100 ans de Bandes-dessinées 35

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10 juin

1975
Un nouveau magazine de bande dessinée paraît. Il s'intitule "Circus". Face aux empires que constituent encore "Tintin", "Spirou", "Pilote", il propose de nouveaux dessinateurs, encore inconnus du grand public, et des auteurs qui ont déjà fait leurs preuves mais dont la notoriété n'est pas des plus grandes. Progressivement pourtant, Circus va s'imposer comme un des grands journaux de la première moitié des années 80. Il est édité par un jeune éditeur, Jacques Glénat, déjà connu dans le cercle des amateurs éclairés par son fanzine "Les Cahiers de la bande dessinée". "Circus" va lui permettre de se créer un fond éditorial, pas toujours de qualité ni de bon goût (en cause, un directeur éditorial, Henri Filippini, qui privilégie le sensationnel et l'érotisme accrocheur aux qualités intrinsèques de l'oeuvre), mais qui connaîtra de grands moments. C'est là que Bourgeon créera les sublimes "Passagers du vent", que Pratt publiera "Ernie Pike", et que les grands créateurs d'aujourd'hui publieront certaines de leurs premières oeuvres : Rossi ("Le Chariot de Thespis", Berthet et Cosse ("Le marchand d'idées"), Rouge ("Les Ecluses du Ciel"), Dethorey et Giroud ("Louis la Guigne"), Juillard ("Les sept vies de l'Epervier"), Vicomte ("Balade au bout du monde"), Makyo ("Grimion gant de cuir"), Yslaire ("Sambre"), Yann et Conrad ("Bob Marone", "La Patrouille des Libellules"), ... pour ne citer que les plus importants. Malheureusement, à la fin des années 80 marquées par le déclin des revues de bande dessinée, Circus doit interrompre sa parution comme tant d'autres, laissant des dizaines de dessinateurs sans support de pré-publication. Les Editions Glénat, qui se sont constitué un catalogue important grâce à lui, en poursuivent néanmoins la publication en album.

1927
Michel Tacq naît à Uccle, près de Bruxelles. C'est à l'adolescence qu'il a la révélation du scoutisme, une passion qui ne le quittera plus jamais. Cet éternel scout étudie le dessin industriel chez des aumôniers du travail et, doué, publie sa première oeuvre à l'âge de 17 ans. C'est la série "Tam-Tam", que l'histoire de la bande dessinée ne retiendra pas mais qui connaîtra plusieurs albums d'inspiration graphique très hergéenne. Après la guerre, il entre dans une agence de dessinateurs, qui deviendra célèbre pour avoir fourni au journal "Spirou" certaines de ses plus glorieuses(Buck Danny, entre autres) : la World Press. La petite porte de "Spirou" lui est ouverte en 1951, quand il peut dessiner des premières "belles histoires de l'Oncle Paul". C'est en 1954 qu'avec le scénariste Jean-Michel Charlier, il crée la fameuse "Patrouille des Castors", qu'il poursuivra jusqu'à son décès en 1993. En 1959, Charlier l'entraîne au journal "Pilote" qu'il dirige alors avec Goscinny. Ils y créent le personnage de Jacques Le Gall, proche des "Castors" par son humanisme, mais entraîné dans des aventures beaucoup plus cauchemardesques. En 1968, avec divers scénaristes (Tillieux, Duchâteau, Stoquart, Beckers), il raconte les aventures de Stany Derval dans "Spirou". Expert en dessin réaliste, Mitacq s'est néanmoins parfois défoulé dans un pastiche des "Castors": "La Patrouille des Zoms", scénarisée par un grand loufoque : Yvan Delporte. Profondément humaine, pleine de bons sentiments, l'oeuvre de Mitacq fait partie des très grands classiques de la bande dessinée belge (Dupuis).

