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1981
Il s'appelle Arthis, il est photographe et, dans ce premier numéro de
"Gomme", un nouveau journal sorti ce mois de novembre, il se promène dans
un marécage pour y faire son métier : capturer des images. Dont celle d'une
jeune inconnue entr'aperçue au loin. Mais alors qu'il va appuyer sur le
déclencheur, leur univers à tous deux bascule dans l'horreur. D'étranges
personnages, comme sortis de nulle part, les assomment. Et ils
disparaissent. Comme tant d'autres avant eux ont disparu définitivement
dans les mêmes marais.
Arthis se réveille dans un monde d'enfermement terrible : des souterrains
en-dehors du monde où d'autres comme lui attendent leur fin, soumis à une
loi qui les dépasse et qui les transforme lentement en bêtes sauvages. La
"Balade au bout du monde" de Makyo et Vicomte vient de commencer. Un
époustouflant récit, inquiétant, à l'insupportable tension psychologique
dont les lecteurs ne connaîtront le soulagement que des années plus tard.
Ce chef-d'oeuvre incontestable, qui a imposé Makyo comme l'un des grands
scénaristes contemporains, a été repris, pour les dessins, par Eric
Herenguel dès le quatrième album. Tous sont parus chez Glénat.
1990
Dans le sordide des rues de Londres en ce début de siècle, des enfants
abandonnés errent et rêvent à ce que serait leur vie avec une maman pour
s'occuper d'eux. Peter, lui, il en a, une maman. Il leur raconte la douceur
de ses caresses, le bonheur de la retrouver chaque soir et leur passe un
peu de sa chaleur en cet hiver rigoureux.
Mais il ment, Peter. Il en a bien une de mère, mais alcoolique au dernier
degré. Violente et prête à tout pour sa bouteille de brandy. Y compris à
pousser Peter à se prostituer. Lors d'une crise plus violente que les
autres, il s'enfuit et erre à son tour dans les rues glacées. C'est là
qu'il rencontre une petite fée bien en chair. Clochette.
Peter Pan, de James Barrie, avait déjà connu une adaptation remarquable
signée Walt Disney. Celle-ci, bien plus noire mais superbe, est signée
Loisel (Vents d'Ouest).
1939
Raul Taborda Damonte naît à Buenos Aires, en Argentine. Après avoir suivi
ses parents diplomates en Uruguay puis aux Etats-Unis, il s'installe, en
1962, à Paris. Après quelques collaborations ponctuelles à des journaux peu
connus, il entame "La Femme assise" dans "Le Nouvel Observateur" en 1965,
des saynètes impitoyables où tout se joue dans les dialogues, le
personnage, simplifié à l'extrême, restant perpétuellement assis. Avec ce
style très personnel fait d'un trait tremblotant et de personnages aux nez
démesurés, il va conquérir la presse de gauche de l'époque, "Hara-Kiri",
"Charlie", "Libération". De nombreux recueils de ses histoires paraissent
aux Editions du Square.
Egalement auteur de romans et de pièces de théâtre, plus connu sous le nom de Copi, il meurt le 14 décembre
1987 du SIDA.
1900
Chester Gould naît à Pawnee, aux Etats-Unis. Il débute à l'aube des années
20 par des illustrations dans divers quotidiens. C'est en 1931 qu'il crée
le personnage qui va le rendre célèbre. Il s'agit d'un policier qu'il nomme
Plainclothes Tracy. Très vite, il lui donne un nom plus efficace: Dick
Tracy. Il en poursuit les aventures quotidiennes (un strip par jour) et
hebdomadaires (une planche par semaine, pour l'édition dominicale) jusqu'en
1977, imposant son style percutant, créant des personnages d'une force
rare, des "méchants" à la personnalité inoubliable, n'hésitant pas à les
mettre dans des situations d'une violence psychologique extrême. A juste
titre, Chester Gould est considéré comme le plus grand auteur de la bande
dessinée policière américaine.
On lui doit également une bande dessinée animalière, "The Gravies".
Il est mort le 11 mai 1985.
1957
Gérard Goffaux naît à Fosses-la-Ville, en Belgique. Etudiant à Saint-Luc, à
Bruxelles, il crée ensuite son personnage Max Faccioni dans l'éphémère
"Journal illustré le plus grand du monde" en 1982. Il le poursuit dans
"Spirou" à partir de 1984, puis aux Editions du Lombard en 1989. Ses
histoires noires, très influencées par la bande dessinée réaliste
américaine, apportent un ton pessimiste, voire désespéré, rare dans la
bande dessinée classique et qui marque son originalité.
