2105

Conte - A partir de 10 ans

  • Auteur : Florian

L'histoire du conte "2105"

chapitre 1

Une chambre.

Mathieu fait ses devoirs avec application, concentrant son attention sur les feuilles qui jonchent son bureau. Parfois il lui vient l’idée de tout balancer, d’oublier ses travaux. Son père monte. "Tu fais tes devoirs"?

Mathieu ne répond pas. Son silence approuve.

Ainsi il continue. Seulement, soudain, quelque chose le trouble dans sa réflexion. Est-ce un bruit, le mouvement d’un objet qui a ainsi interrompu ses longues réflexions qui, faute de patience sûrement, n’ont abouti jusqu’alors qu’à la page blanche qui le hante et qu’il doit pourtant rendre remplie à son professeur en bonne et due forme le lendemain même? Il tente de se concentrer mais comprend que son application est vaine.

Sa chambre reste silencieuse. Il se lève de sa chaise, fait quelques pas. Pourtant les constatations ne font que le confirmer : il n’y a rien dans sa chambre.

Non, rien.

Ou du moins si. Une chose minime, petite, quasiment invisible. Un livre. Qu’y a-t-il de surprenant de voir un livre, après tout? Ce doit être Léo, tout à l’heure, qui l’a laissé ici par inadvertance. Mais, chose plus étrange, le livre est ouvert. Il s’approche du livre. Il constate que les pages sont blanches, et en déduit (sans grand mérite) que ce livre a été lu. Il l’ouvre à la première page. Ce livre s’appelle " 2105".

Étrange titre.

Il saute les quelques pages de présentation avant de lire le début du texte.

"Un enfant, dans une chambre, était appliqué a son devoir d’arithmétique du lendemain.. ."

-Tiens, c’est étrange, se dit-il, exactement comme moi.

"Ne pouvant résoudre le tout premier problème du devoir, son regard déambula sur sa chambre, quand s’eXposa à ses yeux un livre, grand ouvert sur la première page."

Le reste de la première page était vide, et, se hâtant d’en découvrir la suite, il s’empressa de tourner la page. Seulement cette page présentait une particularité étonnante : elle était blanche. Totalement blanche., à l’exception du mot "soudain..."

- Soudain, murmura-t-il ?

Mais il n’eut pas le temps de prolonger sa réflexion qu’il entendit l’énorme ronronnement d’un moteur qu’il jugea, par l’intensité du bruit, très puissant.

Puis...

chapitre 2

Une ville, en 2105

En se relevant, il dût se rendre à l’évidence : il n’était plus dans sa chambre. Il était à présent au centre d’une ville, où du moins ce qui ressemblait selon ses connaissances à une ville.

Cette "ville" était en fait un ensemble de pâtés d’immenses immeubles qui lui semblaient s’élever jusqu’au ciel et dont l’ombre plongeait la ville dans une pénombre cependant assez claire pour qu’on puisse y distinguer assez nettement les éléments.

En levant son regard vers le ciel, il ne distingua cependant qu’une immense surface plane comparable au ciel mais nettement plus sombre qu’à l’habitude, où circulaient à grande vitesse une multitude d’engins motorisés qu’il ne put que comparer à des soucoupes.

Ayant perdu tout repère, il fit quelque pas, avant de se rendre compte qu’il marchait sur une asphalte de béton continue.

"Mais où suis-je ? Que font ces immeubles ? De quelle manière suis-je arrivé là ? C’est impossible, je dois rêver. Je dois forcément rêver. Et puis pourquoi il n’y a personne?"

Il accéléra alors le pas, cherchant à s’abriter. Il déambula dans les rues désertes et austères, avant d’entrer dans un bar.

Le premier étonnement qu’eut Mathieu fut de voir les vêtements (était-ce bien des vêtements?) que portaient les quelques personnes qui s’appuyaient au bar. Elles étaient essentiellement constituées de plaques qu’il pensa être d’aluminium.

N’osant se faire remarquer, il s’assit sur une chaise qui entourait la table principale. Mais il eut tout juste le temps de s’interroger sur l’endroit où il se trouvait et de ce qui s’était passé quand il sentit la pression d’une main sur son épaule.

- C’est bien toi Mathieu ?

Tout d’abord Mathieu n’osa rien dire, restant muet. Il se retourna lentement, et découvrit le visage d’un homme qu’il avait l’impression, sans savoir pourquoi, d’avoir déjà rencontré. C’était un homme d’assez grande taille, au teint assez pâle et aux cheveux bruns.

