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1975
Un nouveau magazine de bande dessinée paraît. Il s'intitule "Circus". Face
aux empires que constituent encore "Tintin", "Spirou", "Pilote", il propose
de nouveaux dessinateurs, encore inconnus du grand public, et des auteurs qui
ont déjà fait leurs preuves mais dont la notoriété n'est pas des plus
grandes. Progressivement pourtant, Circus va s'imposer comme un des grands
journaux de la première moitié des années 80. Il est édité par un jeune
éditeur, Jacques Glénat, déjà connu dans le cercle des amateurs éclairés
par son fanzine "Les Cahiers de la bande dessinée". "Circus" va lui
permettre de se créer un fond éditorial, pas toujours de qualité ni de bon
goût (en cause, un directeur éditorial, Henri Filippini, qui privilégie le
sensationnel et l'érotisme accrocheur aux qualités intrinsèques de
l'oeuvre), mais qui connaîtra de grands moments. C'est là que Bourgeon
créera les sublimes "Passagers du vent", que Pratt publiera "Ernie Pike",
et que les grands créateurs d'aujourd'hui publieront certaines de leurs
premières oeuvres : Rossi ("Le Chariot de Thespis", Berthet et Cosse ("Le
marchand d'idées"), Rouge ("Les Ecluses du Ciel"), Dethorey et Giroud
("Louis la Guigne"), Juillard ("Les sept vies de l'Epervier"), Vicomte
("Balade au bout du monde"), Makyo ("Grimion gant de cuir"), Yslaire
("Sambre"), Yann et Conrad ("Bob Marone", "La Patrouille des Libellules"),
... pour ne citer que les plus importants.
Malheureusement, à la fin des années 80 marquées par le déclin des revues
de bande dessinée, Circus doit interrompre sa parution comme tant d'autres,
laissant des dizaines de dessinateurs sans support de pré-publication. Les
Editions Glénat, qui se sont constitué un catalogue important grâce à lui,
en poursuivent néanmoins la publication en album.
1927
Michel Tacq naît à Uccle, près de Bruxelles. C'est à l'adolescence qu'il a
la révélation du scoutisme, une passion qui ne le quittera plus jamais. Cet
éternel scout étudie le dessin industriel chez des aumôniers du travail et,
doué, publie sa première oeuvre à l'âge de 17 ans. C'est la série "Tam-Tam",
que l'histoire de la bande dessinée ne retiendra pas mais qui connaîtra
plusieurs albums d'inspiration graphique très hergéenne. Après la guerre,
il entre dans une agence de dessinateurs, qui deviendra célèbre pour avoir
fourni au journal "Spirou" certaines de ses plus glorieuses pages (Buck
Danny, entre autres) : la World Press. La petite porte de "Spirou" lui est
ouverte en 1951, quand il peut dessiner des premières "belles histoires de
l'Oncle Paul". C'est en 1954 qu'avec le scénariste Jean-Michel Charlier, il
crée la fameuse "Patrouille des Castors", qu'il poursuivra jusqu'à son
décès en 1993. En 1959, Charlier l'entraîne au journal "Pilote" qu'il
dirige alors avec Goscinny. Ils y créent le personnage de Jacques Le Gall,
proche des "Castors" par son humanisme, mais entraîné dans des aventures
beaucoup plus cauchemardesques. En 1968, avec divers scénaristes (Tillieux,
Duchâteau, Stoquart, Beckers), il raconte les aventures de Stany Derval
dans "Spirou". Expert en dessin réaliste, Mitacq s'est néanmoins parfois
défoulé dans un pastiche des "Castors": "La Patrouille des Zoms",
scénarisée par un grand loufoque : Yvan Delporte.
Profondément humaine, pleine de bons sentiments, l'oeuvre de Mitacq fait
partie des très grands classiques de la bande dessinée belge (Dupuis).
1948
Franz Drapier naît dans la deuxième capitale belge de la bande dessinée :
Charleroi. Après des études artistiques, il publie quelques illustrations
avant d'entrer à "Spirou", en 1969, avec les inévitables "Belles histoires
de l'Oncle Paul". On le retrouve également au sommaire de "Tintin" avec
quelques récits complets. Il crée sa première série humoristique en 1971 :
Korrigan (Lombard), avec le scénariste Vicq, pour "Tintin". En parallèle,
il collabore au journal "Pilote", qui crée alors une édition "belge"
limitée à l'édition française augmentée de quelques pages dites
"d'actualité". Il y rencontre Henri Desclez, qui l'entraîne dans son studio
de dessinateurs où il dessine sept très "oubliables" adaptations en bande
dessinée de "San Antonio". En 1975, il crée Mandrin pour "Tintin" (sur
scénario de Vicq), puis reprend le personnage de Jugurtha, qu'Hermann avait
créé avec Jean-Luc Vernal (Lombard). En 1979, s'ajoute à une production
pléthorique une série créée avec Duchâteau : Hypérion, puis en 1980
l'admirable Lester Cockney, qu'il signe en tant qu'auteur complet
(Lombard).
