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1971
Charles Bronson se réincarne dans "Spirou". Archie Cash, qui commence ses
violentes aventures sous le crayon de Malik et la plume de Jean-Marie
Brouyère, en est le sosie parfait. Physiquement et moralement. En effet, on
ne se trouve pas ici dans un univers pour enfants sages. C'est l'âme
humaine dans sa noirceur et sa perversité qu'Archie Cash va devoir
combattre avec les armes qui conviennent : sales.
Très décriée pour l'ambiance malsaine qui y règne, cette série est
scénarisée par Smit le Bénédicte et Thierry Martens après que Jean-Marie
Brouyère ait disparu de la circulation. Malik l'abandonne en
1988, au profit de Cupidon (Dupuis).
1959
Frank Le Gall naît à Rouen. Ses premières bandes dessinées paraissent dans
"Pistil" en 1978. Il publie ensuite "Valry Bonpain", les aventures d'un
saxophoniste de jazz (scénario d'Alain Clement) dans "Spirou" en 1981.
C'est dans ce journal qu'il donne naissance, en 1984, à un personnage que
lui inspira son grand-père : Théodore Poussin (Dupuis). Il élabore là, en
sachant se faire attendre, une oeuvre grandiose, très littéraire,
admirablement composée graphiquement.
En parallèle, il se défoule avec Yann dans "Yoyo", pour "Circus" (Glénat)
en 1985, et il illustre divers classiques de la littérature pour "Je
Bouquine", à partir de 1986. Il est également l'auteur de plusieurs livres
pour enfants chez Hachette.
1944
Jean-Claude Vernal naît à Bruxelles. En 1967, il crée Jugurtha avec Hermann, dans
"Tintin". Deux ans plus tard, il crée une maison d'édition qui
publie quelques essais. En 1971, il revient à la bande dessinée et réalise
"Les conquérants du Mexique" avec Torton (Lombard).
Il poursuit une double carrière de journaliste et de scénariste, publiant
à la fois "Le journal de Bruxelles" (avec Claude Renard) et la suite de
"Jugurtha", reprise par Franz en 1976. En 1977, il crée Ian Kalédine avec
Ferry.
En 1979, il raconte avec Franz "Bruxelles, mille ans d'épopée", puis entre
au journal "Tintin" comme rédacteur en chef. Le journal agonise. Sans
pouvoirs réels sur la politique éditoriale, il tente de s'imposer comme
créateur. Il crée des séries de qualité discutable (dont "Brelan de dames",
avec Renaud) et ne parvient pas à arrêter l'inéluctable. "Tintin" ayant été
récupéré par la Fondation Hergé qui lancera l'un des plus grands échecs de
l'histoire contemporaine - "Tintin Reporter" - le journal "Tintin" devient
"Hello Bédé". Un catalogue médiocre d'un éditeur bien mal en point à
l'époque. Racheté par le groupe "Ampère" qui, sous l'emprise de groupes
catholiques, veut moraliser la bande dessinée, il tombe sous la coupe de
leur homme de paille. Un commercial incompétent venu du Nord et qui veut
imposer la bande dessinée flamande, bas de gamme, aux francophones. Vernal
n'a qu'à se taire et suivre. Il suit jusqu'à la fin du magazine,
inéluctable et programmée, au début des années 90, après avoir été remplacé
de justesse par un nouveau rédacteur en chef, Yves Sente.
1938
Jean-Claude Mézières naît à Paris. Lorsqu'il a seulement treize ans, ses
premiers dessins paraissent dans un journal distribué au Salon de
l'Enfance. Il entre ensuite, à quinze ans, aux "arts appliqués" de Paris,
où il rencontre Giraud et Pat Mallet. Il publie ses premières planches en
1956 dans "Fripounet et Marisette", puis dans "Spirou". Il collabore
ensuite aux Editions Hachette en même temps que Giraud, puis dans le studio
de publicité du fils de Jijé.
En 1965, il part aux Etats-Unis. C'est là qu'après avoir travaillé comme
cow-boy il rencontre l'un de ses amis d'enfance, Christin.