- Euh, oui. Pourquoi ?

L’homme se tut et s’assit à côté de lui. Mathieu put constater qu’il semblait tout à fait humain, et, chose plus réconfortante, qu’il n’était pas vêtu de ces étrange combinaisons qu’il avait pu apercevoir tout à l’heure.

- Combien de temps cela fait-il que tu es ici ?

- Ici ?

- Oui, dans ce monde ?

La perplexité de Mathieu, qu’il avait déjà du mal à assumer, ne fit que s’intensifier.

- Ah ! Excuse-moi, tu ne dois pas être au courant ! Ici tu es dans un monde différent du tien. Tu t’es télé-transporté en ouvrant le livre...

- Le livre ?

- 2015

C’est alors que la vision du livre ouvert sur son lit revint à Mathieu.

- Mais comment se fait-il que...

- Oh, c’est un moyen assez compliqué, mais que nous pouvons expliquer assez simplement. Disons que ton corps est un ensemble de particules. À chacune de ces particules nous avons lié une autre particule, de sorte que si l’on si l’on modifiait l’une, l’autre subirait immédiatement les mêmes modifications. Ensuite nous avons interagi chacune d’une des particules des couples à une sorte de clone. Dans chacun des couples de particules liées l’une est présente en cette année 2105, ce qui fait que toutes ces particules sont ici même en 2105. Soit, plus simplement que ton corps, de ce fait, se trouve en 2105.

chapitre 3

Mathieu n’osa pas dire un seul.

Sans savoir ni comprendre pourquoi il s’était retrouvé là, dans ce monde étrange. Et puis voilà que cet homme lui relatait de véritables affabulations auxquelles, pour ainsi dire, il ne comprenait pas le moindre mot. Tout ce qu’il put comprendre des paroles de l’homme - dont il ne connaissait d’ailleurs rien, mais qui lui le connaissait mystérieusement - était qu’il devait se trouver en 2105.

- 2105 ? fit-il timidement.

- Oui. En fait, en ouvrant le livre, tu as actionné le système de télé-transportation. Ceci, tu as pu le comprendre, était voulu.

À présent Mathieu ne comprenait plus rien.

- Mais enfin, dit-il, nous ne sommes pas en 2105...

L’homme se leva.

- Non, bien entendu. C’est tout à fait normal de réagir ainsi.

- Et puis pourquoi m’avoir fait venir ici ? Et puis comment vous appelez-vous ?

L’homme détourna la tête comme pour cacher une certaine gêne, comme si toutes les réponses aux questions de Mathieu comprenaient quelque chose de compromettant.

- Je n’ai aucun nom. Ici, contrairement à ton époque, personne ne porte de nom. C’est une coutume presque ancestrale. Cependant, te dire le pourquoi de ta venue ici même... est une grande question.

L’homme marqua un silence, comme cherchant ses mots.

- As-tu déjà entendu parler de l’effet de serre, à ton époque?

Mathieu comprit immédiatement ce dont l’homme voulait parler, ayant passé de longues heures en SVT à écouter le discours de Mme. Binet, sa professeur, sur l’effet de serre, sans en avoir jamais vu l’intérêt. Il s’agissait bien du phénomène provoqué par le rejet de gaz qui était à l’origine des hausses de température, mais très vite il dut admettre que sa fainéantise caractéristique en classe ne lui avait laissé aucun autre souvenir du cours.

- Eh bien, vois-tu, les rejets de certains gaz, notamment le CO2, qui n’est plus du tout rejeté aujourd’hui, se sont accumulés en formant une boule autour de la Tyrialk... euh, de la Terre excuse-moi.

Ceci, en plus d’augmenter la température de 10°C, a détruit la couche d’ozone, qui est le seul bouclier face aux rayons UV, qui sont mortels à l’homme. C’est pourquoi nous sommes tous obligés, comme tu as pu le constater, de nous vêtir en combinaison en alliage de chrome et de nickel pour sortir dehors, nos bâtiments étant imperméables aux rayons.

D’autres effets ont été constatés. Hormis l’espèce humaine, il ne reste qu’une dizaine d’espèces, qui sont apparus en même temps que les rayons UV, et qui, de cette manière, résistent à ces rayons.

