Classe verte

Conte - A partir de 8 ans

  • Auteur : Claudine

L'histoire du conte "Classe verte"

JEUNES ÉCRIVAINS

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Classe verte une histoire écrite par

Claudine

mars 1998

Le pétaradant petit autobus jaune nous laisse près des plaines. J'ai peine à les suivre tant la hâte rend leur course frénétique. Des cris de joie fusent de toutes parts. L'excitation est à son comble. Pour cette journée en plein air, j'ai promis à mes élèves de première année tant de merveilles à découvrir, tant de nouveaux jeux à essayer, tant de mets à se mettre sous la dent... Une belle journée en perspective.

À mesure que la matinée avance, le temps semble ralentir et les minutes, s'étirer. Il devient de plus en plus difficile pour moi de retenir leur attention. Ils vont impulsivement d'un jeu à l'autre, détournant leur regard de ce pour quoi ils avaient écarquillé les yeux quelques instants auparavant pour le tourner vers un autre amusement, tout aussi éphémère. Un garçon impatient bouscule une timide fillette qui fond en larmes, quelques garnements devisent dans un coin. À voir leurs mines malicieuses, ils mettent au point le plan le plus diabolique jamais élaboré par un enfant de six ans. Vivement l'heure du pique-nique!

Une grande nappe à carreaux est étendue sur la verdoyante herbe des plaines. Les rares personnes à avoir échappé à l'étouffante chaleur des bureaux cherchent un coin d'ombre. En passant près de notre petit groupe, ils nous observent d'un oeil ravi alors que nous déballons les victuailles. Certains semblent nous envier; ils convoitent sans doute davantage l'innoncence de l'enfance que notre repas pourtant frugal, mais préparé avec un soin si particulier de la présentation. Il est vrai que c'est un charme de voir les petits visages s'illuminer à la vue de quelques sandwiches découpés à l'emporte-pièce, d'un assemblage de fruits frais imitant tant bien que mal un quelconque animal et d'un plein pichet de limonade glacée.

Ne pouvant plus les intéresser aux jeux si longuement planifiés, je les laisse partir en expédition, simuler une bataille, se rouler dans l'herbe au risque d'avoir tous les parents à dos le temps du lavage venu. Je constate une fois de plus la force de l'imagination, jouet universel dont la popularité n'a d'égal que la longévité. Pourquoi me suis-je embarrassée de tout ce matériel inutile qu'ils ont laissé de côté après se l'être arraché en chahutant?

Le retour du transport scolaire est accueilli par de vives démonstrations de la déception qu'inspire la conclusion d'une si riche journée. Mi-soulagée, mi-nostalgique, je regarde mes petits gravir d'un pas sautillant les quelques marches de l'autobus. Je les vois coller le nez sur une vitre et envoyer la main en guise de dernier adieu aux plaines. Pendant le trajet du retour, ils rêvent à leurs récentes découvertes: cette grosse chenille velue apparue au grand dam d'une fillette cachée dans un arbuste, cette coccinelle que les plus braves ont laissé courir sur leur avant-bras... Des trésors de souvenirs!Année après année, le scénario est demeuré quasi identique. Seules les répliques, empreintes d'une naïveté désarmante, ont changé au gré de la distribution. Je suis la seule actrice à avoir toujours fait partie du décor, m'adaptant aux modes, aux expressions modernes, aux nouvelles activités prisées par la jeunesse. Et aujourd'hui, à la veille de ma retraite, c'est le coeur chargé de trente-cinq ans d'émotions que j'ai joué mon rôle pour la dernière fois.

©1995-2005

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