11 juin

1948
Franz Drapier naît dans la deuxième capitale belge de la bande dessinée : Charleroi. Après des études artistiques, il publie quelques illustrations avant d'entrer à "Spirou", en 1969, avec les inévitables "Belles histoires de l'Oncle Paul". On le retrouve également au sommaire de "Tintin" avec quelques récits complets. Il crée sa première série humoristique en 1971 : Korrigan (Lombard), avec le scénariste Vicq, pour "Tintin". En parallèle, il collabore au journal "Pilote", qui crée alors une édition "belge" limitée à l'édition française augmentée de quelquesdites "d'actualité". Il y rencontre Henri Desclez, qui l'entraîne dans son studio de dessinateurs où il dessine sept très "oubliables" adaptations en bande dessinée de "San Antonio". En 1975, il crée Mandrin pour "Tintin" (sur scénario de Vicq), puis reprend le personnage de Jugurtha, qu'Hermann avait créé avec Jean-Luc Vernal (Lombard). En 1979, s'ajoute à une production pléthorique une série créée avec Duchâteau : Hypérion, puis en 1980 l'admirable Lester Cockney, qu'il signe en tant qu'auteur complet (Lombard). Il continue à diversifier ses collaborations en créant, en 1982 avec le scénariste Pecqueur, Thomas Noland (Dargaud). C'est en solo qu'il crée ensuite "Poupée d'Ivoire" (Glénat) en 1987 dans "Vécu", suivi de "Brougue" (Blanco), en 1990, avant de reprendre la mythique série "Jerry Spring" (Alpen). L'année suivante, il adapte Hannah (Dupuis) de Paul-Lou Sulitzer. On lui doit également divers scénarios. Hyperdoué, virtuose tant au point de vue du dessin que du scénario, Franz est l'un des auteurs les plus productifs de ces dernières années. Malgré une production importante, il a toujours pu garder une haute qualité à chacune de ses créations.

1934
C'est un magicien comme on n'en voit plus que sur les scènes de théâtre. Une baguette magique, une cape et un magnifique costume fraîchement repassé. Il a un don. D'un geste, il hypnotise n'importe qui et lui fait voir n'importe quoi; ou plutôt, ce qu'il a décidé de lui faire voir. A partir de cette ficelle énorme, le scénariste Lee Falk va imaginer l'un des héros de bande dessinée les plus célèbres du monde : Mandrake le magicien. Avec le dessinateur Phil Davis, ils vont lui faire vivre des aventures abracadabrantes en pleine jungle, en compagnie d'un brave noir un peu bénêt malgré son statut de roi africain, Lothar, et d'une belle princesse, Narda. Davis poursuivra cette série jusqu'à sa mort en 1964. Lee Falk en poursuivra les scénarios pour le dessinateur Fredericks.

12 juin

1975
C'est un agent de quartier pas comme les autres; ou plutôt comme on les imaginait il y a cinquante ans: brave homme, bonhomme, gentil tant qu'on lui fiche la paix. Mais la paix, il ne la trouve jamais. Les suicidaires ratés, les couples en bagarre, les ivrognes amnésiques ne cessent de lui gâcher le long chemin qui le mène à une retraite dorée de fonctionnaire heureux. L'Agent 212, de Kox et Cauvin, a réussi à rajeunir le thème des histoires policières en les voyant du côté de la Maréchaussée et en s'inspirant d'anecdotes de la vie quotidienne: peu de gangsters et de voleurs, mais des hommes et femmes, comme vous et moi, avec leurs petits défauts et leurs légères hypocrisies, face à un gros lourd au gros nez, à la rancune tenace, à la fainéantise bien assise et au sens de l'humour suffisamment solide pour résister à toutes les frustrations et vexations d'une vie de gardien de la paix. Quelle paix ? (Dupuis)

13 juin

1985
La série la plus romantique de l'histoire de la bande dessinée débute dans "Circus" : Sambre. Aux commandes de cette fresque d'une époque (le XIXe siècle), d'un milieu (l'aristocratie agonisante) et d'être humains particulièrement marqués par le destin (Bernard Sambre et la belle sauvageonne Julie), on trouve le dessinateur Bernard Hislaire et le scénariste Yann le Pennetier, qui signe Balac. Ce dernier cède ensuite la plume à Hislaire, qui poursuit seul mais trèèèèèèèèès lentement cette oeuvre magnifique, originale, personnelle mais complexe, qui figure parmi les tout grands chefs-d'oeuvre de la bande dessinée récente (Glénat).

1970
Roger Copuse est parti pour une monde encore plus absurde que celui qu'il racontait dans ses bandes dessinées. On le connaissait uniquement sous un pseudonyme : Hubuc. Journaliste sportif, il n'avait été touché par le virus du scénario qu'au début des années soixante, où il réalisa avec le dessinateur Devos certains des plus mémorables "mini-récits" du journal "Spirou". Son humour au second degré allait continuer à faire merveille dans le personnage de Victor Sébastopol, avec le même dessinateur pour le même journal. Il dessine également. On lui doit: "Le Labyrinthe" et "Dans le sillage des Ardonautes", pour "Spirou", puis "L'Aéromédon populaire" dans "Pilote", sur des scénarios du merveilleux Fred et, enfin, une série de gags intitulés "Le travail" (Dargaud). Pour "Tintin", il crée Pancho Bomba avec le dessinateur Mike, puis reprend la série "Chlorophylle" (Lombard) avec le dessinateur Guilmard - série qu'il dessinera ensuite seul. C'est avec Guilmard encore qu'il crée la série "Wilbur et Mimosa" en 1969. Il a encore le temps de publier une série humoristique dans "Le Soir Illustré" avant de s'éteindre prématurément, neuf ans à peine après avoir publié son premier récit.