Mais il y a d’autres effets qui ont été observés. Par exemple nous subissons environ une tempête toutes les neuf heures. De fait nos structures sont prévus anti-tempêtes. Par la fonte des glaces les océans sont montés d’environ 35 mètres. Une partie de ... l’Europe, c’est bien cela, a disparu, le continent Américain a disparu et a laissé place a deux continents : l’Amérique du Sud, qui ne comporte aujourd’hui plus que quelques milliers de kilomètres carré et où le taux de rayons UV est supérieur aux taux acceptés par les gouvernements, et l’Amérique du Nord est resté à peu près intacte. L’Afrique - nous avons conservé le nom - est victime perpétuellement de sécheresses et les terres se fendent de partout. Un de mes amis scientifiques s’est rendu en Afrique. Selon des statistique la température moyenne est de 65 °c.

Voilà. On peut dire que c’est un peu près les conséquences de l’effet de serre.

chapitre 4

Mathieu n’eut pas le temps de digérer le méli-mélo que l’homme (sans nom) lui avait dit, qu’il se leva et l’entraîna.

- Viens, je t’expliquerai tout chez moi.

Pour se rendre à l’appartement du "professeur", ils durent monter dans un ascenseur de télé-transportation, ce qui leur permit de se retrouver simultanément - ou presque - à la terrasse, cependant protégée par une bulle anti-UV où étaient garés les appareils et que Mathieu avait pris tout à l’heure pour des soucoupes.

Ils montèrent à bord de l’engin, sortirent de la bulle par une ouverture qui s’ouvrait à leur approche, puis gagnèrent une "vitesse de croisière de ville", étant interdit en ville de dépasser les 300 kilomètres à la seconde, la circulation étant encombrée en ces villes.

- Il y a un peu près 30 milliards d’hommes actuellement, contre 6 milliards environ à ton époque. Ceci fait que les structures de domicile doivent être prévus pour loger environ 30 habitants par centaine de mètres carré, et le meilleur moyen qu’ont trouvé les sociétés de bâtisseurs est de construire des tours de minimum 89 étages, la loi postulant de ne pas dépasser les 238 étages. Il y a déjà eu des accidents.

Le professeur continua librement son discours tandis que la voiture les conduisait vers son appartement.

- Il faut savoir que la surface continentale ne comprend plus qu’environ 15% de la surface terrestre. Il ne reste actuellement plus aucune zone à faible urbanisation sauf la plaine de l’Inus qui correspond à votre Amazonie. Ce que nous appelons "zones à faible urbanisation" sont les quartiers où les immeubles - étant de format réglementaire - ne disposent que de 30 à 50 étages. C’est très peu...

- Mais c’est énor...

Mathieu n’eut pas le temps d’achever sa phrase que l’engin s’arrêta, ce qui était visible par la cessation des vibrations du moteur. De nouveau ils se trouvaient dans une bulle anti-UV, mais de moins grandes taille.

- Ce sont des bulles à échelle privée, et non publique, expliqua le professeur.

Le professeur amena donc Mathieu dans un appartement assez petit dont la surface ne devait pas dépasser 70 m2.

Le professeur déposa sa veste et amena son nouveau compagnon dans la pièce la plus grande et principale de l’appartement. Il fit signe à Mathieu de s’asseoir avant de s’asseoir lui-même.

- Écoute, dit-il, il faut que je te confie quelques secrets. Il faut préalablement que tu me jures, et que tu te promettes de ne pas douter de ma parole.

Mathieu, comprenant la nécessité de son approbation, fit un hochement de tête affirmatif.

- D’abord appelle-moi Monsieur N. Cela fait plus humain.

Mathieu ne prit la peine de lui dire que Monsieur N. ne faisait pas très humain, mais il dédaigna lui faire des reproches de si peu d’intérêt.

- Tu te doutes bien que nous ne t’avons pas amené ici juste afin de tester notre système de télé-transportation temporelle... Il se trouve en vérité que nous t’avons amené ici afin de t’avertir de tes responsabilités.

Les parents de Mathieu lui avaient souvent parlé de ses "responsabilités", mais ils entendaient par "responsabilité" surveiller sa soeur, ne pas sortir à plus de 9 h, etc. À présent que le professeur lui parlait de "responsabilité" l’aventure devenait beaucoup moins exitante.

- As-tu déjà pensé à la profession que tu exercerais plus tard ?