Il continue à diversifier ses collaborations en créant, en 1982 avec le
scénariste Pecqueur, Thomas Noland (Dargaud). C'est en solo qu'il crée
ensuite "Poupée d'Ivoire" (Glénat) en 1987 dans "Vécu", suivi de "Brougue"
(Blanco), en 1990, avant de reprendre la mythique série "Jerry Spring"
(Alpen). L'année suivante, il adapte Hannah (Dupuis) de Paul-Lou Sulitzer.
On lui doit également divers scénarios.
Hyperdoué, virtuose tant au point de vue du dessin que du scénario, Franz
est l'un des auteurs les plus productifs de ces dernières années. Malgré
une production importante, il a toujours pu garder une haute qualité à
chacune de ses créations.
1934
C'est un magicien comme on n'en voit plus que sur les scènes de théâtre.
Une baguette magique, une cape et un magnifique costume fraîchement
repassé. Il a un don. D'un geste, il hypnotise n'importe qui et lui fait
voir n'importe quoi; ou plutôt, ce qu'il a décidé de lui faire voir. A
partir de cette ficelle énorme, le scénariste Lee Falk va imaginer l'un des
héros de bande dessinée les plus célèbres du monde : Mandrake le magicien.
Avec le dessinateur Phil Davis, ils vont lui faire vivre des aventures
abracadabrantes en pleine jungle, en compagnie d'un brave noir un peu bénêt
malgré son statut de roi africain, Lothar, et d'une belle princesse, Narda.
Davis poursuivra cette série jusqu'à sa mort en 1964. Lee Falk en
poursuivra les scénarios pour le dessinateur Fredericks.
1975
C'est un agent de quartier pas comme les autres; ou plutôt comme on les
imaginait il y a cinquante ans: brave homme, bonhomme, gentil tant qu'on
lui fiche la paix. Mais la paix, il ne la trouve jamais. Les suicidaires
ratés, les couples en bagarre, les ivrognes amnésiques ne cessent de lui
gâcher le long chemin qui le mène à une retraite dorée de fonctionnaire
heureux. L'Agent 212, de Kox et Cauvin, a réussi à rajeunir le thème des
histoires policières en les voyant du côté de la Maréchaussée et en
s'inspirant d'anecdotes de la vie quotidienne: peu de gangsters et de
voleurs, mais des hommes et femmes, comme vous et moi, avec leurs petits
défauts et leurs légères hypocrisies, face à un gros lourd au gros nez, à la
rancune tenace, à la fainéantise bien assise et au sens de l'humour
suffisamment solide pour résister à toutes les frustrations et vexations
d'une vie de gardien de la paix. Quelle paix ? (Dupuis)
1985
La série la plus romantique de l'histoire de la bande dessinée débute dans
"Circus" : Sambre. Aux commandes de cette fresque d'une époque (le XIXe
siècle), d'un milieu (l'aristocratie agonisante) et d'être humains
particulièrement marqués par le destin (Bernard Sambre et la belle
sauvageonne Julie), on trouve le dessinateur Bernard Hislaire et le scénariste Yann
le Pennetier, qui signe Balac. Ce dernier cède ensuite la plume à Hislaire,
qui poursuit seul mais trèèèèèèèèès lentement cette oeuvre magnifique,
originale, personnelle mais complexe, qui figure parmi les tout grands
chefs-d'oeuvre de la bande dessinée récente (Glénat).
1970
Roger Copuse est parti pour une monde encore plus absurde que celui qu'il
racontait dans ses bandes dessinées. On le connaissait uniquement sous un
pseudonyme : Hubuc. Journaliste sportif, il n'avait été touché par le virus
du scénario qu'au début des années soixante, où il réalisa avec le
dessinateur Devos certains des plus mémorables "mini-récits" du journal
"Spirou". Son humour au second degré allait continuer à faire merveille
dans le personnage de Victor Sébastopol, avec le même dessinateur pour le
même journal. Il dessine également. On lui doit: "Le Labyrinthe" et "Dans le
sillage des Ardonautes", pour "Spirou", puis "L'Aéromédon populaire" dans
"Pilote", sur des scénarios du merveilleux Fred et, enfin, une série de
gags intitulés "Le travail" (Dargaud).
