Cachou le Cachalot

Conte - A partir de 6 ans

  • Auteur : Monique Léty

L'histoire du conte "Cachou le Cachalot"

Autrefois, loin d'ici, il y avait un petit port bien tranquille. On l'appelait Port-Écume. C'était le refuge de nombreux bateaux de pêche.

En effet d'imposants rochers le protégeaient des assauts d'une mer démontée et donc blanche d'écume. Il abritait un cachalot du nom de Cachou. C'était une sorte de baleine à l'énorme tête, assez puissante pour affronter ces flots déchainés.

Chaque fois qu'une vague se jetait furieusement sur un navire de Port-Écume, comme par magie, il était là et se mettait tout contre sa coque. Sa force rendait le bateau invincible. Il ne chavirait pas.

À Port-Écume tout le monde aimait Cachou, sauf le capitaine Tempête.

Ce capitaine se prenait pour le roi des océans. Il avait appelé son navire l'Excellente et partait en mer seulement par gros temps. Lorsqu'il rentrait au port, il n'oubliait jamais de se vanter de ses exploits. Par contre il oubliait de dire que ses marins étaient les plus courageux du port.

Et, bien sûr, il n'admettait pas l'existence de Cachou, le sauveur des marins de Port-Écume. C'était lui et lui seul qu'il fallait admirer.

Un beau jour, des vagues rugissantes frappaient les rochers. Le vent hurlait à la mort. Mais, dans le port, tout était calme. Les rochers protecteurs semblaient être encore plus énormes. Soudain, le capitaine se mit à crier :

- Tous au bateau ! Moi, le fameux capitaine Tempête, je vous ramènerai ici sains et saufs après une très bonne pêche. Les autres capitaines eux, sont trop peureux !

Puisqu'ils faisaient entièrement confiance à Cachou, les matelots obéirent. Mais ils pensaient tous que c'était de la folie pure, qu'ils ne pourraient aller bien loin.

Toutes voiles dehors, l'Excellente franchit le petit espace qui permettait de sortir de Port-Écume.

Aussitôt des vagues agressives s'attaquèrent au bateau. Cachou, lui, se laissait bercer par cette mer furieuse. En voyant l'Excellente il se dit :

- Mais, ce capitaine Tempête est complètement fou ! Son bateau va sûrement couler. Partons vite aider les courageux marins. Plus ça va, plus je le déteste cet imbécile de capitaine !

Celui-ci, confortablement installé dans sa cabine, se moquait éperdument du danger.

Soudain un matelot entrouvrit un peu la porte. Il dut crier pour se faire entendre. Le vacarme extérieur était trop assourdissant. Il disait :

- On veut replier la voile, mais elle ne se décroche pas. Le bateau ne résistera pas longtemps. On va tous mourir !

Fou de rage, le capitaine Tempête hurla :

- Bande de dégonflés, demandez au matelot qu'on appelle Brave de monter en haut du mat réparer la voile. C'est pas compliqué !

Dépêche-toi pauvre imbécile ! Et en partant, ferme bien la porte !

Luttant contre les puissantes rafales de vent qui balayaient le pont, le matelot rejoignit le Brave. Il lui transmit l'ordre du capitaine.

À ces mots le Brave fronça les sourcils et ses yeux se durcirent. Il évalua la hauteur du mat, puis regarda les vagues menaçantes. Enfin, il observa ses amis matelots, sans cesse bousculés par d'énormes paquets de mer.

- D'accord, répondit-il, mais c'est seulement pour vous que je risquerai ma vie, pas pour notre orgueilleux capitaine !

Aussitôt il agrippa fermement le mat et entreprit une escalade périlleuse. En effet, le bateau était le jouet du vent et des vagues. Il tanguait dangereusement.

Heureusement, après de multiples efforts, le Brave atteignit le sommet du mat, là où étaient accrochées les voiles. Il commença le travail quand soudain, le pire arriva. Le Brave tombait dans la mer déchainée.

Un seul homme ricanait de satisfaction, c'était le capitaine Tempête. Par le hublot de sa cabine il observait la scène tragique.

- Maintenant, pensait-il, je suis le seul maître à bord.

Pour se moquer de celui qui tombait dans les vagues monstrueuses, il eut juste le temps de crier :

- Si tu remontes tu seras capitaine, et moi je brosserai le pont !

Il cria si fort que tout le monde entendit; tous les autres matelots et leur ami Cachou.

Fidèle, il était là, mais personne ne le savait.

Dans sa chute le Brave n'entendait rien. Ses yeux effrayés voyaient seulement l'eau noirâtre qui se rapprochait. Les vagues cruelles se préparaient à l'engloutir. La mer semblait se lécher les babines. Il se mit alors à crier de peur et de désespoir. Il allait rentrer dans ce gouffre mortel lorsqu'il vit, juste au-dessous de lui, deux grands yeux attendrissants qui lui disaient :

- N'ai pas peur. Je suis là !

Il reconnut aussitôt Cachou, le sauveur des marins de Port-Écume. Afin d'amortir le choc, ce dernier s'enfonça légèrement dans l'eau. En effet, celle-ci freina la chute du Brave qui atterrit en douceur sur le dos de Cachou. Puis il remonta à la surface pour permettre au Brave de respirer.