Mathieu réfléchit et se rendit compte que jamais, véritablement jamais de sa vie il n’avait songé à son avenir, sans doute parce que rien ne l’y contraignait et que sa profession future était encore trop lointaine à son âge.

- Car il se trouve, dit le Professeur en abordant un ton beaucoup plus sobre, qu’un certain Mathieu Desrables, né en France, sera élu président du C.N.G.E.P. ou, si tu préfères, Comité National des Groupes d’Exploitations Pétrolières...

Mathieu fit une moue à cette annonce. Il s’était projeté acteur, mannequin, PDG de quelque chose du moment qu’il serait PDG, mais alors de Directeur d’un comité dont il n’avait entendu parler qu’aux informations de 20h (quand il les regardait) il n’y avait jamais pensé.

- Ceci peut te paraître sans intérêt, mais il se trouve que ce Monsieur Mathieu Desrables est à l’origine d’une loi grave qui autorise les industries pétrolières à polluer librement. Ce qui fait, en termes plus concrets, que le taux de GES - ou de gaz à effets de serres dont je t’ai parlé tout à l’heure - est passé d’environ 6 milliards de tonnes dans l’atmosphère a actuellement 53 milliards. Ce qui, comme je te l’ai expliqué tout à l’heure, a bien entendu énormément aggravé le problème de l’effet de serre.

Soudain cette histoire qui paraissait abracadabrante à Mathieu, lui était devenue précise. Selon "Monsieur N", il serait plus tard le coupable d’une aggravation de la pollution et donc de la lente mort de la Terre. Restait à comprendre ce que "monsieur N" attendait exactement de lui.

chapitre 5

- De fait, Mathieu, nous t’avons amené ici pour que tu sois averti du danger. Ce que je veux, dit-il en intensifiant l’attention de son auditeur, c’est que, adulte, tu ne votes pas cette loi.

- Quelle loi exactement ?

- C’est simple, fit Monsieur N. en abordant un ton beaucoup plus serein. Il suffit que, à 43 ans, alors que tu seras l’élu du comité dont je t’ai parlé, tu combattes les parlementaires malgré toute la pression qu’ils pourront exercer sur toi. Et si nous t’avons amené ici si tôt, c’est tout simplement pour que tu prennes conscience le plus tôt possible de ce fait et que cette pensée aboutisse. Nous te télé-transporterons régulièrement ici pour t’instruire avant le jour J. Tu auras exactement 43 ans, 3 mois et 12 jours. Demain nous irons rendre compte des lieux.

Mathieu ne comprit pas exactement ce que Monsieur N. entendait par "rendre compte des lieux", mais, la fatigue commençant à le ronger, il n’eut le courage de l’interroger. Monsieur N. lui indiqua sa chambre, une petite pièce de 8 m2 avec un matelas.

- Cela suffira, dit-il.

Le lendemain, après avoir longuement pris son petit déjeuner, le souvenir de son devoir d’arithmétique fit rappeler à Mathieu une interrogation inquiétante.

- Je ne peux rester ici. Que vont croire mes parents s’ils voient que je ne suis plus là ?

- Là, fit Monsieur N.? mais tes parents ne s’en sont même pas aperçus. Tu reviendras chez toi à l’instant même où tu avais ouvert le livre. Ne crois pas que tu manqueras ton devoir de math. Ce serait trop facile.

Mathieu eut une grande déception en apprenant que bientôt il serait obligé de se remettre à son interrogation, lorsque Monsieur N. lui dit :

- De toute façon vous aurez 0. C’est inscrit dans ton chiffre.

- Dans mon chiffre?

- Le chiffre est ton numéro de classement. Chaque homme existant possède un chiffre qui lui est propre et qui permet d’accéder aux évènements de sa vie par un petit appareil consultable seulement par les Professeurs Devins comme moi.

La chose aurait pu paraître incroyable à Mathieu il y a quelques jours mais, après tout ce qu’il avait entendu dire de la bouche de Monsieur N., cela paraissait du plus simple fait.

- Et quel est mon numéro ?

- Tu es 110 025 361 015. Cela correspond à ton ordre d’apparition. Lucy est 2 par exemple. Quant à moi je n’en ai pas. Seul les hommes morts possèdent un chiffre.

- Mort, fit Mathieu avec un ton horrifié !

