il devient directeur du supplément pour la jeunesse, "Le Petit Vingtième". Il y dessine l'affligeante "Extraordinaire Aventure de Flup, Nénesse, Poussette et Cochonnet" puis y crée un petit reporter à la houppe blonde qui fera le tour du monde : Tintin, qu'il envoie d'abord au pays des Soviets. En 1930, il y crée également un duo de "ketjes" du quartier populaire des "Marolles", à Bruxelles. Au fil des albums, le trait d'Hergé se professionnalise. Mais au niveau des scénarios, il improvise. Tintin ira au Congo, en Amérique, au Moyen Orient, offrant aux lecteurs des clichés caricaturaux des pays visités. Tout change lorsqu'il l'envoie en Chine. Suite à sa rencontre avec un étudiant chinois, Tchang Tchong-Jen, il décide de se documenter plus à fond, de construire son récit de manière plus réaliste. Il est également marqué par les graphismes orientaux et affine encore son trait. L'oeuvre véritable d'Hergé débute avec "Le Lotus Bleu". En parallèle, Hergé crée d'autres séries : "Fred et Mile", "Tim l'Ecureuil", "Popol et Virginie au Pays des Lapinos", "Jo, Zette et Jocko". Mais aucune ne résiste au raz-de-marée Tintin. Au départ accompagné seulement de Milou, il est rejoint par une foule de personnages qui lui donneront toute sa richesse, sa dimension humaine : Haddock et ses colères, les Dupondt et leur maladresse, Tryphon Tournesol et son génie distrait, la Castafiore, Séraphin Lampion, Abdallah... ils sont tellement nombreux qu'il a fallu un dictionnaire pour les recenser ("De Abdallah à Zorrino - Dictionnaire des noms propres de Tintin" - Cyrille Mozgovine - Casterman). Dans chacun, Hergé met un peu de lui-même. Tintin est sa façade, son apparence sage et tranquille, propre comme cette ligne claire qui marque ses dessins. Les autres sont sa véritable personnalité, avec ses défauts, ses imperfections, ses errances. Durant la guerre, alors que les journalistes du "Soir" cassent leur plume et arrêtent de collaborer au journal devenu nazi, Hergé y publie les aventures de "Tintin", que la disparition du "XXe siècle" avait privé de support. On ne le lui pardonnera pas. Arrêté à la libération, il est pourtant sauvé par quelques résistants (lire à ce propos la magnifique biographie que lui a consacré Pierre Assouline : "Hergé", aux Editions Plon). En 1946, naît l'hebdomadaire "Tintin", qui marquera plusieurs générations de lecteurs et participera, comme le journal "Spirou", à la naissance d'une bande dessinée populaire de haute qualité en France et en Belgique. En 1950, il crée les "Studios Hergé" où de grands noms de la bande dessinée vont l'assister. Après Jacobs, qui l'aida durant la guerre à colorier ses premiers albums (et participera dans l'ombre, comme les autres, aux scénarios), des monstres sacrés comme Jacques Martin, Bob de Moor, Roger Leloup... participeront à la construction de ce monument que sont les albums de "Tintin". Tintin découvre le Temple du Soleil, lutte contre les trafiquants d'esclaves. En 1950, il est le premier homme à marcher sur la lune. Mais Hergé va mal. Il traverse une grave crise psychologique, entame une psychanalyse. Il en sort grâce à "Tintin au Tibet", véritable hymne à la pureté et à la blancheur. Avec "Les Bijoux de la Castafiore", en 1961, il est à l'apogée de son art. Il tient en haleine les lecteurs de "Tintin" durant des mois, avec un art du suspense et de la mise en scène consommés, multiplie les fausses pistes, dans un récit qui, finalement, se révèle bâti sur du creux : une simple pie voleuse. Les albums se font désormais attendre. "Vol 714 pour Sydney" paraît en 1966. "Tintin et les Picaros", en 1974. En 1983, à sa mort, il n'a même pas encore terminé le scénario de "Tintin et l'Alph-Art". C'est que durant les vingt dernières années de sa vie, Hergé profite de la vie, voyage, s'initie à l'art moderne, peaufine son image, cisaille chaque réédition du moindre album. Les cinquante ans de Tintin ont l'ampleur, en Belgique, d'une fête nationale. Mais les dizaines de milliers d'admirateurs qui lui font fête ignorent encore qu'ils ont face à eux un homme malade. Hergé est atteint de leucémie. Lorsqu'il meurt, le 3 mars 1983, ses héritiers spirituels décident de respecter ses dernières volontés : Tintin ne survivra pas à son créateur. L'oeuvre est là, immense. Finie dans un grand point d'interrogation. Comment Hergé avait-il imaginé de sortir Tintin du pétrin dans lequel il l'avait fourré, dans cette page 42 qui est la dernière sur laquelle il ait travaillé avant de mourir ? Tintin allait y être transformé... en oeuvre d'art. (Casterman)

23 mai

1983
décède , dessinateur du "Chevalier Printemps" et de quelques aventures de Bécassine.