A deux, ils créent une bande dessinée, "Le Rhum du Punch", que publie
"Pilote". Ils poursuivent leurs travaux pour ce journal dès leur retour en
Europe. En 1967, il y raconte "L'extraordinaire et troublante aventure de
M.Auguste Faust", imaginée par Fred. Et, la même année, avec Christin, il
crée l'un des monuments de la science-fiction contemporaine : Valérian
(Dargaud). Il s'y consacre quasi-totalement depuis.
En 1987, il illustre néanmoins un roman graphique signé Christin, "Lady
Polaris" et, à partir de 1990, toujours avec son scénariste attitré, crée
"Canal Choc", une série produite en studio aux Humanoïdes Associés.
1970
Yoko Tsuno apparaît enfin dans "Spirou". Cela faisait deux ans qu'elle
attendait ce moment : Roger Leloup, son créateur, avait accouché de cette
jolie héroïne japonaise la nuit de Noël 1968. Au début, elle ne vit que
quelques récits courts, que Leloup raconte avec l'aide de Maurice Tillieux.
Mais, bien vite, ils volent de leurs propres ailes dans des récits de
longue haleine. Ingénieur en électronique, experte en aïkido, Yoko est
enfin une héroïne à part entière, loin des clichés mysogines de la bande
dessinée classique. Elle est vite rejointe par Pol et Vic, qui deviennent
ses amis et avec qui elle crée le "Trio de l'Etrange", spécialisé dans les
tournages de reportages insolites.
Dès le début de ses grandes aventures, Yoko découvre une civilisation venue
d'une autre planète : les Vinéens. Elle va régulièrement les rejoindre sur
leur planète Vinéa, alternant ces voyages avec d'autres vers ses racines,
l'Asie et le Japon.
Yoko Tsuno est un personnage véritablement humain, parfois fragile, qui
n'hésite pas à exprimer ses sentiments. Ses récits sont empreints d'un
inconstestable humanisme; ils donnent une vision du monde sans manichéisme,
où les mauvais ont le pouvoir de changer et de réparer leurs erreurs.
Par cet aspect humain, par son travail de reconstitution des décors, avec
des scénarios très écrits, volontiers littéraires, Roger Leloup a réussi,
en une vingtaine d'années, à l'imposer comme un nouveau classique de la
bande dessinée (Dupuis).
1953
Jean-Claude Floc'h naît à Mayenne. Juriste, il ne se tourne vers la bande
dessinée qu'en 1977. Il crée les "Jacopo" pour "Astrapi". En 1979, avec
Jean-Luc Fromental, il réalise "En pleine guerre froide", qui sera publié
ensuite aux "Humanoïdes Associés", puis il se tourne vers l'illustration et
la publicité.
En 1986, il publie "Ça gaze à Casino" chez Bayard, puis "Monsieur Midi",
des strips scénarisés par Dionnet et publiés par un journal italien. Et
c'est en 1989 qu'il sort "Une ville n'est pas un arbre !" aux Humanos et
"Mort aux autres" chez Albin Michel.
1943
Massimo Mattioli naît à Rome. Il publie de premières planches en 1965 en
Italie, avant de s'envoler vers l'Angleterre (il travaille, à Londres, pour
"Mayfair") puis Paris où, en 1968, il entre à "Pif Gadget". Il y crée "M.le
Magicien", une série humoristique très inspirée par "The wizard of Id" de
Johnny Hart et Brant parker, qu'il interrompt en 1973.
Après un passage rapide au "Canard sauvage", il retourne en Italie. Il y
crée "Pinky", puis "Joe Galaxy" (en 1977) ainsi que divers personnages
éphémères.
C'est en 1980 qu'il crée "Squeak the Mouse", un pastiche décapant mais
hyper-violent des dessins animés des années 50. Un bijou d'humour au
quarantième degré
1928
Richard Outcault disparaît à New York. Père du "Yellow Kid", il était né le
14 janvier 1863.
