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1968
Le journal "Spirou" publie les planches d'une jeune dessinatrice. Belle,
mais belle à en faire rosir tous les représentants purs mâles de cette
profession catégoriquement masculine. Douée, talentueuse et prête à mordre
qui en douterait. Un scénariste débutant lui offre ses services. Elle,
c'est Claire Bretécher. Lui, c'est Raoul Cauvin. Mère et père d'une famille
nombreuse de joyeux lurons, les "Naufragés". Cette série préfigure déjà le
tandem que maîtrisera si bien Cauvin par la suite : un capitaine teigneux,
colérique et gueulard qu'un brave matelot passe son temps à énerver en
coulant bêtement ses rafiots successifs. Si possible, dans une mer infestée
de requins ou à proximité d'un îlot paradisiaque accueillant un
rassemblement international d'anthropophages. Abandonnée, pour on ne sait
quelle idiote raison, cette remarquable série n'a connu qu'un seul album,
chez "Glénat".
1947
Chantal Montelier naît à Bouthéon, en France. Professeur de graphisme,
peintre, elle ne commence à publier qu'à partir de 1972, dans la presse
militante de gauche et d'extrême-gauche. Elle entre ensuite dans la presse
"branchée" des années 70 : "Charlie Mensuel", "Ah! Nana", "Métal Hurlant".
Elle y crée Andy Gang, un personnage de flic pas comme ceux qu'on a
l'habitude de voir en bande dessinée. Mais proche de ceux qu'on a
l'habitude de croiser dans la vie de tous les jours. Pas vraiment fûté,
plutôt fonctionnaire, prompt à la bavure et adorant s'entraîner au tir à
pipes sur les passants basanés ou aux cheveux crêpus. Les différentes
"aventures" de ce personnage paraîtront aux "Humanoïdes Associés" : "1996",
"Shelter", "Wonder City", "L'Esclavage, c'est la Liberté", "Odile et les
Crocodiles".
Cette écorchée vive publie des récits sans concession, des cris, s'ouvrant
à des univers que l'on ne traite pratiquement pas dans la bande dessinée
classique, comme la prison, l'exclusion et l'internement psychiatrique, et
qui ne laissent jamais indifférents. Elle publie ainsi "Les Rêves du Fou",
"Le Sang de la Commune" (Futuropolis), "La Fosse aux serpents" (Casterman)S
Son graphisme glacé, figé, proche de l'instantané photographique, son
lyrisme militant, font de Chantal Montellier un auteur complètement à part
dans la bande dessinée contemporaine, sans aucun équivalent.
1923 
Pat Sullivan et Otto Messmer sont heureux : leur personnage de dessin
animé, Felix the Cat, paraît en bande dessinée. C'est Pat Sullivan qui se
charge seul de l'adaptation de leur facétieux félin. Un quotidien anglais a
l'honneur historique d'en publier le premier gag, mais les Américains ne
connaîtront cet indiscible bonheur qu'un mois plus tard, le 31 août 1923.
Impertinent, frondeur, volontiers ironique vis-à-vis des bipèdes pleins de
contradictions que nous sommes, il apparaît en France en 1929. Otto Messmer
passe la main en 1955, et le chat noir au rire en crécelle connaît alors
des suites plus ou moins heureuses, parfois carrément malheureuses. Dire
que Félix a été une star est un euphémisme. Il a conquis le monde civilisé
et a même eu les honneurs de la première émission expérimentale de la
chaîne NBC en 1930.
1979
Son destin est tout tracé. Edmond le Cochon, qui apparaît aujourd'hui dans
"L'Echo des Savanes" est un cochon, élevé et engraissé dans une ferme, et
donc son avenir ne tient qu'à une seule chose : le couteau qui doit
l'égorger lorsqu'il aura fait assez de gras. Ou plutôt, à deux choses : le
couteau ET les gonzesses. Car Edmond le Cochon ne sera saigné que lorsque
ses facultés de goret reproducteur viendront à baisser.
Mais c'est compter sans une intelligence égale en quantité aux poils dans
la patte de ce futé de cochon. Roublard, fainéant, teigneux, lâche et
cynique, il n'hésite pas à sacrifier ses adipeuses compagnes pour ne pas
satisfaire à ses obligations reproductrices et échapper malgré tout au
boucher.
Proche de l'univers de Georges Orwell "La Ferme des Animaux", Edmond le
Cochon, imaginé par Martin Veyron et dessiné par Jean-Marc Rochette, s'en
détache pour des aventures burlesques et satiriques qui l'entraînent vers
les harems africains. Cette série hilarante, de très haute qualité, paraît
chez Albin Michel.