Peu à peu, celui-ci reprenait ses esprits. Pour le remercier il tenta d'enlacer son sauveur, mais un cachalot c'est vraiment trop gros ! Aussi, il se contenta de lui tapoter la tête.

Cachou était tout ému de sentir les remerciements du Brave. Mais il voulait en faire encore plus. Il lui dit :

- Il est vraiment cruel ce capitaine Tempête. Lui, il ne sort jamais de sa confortable cabine. Il ne cotoie pas le danger. Lorsque tu tombais, il a même osé se moquer de toi. En ricanant il a crié que si tu remontais sur le bateau tu serais le capitaine et que lui il brosserait le pont. Il est tellement orgueilleux, tellement ignorant des dangers d'une mer en furie qu'il mérite de brosser le pont. Ce fainéant sera désagréablement surpris de te revoir en chair et en os sur l'Excellente. Installe toi vite sur ma queue !

Pour être sûr de la position du Brave, Cachou retourna sa grosse tête et le marin lut dans ses yeux tant d'amitié, tant de solidarité qu'il lui dit :

- Tu es le meilleur ami des marins de Port-Écume. Là-bas tout le monde t'aime.

Cachou répondit en riant :

- Sauf le capitaine Tempête ! N'ai pas peur et laisse toi faire. Un coup de queue et hop ! Tu seras debout sur le pont !

Au même instant le capitaine Tempête réunit tous ses marins. Il voulait sans doute les réconforter après la noyade accidentelle du Brave. Il ne put rien dire. Il n'avait en face que des regards tristes et pleins de colère. Tous les membres de l'équipage s'avançaient vers lui, menaçants : un autre orage grondait tout près de lui.

Le capitaine Tempête n'en menait pas large. Il était seul, tandis que les matelots étaient trois. En plus tous étaient grands et forts. Bref, il fallait un miracle pour sauver l'orgueilleux capitaine.

Soudain, le Brave, comme venu de nulle part, atterrit là au milieu d'eux. Alors tous les marins se mirent à hurler de joie et à crier :

- Vive le capitaine Courage !

Un marin ajouta :

- Allez, allez Tempête ! On prend la brosse et on nettoie le pont ; allez ! Plus vite que ça !

Tous les marins souriaient. Le vent chantait, les vagues caressaient doucement le navire. Alors le Brave, qu'on appelait maintenant le capitaine Courage, prit la parole et dit d'une voix ferme :

- Ce n'est pas moi qu'il faut féliciter mais notre ami Cachou. Sans lui, je serais mort !

Alors tous les matelots s'accoudèrent à la rambarde et ensemble scandèrent:

- Cachou! Cachou! Cachou!

Mais notre gros poisson était trop modeste. Ils ne le voyaient pas. Il se blotissait là, tout contre la coque. Seules pouvaient le distinguer les mouettes qui volaient au raz des vagues.

Mais le calme ne dura pas. Le vent et les vagues se déchainaient à nouveau. Ils s'acharnaient de plus en plus méchamment sur l'Excellente. Le bois de sa coque se mit à craquer. Le retour au port s'imposait.

Mais comment faire? Les matelots avaient peur : Cachou, le sauveur des marins de Port-Écume n'était plus avec eux, croyaient-ils. Seul le capitaine Courage savait.

Cachou se camouflait là, presque sous le navire.

Sous les yeux admiratifs des marins il courut à la rambarde et, au moyen d'une corde solidement fixée au bateau, il se laissa glisser au niveau des vagues.

Quand il toucha l'eau, Cachou apparut.

Tranquillement bercé par les flots puissants que sa présence semblait intimider, il attendait. Courage ne peut crier qu'un mot :

- Port-Écume!

Aussitôt les vagues se mirent à l'attaquer. Cachou indifférent à leur force répondit:

- D'accord, remonte et lance la corde!

Courage remonta sur le bateau avec mille misères, expliqua la situation aux marins.

Tous poussèrent un soupir de soulagement : ils étaient tous sauvés maintenant.

Sans plus attendre ils lancèrent la corde à Cachou. Les vagues hargneuses et mauvaises ne purent rien contre ce navire qui déjouait tous leurs pièges. Il faisait inéxorablement route vers Port-Écume que de solides rochers protégeaient de leurs perpétuels assauts.

Enfin on put apercevoir la côte.

On aurait dit que les énormes rochers qui protégeaient l'entrée de Port-Écume s'écartaient pour mieux laisser passer l'Excellente.

Groupées sur le quai, les familles des matelots attendaient, inquiètes. Elles en voulaient à ce présomptueux capitaine Tempête : mais, à leur grande surprise apparut un autre capitaine : le capitaine Courage que l'équipage portait triomphalement. Il leur raconta, en détail, leur aventure et les prouesses de Cachou.

Émerveillée la foule se mit à scander :

"Vive Cachou! Bravo courage".

Mais où était-passé Cachou?

À l'entrée du port, on pouvait voir quelque chose qui rougissait, qui rougissait...

Mais on entendait aussi quelqu'un qui brossait le pont de l'Excellente...

FIN

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