Pour "Tintin", il crée Pancho Bomba avec le dessinateur Mike, puis reprend
la série "Chlorophylle" (Lombard) avec le dessinateur Guilmard - série
qu'il dessinera ensuite seul. C'est avec Guilmard encore qu'il crée la
série "Wilbur et Mimosa" en 1969. Il a encore le temps de publier une série
humoristique dans "Le Soir Illustré" avant de s'éteindre prématurément,
neuf ans à peine après avoir publié son premier récit.
1993
V.T.Hamlin est mort. Il est né avec le siècle, en 1900, dans l'Iowa, aux
Etats-Unis. Gazé durant le première guerre mondiale, il devient journaliste
puis photographe et illustrateur dans divers journaux. C'est dans une
société pétrolière qu'il rencontre un géologue qui lui communiquera sa
passion pour la préhistoire qui allait se concrétiser dans la création de
son personnage "Alley Oop", un homme de la pierre humoristique qu'il crée
en 1933. Il la poursuivra près de soixante ans puisqu'il ne l'interrompra
qu'en 1971, jugeant, à juste titre, qu'il était temps de prendre sa retraite.
1950
Bernard Cosey naît à Lausanne. Dessinateur publicitaire, il rencontre Derib,
en 1970, qui l'encourage à faire de la bande dessinée. Il débute en 1971
dans "Le Soir Jeunesse" avec "Monfreid et Tilbury", sur scénario de
Duchâteau, puis avec "Paul Aroïd", qu'il dessine pour un journal suisse,
"24 heures", où il dessine également Séraphin Ledoux. Il publie encore "Un
shampooing pour la couronne" avant de créer son premier chef-d'oeuvre, le
sublimissime Jonathan, pour le journal "Tintin". Les autres suivront, du
même niveau : "A la recherche de Peter Pan" (Lombard), en 1984, puis une
série d'albums dans la prestigieuse collection "Aire Libre" de Dupuis : "Le
voyage en Italie", "Orchidéa", "Saigon-Hanoï", "Joyeux Noël, May". Il
illustre également chez Albin Michel un roman de Jacques Salomé : "L'enfant
Bouddha".
Sensible, humaniste, Cosey a réussi à s'imposer avec une bande dessinée où
les facteurs psychologiques et les sentiments humains ont une place
essentielle. Son dessin, tendre, sa mise en couleurs, subtile et délicate,
font de chacun de ses albums un petit bijou.
1996
Débute au "Cultureel Centrum "De Kruisboog"", Minderbroederstraat (à vos
souhaits !) à Tirlemont, en Belgique, une exposition intitulée "Raoul
Cauvin", consacrée au scénariste le plus prolixe de la bande dessinée
humoristique contemporaine. Jusqu'au 30 juin. Informations :
19.32.16.77.96.53.
1996
Débute aux célèbres grottes de Han-sur-Lesse, en Belgique, une exposition
intitulée "Grottes-Han-Bulles". Le monde souterrain figure en bonne place
dans l'imaginaire des auteurs de bande dessinée. Expo sur les grottes dans
la BD et planches originales de Servais, Aidans, Laverdure, Vandersteen. A
la Ferme de Dry-Hamptay, Domaine des Grottes de Han, B-5580 Han-sur-Lesse,
jusqu'au 1er septembre.
Informations : 19.32.84.37.77.13
1996
Débute au Musée de la Poste, près de la Grand-Place de Bruxelles, une
exposition intitulée avec beaucoup de modestie "Chefs-d'oeuvre du neuvième
art", qui présentera certaines des plus belles planches originales
extraites de collections privées. Jusqu'au 15 septembre. L'adresse pour les
timbrés est place du Grand Sablon, B-1000 Bruxelles.
Infos : 19.32.2.513.72.58
1927
Hugo Pratt naît à Rimini, en Italie. La bande dessinée a connu beaucoup de
stars, mais rares sont celles qui ont dépassé ce statut pour atteindre le
mythe. Hugo Pratt est de celles-là. C'est par lui que la bande dessinée est
passée au stade adulte, qu'elle a osé s'affirmer comme autre chose qu'un
amusement léger pour les enfants : un moyen d'expression populaire mais
puissant, pouvant véhiculer une vision du monde au même titre que le cinéma
ou la littérature, capable de provoquer des sentiments comme les autres
arts. Cela les lecteurs le savaient déjà depuis leur plus tendre enfance.
mais il a fallu Hugo Pratt et un certain Corto Maltese pour que les milieux
intellectuels et les journalistes s'en rendent compte.
