Amnésie

Conte - A partir de 10 ans

  • Auteur : Philémon

L'histoire du conte "Amnésie"

JEUNES ÉCRIVAINS

la page dont vous êtes les auteurs

Amnésie

une histoire écrite par

Philémon

juin 1999

- Va-t-il mieux, docteur ? demanda madame Dermin.
- Oui, il est rétabli, mais totalement amnésique ! Mais je pense qu'il pourra facilement reprendre son travail. D'ailleurs, la seule chose dont il se souvient encore un peu, c'est le code pénal et tout le reste.

Un pêcheur avait retrouvé Fred Dermin près du lac. Grâce à ses papiers, le SAMU avait pu l'emporter à l'hôpital et prévenir sa femme. Fred était flic depuis longtemps.
Ses collègues étaient complètement déroutés dans leur enquête. Un corps près d'un lac. C'était étrange. En plus Fred était amnésique, alors il ne pouvait leur être d'aucune aide ! Trop d'effort et un choc brutal, la voilà la raison de son amnésie.

Madame Dermin retourna chez elle avec son mari et ouvrit la boîte aux lettres :

- Des factures, des factures, des factures et encore des factures ! Et dire qu'on est sans le sou depuis deux mois !

Elle le guida jusqu'à la chambre et retourna au salon fouiller dans ses économies pour payer les factures.

Cette nuit-là, Fred fit des rêves bizarres. Mais le plus étrange apparut vers 2 heures du matin. Il était assez bref, mais angoissant : un visage criant à l'aide, un jet de sang sortant du front de ce visage, Fred qui l'empoigne, le met sur ses épaules et ... Fred se réveilla en sursaut avec toujours cette tâche de sang glauque devant les yeux. La tâche respirait en plus. Fred cria.

- Que se passe-t-il ? ! demanda madame Dermin alertée par le bruit qu'il faisait depuis dix minutes.
- Rien, rien, ça va ! Mais en me réveillant j'ai vu ta chemise de nuit rouge et j'ai pris peur ! Mais ne t'inquiète pas, je vais me rendormir... Bonne nuit !

Mais cette nuit-là, Fred ne dormit plus. L'homme du rêve l'obsédait. Il l'avait déjà vu quelque part avant son amnésie ; mais où et quand ? C'est ce qu'il se demanda pendant le restant de la nuit...

Le lendemain, sa femme le réveilla pour qu'il aille au boulot. Etre flic, c'est pas simple, mais Fred se souvenait à peu près de tout. En rentrant au commissariat, il fut accueilli par ses collègues :

- Salut, ça va ? Tu te souviens de nous ?
- Ecoutez les gars, laissez-moi, faut que je bosse !
- Ben, justement on avait une affaire à te confier. C'est bizarre : un bijoutier a disparu avec la moitié de ses bijoux !
- Je vais essayer de m'occuper de ça ! Pourrais-je voir la fiche d'identité du bijoutier ?
- Ouais, tiens :

NOM : CLINQUANT
PRENOM : ARMAN
POIDS : 75 kg
SEXE : garçon
TAILLE : 1,65 m
NATIONALITE : française

Mais ce qui attira le plus l'attention de Fred, c'était sa photo : l'homme du rêve ! Fred se sentit mal à l'aise. Tout le rêve lui revint en tête, puis il fut sorti de ses songes par son secrétaire :

- Je cherche le dossier de l'affaire : "le tueur fou" ! Où j'pourrais le trouver ?
- Cherche dans mon bureau, dit Fred, je ne vois pas vraiment de quoi tu parles, mais ça doit y être !

Le secrétaire, Henri Spec, y alla, et ouvrant un tiroir, il découvrit une mine de prospectus pour Tahiti. Ses plats régionaux, son charme, ses baignades, ses vahinés, ses palmiers, ses touristes, tout y était !
Amusé, Henri trouva ce qu'il cherchait.

- C'est bon, peut-être pourrait-on aller sur les lieux du crime pour essayer de trouver quelque chose ? demanda-t-il.
- Au fait, questionna Fred, pourquoi m'avez-vous choisi pour cette affaire ?
- Avant ton amnésie, t'étais un véritable Sherlock, alors on a pensé à toi !
- OK, les mecs, j'y vais.