- Oui. Aujourd’hui tu es mort. Ta tombe est introuvable car toutes les tombes ont été enterrées avec les déchets radioactifs, faute de place. Quant à nous, nous ne pouvons mourir, puisque presque tout le monde aujourd’hui absorbe les potions d’éternité, qui permettent de régénérer les cellules malades. De fait on vit éternellement, à l’exception de certaines personnes qui, par accidents, mauvaise utilisation des potions ou simple envie suicidaire, viennent à mourir.

Il laissa Mathieu plongé dans ses songes, pensif, quelques secondes puis il dit :

- Aujourd’hui nous allons nous rendre sur le terrain. Tu prépares ta combinaison. Elle se trouve dans la penderie de ta chambre. Au fait, tu as bien mangé?

chapitre 6

Monsieur N. s’aventura avec Mathieu dans une plaine entièrement déboisée où la très fine pelouse commençait à être remplacée petit à petit par des surfaces entièrement arides et désertiques.

Les combinaisons étaient légères et assez agréables à porter. Quant à la "haute vitesse hors urbanisation", Mathieu avait pu profiter des sensations qu’elle provoquait, même si le voyage avait été court de par la rapidité de l’engin.

Il apprit ainsi qu’il avait atterri en Italie, et que l’appartement de Monsieur N. et auquel on l’avait conduit en environ une minute se situait sur les îles du Québec.

- Regarde, dit Monsieur N. en montrant une partie du ciel de son doigt.

À l’espace que désignait Monsieur N., Mathieu distingua en effet une sort de boules dont la couleur variait entre le rouge et le violet.

- Cela indique le nombre de rayons UV présents. Nous atteignons le maximum. Lorsque la boule sera totalement violette, nous mourons tous, à moins qu’une combinaison encore plus résistante soit élaborée entre temps.

- Il y a une seconde boule, dit Mathieu, juste après avoir découvert cette seconde boule, d’une couleur qu’il assimilait au vert.

- C’est la boule des GES (Gaz à effet de serre). Sa couleur varie en fonction de la présence des GES. Auparavant elle ne fonctionnait que comme détecteur de CO2 à cause du trafic des grands industriels, ce qui permettait de n’avoir pour résultat en vérité qu’un échantillon, certes important mais non intégral, des gaz émis.

La couleur bleue indique la présence la plus intense de GES. À 60 milliards de tonnes de GES, soit le taux actuel, nous devons naturellement respirer de l’air recomposé à partir d’azote et d’oxygène de laboratoire, puisque l’atmosphère devient irrespirable à l’homme au-dessus de 9 à 15 milliards de tonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, ce que les visionnaires de ton époque prévoyait pour 2050.

- J’ai entendu dire cela quelque part...

- Maintenant nous allons en Europe.

Les deux prirent promptement l’engin et gagnèrent l’Europe en une vingtaine de secondes. Cette fois-ci Monsieur N. prit soin de s’arrêter dans une toute petite station qui ne devait comprendre qu’une cinquantaine d’étages.

Puis, après avoir disposé leur voiture dans le garage et avoir réservé une chambre-double pour la nuit, ils se rendirent, au moyen d’une capsule à expulsion qui permettait de se déplacer dans les airs lentement, sans dépasser une vitesse de 50 kilomètres à l’heure, à un sommet que Mathieu avait déjà bien étudié.

- Mont-Blanc, 4809 mètres, annonça Monsieur N.

Certes Mathieu, de tous ses cours d’histoire géographie, avait bien gardé le souvenir du Mont-Blanc, mais il avait toujours associé ce nom à la hauteur de 4807m, c’était de peu d’importance, mais il en fit tout de même part à Monsieur N.

- Effectivement en 1995 environ le Mont-Blanc était de 4807 mètres, mais les Alpes étant fondées par des rencontres de plaques lithosphériques qui encore aujourd’hui se déplacent, le Mont-Blanc gagne 1 mètre tous les siècles. C’est peu mais ça change. De ce fait, en 2105, il est naturel et scientifiquement normal que le Mont-Blanc soit haut de 4809 mètres.

- Et pourquoi se rendre ici ?

Le Professeur N. posa sa main sur le pic le plus élevé du mont.

- Tu ne remarques rien ?

Mais, même en observant profondément chaque élément du paysage, Mathieu ne s’aperçut de rien.

- Avec quelle intention pars-tu à la montagne ?

Cette fois la question du Professeur N. lui sembla d’une totale évidence, et Mathieu crût un instant que le Professeur commençait à le considérer en enfant naïf.

