Frigorifiant

Conte - A partir de 8 ans

  • Auteur : Claudine

L'histoire du conte "Frigorifiant"

JEUNES ÉCRIVAINS

la page dont vous êtes les auteurs

FRIGORIFIANT une histoire écrite par

Claudine

août 1997 Décembre, janvier et février défilaient à toute allure dans ma vie, comme autant de pages sur mon calendrier. Manteaux, pulls de laine, mitaines et foulards quittaient tour à tour la douillette pension que leur avait offert ma garde-robe pendant la saison chaude pour se retrouver sur mon corps où ils me servaient de bouclier contre les intempéries. Un autre hiver... Plus froid que les précédents. Glacial. De mémoire d'homme, jamais le mercure n'était descendu aussi bas. Grâce à un ardent feu de foyer, je pouvais toujours survivre au froid venu de l'extérieur. Mais comment liquéfier cette peur qui me glaçait le sang dans les veines? Comment emmitoufler mon âme dans la douce étoffe du réconfort?

Les flammes dansaient devant moi, crépitant, exaltant, extériorisant leur joie de connaître cette existence éphémère. Je ressassais, comme chaque soir après le coucher du soleil, des idées aussi noires que la nuit. Le lendemain serait mercredi et "elle" reviendrait pour la treizième fois... La même succession de lugubres images défilaient dans mon esprit, brouillant les ondes, bloquant la voie à toute pensée positive qui aurait voulu surgir du fond de l'abîme...

Elle passa une fois de plus derrière ma fenêtre. "Elle". L'ombre noire derrière le rideau de givre blanc. Chaque mercredi, à dix heures précises, elle traversait ainsi ma cour, ma vie... Ce soir-là, elle le faisait pour la treizième fois. Le chiffre fatidique, celui de toutes les superstitions. J'étais littéralement convaincue qu'il m'arriverait malheur. Je serais enlevée, violée ou tuée par un maniaque... Un fracas de vitre brisée... Un coup de feu... Que se passait-il donc? Je frissonnais lorsque retentirent trois petits coups secs. Toc! Toc! Toc! La porte... Allais-je l'ouvrir? Je n'eus pas à me questionner très longtemps puisqu'elle s'ouvrit d'elle même... Pas tout à fait d'elle-même, finalement, puisque je vis alors cette homme, montrant ses mains ensanglantées, réclamant les premiers soins... Malgré ma frayeur, je m'affairais à arrêter l'hémorragie, brûlant d'envie de demander à l'inconnu la raison de telles blessures... De lui-même, il me confia:

"Je me rendais chez ma maîtresse, votre voisine d'à côté. Comme chaque semaine, je suis passé par votre cour et je suis entré par sa porte de derrière, dans le souci de cacher notre relation au plus de gens possible. Vous comprenez?

Alors que je me dirigeais vers la chambre des maîtres, je me suis souvenu que le mari de madame avait failli me découvrir, mercredi dernier. En effet, il se doutait de quelque chose et s'était fait remplacer à son travail pour venir vérifier de quoi il retournait. Depuis décembre, il travaille de nuit tous les mercredis, vous savez...

Toujours est-il que ce soir, monsieur m'attendait dans leur chambre, avec sa carabine. Je n'ai eu que le temps de casser la fenêtre de la pièce et de sauter du deuxième étage pour éviter la balle. J'ai atterri dans la neige molle et j'ai couru jusqu'ici..." Soulagée, quoique encore un peu sous le choc de ces déclarations , je ne pus que m'exclamer:

"Oh! Connaître toute l'histoire me fait chaud au coeur!" Il me fixa alors avec des yeux froids, interrogatifs. Il ne saisissait pas pleinement le sens de ma remarque, ne connaissant rien à la peur qui me rongeait depuis treize longues semaines. Dans un soupir, il dit, d'une voix à peine audible:

"Si mon malheur vous réconforte, je m'en vais..." Et il sortit, faisant entrer derrière lui une bouffée de glacial air nocturne. ©1996 -

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