1921
Jacques Martin naît à Strasbourg. Il apprend le dessin aux "Arts et
Métiers" d'Erquelinnes, en Belgique, et il publie ses premières planches en
1942 (il signe "Jam") dans le journal d'un groupement de jeunesse : "Les
Aventures de jeune Toddy".
Affecté de force, durant la guerre, dans une usine allemande fabriquant des
Messerschmitt, il en revient avec de nombreux dessins et illustrations très
réalistes.
A la libération, il se lance dans l'écriture de pièces de théâtre, dont
l'une sur Gilles de Rais.
Dès 1946, il entame la recherche d'un éditeur qui acceptera ses planches,
et s'associe avec Henri Leblicq. A deux, ils réalisent de premières
planches, qu'ils signent Marleb. Si leur collaboration prend fin après une
année d'existence, il n'en continue pas moins à utiliser ce pseudonyme. De
nombreux récits sont publiés dans la presse belge de l'époque : "oeil de
Perdrix", "Lamar l'homme invisible", etc.
C'est en 1948 qu'il entre au journal "Tintin" avec son personnage Alix
(Casterman). Le sérieux de la reconstitution historique des décors, la
rigueur de ses scénarios amènent progressivement cette série au rang des
grands classiques.
En 1952, naît Lefranc, copie d'Alix dans le monde contemporain. Et, l'année
suivante, il entre aux studios Hergé où il travaille (scénarios et dessins)
sur plusieurs aventures de Tintin et sur "La vallée des Cobras". Il réalise
également de nombreux chromos documentaires, assisté de Roger Leloup, son
assistant qu'il a emporté avec lui.
En 1970, il décide de céder le dessin de "Lefranc" à Bob de Moor, et plus
tard, à Gilles Chaillet. En 1978, il crée "Xan" (Lombard) avec Pleyers, une
série inspirée du personnage de Gilles de Rais, qu'il rebaptise "Jhen" chez
Casterman, suite à un désaccord avec son éditeur.
En 1983, il crée "Arno", un musicien de l'époque napoléonienne, avec
Juillard (Glénat). En 1990, il imagine encore Orion, un jeune Grec
(Bagheera), puis en 1991, lance Kéos, un Egyptien (Hélyode).
Cet immense scénariste, qui a bâti l'une des plus ambitieuses séries de
l'histoire de la bande dessinée, ce dessinateur rigoureux, qui restitue
patiemment les décors d'époque, est devenu l'un des grands maîtres de la
bande dessinée classique. Il s'est entouré d'assistants doués qui, tous,
ont adopté son dessin clair et précis. Ceux-ci perpétuent son style,
Jacques Martin ayant abandonné le dessin en 1990 suite à des problèmes de
vision.
1951
Le journal "Tintin" publie l'adaptation d'un des plus célèbres romans de la
littérature belge, Thyl Ulenspiegel, de De Coster. C'est le plus fameux des
dessinateurs flamands, Willy Vandersteen, qui se charge de cette tâche
difficile. Thyl est un peu le symbole de la lutte du petit peuple de
Belgique contre l'envahisseur espagnol. A l'origine fidèle à l'oeuvre
littéraire, il s'en écarte largement dans le deuxième épisode, intitulé
"Fort Amsterdam", qui entraîne le héros aux Etats-Unis. Cette oeuvre
magistrale, inusable, est rééditée en 1991 aux Editions du Lombard.
1948
Michel Schetter naît à La Louvière. Il publie ses premières planches dans
"Spirou" (une histoire de l'oncle Paul) en 1973, puis devient assistant de
Tibet et Denayer.
Il décide de voler de ses propres ailes en 1977 et publie "Les années de
feu" dans "Tintin" puis, à partir de 1983, le malsain "Cargo" dans
"Circus", qui sera suivi, en 1986, de "Berlin". Il réalise quelques récits
pour Bédéscope et imagine "Yerushalaim" pour le dessinateur Moynot en 1985
(Glénat) avant de se lancer dans l'auto-édition avec sa série "Yin-Yang".
1946
Blake et Mortimer apparaissent dans le premier numéro du journal "Tintin".