Quelques minutes plus tard, Fred était en voiture avec son secrétaire. Henri lui dit :

- T'es un fan de Tahiti, toi ! Je me trompe ?
- Nan, tu t'trompes pas ! C'est là-bas que je veux aller moi ! Pas dans cette ville pourrie ! Mais j'ai pas assez de pèze pour ça ! Tu comprends ? ! Tiens, on est arrivé !
- Quoi, mais t'as même pas déplié le papier avec l'adresse !
- Je dois me souvenir du plan de la ville. Mais c'est vrai que c'est étrange ! Tout est étrange ! Figure-toi que cette nuit j'ai rêvé que je tuais le bijoutier ; avant même que vous me montriez sa photo et que vous ayez parlé de l'enquête !

Henri ajouta :

- C'est vrai que c'est délirant ! Au fait tu sais, il n'y a qu'une affaire que tu n'aies pas résolue, il chercha les clés de la vieille Peugeot et continua, tu prétendais avoir coincé dans un entrepôt abandonné le dénommé Bernard Brillo qui est receleur. Tu racontes qu'il t'a donné un coup dans l'estomac et a profité de ta douleur pour sortir par une fenêtre. Mais, moi j'ai trouvé ça louche que le légendaire Fred Dermin se laisse avoir par un vulgaire receleur.

Alors trois jours après que tu nous aies raconté ça, je suis allé faire mon enquête dans l'entrepôt. il comporte huit fenêtres. Trois sont inaccessibles, car trop hautes et quatre autres sont trop petites pour Bernard.

Il reste donc une fenêtre ! Mais devant cette fenêtre, il y avait une couche de poussière moins épaisse que les autres. Ce qui signifie qu'une caisse se trouvait à cet endroit, donc devant la fenêtre. Je ne pense pas que Bernard soit sorti par là ! T'as quelque chose à cacher, n'est-ce pas ? !
Si jamais la mémoire te reviens « par hasard », parle m'en. J'aurais la satisfaction de savoir que tu n'es pas aussi honnête que tu en as l'air ! Réfléchis !

Henri avait dit tout cela en refermant la voiture, en essayant vainement d'ouvrir la porte de la bijouterie. Fred soupira devant tant de bêtise. Il lui dit :

- Hé, Henri, t'es myope ou quoi ? ! Rentrons par la vitrine, elle est déjà brisée !
- Qui l'a brisée ? demanda Henri d'un air interrogateur.
- A ton avis, crétin ? Le voleur sans aucun doute !

Henri enjamba la vitrine. Quand Fred fit de même, son cerveau lui sembla prêt à exploser, puis un bref flash fit apparition dans sa tête : il se vit en train d'enjamber la fenêtre de sa maison, l'arme à la ceinture, puis remonter la rue de l'Amiral Bout-en-train, pour arriver, devinez où ? Devant la bijouterie, bien sûr !... Fred aurait bien aimé connaître la suite de ce flash, mais son secrétaire le tira de ses songes pour la seconde fois de la journée :

- Regarde, ça serait pas des taches de sang ?

Fred finit de rentrer dans la boutique, et examina le sol de plus près : on y voyait de tâches de sang séché, clairsemées.

- Je pense qu'elles appartiennent au bijoutier, dit-il. Mais il faudra vérifier !
- Au fait, demanda Henri d'un air accusateur, tu ne m'as pas dit que tu avais rêvé que tu le tuais ce bijoutier ? Et si ce n'était pas seulement qu'un rêve ? !
- Ne va pas croire ça ! Ca m'étonnerait ! Y'a rien d'intéressant dans c'te boutique, moi je me barre ! J'en ai assez fait pour la journée ! Le médecin m'a dit d'y aller progressivement ! Tu feras le bilan au boss ! Salut !

En fait si Fred partait si tôt, c'est parce qu'il était à présent persuadé qu'il avait commis un ou même plusieurs méfaits avant son amnésie. C'est son flash et son rêve qui l'avaient convaincu. Alors il voulait passé pas mal de temps à découvrir la vérité. Car si tous ces mystères n'étaient pas éclaircis dans une semaine...

- Faut que je sache ce qu'il s'est réellement passé et que je me taille ! se répétait sans cesse Fred sur le chemin du retour.

En rentrant chez lui sa femme lui lança :

- Hé chéri, j'ai découvert cela dans le grenier en faisant le ménage !

Madame Dermin parlait d'un long papier enroulé et attaché avec un ruban rouge.