14 juin

1993
V.T.Hamlin est mort. Il est né avec le siècle, en 1900, dans l'Iowa, aux Etats-Unis. Gazé durant le première guerre mondiale, il devient journaliste puis photographe et illustrateur dans divers journaux. C'est dans une société pétrolière qu'il rencontre un géologue qui lui communiquera sa passion pour la préhistoire qui allait se concrétiser dans la création de son personnage "Alley Oop", un homme de la pierre humoristique qu'il crée en 1933. Il la poursuivra près de soixante ans puisqu'il ne l'interrompra qu'en 1971, jugeant, à juste titre, qu'il était temps de prendre sa retraite.

1950
Bernard Cosey naît à Lausanne. Dessinateur publicitaire, il rencontre Derib, en 1970, qui l'encourage à faire de la bande dessinée. Il débute en 1971 dans "Le Soir Jeunesse" avec "Monfreid et Tilbury", sur scénario de Duchâteau, puis avec "Paul Aroïd", qu'il dessine pour un journal suisse, "24 heures", où il dessine également Séraphin Ledoux. Il publie encore "Un shampooing pour la couronne" avant de créer son premier chef-d'oeuvre, le sublimissime Jonathan, pour le journal "Tintin". Les autres suivront, du même niveau : "A la recherche de Peter Pan" (Lombard), en 1984, puis une série d'albums dans la prestigieuse collection "Aire Libre" de Dupuis : "Le voyage en Italie", "Orchidéa", "Saigon-Hanoï", "Joyeux Noël, May". Il illustre également chez Albin Michel un roman de Jacques Salomé : "L'enfant Bouddha". Sensible, humaniste, Cosey a réussi à s'imposer avec une bande dessinée où les facteurs psychologiques et les sentiments humains ont une place essentielle. Son dessin, tendre, sa mise en couleurs, subtile et délicate, font de chacun de ses albums un petit bijou.

15 juin

1996
Débute au "Cultureel Centrum "De Kruisboog"", Minderbroederstraat (à vos souhaits !) à Tirlemont, en Belgique, une exposition intitulée "Raoul Cauvin", consacrée au scénariste le plus prolixe de la bande dessinée humoristique contemporaine. Jusqu'au 30 juin. Informations : 19.32.16.77.96.53.

1996
Débute aux célèbres grottes de Han-sur-Lesse, en Belgique, une exposition intitulée "Grottes-Han-Bulles". Le monde souterrain figure en bonne place dans l'imaginaire des auteurs de bande dessinée. Expo sur les grottes dans la BD et planches originales de Servais, Aidans, Laverdure, Vandersteen. A la Ferme de Dry-Hamptay, Domaine des Grottes de Han, B-5580 Han-sur-Lesse, jusqu'au 1er septembre. Informations : 19.32.84.37.77.13

1996
Débute au Musée de la Poste, près de la Grand-Place de Bruxelles, une exposition intitulée avec beaucoup de modestie "Chefs-d'oeuvre du neuvième art", qui présentera certaines des plus belles planches originales extraites de collections privées. Jusqu'au 15 septembre. L'adresse pour les timbrés est place du Grand Sablon, B-1000 Bruxelles. Infos : 19.32.2.513.72.58

