100 ans de Bandes-dessinées 34

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17 juin

1980
Capitaine Sabre arrive au port du journal "Tintin". Baroudeur dans les mers de Chine, cet anglais est peu conforme à l'image des officiers de Sa Majesté. Pas vraiment rasé de près, la chemise ouverte sur sa poitrine velue, il ne rêve que d'une chose : la paix. Mais les belles aventurières sexy, les malandrins de toutes sortes, et un destin qui a décidé une fois pour toutes qu'il était fait pour le danger, un point c'est tout, ne sont pas vraiment d'accord avec cette vision de la carrière d'un héros de BD. Dessiné par Gine, avec une très nette influence de Milton Caniff, Capitaine Sabre a été publié aux Editions du Lombard.

1927
Wallace Wood naît à Menahga, aux USA. Il est l'élève du grand Burne Hogarth et commence modestement comme assistant. Il encre et lettre "Terry and the Pirates" et le "Spirit", puis commence à publier ses propres créations pour le "Fox Feature Syndicate" et pour "Avon". Mais ce sont surtout ses créations chez E.C. Comics qui lui permettent d'exprimer sa créativité. Il y réalise une quantité impressionnante de récits complets dans tous les styles, imaginant des histoires d'horreur qui, encore aujourd'hui, ont de quoi faire frémir. En 1952, Will Eisner lui permet de réaliser plusieurs récits du "Spirit" et - grande année ! - il entre au mythique journal "Mad" de la grande époque où, avec Harvey Kurtzman, il signe certaines des pages les plus drôles de l'histoire de la bande dessinée. En 1958, avec Jack Kirby, il crée "Sky Masters", puis se lance dans la publicité. Même si sa production se ralentit, il n'en abandonne pas pour autant les "comics". Il collabore à de grandes séries : "The Avengers", "Daredevil", "Flash Gordon", "Prince Valiant", "Jungle Jim". Directeur artistique de "Tower Comics" dès 1965, il y crée "T.H.U.N.D.E.R. Agents", puis édite le magazine "Witzend" où, en plus de ses propres bandes dessinées, il publie quelques grands noms de la bande dessinée de l'époque, comme Vaughn Bodé. C'est en 1971 qu'il crée la sulfureuse et hilarante "Sally Forth", qui connaîtra une version "hard" quelques années plus tard, publiée en France par "L'Echo des Savanes". Il meurt le 3 novembre 1981.

1910
Raymond Poïvet naît à Le Cateau. Graphiste dans la publicité et styliste de mode avant la guerre, il devient dessinateur de bande dessinée pendant celle-ci. Dès 1941, il dessine de premiers récits historiques dans des revues des Editions Mondiales et, en 1945, les quitte pour les Editions Vaillant, dont il deviendra l'un des piliers historiques. Avec Roger Lécureux, il crée les immortels "Pionniers de l'Espérance", qu'il n'abandonnera que près de trente ans plus tard, en 1973, lorsqu'il sera démissionné de force par la rédaction de "Pif gadget". En parallèle, il collabore à une foule de revues aujourd'hui disparues, telles que Coq Hardi, l'Intrépide, O.K., où il publie des récits de guerre et d'aventure, puis à la presse féminine et les revues à l'eau de rose, pour laquelle il adapte "La Reine Margot", "Marion Delorme" et des récits sentimentaux. A la fin des années 50, il se retrouve également au sommaire de "Tintin" avec une bande dessinée publicitaire pour Simca intitulée "L'Agent P.60", et de "Pilote", où il signe "Mark Trent", "Fangio" (avec F.Dominique) puis Guy Lebleu (sur scénarios de Charlier). Au début des années 60, il publie "Mam'zelle Minouche" (sur scénario de Lécureux) pour "L'Humanité" et il collabore à différents journaux tels que "Chouchou" ou même "Total Journal". Après son départ de "Pif Gadget", il crée "Tiriel" pour le mensuel "Lucky Luke", qu'il poursuivra ensuite dans "Métal Hurlant", ainsi que "Néfertari" pour "L'Echo des Savanes". Puis il réalise une kyrielle de récits historiques dans les collections documentaires de Larousse, "L'histoire de France en bande dessinée", "La Découverte du monde en bande dessinée", "L'Histoire de la Chine", "Découvrir la Bible". Mais, infatigable, il publie en même temps dans "Circus" "L'Echiquier cubique". Viennent les années 80. A l'âge de 70 ans, en pleine jeunesse, il ne va tout de même pas se reposer ! Se suivent "Opus 4" pour "Neutron", puis une adaptation de "La Flûte enchantée", "Le Voyage de l'Obélisque" (pour "Okapi" avec Dieter), etc. Sa production se fait moins prolifique mais il reste toujours aussi actif. Ce grand maître méconnu de la bande dessinée réaliste française reçoit enfin la reconnaissance de ses pairs en 1990, lors d'une célébration au Salon d'Angoulême.