C'est à Venise que l'enfance d'Hugo Pratt se charge de souvenirs. À
dix ans, il part pour l'Ethiopie avec sa mère, rejoindre son père. Il y
reste six ans. Autres lieux, autres souvenirs, que ses bandes dessinées
ramèneront au présent des décennnies plus tard. Des bandes dessinées,
justement, il commence à en créer en 1945, grâce à sa rencontre avec le
responsable des "Albo Uragano Comics", en Italie. Sa carrière d'auteur
fleuve démarre tôt. Les séries se succèdent à toute allure : "Asso di
Piche", "Ray e Roy", "Silver-Pan", "Indian Rivere", etc.
En 1949, il part pour le continent sud-américain, invité par un
éditeur. Il s'installe en Argentine. Là, il écrit des scénarios, dessine.
C'est durant cette période qu'il dessine Sgt. Kirk sur un scénario d'Hector
German Oesterheld (une des nombreuses victimes de la junte des militaires
qui mettra par la suite le pays à feu et à sang) et qu'il crée Ann de la
Jungle. En 1959, il s'installe à Londres et réalise quelques récits
guerriers.
En 1962, il revient en Italie. Cette année-là voit la création du Capitaine
Cormorant, de Fort Wheeling. Puis d'autres séries suivent, innombrables,
pour "Il Corriere dei piccoli". Il interrompt cette collaboration en 1967
et crée avec un promoteur immobilier, Florenzo Ivaldi, une revue intitulée
"Sgt.Kirk", où il publie ses bandes dessinées d'Argentine et des bandes
dessinées américaines. Il y publie également ses nouvelles créations. Parmi
elles, "Les Scorpions du Désert" et un magnifique roman en bande dessinée :
"La ballade de la Mer Salée". Un étrange marin y apparaît pour la première
fois. Il se nomme Corto. Corto Maltese.
On a du mal à imaginer aujourd'hui qu'avec un sommaire aussi fastueux ce
magazine ait pu échouer. Et pourtant, en décembre 1969, il doit cesser sa
publication. Hugo Pratt contacte alors "Pif Gadget", à qui il propose Corto
Maltese. C'est donc dans ce journal que le public francophone découvre, dès
avril 1970, les premières planches d'un des plus grands classiques de la
bande dessinée. Il y publie 21 épisodes jusqu'en 1973, et poursuit ensuite
les aventures de son marin (Corto Maltese en Sibérie) dans une revue
italienne, "Linus", où il publie également "Les Scorpions du Désert". Il se
partage désormais entre la France et l'Italie. Il crée pour "Pilote" "La
Macumba du Gringo", "A l'Ouest d'Eden", "L'Homme de Somalie", "Jesuite
Joe", etc. Il rejoint ensuite l'équipe du mensuel (A suivre), y publiant
les traductions des bandes dessinées publiées en même temps en Italie.
Progressivement, Corto Maltese s'impose comme un personnage majeur dans la
bande dessinée contemporaine et Hugo Pratt comme le chef de file de la
bande dessinée "adulte". On le retrouve même mis en scène comme personnage
dans une bande dessinée qui lui est dédiée : "H.P. et Guiseppe Bergmann",
par Manara, un dessinateur avec qui il collabore ensuite en tant que
scénariste ("Un été indien", "El Gaucho").
Ce grand conteur, maître de la bande dessinée noir et blanc mais également
aquarelliste doué, s'éteint un soir d'été 1995.
On trouve ses albums chez Casterman, Dargaud, Glénat, et divers autres
éditeur ponctuels.
1974
Le mensuel "Lucky Luke" accueille un cow-boy différent de ceux que la
bande dessinée connaît depuis sa naissance. A l'aube de cette décennie, où
le drame des Indiens américains va apparaître aux yeux du grand public
grâce à la révolte de Wounded Knee, où l'on sortira enfin de la
caricature bons-cow-boys/Indiens-sanguinaires-et-sauvages grâce à des films
comme "Un homme appelé cheval" et "Soldier Blue", Jonathan Cartland,
trappeur américain, épouse Petite Neige, une magnifique squaw. De leur
union naît un fils, mais leur bonheur est de courte durée : Petite Neige
est assassinée. Un drame effroyable, dont Jonathan Cartland ne se remettra
vraiment jamais. Car il n'est pas un héros comme les autres. Humain,
fragile, il n'a rien du roc solide que sont ses confrères de papier.
Dessiné par Michel Blanc-Dumont d'après des scénarios splendides de
Laurence Harlé, il s'insère dans le courant du western humaniste né au
début des années 70 (Dargaud).
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