En prison en Espagne

Conte - A partir de 10 ans

  • Auteur : Nadia Gould

L'histoire du conte "En prison en Espagne"

En prison en Espagne

Nadia Gould - nadiagould@peoplepc.com

- Vous savez ce qu'il vous reste à faire

avait dit Mme M. à ma mére qui rougit très fort.

C'est le seul moyen et j'ai mes papiers maintenant, mon mari et moi sommes libres.

Il pleuvait une pluie fine et nous étions à l'abri sous un grand arbre. Il était à peine six heures du matin quand on avait aperçu Mme M. sortir du bureau du commissaire de police. On était de nouveau à la frontière mais Mr.et Mme M. n'étaient plus nos compagnons de voyage.

Avant d'être refoulés à la frontière nous avions passé une quinzaine de jours à la prison de Figueras. Ce n'était même pas la vraie prison. Ils nous avaient mis dans deux grandes salles; une pour les femmes et enfants et l'autre pour les hommes. Les carabiniers nous y avaient conuduits en autobus. Ils avaient réquisitionné toutes les places du fond dans l'autobus pour qu'on ne s'échappe pas. C'est en riant qu'ils avaient dit ça.

On n'avait pas d'argent . Quand ils nous ont arrêtés à la frontière espagnole ils nous avaient tout pris. Les autres passagers avaient tous été très gentils avec nous. Ils nous ont même donné des bananes. Ah! quelles étaient sucrées. On n'en n'avait pas mangées de si bonnes depuis le début de la guerre. Les dames nous regardaient les larmes aux yeux en disant: "Quel malheur!". Je n'oublierai jamais leur gentillesse.

Ce matin là, quand on nous avait conduits à travers le village, entre les carabiniers avec leur fusils, je me croyais être Marie Antoinette menée à l'échafaud; sauf que là le peuple était plus gentil que les révolutionaires: il nous souriait!

Au bureau de police mon père a retrouvé les amis dont il attendait des nouvelles avant de partir. Ils avaient passé la frontière avec le même guide que nous. Tout le monde était là. Il y avait M. et Mme L. et leur petite fille qui avait trois ans. Le guide les avait abandonnés en Espagne sur une route près d'Espolia.

Mon père décida alors que nos nouveaux compagnons seraient M. et Mme L. et leur petite fille aux yeux bleus, Nicole. J'étais ravie de m'occuper de la petite . Elle était si belle avec ses cheveux fils d'or. Elle était très coquette aussi. Elle ne voulait pas pleurer de peur d'avoir les yeux rouges. Elle avait a peine trois ans mais était très en avance pour son âge.

Puis nous avons fait connaissance de deux garcons belges d'environ nos âges avec qui on s'est mis immédiatement à jouer aux cartes. Leur mère était enceinte. Bien plus tard on a appris la mort du bébé. Elle avait demandé qu'on la mette dans la vraie prison, là où les prisonniers avaient droit à des lits et des activites physiques. Le Commissaire lui avait répondu: "Toute l'Espagne est en prison - il n'y a pas de place libre dans les prisons - attendez un peu - peut-être que quelqu'un en sortira"

Ma mère se tourmentait et se disait qu'elle n'aurait pas du emmener Lilo avec nous - peut-être que Lilo aurait pu prendre le bateau pour l'Amérique. (Le bateau n'est jamais parti!). Toutes les grandes personnes étaient tristes et préoccupées . Mais nous, les enfants, nous étions contents. On mangeait de bonnes soupes avec du pain de campagne à tous les repas et, du moment qu'on était avec nos parents, on n'était pas malheureux. Lilo disait qu'elle était contente que ma mère ne l'ait pas laissée toute seule à Marseille. Et puis, mine de rien, on écoutaient les histoires que les femmes se racontaient entre elles. On se tordait de rire en admirant Mme M. qui faisait religieusement ses soins de beauté au milieu de tout ce monde dans notre boîte de sardines.

Puis nous avons du être refoulés à la frontière pour légaliser notre séjour en Espagne. Tout le monde était soulagé. On avait tous besoin d'un changement.

Il pleuvait lorsque nous arrivions à la frontière. Les policiers nous dirent: "Abritez-vous sous les arbres et atttendez que le commissaire de police vous appelle. Il est tard et il fait nuit. Tachez de dormir ! Il ne faut surtout pas vous faire attraper par la police française. Ils sont tout à côté. Si vous faites du bruit, ils seront obligés de vous arrêter."

On sommeillait, attendant que le jour se lève, lorsqu'on a vu à travers la brume, Mme M. qui descendait la colline d'un pas léger.

Lorsqu'elle avait conseillé à ma mère de faire comme et d'aller voir le commissaire ma mère était bien embêtée. Elle nous dit: "Ecoutez les enfants, nous allons tous ensemble trouver le commissaire."

Un brave monsieur, le doigt sur la bouche, nous fait signe d'entrer:
- Monsieur Le Commissaire dort et c'est tant mieux. Je vais vous préparez vos papiers comme ça il n'aura plus qu'à les signer. Il a été très content de voir votre amie - tout c'est bien passé avec elle. Venez près du feu vous sècher et attendons!

On était si bien au chaud près du poêle qu'on s'est tous endormis.

Au bout d'une heure le gentil secrétaire prit les papiers qu'il avait préparés et entra chez son patron. Il revint quelques instants plus tard avec un grand sourire et tous nos papiers signés! Quel soulagement!

Puis le commissaire est sorti de son bureau et nous a dit:
- Allez! Vous êtes libres jusqu'au départ de votre bateau!

Alors on a pris la grande route et on a marché longtemps et traversé de nombreux villages. On croisait des gens. La plupart vivaient dehors sur le trottoir. Ils y faisaient leur cuisine, se faisaient couper les cheveux, d'autres lavaient leur enfants dans de grands baquets d'eau. Tout le monde était là dehors et tous tellement gentils avec nous. Finalement une organisation juive nous a aidés et donné de l'argent pour prendre un train à destination de Vigo, le port d'où devait partir notre bateau pour l'Amérique du Sud. Mon père nous avait fabriqué des faux visas pour la Colombie.

Était-il possible que nous partions pour l'Amérique de Sud?

©1997 -

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