Car au loin s'étend le Constanija

Conte - A partir de 12 ans

  • Auteur : Bryan, 13

L'histoire du conte "Car au loin s'étend le Constanija"

JEUNES ÉCRIVAINS

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CAR AU LOIN S'ÉTEND LE CONSTANIJA une histoire écrite par

Bryan

octobre 1997 L'aube caressait du regard la plaine verdissante. Kyiv s'étendit sur tout son long, fixant, lui aussi, par-dessus le blé, l'horizon lointain de ses yeux perçants. Au loin, sa destination, sa destinée...

Un frémissement le remis en alerte. Mais il fut vite rassuré lorsque la tête d'Orsha émergea des hautes herbes. Heureusement, ce n'était que sa douce et tendre épouse, car qui sait qui pouvait se cacher ici...

Ils traversaient le pays des Moldovans depuis quelques jours déjà. C'était un peuple barbare et cruel, détesté de tous mais craint aussi par la frayeur qu'il engendrait lorsque des récits de sadiques et horribles crimes et châtiments parvenaient aux oreilles de tous et chacun. Tout le monde sur la grande terre de Soma les avait en très baisse estime, et considérait tout juste que ces immondes créatures méritaient le droit de vivre... Kyiv savait tout ça en s'aventurant ici. Il n'ignorait pas qu'Orsha et lui auraient à sans cesse veiller sur eux, de peur de rencontrer ne serait-ce qu'un seul Moldovan...

Qu'est-ce qui l'avait donc poussé à s'aventurer dans cette sinistre contrée que tous évitaient? À faire une telle folie, une telle imprudence? Le désir d'une vie meilleure... Le Lietuva, leur pays, était terrassé par une terrible famine, à cause d'une terrible sécheresse qui faisait craquer la terre des champs, qui s'ouvrait comme pour crier sa misère et pleurer sa fertilité perdue... Les paysans aussi pleuraient, mais même toutes leurs larmes n'auraient pas suffit à arroser ces arides immensités.

Puis, Kyiv avait entendu parler de ce pays, le Constanija. On en parlait comme d'une terre de salut, véritable paradis construit sur les douces et clémentes plaines au bord de la mer Plevnovna. "Bref, comme lui avait dit le vieux qui lui en avait touché mot, c'est ce que le Lietuva était avant cette sécheresse." Car il est vrai que le Lietuva aurait facilement pu prétendre au titre de paradis avant que ce soleil de plomb s'acharne avec tant d'obstination sur leur tête...

Tous rêvaient de partir vers le lointain et mythique Constanija, mais peu eurent l'audace de Kyiv pour s'engager dans cette péripétie, ce voyage, ce long trajet dangereux qui les mèneraient jusqu'au joyeux pays du Constanija. La majorité à cause des Moldovans. Après tout, qu'importait les distances lorsqu'on se dirigeait vers le bonheur? Mais la mort pesait lourd dans la balance, car on risquait sa vie...

Kyiv prit ce risque, donc Orsha et lui partirent sous les regards admiratifs mais craintifs de leurs compatriotes.

Ils durent tout d'abord traverser le pays de Pinsk. Ce trajet fut morne, un long calvaire, car ici aussi la désolation se lisait partout, car la chaleur frappait ici autant qu'au Lietuva. Mais leur courage était plus fort que le Soleil, si bien qu'ils traversèrent l'inhospitalier pays en tout juste cinq jours.

Puis, le climat se modifia. Une brise fraîche caressa leur visage brûlé par la chaleur et les rayons ardents de leur ennemi céleste. Telle une apparition, aussi, ils virent des nuages dans le ciel. Orsha n'en croyait pas ses yeux, tant le souvenir de ceux-ci s'était estompé dans sa mémoire malgré leur courte, mais si douloureuse, absence.

Mais ce territoire aux aspects si doux n'était nul autre celui des sauvages Moldovans...

Jusqu'à présent, tout s'était bien passé. Les quelques villages croisés avaient été fuis à toutes jambes, et leur présence ignorée de tous. Tant mieux. Cependant, il restait encore peut-être un jour ou deux de marche, et tout pouvait arriver. Pas question de relâcher leur vigilance.

Orsha était morte de fatigue. Ils ne voyageaient pas la nuit, car la Lune s'était volatilisée tranquillement, emmenant avec elle sa réconfortante clarté. Ils ne pouvaient donc pas avancer, mais il ne pouvaient non plus se payer le luxe de quelques heures de sommeil, car les Molodvans auraient pu les voir, et faire on ne sait quelle horreur.

Mais Kyiv gardait espoir. Au loin, la plaine, le Constanija. Ils arrivaient. Voyant Orsha se lever avec peine, il lui souffla:
- Ne t'en fais pas, nous arrivons.

Sa réponse ne fut qu'une plainte.

Ils avancèrent quelque peu, s'arrêtant quelques fois pour grignoter un peu leurs maigres provisions arrachées ça et là sur le territoire maudit. Leur dernière escale fut plus longue, car Orsha n'en pouvait plus.
- Quelques minutes, Kyiv. Je t'en prie. Je n'en peux plus.

Son mari lui accorda ce délai. Lui aussi en avait besoin.

Ce qu'ils ne savaient pas, c'est qu'un Moldovan parti à la chasse les avaient aperçus. Il s'approcha avec l'agilité d'un chat et se plaça près des deux Lietuvans.
- Nous ne devons plus être bien loin, maintenant. Nous traversons ce maudit pays depuis sept jours déjà. La fin doit être proche...
- Oui, pensa le Moldovan en souriant. La tienne.

À ce moment, tel un animal déchaîné, il sauta sur Kyiv. Celui-ci sentit les trois rangées de dents du Moldovan se planter dans sa peau rosée. Il tenta de se déprendre de la prise de l'horrible bête-homme, mais sans succès. Les bras inférieurs du Moldovan se refermaient sur ses jambes. Il lâcha une plainte de douleur. Seul un Moldovan pouvait être aussi cruel. Plus que jamais, il détestait cette race, si laide, inférieure et mauvaise...

Orsha, à cet instant, entra elle aussi avec une férocité insoupçonnée dans la lutte acharnée. Elle frappa la tête du Moldovan dans un coup de pied, puis elle le frappa des mains, de tous ses membres, l'étrangla. Puis les griffes du Moldovan rentrèrent dans sa fourrrure, ses bras retombèrent, inanimés. Il n'était plus.

Kyiv, lui, restait étendu sur le sol, tant le moindre mouvement le faisait souffrir. Mais rien ne le faisait plus souffrir que ce qu'il venait de voir à l'instant. Son Orsha, sa douce et tendre Orsha venait de tuer un Moldovan!

- Orsha!

Cette parole, ce cri plutôt, révélait toute l'horreur de la situation. Orsha le regarda de ces grands yeux innocents qu'il avait toujours connu, mais elle ne prononça pas un mot.

Devant cette femme si farouche, il se sentit en sécurité. Il n'avait plus peur des Moldovans. Il se sentait même près de ces sauvages personnes... Chose qu'il n'aurait jamais pensé jadis. Ils se ressemblaient, au fond, et n'étaient pas mieux qu'eux. Et ça, personne ne l'avait compris sur la grande terre de Soma... ©1996 -  
 

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