Bélinda

Conte - A partir de 4 ans

  • Auteur : Marie-Hélène LAFOND

L'histoire du conte "Bélinda"

Bélinda

Marie-Héléne LAFOND

L'eau est chaude, la mer calme et rien à l'horizon ne laisse supposer que les choses vont changer. Bélinda, la petite baleine, est heureuse. Depuis maintenant trois jours, elle se laisse porter par ce léger courant qui les emmène, doucement mais sûrement, vers les mers du sud. Autour d'elle, tous les membres du groupe se sont quelque peu éparpillés.

Ce matin, un banc de dauphins s'est joint à eux. Au début, les deux groupes ne se sont pas mélangés. Mais, dans l'après-midi, les jeunes dauphins sont venus se mêler aux baleines, mettant un peu d'animation. Et Bélinda s'en réjouit. Car elle est la plus jeune des baleines. Et il n'est plus question de demander à Barnabé, son frère, de venir jouer avec elle, alors qu'il a presque atteint sa taille d'adulte. De plus, il est bien trop occupé à faire les yeux doux à Bérénice pour accorder ne serait-ce qu'une minute à Bélinda.

Remarquant trois jeunes dauphins qui nagent un peu à la traîne, Bélinda décide d'aller les rejoindre.
- Salut, je m'appelle Bélinda.
Les trois dauphins la regardent d'un air peu engageant :
- Qu'est-ce que tu veux ?
- Je peux jouer avec vous ?
- Non, répondent-ils en choeur.
- A quoi pourrais-tu bien jouer, ajoute le plus grand. Tu es bien trop grosse ! Tu risquerais de nous écraser.
- Mais...

Ils s'éloignent déjà et ne l'entendent pas. Stupéfaite, Bélinda reste sur place.
- Ne fais pas attention à eux.
A côté d'elle nage un dauphin minuscule, avec tout plein de tâches claires sur le dos.
- Moi c'est Diégo. Toi c'est Bélinda, c'est ça ?
Diégo, un éclair malicieux dans l'oeil, ajoute :
- Je crois que si nous ne remontons pas à la surface, nous allons avoir des problèmes pour respirer !
Bélinda sourit :
- Oui, je pense qu'il est temps.

À la surface, Bélinda remarque son père, Boniface, en train de discuter avec un très vieux dauphin.

- C'est Daffodill, notre chef, explique Diégo. C'est lui qui nous guide. Il a parcouru cette partie de l'océan tant de fois, qu'il en connaît tous les recoins et surtout tous les dangers.
Curieuse, Bélinda se rapproche des adultes. - Ainsi vous avez fait connaissance ? demande Boniface. J'en suis heureux. Profitez du beau temps pour vous amuser. Mais surtout ne vous éloignez pas trop. Et aussitôt il reprend sa conversation avec Daffodill.

Bélinda, qui n'a pas eu l'occasion de jouer ces derniers jours, en profite pour organiser une partie de cache-cache. Diégo se révèle un compagnon de jeux merveilleux ; et ses copains ont même accepté de jouer avec eux. Depuis, il règne une vraie pagaille. Surtout à cause de Bélinda qui entre en permanence en collision avec chaque baleine sur son passage. D'ailleurs celles-ci commencent à s'en plaindre. Mais Boniface leur fait remarquer qu'un peu d'exubérance de la part des jeunes n'a jamais fait de mal à personne, surtout après le dur hiver qu'ils ont passé en Arctique. Et c'est exténués que Bélinda et Diégo consentent à arrêter leur jeu une fois la nuit tombée.