- Je fais du ski, la plupart du temps.

- Et pour faire du ski, que faut-il ?

Malgré la simplicité de la réponse, Mathieu, perplexe, répondit machinalement :

- De la neige.

chapitre 7

Et c’est alors que Mathieu comprit ce dont voulait parler le Professeur N. : il ne restait aucune trace de neige, aussi bien plus en bas dans la vallée que sur le mont lui-même.

- Et les neiges éternelles ?

- Les neiges éternelles, lui expliqua le Professeur N., ont disparu, à cause du réchauffement climatique.

- Comme partout ?

- Oui, approuva Professeur N. en hochant la tête affirmativement.

C’est donc un véritable désert montagnard qu’admirait Mathieu, qui commençait à comprendre sérieusement l’importance de son rôle.

- Vois-tu ce fleuve, fit le Professeur N. en désignant un long fleuve que Mathieu parvenait à distinguer dans l’immensité du paysage qu’offrait la hauteur du mont.

- C’est la Loire. Derrière ce fleuve sont apparues les fièvres tropicales. Pour être précis, le paludisme et la dengue, entre autre, causés par la piqûre d’insectes du genre Plasmodium. Et même si cela ne doit pas te dire grand chose, cela a fait de nombreux morts. Et sais-tu pourquoi ces maladies sont apparues ?

Mathieu émit une moue d’incompréhension.

- Eh bien figure-toi que ces insectes se sont déplacés car ils ne supportaient plus la chaleur de l’Afrique d’où ils sont originaires. Ils viennent donc se réfugier là.

Soudain les bribes de leçon revinrent à Mathieu.

- Et le Gulf Stream ?

- Tu connais le Gulf Stream ? Il s’agit du courant qui permettait à l’Europe, à ton époque, d’adoucir ses hivers. Cependant, à cause du bouleversement de l’écosystème, il a disparu. Ce qui fait que, paradoxalement, il fait très froid en certaines régions d’Europe. C’aurait été une aubaine pour les ours polaires, mais ils ont tous disparu...

À présent Mathieu pensait avoir à peu près tout compris de ce que le Professeur N. voulait l’instruire.

Le soir ils dormirent dans la "petite station". À table, Mathieu découvrit la nourriture contemporaine de 2105, notamment les pilules comprimées, qui contenaient en dose normalisée des protéines, du calcium et du phosphore.

Le lendemain, le Professeur N. réveilla Mathieu dès l’aube.

- Mathieu, c’est l’heure de repartir.

"Repartir". Ah ça non, pour rien au monde il n’aurait voulu partir, Mathieu ! Déjà parce qu’il avait commencé à trouver 2105 assez amusant, et puis aussi et surtout parce qu’il n’avait absolument aucune envie de finir le devoir d’arithmétique.

- Déjà ? Je ne peux pas rester plus longtemps ?

- Non. Tu dois partir dès maintenant. Nous devons respecter des délais.

Mathieu se leva, s’habilla le plus simplement possible comprenant l’empressement du Professeur N.

Ce dernier, une fois qu’il fut entièrement prêt, l’amena près du "voyageur temporel".

"Non, décidément, ce n’était pas impressionnant par rapport aux voitures, aux ascenseurs", se dit Mathieu, comprenant que l’heure du départ était maintenant proche.

- Il faut que tu te places ainsi, fit le Professeur N en adoptant une pose assise "dans le vide", les mains en avant.

Mathieu s’aventura donc entre les quatre piliers du "voyageur temporel", reproduisit la position du Professeur, et n’eut à attendre que quelques instants avant qu’un long et intense flash lumineux ne l’éblouisse.

chapitre 8 et fin

Quelques secondes ensuite, après que l’éblouissement ait cessé, il ouvrit les yeux sur le livre 2105, les genoux accoudés sur le matelas de sa chambre. Il le referma vite et le rangea dans le fin fond de son tiroir, sans savoir vraiment s’il le faisait pour l’oublier ou pour le cacher du regard de ses parents.

- Mathieu ?

La voix venait de derrière lui, douce et rassurante.

- Tu travailles ?

- Euh... oui, je réfléchissais.

Il se détourna. Son père referma la porte en s’appliquant à faire le moins de bruit possible.

Sur le bureau, posée bien à plat, la feuille blanche attendait Mathieu...

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