24 mai

1968
Elle est belle, pas très habillée et plongée dans un univers mythologico-érotique. Epoxy - c'est son nom - est née dans un moment de crise du dessinateur Paul Cuvelier. Ce peintre extraordinairement doué ne faisait de la bande dessinée que pour survivre. Dessinateur de Corentin, il avait besoin de sortir de cette bande dessinée pour enfants sages. Jean Van Hamme va lui en offrir l'occasion avec ce bijou ciselé pour ce passionné d'anatomie. Cet album, accouché dans la douleur, est un hymne au corps féminin. On y trouve sobrement, comme l'exigeait la bande dessinée à l'époque, une préfiguration de ce que sera la bande dessinée pour adultes dix ans plus tard. C'est l'éditeur Eric Losfeld qui le publiera. Il sera longtemps introuvable, mais a été réédité à plusieurs reprises depuis.

25 mai

1996
débute le 9e festival de BD de Courtrai, dans le cadre des fêtes populaires. Grote Markt, Kortrijk, België. Infos : 19.32.56.21.71.41.

1960
naît Frédéric Bézian. Elève de Claude Renard à l'Atelier Saint-Luc de Bruxelles, il publie ses premières planches dans la revue de cet atelier, "Le Neuvième Rêve". En 1982, il publie deux livres qui installent son style très personnel, angoissant, noir, morbide : "Ginette, Martine, Josiane..." (Futuropolis), "L'Etrange Nuit de Monsieur Korb" (Magic Strip). L'année suivante, il publie "Fin de siècle" (Magic Strip) et entame une collaboration avec le mensuel (A suivre). Il réalise ensuite diverses histoires qui paraissent directement en albums aux Humanoïdes Associés.

1954
naît Yann le Pennetier. C'est dans la rubrique "Carte blanche" du journal "Spirou" qu'il fait ses premières armes, en 1974. Il faut cependant attendre plusieurs années pour qu'il publie de manière professionnelle. Le début de sa carrière est marqué par une collaboration avec le dessinateur Conrad. Ils dessinent ensemble "Jason", en 1978, sur scénario de Smit le Bénédicte, puis "Les Innommables" dès 1980. Avec cette série à l'humour au vitriol, ils apportent un ton nouveau au journal "Spirou". Ils poursuivent dans la même veine avec "Bébert le Cancrelat", puis l'animation, cruelle et sans pitié pour leurs dignes confrères, des hauts de page du journal, ce qui leur vaut d'être écartés de la rédaction. Yann entame dès lors une véritable carrière de scénariste. Il se caractérise d'abord par un style parodique, ses premières séries faisant référence à la bande dessinée classique, passée à la moulinette de son humour caustique : "Bob Marone" (pour Conrad), "La Patrouille des Libellules" (pour Hardy). Puis par des outrances violentes, créant des héros systématiquement à l'opposé des schémas classiques : "Lolo et Sucette" (deux prostituées), "Croq' la Vie" (des cadavres) pour Hardy, "Les Affreux" et "Nicotine Goudron" pour Bodard (tous chez Glénat). Yann montre pourtant une nouvelle facette avec le superbe album "Sambre" qu'il co-signe sous le pseudonyme Balac avec le dessinateur Yslaire (Glénat). Publié en 1985, cet album est un événement, l'un des sommets de la bande dessinée des années 80. Ce n'est que le début d'une diversification de ce scénariste, capable du pire (les décevants "Léonid et Spoutnika", chez Marsu-productions) comme du meilleur. On lui doit des oeuvres aussi différentes que les classiques "Marsupilami" (avec Batem, d'après Franquin, chez Marsu-Productions) et "Chaminou" (avec Bodard, d'après Macherot, chez Marsu-Productions), le violent "Tako" (avec Michetz, chez Glénat), le fantastique "Les trois cheveux blancs" (avec Hausman, chez Dupuis) ou le très grivois "Allez coucher, sales bêtes (idem), etc. Autant de facettes d'un talent qui, parvenu à maturité, garde pourtant l'esprit potache et irrévérencieux de l'adolescence.

1856
naît Georges Colomb, alias Christophe, l'une des pères de la bande dessinée. Ce professeur de sciences naturelles à la Sorbonne, auteur de plusieurs ouvrages de vulgarisation scientifique, a également imaginé les aventures rocambolesques de la "Famille Fenouillard" (1889), les facéties du "Sapeur Camembert" (1890), la vie et des mésaventures du "Savant Cosinus" (1893), les malices de "Plik et Plok" (1893), pour ne citer que ses oeuvres les plus célèbres. Pratiquant une bande dessinée feuilletonnesque avec des vignettes surmontant un texte littéraire au second degré et systématiquement en contrepoint par rapport à l'image, il excelle à mettre ses personnages dans des situations burlesques où ils ne peuvent que sombrer dans le ridicule. Drôles, très modernes, d'une lisibilité et d'une simplicité exemplaires, ses bandes dessinées ont eu une influence considérable sur l'évolution de ce qui serait, un siècle plus tard, reconnu comme un art. Un art auquel il a clairement contribué.

26 mai

1965
Dans le magazine italien "Linus", apparaît Valentina, de Crepax. Indépendante, née de la libération féministe des années soixante, elle est dessinatrice de mode. Physiquement, elle ressemble à Louise Brooks, la belle et mythique star du cinéma muet. Sensuelle, elle exhibe ses fantasmes dans des planches d'une sophistication extrême, où l'esthétisme se mêle à un érotisme glacé, volontiers sado-masochiste. Valentina est reconnue comme l'une des plus belles séries érotiques de la bande dessinée.

semaine précédente - calendrier - semaine suivante

Imprimer
0 commentaire
  • Saisissez ce code de sécurité : captcha Refresh