Leur créateur, un ancien chanteur d'opéra venu tard à la bande dessinée,
Edgar-Pierre Jacobs, les met vite en situation dans ce qui restera comme
l'un des plus grandioses feuilletons de l'histoire de la bande dessinée :
"Le Secret de l'Espadon".
Le scénario est, d'emblée, ambitieux : l'histoire d'un empereur asiatique
mégalomane qui a décidé d'envahir la planète, aidé par un européen renégat
: Olrik, incarnation du mal. Philip Edgar Angus Mortimer est un
scientifique anglais, spécialisé dans la recherche nucléaire; Francis Percy
Blake travaille aux services secrets britanniques.
Il faudra trois interminables années avant que ces deux courageux héros
parviennent à vaincre l'infâme Olrik. Mais celui-ci reviendra vite croiser
leur chemin.
En 1950, le "Mystère de la grande pyramide" tient les lecteurs en haleine
durant trois nouvelles années. Puis c'est l'un des mythes absolus de la
bande dessinée, "La marque jaune", qui marque une génération entière de sa
fameuse griffe, tracée sur tous les murs de France et de Belgique par des
enfants passionnés.
Patiemment, à raison d'une planche par semaine, Jacobs installe son oeuvre,
dense, archi-classique, utilisant tous les clichés de la bande dessinée,
mais extrêmement efficace et basée sur des scénarios d'une richesse
exceptionnelle. "L'Enigme de l'Atlantide" est suivie de "S.O.S. Météores"
puis du "Piège diabolique". Progressivement, ses histoires se font
attendre. Cinq années avant "L'Affaire du collier" en 1965 puis, en 1970,
le premier volume des "Trois formules du Professeur Sato". Jacobs travaille
à la suite mais les aléas de la vie, le décès de son épouse, des problèmes
de santé, l'empêchent de terminer son oeuvre. Trois ans après son décès,
survenu en 1987, Bob de Moor accepte de dessiner ce qui apparaît alors
comme l'ultime épisode.
Mais, en 1996, Jean Van Hamme et Ted Benoît créent la surprise en publiant
un épisode inédit. Blake et Mortimer ont repris du service. Enfin !
1946
Corentin Feldoë naît dans le premier numéro de "Tintin". L'auteur, Paul
Cuvelier, en avait déjà raconté les aventures pour ses petits frères
quelques années auparavant et, dessinateur passionné, il lui avait déjà
donné une apparence physique bien avant de savoir qu'il en ferait un
personnage de bande dessinée. C'est pourtant à lui qu'il pense lorsque
Hergé lui demande de collaborer à son nouveau journal.
Corentin est orphelin. Il a été recueilli par un oncle qui le maltraite
horriblement. Alors, il profite du passage d'un navire pour s'enfuir. Mais
le navire fait naufrage et il se retrouve aux Indes. Il se lie d'amitié
avec un gorille, Belzébuth, et un tigre, Moloch, ainsi qu'avec une jeune
princesse, Sa-Skya et un petit hindou, Kim. Les principaux protagonistes de
cette magnifique série sont en place.
Paul Cuvelier, peintre contrarié considérant la bande dessinée comme une
obligation alimentaire, confie les scénarios à d'autres. Jacques Van
Melkebeke, le premier rédacteur en chef de "Tintin", commence. Il sera
suivi de Greg, Acar, Van Hamme et même Jacques Martin (mais le décès de
Paul Cuvelier empêche la conclusion de son récit, qu'il reprend alors pour
Alix). Parfois, Cuvelier accepte de réaliser lui-même le scénario.
La série évolue très fort. Les dessins, réalisés au lavis, sont somptueux
dès les premiers épisodes, mais les personnages évoluent. D'enfants, il
passent adolescents et, durant les années 70, découvrent la sensualité,
permettant à Cuvelier d'exprimer sa passion pour les corps humains.
Des dessins animés ont été réalisés par le studio Belvision au début des
années 90, mais les personnages sont méconnaissables, tant le graphisme
standardisé d'un studio quelconque a pu les banaliser.