1923
Paul Cuvelier naît à Lens, en Belgique. Dès l'âge de sept ans, il publie
son premier dessin dans "Le Petit Vingtième". Il s'intéresse à la peinture
et apprend ses techniques auprès du peintre Louis Cambier. Il imagine le
personnage de Corentin Feldoë durant la guerre, mais n'en entame
véritablement les aventures que dans le premier numéro de "Tintin", en
1946. En effet, Hergé ayant été séduit par son dessin, l'engage dans sa
première équipe. Il a auparavant réalisé "Le canyon mystérieux", sa
première bande dessinée, à partir d'un scénario signé par un mystérieux
Olav... et qui n'est autre que le pseudonyme commun de Hergé et Jacobs en
personne !
Virtuose du dessin, il va en parallèle mener une carrière houleuse et
alimentaire de dessinateur de bande dessinée, et une autre de peintre et
illustrateur.
En 1960, il crée "Flamme d'Argent", sur des scénarios de Greg et, en 1962,
"Wapi", avec Acar et Benoî. Il reprend également - superbement - le
personnage de Line.
Amoureux du corps féminin, il peut s'adonner à cette passion avec le
sublime "Epoxy" qu'écrit pour lui un jeune débutant, Jean Van Hamme.
Ce grand maître de la bande dessinée - un art qu'il méprisait - meurt le 5
août 1978, après une longue maladie.
1972
Le Scrameustache apparaît dans "Spirou". Cet extra-terrestre a été
découvert par un jeune garçon, Khéna, qui vit dans un petit village
tranquille aux côtés de son oncle Georges. A trois, ils vont vivre des
aventures se déroulant, tantôt dans les coins mystiques de notre monde,
tantôt dans l'espace aux côtés de gnomes extra-terrestres gaffeurs et
rigolos, les Galaxiens.
Gos, le créateur, se fait assister par son fils Walt à partir de 1983.
Celui-ci gère désormais la destinée des "Galaxiens", qui ont de plus en
plus souvent l'occasion de vivre leurs propres aventures.
1970
"Bal tragique à Colombey : un mort". C'est ainsi que "L'Hebdo Hara-Kiri",
le 16 novembre 1970, enterre le général de Gaulle (faisant allusion à un
incendie meurtrier dans un dancing qui était survenu quelques jours plus
tôt) et se fait interdire par le ministre de l'Intérieur, Raymond
Marcellin.
L'équipe de l'hebdomadaire ne se laisse pas démonter pour autant et sort,
la semaine suivante, "Charlie Hebdo". La publicité faite, une semaine plus
tôt, par l'interdiction, propulse immédiatement ce journal, animé par une
équipe de choc : le professeur Choron, Cavanna, Reiser, Wolinski, etc.
Mais, cinq ans plus tard, la dégringolade commence. Les ventes s'érodent
lentement, et il s'interrompt au numéro 580, en 1981. Il est enterré lors
d'une émission "Droit de Réponse" historique où le professeur Choron,
ivre-mort, provoque un énorme scandale. Un enterrement icônoclaste pour un
journal icônoclaste. Normal.
Il faudra attendre 1992 avant qu'une nouvelle équipe le relance, sans génie
malgré les grandes signatures qui y participent : Tardi, Gébé, Cavanna...
1924
Jacques Devos naît à Bruxelles. Il travaille durant vingt ans dans
l'entreprise de vélos paternelle et ne se lance dans la bande dessinée
qu'en 1961. Ce sont d'abord des mini-récits, puis des scénarios pour Salvé
- "Tim et Tom" (1962) puis "Whamoka et Whikilowat" (1963) - et pour Kiko -
Djinn (1964). Avec Hubuc comme scénariste, il crée "Alertogas et Saxophon"
puis le remarquable Victor Sébastopol, une série d'humour au second degré.
Son personnage le plus connu, Génial Olivier, est né en 1963 (albums Dupuis).
Il a également réalisé le personnage de Steve Pops (Casterman) et raconté
toute l'histoire des armes à feu dans "Spirou" au début des années 70. On
lui doit enfin des "Chroniques extraterrestres" particulièrement
astucieuses. Il est mort à Bruxelles le 27 janvier 1992.
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