18 juin

1980
Bob Fish copie pour la première fois les clichés de la bande dessinée belge des années 40 et 50. Avec un humour très référentiel, accentuant volontairement les "tics" de l'époque - principalement de Jijé - Yves Chaland lui fait vivre des aventures rocambolesques dans un Bruxelles réduit à ses mythes (l'Atomium, ses ketjes, ses quartiers populaires) et à une époque ramenée à ses grandes tendances (l'essor de la robotique, le péril jaune). Cette grosse farce déclenchera pourtant un mouvement de mode, s'intégrant dans la vague "ligne claire" de l'époque, dont l'auteur sera l'un des chefs de file. Sa première aventure a été traduite en "bruxeleer" par le plus célèbre des dialoguistes bruxellois, Jef Kazak.

1977
Bernard Lermite se présente à la porte de "L'Echo des Savanes". Dire qu'il s'agit d'un héros de bande dessinée n'est pas vraiment l'expression appropriée. Le terme "héros" est en trop. Bernard Lermite est fainéant. Egoïste. Maladroit. Un peu con sur les bords. Complètement oisif et parfois ennuyeux comme la pluie. Pas très beau, mais dragueur. Et son aspect gauche et fragile marche auprès des superbes nanas que lui permettent de croiser des nuits nombreuses, éthyliques et lascives. Drôles, d'une finesse d'observation rare, les scénarios de Martin Veyron ont apporté un sang neuf à l'humour des années 80, particulièrement grâce aux dialogues, ciselés, percutants, dont les réparties incisives et subtiles n'ont toujours pas trouvé d'équivalent.

19 juin

1969
Elle est moche, mais moooooooooooche ! Elle a un sale caractère, insupportable, capricieux. Et elle a comme père un nabot qui ne rêve qu'à s'en débarras... euh, à la marier pour pouvoir s'en donner à coeur joie avec ses pupeuses servantes. Cellulite, de Claire Bretécher, pique sa première colère dans "Pilote". La mégère pas apprivoisée du tout est une princesse à dot. Mais son physique repousse les prétendants et la voilà obligée de partir à la chasse au mari et à la bague d'épousailles, ferrant, piégeant toute victime mâle passant à sa portée. Avec Cellulite, Claire Bretécher impose définitivement son style impertinent et son humour impitoyable. Mais pourquoi donc a-t-elle abandonné cette pauvre princesse dans un tiroir depuis 1977 ? Jamais une femme n'a fait rire les hommes comme Cellulite...

20 juin

1980
La bande dessinée dit adieu à l'un de ses plus grands créateurs. Joseph Gillain, alias Jijé, est parti rejoindre ce Dieu qu'il avait tellement servi dans ses bandes dessinées. Le père de l'un des deux mouvements qui ont façonné la bande dessinée contemporaine, l' "Ecole de Marcinelle" (opposée à celle dite "de Bruxelles", inspirée par Hergé), laisse un héritage considérable : il a influencé un nombre énorme de dessinateurs et permis à d'immenses talents d'émerger. Artiste dès le plus jeune âge, il s'était formé aux différentes disciplines artistiques chez les moines bénédictins de Maredsous. Un peintre lui apprend, à 18 ans, la technique de dessin qu'il enseignera à tous ses disciples par la suite : dessiner sans jamais regarder le papier. Il débute dans une revue catholique, "Le Croisé" où, très influencé par Hergé, il crée Jojo, un personnage proche graphiquement de Tintin, puis "Freddy aux Indes", qu'il poursuit dans "Spirou" en 1939. Il devient l'homme à tout faire de ce journal qu'il marquera autant que cet autre génie qu'est Franquin. Pour "Petits Belges", il crée encore Blondin et Cirage, puis consacre l'essentiel de sa prodigieuse énergie au célèbre groom. Car, la guerre étant venue, le créateur de Spirou, le Français Robert Velter, ne pouvant plus envoyer ses planches au journal, c'est à lui qu'on confie le personnage de Spirou en 1940. En parallèle, il dessine une vie du Christ, "Emmanuel", suivi d'une biographie de Don Bosco, d'une autre deChristophe Colomb et de son premier véritable personnage de bande dessinée personnel : Jean Valhardi, qu'il crée avec Jean Doisy. Autour de lui se forme une équipe terriblement dynamique de jeunes auteurs qui donnent leur âme à "Spirou" : Franquin, Morris, Will - on les surnommera ensuite "La bande des quatre" - puis Peyo, Hubinon, Paape et plus tard Roba. Il les héberge chez lui, les accueillant dans son atelier, leur insufflant son dynamisme et leur prodiguant ses conseils. Puis leur confiant ses séries. A Franquin, il lègue le personnage de Spirou, à Paape, Valhardi, à Hubinon, Blondin et Cirage. Il part ensuite en Amérique, emportant dans ses bagages Franquin et Morris. Sa production n'en ralentit pourtant pas. Après une nouvelle biographie (Baden Powell en 1948) et la reprise de Blondin et Cirage (en 1951), il crée le western le plus grandiose de l'histoire de la bande dessinée : Jerry Spring (en 1954). Il reprend ensuite le personnage de Valhardi. Tout en poursuivant cette fabuleuse carrière à "Spirou", il collabore aux autres revues des Editions Dupuis : "Bonnes Soirées", "Le Moustique" avec des adaptations d'oeuvres littéraires et des illustrations. Il dessine également une biographie de Bernadette Soubirous pour "Line". Pour "Spirou", il crée encore "Docteur Gladstone", assisté de Herbert pour le dessin et de Jadoul pour le scénario. Puis il reprend la série "Tanguy et Laverdure" (en 1966), les fameux chevaliers du ciel créés par Uderzo et Charlier. Le même Charlier avec qui il réalisera bien plus tard (1979) des aventures de Barbe-Rouge. Ses autres collaborations sont innombrables. Mais, par-dessus tout, Jijé était un véritable artiste, un peintre de talent, un sculpteur et même un inventeur-bricoleur à la Tournesol. Et un être humain, profondément humain, dont la personnalité chaleureuse a autant marqué ceux qui l'ont connu que son immense talent. Son oeuvre est rééditée dans une collection qui lui est dédiée aux Éditions Dupuis: "Tout Jijé".