1946
Le n°1 du journal "Tintin" paraît. Il est édité par Raymond Leblanc, qui
est venu secourir Hergé à la libération en échange de la création de ce
nouveau support pour la jeunesse à l'effigie de son fameux héros à la
houppe blonde. Le "journal des jeunes de sept à septante-sept ans" comme on
dit très justement en Belgique, commence fort. Au sommaire de ses premiers
numéros, de futurs monstres sacrés tels que Hergé (Tintin, bien sûr),
Edgar-Pierre Jacobs (Blake et Mortimer, évidemment), Paul Cuvelier
(Corentin, naturellement) et Jacques Laudy (injustement méconnu, auteur des
"Quatre Fils Aymon" puis de "Hassan et Kadour").
Il va vite s'imposer face à son principal concurrent, "Spirou", tout en
restant complémentaire - à tel point que la plupart des familles belges
lit les deux magazines, que s'arrachent les enfants chaque mercredi. Il
a pour cela une ligne éditoriale cohérente, imposée d'abord par Hergé
lui-même. Jacques Martin y crée Alix en 1948, et Willy Vandersteen adapte
Bob et Bobette à la ligne claire et y publie leurs meilleurs épisodes.
En 1948, paraît l'édition française. Les deux journaux publient un sommaire
très proche, parfois en décalage.
L'équipe grossit. Bob de Moor, Raymond Reding, Albert Weinberg, Dino
Attanasio, Goscinny, Uderzo, François Craenhals, Raymond Macherot, Liliane
et Fred Funcken, Tibet, Jean Graton et même le grand André Franquin en
personne... marquent indélébilement les souvenirs de dizaines de milliers
d'enfants durant les années 50.
Durant les années 60, de nombreux auteurs humoristiques s'ajoutent aux
glorieux prédécesseurs : Greg, Dupa, Mazel, Géri, Dany, De Groot et Turk.
Greg prend la direction du journal et l'imprègne de sa patte. Il impose les
auteurs de "son" équipe, crée avec eux des séries inoubliables telles
qu'Olivier Rameau, Bernard Prince, Luc Orient, Bruno Brazil, Comanche, etc.
Après son départ en 1975, la chute commence. Entamée par son successeur, le
médiocre Henri Desclez, poursuivie par le suivant, Jean-Luc Vernal et
achevée au début des années 90 par une direction flamande incompétente -
qui voulait imposer aux francophones la bande dessinée néerlandophone -
mise en place par le groupe "Ampère", un groupe de financiers catholiques
qui s'étaient fixé pour tâche de moraliser la bande dessinée en rachetant
les supports de presse, et qui n'a réussi qu'à rendre exsangues ceux qu'ils
ont touchés.
De nouvelles séries de haute qualité y sont publiées ("Jonathan" de Cosey,
"Simon du fleuve" de Cosey, "Buddy Longway" de Derib, "Corto Maltese" de
Pratt, "Michaël Logan" de Beautemps et Van Hamme, "Le Spirit" de Will
Eisner, "Jugurtha" de Vernal et Hermann puis Franz, etc.), mais n'empêchent
pas le déclin. Les années 80 apportent peu de surprises, sinon de
mauvaises, et le journal est arrêté le 9 décembre 1988, alors que la
Fondation Hergé a décidé de récupérer son titre pour créer "Tintin
Reporter". Un journal bâclé, mal réalisé, et qui disparaît rapidement. Le
Lombard tente encore de sauver "son" journal, rebaptisé "Hello Bédé", mais
sans succès. Le 29 juin 1993, il disparaît dans l'indifférence générale.
1938
Raoul Cauvin naît à Antoing, en Belgique. Il suit des études de
lithographie et travaille un temps dans une fabrique de boules de billard
avant d'entrer aux Editions Dupuis en 1960. Il y est d'abord homme à tout
faire, réalisant des choses aussi excitantes que des grilles de mots
croisés ou du lettrage de bandes dessinées avant d'entrer au studio de
dessins animés T.V.A.