1965
Un soldat de l'empereur du Japon entame aujourd'hui une longue série de
frasques dans le journal "Tintin". Taka Takata, dessiné par Azara sur des
idées de Vicq, n'est pas tout à fait le kamikaze glacé, prêt à donner sa
vie pour l'Empire du Soleil levant, que l'on imagine. Myope comme une
taupe, pacifique et poète à ses heures perdues (nombreuses), il a plutôt
tendance à se rebeller contre l'autoritarisme hiérarchique personnifié par
ses supérieursk, le vociférant colonel Rata Hôsoja et l'adjudant Hatéjojo.
Disparu à la fin des années 70, Taka Takata revient en 1994, Joël Azara
ayant décidé d'en rééditer les aventures (Editions AZEKO).
1958
Marc Hernu naît à Kinshasa, au Congo. Il étudie la bande dessinée à
l'Atelier R à Saint-Luc, à Bruxelles, et publie ses premières planches dans
la revue de cet institut, "Le neuvième rêve". Sa première histoire, "Clear
Love lave plus banc", paraît chez Deligne en 1982. Suite à cette
publication, le scénariste sulfureux et provocateur Jan Bucquoy le prend
sous son aile pour poursuivre "Le Bal du rat mort", délaissé par
Jean-François Charles. Ensemble, ils créent Alain Moreau dont les
fantastiques et violentes aventures ("La nuit du Bouc", "Détective",
"L'amante religieuse", "La lune double de Berlin") paraissent chez Ansaldi.
Puis Jan Bucquoy s'autoparodie dans les aventures sexuo-délirantes et de
très, très, très mauvais goût de "Jean-Pierre Lheureux" (Glénat).
En solo, cette fois, Marc Hernu donne naissance à Sarah, qui est à la fois
le prénom de sa fille et celui de son héroïne au tragique destin (Glénat).
1941
Grsegorz Rosinski naît à Stalowa Wola en Pologne, pays où le parti
communiste français diffuse son hebdomadaire "Vaillant", ce qui lui permet
de s'initier à la bande dessinée. En 1957, il dirige une petite revue
scoute puis apprend les arts graphiques à Varsovie.
Il s'impose assez rapidement comme illustrateur et dessine de nombreux
récits dans des domaines aussi divers que le western, la science-fiction,
le polarS jusqu'en 1976.
Cette année-là, en voyage en Belgique, il rencontre André-Paul Duchâteau et
Jean van Hamme, ainsi que la rédaction (dans la cave des Editions Dupuis)
du "Trombone Illustré".
Ce voyage lui permet de s'introduire dans la presse belge. Il collabore à
"Tintin", au "Trombone Illustré" ("Le Titanic") et à "Spirou" ("La
Croisière fantastique", sous le pseudonyme de Rosek et avec le scénariste
Mythic, albums Lombard).
C'est en 1977 qu'avec Jean Van Hamme il publie le magnifique récit "La
Magicienne trahie" qui introduit le personnage de Thorgal, devenu "le"
best-seller des Editions du Lombard.
Avec André-Paul Duchâteau, au début des années 80, il crée "Hans", qui est
repris ensuite par Kas, Polonais comme lui.
En 1986, sur un scénario de Van Hamme, il dessine pour (A Suivre) "Le grand
pouvoir du Chninkel" (Casterman) et, en 1993, sur un scénario de Dufaux,
"La complainte des landes perdues" (Dargaud).
Rosinski, dessinateur de haute-voltige, perfectionniste, est l'un des plus
grands auteurs réalistes contemporains.
1932
Guillermo Mordillo naît à Buenos Aires, en Argentine. Graphiste, il
illustre les contes de Perrault avant de se lancer dans le dessin animé en
fondant ses propres studios. Il part au Pérou en 1955 pour y travailler
dans la publicité, puis à New-York et, enfin, à Paris, où il atterrit en
1963. C'est là qu'il publie ses premiers dessins humoristiques, dans
"Paris-Match", "Marie-Claire", "Lui" et même "Pif Gadget". Son graphisme
extrêmement rond, très expressif, son sens du gag muet, où tout se joue
dans le comique de la situation et les mimiques des personnages, en font
vite l'un des graphistes humoristiques les plus côtés. Ses dessins se
retrouvent dans la presse mais aussi sur des posters, sur des objets de
"merchandising", etc. Certains de ses gags ont été adaptés en dessins
animés.
Les Editions Glénat en ont publié plusieurs sélections.
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