Je n'aurai qu'à imaginer le reste

Conte - A partir de 10 ans

  • Auteur : Bryan

L'histoire du conte "Je n'aurai qu'à imaginer le reste"

JEUNES ÉCRIVAINS

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JE N'AURAI QU'À IMAGINER LE RESTE une histoire écrite par

Bryan

janvier 1998 Une vieille Bible. À l'intérieur, une photo. Une photo de bien piètre qualité d'ailleurs... Le photographe amateur l'avait prise face au soleil couchant, si bien qu'on n'y voyait que des ombres aux contours indéfinis... Je distingue néanmoins deux formes; un homme, une femme, enlacés... À l'endos, une note: 1943. Qui sont-ils? Que faisait cette photo dans la Bible de ma grand-mère Marthe? Marthe... Bien sûr! Comment avais-je pu ne pas remarquer que cette jeune femme était nulle autre que ma grand-mère? Je regarde plus attentivement, cherchant des indices qui pourraient corroborer ma déduction. Oui, oui... Elles ont environ la même taille, les mêmes formes. Il n'y a plus aucun doute dans mon esprit. Mais qui est le mystérieux inconnu à ses côtés? Je n'ai connaissance que d'un seul homme important dans la vie de Marthe, et il s'agit de mon grand-père, Arthur. Or, l'homme de la photo n'a rien du petit homme trapu, gros et chauve que j'ai connu. Ils sont plutôt à l'opposé l'un de l'autre: l'inconnu est grand et mince. Bref, rien à voir avec Arthur. Alors, qui est-il? 1943... En pleine guerre mondiale. Serait-ce un ami de ma grand-mère, décédé au cours du conflit? Voulant garder à sa mémoire son souvenir, elle aurait laissé sa photo dans sa Bible... Oh, non. Je ne crois pas. Si une de mes connaissances mourait, je ne crois pas que j'adulerais sa photo comme une icône. Son dernier cliché n'aurait pas l'honneur de trôner dans mon livre de chevet, certes non. Alors, quoi? Un amoureux? Cela me semble déjà plus plausible... Grand-maman aurait-elle aimé cet homme, qui serait ensuite mort à la guerre? Comme j'aurais aimé savoir...

* * *

Le ménage de la maison de mes grands-parents fut terminé ce jour-là. Le son des chiffons sur les murs, des aspirateurs se tut avec le coucher du soleil. Toute la famille avait voulu s'occuper de cette longue tâche au plus vite. Maintenant, nous regardions tous avec nostalgie ces pièces vides, en se remémorant la place des meubles qui ne s'y trouveraient plus jamais... Le soir, nous nous réunîmes tous une dernière fois au salon mortuaire pour Marthe. Nous regardions tous, une larme à l'oeil, le corps froid de celle qui nous avait quittés. Au moins, nous disions-nous, elle avait eu une mort douce. Moi, en m'approchant du cercueil, j'y glissai la photo que j'avais trouvée ce matin dans sa Bible. Probablement aurait-elle voulu l'emmener dans son dernier voyage... qui que fut l'inconnu à ses côtés. Je n'aurai qu'à m'imaginer le reste de cette histoire de laquelle je venais d'écrire le dernier chapitre.

©1996 -  
 

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