Le lendemain, les deux amis sont partis en éclaireurs, explorer les fonds sous-marins.
- Regarde, lance soudain Diégo. Il y a un bateau couché là-bas.
- Où ça ?
- Droit devant nous. Tu le vois ?
- Non! Ah si ! Maintenant je le vois, annonce enfin Bélinda. C'est bizarre que je ne l'ai pas aperçu plus tôt. Il est si gros. C'est sûrement un paquebot !
- C'est super. On va pouvoir s'amuser comme des fous.
- Comment ?
- Ben, on pourrait se poursuivre à l'intérieur, dit Diégo.
- Mais je suis trop grosse, remarque Bélinda, tristement. Jamais je ne pourrai entrer.
- Mais si, il doit bien y avoir une brèche dans la coque sinon il n'aurait pas coulé.
Joyeusement le dauphin entraîne son amie autour du paquebot. Ils en ont quasiment fait le tour complet, quand Diégo s'exclame : - Ca y est ! Je la vois, tout en bas. Prestement, ils s'élancent vers l'ouverture mais devant le trou, force est de constater que Bélinda ne pourra jamais s'y engouffrer.
- C'est parce que la coque est à moitié enfoncée dans le sable, remarque Diégo.
- De toute manière, je ne crois pas que j'aurai pu me déplacer à l'intérieur, ajoute Bélinda en regardant à travers un hublot. C'est beaucoup trop étroit.
Diégo se rend compte que son amie est quand même déçue.
- Attend ! J'ai une autre idée, lance-t-il tout à coup. J'ai trouvé un autre jeu. Je rentre dans le bateau par un côté et toi tu dois essayer de trouver par où je vais ressortir. D'accord ?
Bélinda acquiesce et la partie commence. Au début, Bélinda n'a pas trop de mal à trouver par où passe Diégo. Pourtant au fil de la partie, elle a de plus en plus de mal à distinguer le dauphin. D'ailleurs, Diégo arrive par derrière, sans qu'elle le remarque.
- Bouh ! crie-t-il pour l'effrayer. Dis ça fait au moins trois fois que je sors quasiment sous ton nez et que tu ne me vois même pas. Tu le fais exprès ?
- Non je te jure, s'indigne Bélinda. Je ne t'ai pas vu !
- Alors tu as certainement un problème avec tes yeux. Même que la dernière fois j'ai chassé devant moi tout un banc de petits poissons argentés !
- Ah ! Je pensais bien avoir perçu quelque chose mais je ne savais pas ce que c'était.
- Franchement Bélinda, je trouve tout cela inquiétant. Il faut en parler à Daffodill et à Boniface. Viens allons les voir.

Diégo et Bélinda se rendent compte qu'ils n'ont pas remarqué si le groupe est déjà passé.
- Oh ! Ils ne doivent pas être bien loin, assure Diégo. Si ça se trouve, ils ne nous ont pas encore dépassés.

Aussitôt ils remontent à la surface. Ce n'est qu'après avoir cherché un bon moment que Diégo aperçoit au loin de petits panaches blancs provoqués par le souffle des baleines.
- Ils sont là-bas ! annonce le dauphin. Il faut se dépêcher. Ils ont pris beaucoup d'avance !
Et, sans attendre, Diégo s'élance en bondissant hors de l'eau. Lentement il prend de l'avance.
- Bélinda, crie-t-il, je vais aller les prévenir. Ils ralentiront et comme ça tu pourras nous rattraper sans te fatiguer.
Et Diégo plonge pour nager plus vite.

Mais voilà, il n'a pas fait attention et lorsqu'il le voit il est déjà trop tard, il ne peut s'arrêter : il fonce alors tout droit dans un immense filet qui flotte entre deux eaux. Aussitôt il s'emmêle dedans ; les mailles sont prévues pour ne laisser passer que les tous petits poissons au travers.
Aux cris de son ami, Bélinda se précipite. Malgré sa mauvaise vue, elle distingue Diégo mais sans comprendre pourquoi il ne bouge plus. Elle ne voit pas non plus le filet et fonce dedans. Mais grâce à sa taille et à son poids, le filet ne résiste pas et cède. Diégo peut remonter à la surface.

- Que s'est-il passé ? demande Bélinda.
- Tu es passée au travers d'un filet dérivant.
C'est Daffodill. Derrière lui arrive Boniface, suivit de près par Barnabé le grand frère de Bélinda.
- Nous avons aperçu un bateau de pêche tout à l'heure, ajoute-t-il pendant que trois dauphins adultes finissent de dégager Diégo. Et ne vous voyant pas arrivés, nous avons aussitôt pensé que vous aviez des ennuis.
- Tu sais Boniface, dit Diégo maintenant libre, heureusement que Bélinda a une mauvaise vue. C'est parce qu'elle ne l'a pas vu qu'elle a foncé dans le filet.
Daffodill et Boniface regardent les deux jeunes avec amusement.
- Décidément, petite soeur, il faut toujours que tu te fasses remarquer, sermonne Barnabé. Hier tu bousculais tout le monde, aujourd'hui tu manques de faire noyer Diégo. Quelle sera ta nouvelle catastrophe ?
- Ne raconte pas de bêtises, tu veux ? réplique Boniface. Ce n'est pas sa faute. Il semble que Bélinda ne voit pas bien. Elle a juste besoin de lunettes.
- Bon, il est temps de rattraper le reste de la troupe, annonce Daffodill.

Sur le chemin, à quelques brasses en arrière, Bélinda rêve à voix haute :
- Tu te rends compte Diégo, je vais porter des lunettes. J'aimerai qu'elles soient rouges.
- Ca serait joli, réplique Diégo.
- Non pas rouges ! Plutôt en forme de pieuvre, avec plein de tentacules verts. Ce serait plus rigolo !

Marie-Hélène Lafond

©1995-98 -

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