Il parvient à placer quelques scénarios de mini-récits, mais ne réussit pas
à convaincre Yvan Delporte, le rédacteur en chef, de ses capacités de
scénariste. Finalement, en 1968, quelques gags sont publiés. Après "Arthur
et Léopold" (dessins de Ryssack), Angélique (dessins de Roque), Vladimyr
(idem), Loryfland et Chifmol (dessins de Gennaux), il a l'honneur de
travailler avec l'une des premières dessinatrices. Une débutante nommée...
Claire Bretécher, avec qui il crée les hilarants "Naufragés".
C'est en 1968 également que paraît la première histoire des "Tuniques
Bleues", qui sera l'un de ses plus éclatants succès. Le dessinateur,
Salvérius, décède malheureusement en 1973, mais est remplacé de crayon de
maître par Willy Lambil.
Il devient un scénariste-fleuve, le plus prolifique - à niveau de qualité
égal - de l'histoire de la bande dessinée franco-belge. Les séries se
suivent et sont régulièrement des best-sellers. En 1969, c'est "Câline et
Calebasse" pour Mazel; en 1970, "Mirliton" pour Macherot et "Sammy" pour
Berck; en 1973, "Le vieux Bleu" pour Walthéry, "les Naufragés de l'Espace"
pour Counhaye et "Pauvre Lampil" pour Lambil; en 1975, "L'agent 212" pour
Kox, "Godaille et Godasse" pour Sandron; "Boulouloum et Guiliguili" (qui
sera rebaptisé "Les Jungles perdues") pour Mazel; en 1979, "Les grandes
amours contrariées" pour le petit génie de la BD, Bercovici, avec qui il
crée, en 1981, "Les femmes en blanc"; en 1980, "Spirou" avec Nic Broca; en
1983, "Pierre Tombal", les mésaventures d'un fossoyeur, avec Hardy; en
1986, "Les Voraces" pour Glem; en 1987, Cédric pour Laudec, Cupidon pour
Malik et, au début des années 90, "Les Psy" avec Bédu et "Taxi-Girl" avec
Laudec. Tout cela rien que pour "Spirou", dont il devient "le" pilier
(Dupuis).
Ponctuellement, il crée également d'autres séries pour d'autres éditeurs :
"Les Toyotes" (Casterman) et "L'année de la Bière"(repris finalement chez
Dupuis) avec Carpentier, "Raphaël et les Timbrés" avec Sandron.
Capable d'aborder tous les thèmes, même les plus graves comme la guerre et
la mort, et de faire rire avec n'importe quoi, Raoul Cauvin est le grand
maître contemporain du gag.
1911
Max Mayeu, naît à Soignies. Licencié en droit, il publie ses premiers
dessins dans les revues estudiantines. Il réalise ensuite des dessins
humoristiques dans des quotidiens belges, et publie sa première série,
"Bouldaldar", dans "Le Patriote Illustré", en 1938. Il la continue dans
d'autres revues, dont "Spirou" et "Bonnes Soirées". Il choisit comme
pseudonyme le nom d'une étoile : Sirius.
C'est dans "Spirou" qu'il crée, en 1942, le fameux "Epervier bleu". Mais il
est censuré en France, et il doit l'interrompre en 1953 (il le reprend
durant les années 70 dans le même magazine, profitant des débuts de la
vague de nostalgie qui marque cette décennie).
Pour un supplément de cet hebdomadaire, il crée encore "Caramel et Romulus"
en 1944, puis d'autres séries éphémères pour d'autres journaux avant de
revenir à "Spirou" en 1946 avec une biographie de Godefroid de Bouillon.
En 1953 commence la grande saga des "Timour" qui va initier plusieurs
générations à l'histoire. La saga de cette famille au travers des
millénaires lui est inspirée par Xavier Snoeck. Il la poursuit durant près
de quarante ans et ne l'interrompt qu'à la moitié des années 90.
Mais en parallèle, il crée "Simon le danseur", en 1970 (sur scénario de
Daniel, dans "Spirou"), et surtout l'ineffable "Pemberton", un marin qu'il
pastiche dans "Le trombone Illustré" avec son cousin Penthergast et qui lui
permet de démontrer son goût immodéré pour l'humour burlesque, voire pour
l'humour noir.