1956
Le journal "Tintin" découvre un nouveau personnage, Harald le Viking. Son papa et sa maman ne sont autres que Liliane et Fred Funcken, les géniteurs du "Chevalier Blanc", qui passionne déjà les lecteurs du journal. Musclé, aux longs cheveux blonds, cet aventurier était bien plus humain et bien plus pacifique que la réputation de son peuple le laissait présager. Bâtie sur une solide documentation (les Funcken deviendront par la suite une référence en illustrations historiques), cette série ne connaîtra pourtant que quelques épisodes, jusqu'en 1967.

1953
disparaît , père de Bécassine.

21 juin

1972
Buddy Longway apparaît dans "Tintin". Ce trappeur naïf à ses débuts découvre la réalité impitoyable de l'Ouest américain. Confronté à la culture indienne, il en découvre les valeurs et la richesse. Il finit par tomber amoureux d'une belle Indienne, une squaw nommée Chinook ("Vent sauvage") qu'il épouse. Une véritable famille en naîtra, dont il sera parfois séparé par l'aventure et les drames provoqués par la bêtise des Américains blancs et des militaires. Outre son humanisme, cette série se caractérise par le vieillissement des personnages avec le temps. De jeune coq à ses débuts, Buddy acquiert progressivement de la maturité, atteint l'âge mûr et voit même de premiers cheveux blancs dans sa blonde chevelure. Derib, l'auteur, a malheureusement interrompu cette superbe série en 1987.

22 juin

1974
Zig, Puce et Alfred pleurent leur créateur. Alain Saint-Ogan, le grand pionnier de la bande dessinée française (il influencera entre autres Hergé) n'est plus.
Né le 7 août 1895, il part en Egypte rejoindre son père, rédacteur en chef d'un journal, en 1906, une expérience qui sera à l'origine de sa vocation de journaliste. Il rédige et illustre à lui tout seul le "Journal des deux Mondes", dont il est en même temps le rédacteur en chef (à onze ans !), et qui tirera à deux mille exemplaires. En 1913, il entre au journal "Le Matin" mais la guerre interrompt cette collaboration. Après la démobilisation, il collabore à diverses revues, comme journaliste et dessinateur de presse. C'est en 1925 que, appelé à l'aide pour illustrer la dernière page du "Dimanche illustré", il crée deux gamins nommés Zig et Puce. Quelque temps plus tard, le pingouin Alfred les rejoint. Il obtient un succès considérable, le premier succès de masse dans la bande dessinée européenne, quelques années avant Hergé. On retrouvera ainsi Alfred sur l'avion de Lindbergh. Alain Saint-Ogan crée également d'autres personnages, parmi lesquels l'ours Prosper (en 1933, qu'il adapte lui-même l'année suivante en dessin animé), Monsieur Poche (en 1934), Trac et Boum (en 1940) et une multitude d'oeuvres éphémères.On le retrouve même comme rédacteur en chef de deux revues : "Cadet-Revue" et "Benjamin". Après la deuxième guerre mondiale, sa production de bandes dessinées se raréfie, mais il poursuit sa carrière d'illustrateur et, en même temps, écrit des romans et réalise des émissions de radio. Les personnages d'Alain Saint-Ogan sont connus de tous. Son dessin, rond et sympathique, a influencé de nombreux dessinateurs. A ce titre, il peut être considéré comme l'inventeur de la bande dessinée française.