- C'était tombé du coffre où sont rangées tes affaires personnelles. Je ne te le rends que si tu enterres l'oiseau qui est venu mourir ce matin dans le jardin !
- Au point où j'en suis, soupira Fred.

Il prit la pelle que sa femme lui tendit puis creusa. C'est alors que pour la deuxième fois de la journée il se souvint d'une action en en faisant une autre. Le flash se déroula comme la fois précédente. Il se vit en train d'enterrer le cadavre du bijoutier. A côté de lui se trouvait un trou avec des bijoux magnifiques. Il était dans une caverne sombre. Au loin, se dressaient d'immenses falaises. Et près de ces falaises, il y avait... un lac ! Le flash s'arrêta. Fred continua de creuser comme si de rien était. Puis il enterra l'oiseau et sa femme lui donna le grand parchemin. Fred l'ouvrit.
On pouvait y lire :
Moi, Bernard Brillo, m'engage à vendre des bijoux sans faire aucun bénéfice pour monsieur Fred Dermin. A condition que celui-ci me laisse libre et en paix. Signé Bernard Brillo, receleur.

C'est alors que Fred comprit toute l'histoire : en rassemblant les pièces du puzzle, cela donnait ça : il sort de chez lui, l'arme à la ceinture pour aller cambrioler la bijouterie. Le bijoutier crie à l'aide. Histoire de ne pas réveiller tout le quartier, Fred l'abat d'une balle dans la tête avec son revolver muni d'un silencieux. Il se rend au lac bijoux. Il comptait attendre un mois ou deux afin que l'affaire se tasse, puis tout vendre à quelqu'un par l'intermédiaire de Bernard Brillo. Celui-ci avait accepté le marché car Fred le laissait en paix. Fred marche un peu et s'écroule près du lac à cause de l'effort.

Il raconta tout à sa femme. Elle ne broncha pas. Elle était plutôt heureuse d'avoir des richesses à la clé. Il lui dit :

- Prépare les bagages, je vais chercher les bijoux ! Je retrouverai le lac facilement grâce aux plans qui sont dans la voiture. A tout de suite !

Il revint une trentaine de minutes après avec les bijoux et son arme en disant :

- Le flingue, c'est pour les emmerdeurs !

A ce moment-là, Fred et sa femme entendirent dans un porte-voix :

- C'est la police ! Rendez-vous sans histoire ! La maison est encerclée ! On n'hésitera pas à tirer !
- Merde ! Attends-moi, j'arrive !

Il grimpa au grenier et redescendit avec deux gilets par balle.

- Je les ai récupérés dans la poubelle du commissariat en pensant qu'ils serviraient un jour, expliqua-t-il. J'ai eu raison !

Peu après, leurs gilets enfilés, les bagages et les bijoux sur leurs épaules, monsieur et madame Dermin fonçaient dans le tas de flics. Fred sortit son arme et tua quelques collègues au passage, ainsi que les policiers qui gardaient la voiture. Les poulets eurent juste le temps de voir la vieille Peugeot démarrer au quart de tour et tourner à gauche au premier carrefour.

Tililit ! Tililit !
Fred sortit son portable de sa poche.

- Allo qui est au bout du fil ? demanda-t-il méfiant.
- A ton avis ! Moi Henri ! Sais-tu comment tes amis les flics ont su la vérité ?
- Non, avoua Fred.
- Je t'ai suivi avec quelques collègues et on t'a chopé en train de prendre le magot !
- Tant mieux pour toi ! Une longue carrière de flic t'attend, ricana Fred. En tous cas, moi je pars ! Bye bye Henri !

Quelques policiers formaient des barrages sur la route car on les avaient prévenus. Fred les extermina tous !
Le surlendemain dans le bureau du commissaire :

- J'y comprends rien ! On a lancé des recherches et fouillé partout ! Où est Fred et sa femme ! Ils ne se sont pas évaporés dans la nature tout de même !
Toc, toc, toc !
- J'peux entrer boss ? Je suis Henri Spec, le secrétaire de Fred.
- Entrez !
- Je sais où sont Fred et sa femme !
- Mais où ? Je ne vois vraiment pas où ils peuvent être ; nous avons fouillé partout !
- Hé bien, moi, je sais , s'exclama Henri. Ils sont ici ! dit-il en montrant un prospectus pour Tahiti qu'il tenait dans sa main.

The end ?

©1995-99

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