Cet auteur complet, merveilleux conteur, passionné d'histoire, capable de
passer de la bande dessinée historique la plus rigoureuse à l'humour le
plus débridé, a marqué un demi-siècle d'Hitoire de la bande dessinée.
1867
Winsor McCay naît à Spring Lake, aux Etats-Unis. Il débute dans
l'illustration en créant, à partir de 1889, des affiches reproduites en
lithographie et des décors patriotiques pour des cérémonies officielles.
Il publie sa première bande dessinée en 1903 : "The Tales of the jungle
Imps of Felix Fiddle". puis il part pour New York. Il y réalise quelques
séries éphémères, puis crée pour le "New York Herald", le 15 octobre 1905,
l'un des personnages les plus importants de la bande dessinée américaine :
Little Nemo. Il y révolutionne le langage de la bande dessinée par des
mises en page audacieuses et un véritable esthétisme très "art nouveau".
"Little Nemo in Slumberland" recueille un succès extraordinaire. A tel
point que deux ans plus tard il est adapté sous forme de comédie musicale à
Broadway puis, en 1911, en dessin animé. C'est lui-même qui réalise cette
dernière adaptation. Il tombe amoureux du dessin animé et continue à
produire d'autres épisodes, dont "Gertie le dinosaure", qui récolte un
triomphe.
En 1911, il quitte le "New York Herald" et passe au "New York American",
ce qui a pour conséquence de l'obliger à rebaptiser sa somptueuse série en
"In the land of Wonderful Dreams".
Il dessine de plus en plus de films d'animation, mais retourne finalement à
la bande dessinée.
Little Nemo renaît dans le "Herald Tribune", mais ne recueille plus le
succès de ses débuts. Il doit l'interrompre en 1927.
Il termine sa carrière comme illustrateur, jusqu'à sa disparition en 1934.
Une fin peu glorieuse pour celui qui fut le plus grandiose des auteurs
américains.
1996
Deux livres retracent toute l'histoire du journal "Tintin". Bientôt, ici,
une interview de leur auteur, Jean-Louis Lechat
1996
On annonce la parution prochaine de l'ultime album de "Gaston Lagaffe".
Intégralement dessiné par Franquin, il reprendra d'anciennes planches
non-encore reprises dans les albums précédents (mais bien dans l'intégrale
qu'a publiée Rombaldi) et une quinzaine de planches totalement inédites.
C'est pour la fin de l'année. Encore cent fois dormir ?
1945
Christian Denayer naît à Ixelles. Il publie quelques gags dans "Junior",
puis crée Alain Bercy, en 1967, avant de devenir l'un des assistants de
Jean Graton pour Michel Vaillant, puis de Tibet pour Ric Hochet.
En 1969, avec André-Paul Duchâteau, il publie les premières planches de
Yalek dans "Le Soir Jeunesse". Puis, en 1971, toujours en duo, Alain
Chevallier, un pilote de course, pour "Tintin".
En 1973, il dessine les médiocres enquêtes de l'"Inspecteur Spirou", puis
crée, à nouveau pour "Tintin" et toujours avec Duchâteau, les personnages
de flics maladroits des "Casseurs".
En 1986, il dessine "Gord", une série de science-fiction sur scénarios de
Franz (Lombard). En 1989, il crée "T.N.T." pour les Editions Lefrancq.
Finalement, en 1995, il lance un sommet d'humour involontaire, une
grotesque accumulation de clichés puisés dans les séries télévisées
américaines amalgamées avec les navets de TF1 de type "Hélène et les
Garçons" : "Génération Collège".
1909
Al Capp naît à New Haven, aux Etats-Unis. Renversé par un bus à l'âge de
neuf ans, il est amputé d'une jambe. Il doit donc abandonner toutes ses
activités sportives et apprend le dessin.