1927
Hugo Pratt naît à Rimini, en Italie. La bande dessinée a connu beaucoup de stars, mais rares sont celles qui ont dépassé ce statut pour atteindre le mythe. Hugo Pratt est de celles-là. C'est par lui que la bande dessinée est passée au stade adulte, qu'elle a osé s'affirmer comme autre chose qu'un amusement léger pour les enfants : un moyen d'expression populaire mais puissant, pouvant véhiculer une vision du monde au même titre que le cinéma ou la littérature, capable de provoquer des sentiments comme les autres arts. Cela les lecteurs le savaient déjà depuis leur plus tendre enfance. mais il a fallu Hugo Pratt et un certain Corto Maltese pour que les milieux intellectuels et les journalistes s'en rendent compte. C'est à Venise que l'enfance d'Hugo Pratt se charge de souvenirs. À dix ans, il part pour l'Ethiopie avec sa mère, rejoindre son père. Il y reste six ans. Autres lieux, autres souvenirs, que ses bandes dessinées ramèneront au présent des décennnies plus tard. Des bandes dessinées, justement, il commence à en créer en 1945, grâce à sa rencontre avec le responsable des "Albo Uragano Comics", en Italie. Sa carrière d'auteur fleuve démarre tôt. Les séries se succèdent à toute allure : "Asso di Piche", "Ray e Roy", "Silver-Pan", "Indian Rivere", etc. En 1949, il part pour le continent sud-américain, invité par un éditeur. Il s'installe en Argentine. Là, il écrit des scénarios, dessine. C'est durant cette période qu'il dessine Sgt. Kirk sur un scénario d'Hector German Oesterheld (une des nombreuses victimes de la junte des militaires qui mettra par la suite le pays à feu et à sang) et qu'il crée Ann de la Jungle. En 1959, il s'installe à Londres et réalise quelques récits guerriers. En 1962, il revient en Italie. Cette année-là voit la création du Capitaine Cormorant, de Fort Wheeling. Puis d'autres séries suivent, innombrables, pour "Il Corriere dei piccoli". Il interrompt cette collaboration en 1967 et crée avec un promoteur immobilier, Florenzo Ivaldi, une revue intitulée "Sgt.Kirk", où il publie ses bandes dessinées d'Argentine et des bandes dessinées américaines. Il y publie également ses nouvelles créations. Parmi elles, "Les Scorpions du Désert" et un magnifique roman en bande dessinée : "La ballade de la Mer Salée". Un étrange marin y apparaît pour la première fois. Il se nomme Corto. Corto Maltese. On a du mal à imaginer aujourd'hui qu'avec un sommaire aussi fastueux ce magazine ait pu échouer. Et pourtant, en décembre 1969, il doit cesser sa publication. Hugo Pratt contacte alors "Pif Gadget", à qui il propose Corto Maltese. C'est donc dans ce journal que le public francophone découvre, dès avril 1970, les premières planches d'un des plus grands classiques de la bande dessinée. Il y publie 21 épisodes jusqu'en 1973, et poursuit ensuite les aventures de son marin (Corto Maltese en Sibérie) dans une revue italienne, "Linus", où il publie également "Les Scorpions du Désert". Il se partage désormais entre la France et l'Italie. Il crée pour "Pilote" "La Macumba du Gringo", "A l'Ouest d'Eden", "L'Homme de Somalie", "Jesuite Joe", etc. Il rejoint ensuite l'équipe du mensuel (A suivre), y publiant les traductions des bandes dessinées publiées en même temps en Italie. Progressivement, Corto Maltese s'impose comme un personnage majeur dans la bande dessinée contemporaine et Hugo Pratt comme le chef de file de la bande dessinée "adulte". On le retrouve même mis en scène comme personnage dans une bande dessinée qui lui est dédiée : "H.P. et Guiseppe Bergmann", par Manara, un dessinateur avec qui il collabore ensuite en tant que scénariste ("Un été indien", "El Gaucho"). Ce grand conteur, maître de la bande dessinée noir et blanc mais également aquarelliste doué, s'éteint un soir d'été 1995. On trouve ses albums chez Casterman, Dargaud, Glénat, et divers autres éditeur ponctuels.

16 juin

1974
Le mensuel "Lucky Luke" accueille un cow-boy différent de ceux que la bande dessinée connaît depuis sa naissance. A l'aube de cette décennie, où le drame des Indiens américains va apparaître aux yeux du grand public grâce à la révolte de Wounded Knee, où l'on sortira enfin de la caricature bons-cow-boys/Indiens-sanguinaires-et-sauvages grâce à des films comme "Un homme appelé cheval" et "Soldier Blue", Jonathan Cartland, trappeur américain, épouse Petite Neige, une magnifique squaw. De leur union naît un fils, mais leur bonheur est de courte durée : Petite Neige est assassinée. Un drame effroyable, dont Jonathan Cartland ne se remettra vraiment jamais. Car il n'est pas un héros comme les autres. Humain, fragile, il n'a rien du roc solide que sont ses confrères de papier. Dessiné par Michel Blanc-Dumont d'après des scénarios splendides de Laurence Harlé, il s'insère dans le courant du western humaniste né au début des années 70 (Dargaud).

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