23 juin

1947
Le journal "Spirou" poursuit les aventures d'un cow-boy publié l'année précédente dans un supplément annuel : "L'almanach Spirou". Sûr de lui, la tête surmontée d'un magnifique Stetson blanc, un éternel mégot aux lèvres, il a la particularité de tirer plus vite que son ombre. vient d'entamer une carrière qu'il ne sait pas encore brillante. Son père, Morris, vient du dessin animé. Cela se sent dans son dessin, simple et efficace, et dans le rythme de ses scénarios. Lucky Luke n'y va pas par quatre chemins. Ce justicier n'hésite pas à abattre les outlaws qui osent s'attaquer aux veuves, aux orphelins ou aux banques de l'Etat. Tantôt solitaire sur son cheval Jolly Jumper, tantôt nommé de force Sheriff par une population terrorisée par des bandits, c'est "le" vrai héros sans peur et sans reproche typique de la bande dessinée de l'époque. Trop pur pour être vrai. Et comme les autres, ce sont les autres personnages qui vont donner sa personnalité à la série. Entre autres grâce à un jeune scénariste que Morris rencontre lors d'un séjour aux Etats-Unis. Il s'appelle René Goscinny. En 1955, paraît leur premier album commun : "Des rails sur la prairie". L'humour, les dialogues de Goscinny, le dessin caricatural de Morris, font merveille. Lucky Luke se hisse vite parmi les stars du journal. Il est rejoint par quatre malfrats plus bêtes que méchants, les Dalton, par le chien le plus stupide de l'Ouest américain, Ran-Tan-Plan, il participe aux grands moments et il croise tous ceux qui ont fait l'histoire agitée du Far-West : le juge Roy Bean, Calamity Jane, Billy The Kid, Jesse James, etc. En 1968, Lucky Luke se retrouve dans "Pilote" et, à la moitié des années 70, devient la mascotte d'un journal qui porte son nom, le mensuel "Lucky Luke". Il est adapté en dessins animés (par Pierre Tchernia et Goscinny en personnes, ce qui explique la qualité rarissime de ces adaptations). Mais René Goscinny meurt prématurément en 1977. Depuis, Lucky Luke passe de mains de scénaristes doués en mains de scénaristes moyens. La qualité des albums s'en ressent. Le dessin de Morris décline; le dessinateur utilise de plus en plus des assistants et le montage de photocopies pour gagner du temps et le beau cow-boy devient l'ombre de ce qu'il fut cinquante ans plus tôt : un objet de grande consommation, vite réalisé, vite consommé. Il est désormais édité par Lucky Productions, que cette dégradation qualitative n'a pas l'air de gêner beaucoup. Tant que ça rapporte, finalement...

1938
Joe Siegel (au scénario) et Joe Shuster (au dessin) parviennent enfin à placer dans "Action Comics" le personnage qui traînait dans leurs cartons depuis des années. Il vient de la planète Krypton, une lointaine planète détruite par un cataclysme. Son père, Jor-El, l'a placé encore bébé dans une navette spatiale avant la désintégration finale de Krypton. Elle l'a mené sur une jolie planète bleue, notre Terre. Et là, le bébé, recueilli par une famille de braves gens, a commencé à montrer des pouvoirs étranges. Une force extraordinaire, une invincibilité quasi-totale et même la capacité de voler. Devenu grand, il a mis ses super-pouvoirs au service de la société et il est devenu le premier et le plus célèbre d'une longue série de super-héros. était né. Vêtu de sa célèbre tunique bleue et rouge, il trouvera bientôt son talon d'Achille : la kryptonite, une substance de sa planète capable de lui ôter ses pouvoirs, et les terrifiants criminels qu'il affrontera en profiteront régulièrement. Au grand dam de la belle Loïs Lane, amoureuse de lui et totalement inconsciente que le grand dadais de journaliste qu'elle côtoie tous les jours et qu'elle regarde avec condescendance, Clark Kent, n'est autre que son Monsieur muscle adoré, en civil. Le succès de Superman est universel. Il est passé au niveau du mythe. Adapté en dessins animés, à la télévision, en feuilletons radio, au cinéma, en jouets, il a connu une gloire sans cesse croissante. Traduit dans le monde entier, il est paru entre autres dans "Spirou", sous le titre : "Marc, Hercule moderne".

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