Ses premiers dessins sont publiés à l'Associated Press en 1927. En 1932, il réalise
des "cartoons" sous le titre "Mister Gilfeather", mais passe ensuite la
main à Milton Caniff. En 1933, il devient assistant de Ham Fisher et
dessine "Joe Palooka". Mais ce travail ne lui plaît pas. Il veut créer sa
propre série. Il dessine quelques strips, qu'il présente au King Features
Syndicate. Celui-ci tardant à montrer son intérêt, il les propose à son
concurrent, United Features. Celui-ci accepte "Li'l Abner", qui commence
donc sa carrière satyrique et prestigieuse en 1934. Il y publie une de
bande dessinée interne à la série, "Washable Jones", dès l'année suivante.
Al Capp ne les interrompra qu'en 1977, deux ans avant sa mort.
1983
Pierre Tombal apparaît dans "Spirou". C'est le premier fossoyeur héros de
bande dessinée. Et de bande dessinée humoristique, s'il vous plaît !
Peut-on rire avec un cimetière, des morts et des sépultures ? Oui, quand ce
cimetière est une véritable ménagerie où les morts sortent des tombes pour
faire la fête ou s'amuser à placer un poisson d'avril dans le dos du
fossoyeur. Avec Pierre Tombal, le scénariste Cauvin et le dessinateur Hardy
ont prouvé qu'on pouvait rire de tout. Et le succès phénoménal de cette
série à... mourir de rire (facile !), démontre que tout le monde est d'accord
avec eux.
1983
Hippolyte Fynn apparaît dans "Spirou". Il est détective. C'est "Le Privé
d'Hollywood", que dessine magistralement Philippe Berthet d'après des
scénarios très cinématographiques et très référentiels signés Rivière et
Bocquet. Ses enquêtes se déroulent durant les années trente, dans le milieu
cinématographique et les coktails mondains. Progressivement, Berthet sent
le besoin de voler de ses propres ailes, et alors que tout le monde
applaudit aux remarquables qualités de cette série, il l'interrompt après
seulement quatre épisodes (collection "Berthet", chez Dupuis).
1971
Alain Chevalier de Christian Denayer et André-Paul Duchâteau paraît dans
"Tintin". Il n'y a pas vraiment de quoi s'en vanter.
1964
Mafalda, de Quino, paraît dans "Primera Plana", une revue d'Argentine.
Mafalda est une petite fille. Lucide, comme tous les enfants. Impertinente,
comme tous les enfants. Et avec une vision terriblement réaliste du
fonctionnement de notre monde moderne, contrairement aux autres enfants.
Contestataire, n'hésitant pas à poser les bonnes questions à ses parents
désarçonnés, elle s'interroge sur la guerre, la politique, l'exploitation
des travailleurs, le Tiers-Monde, etc. L'humour est au vitriol, ce qui est
remarquable dans un pays victime justement de tout ce qu'elle dénonce.
Profondément pessimiste, Mafalda est pourtant l'une des séries les plus
drôles et les plus intelligentes du monde. Elle est distribuée dans de
nombreux pays et a même bénéficié d'une adaptation en dessins animés
(Glénat).
1958
Didier Vasseur naît à Béthune, en France. Journaliste, il travaille d'abord
pour "Le Matin de Paris", puis devient rédacteur en chef d'un journal
lillois consacré aux spectacles, "Métropoche". C'est là que naît son
premier personnage, Raymond Calbuth. Un humour absurde, qui cherche
l'insolite dans le moindre instant du quotidien, et un dessin accentuant
des personnages déjà caricaturaux par leur existence même, signent un
auteur totalement en-dehors des normes de l'humour classique.
Il entre à "Pilote" en 1986, puis publie Raymond Calbuth chez Glénat. Il y
crée également "Raoul Fulgurex", que dessine Dominique Gelli.
"Fluide Glacial" reprend certaines de ses histoires à partir de 1987. C'est
là que paraissent "Le Bite à Urbain" et "L'évangile selon
Tronchet"(Delcourt) puis la série "Jean-Claude Tergal" (Audie).
En 1992, il crée "La France du fond des yeux" dans "L'Echo des Savanes".
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