L'échappée belle

Conte - A partir de 9 ans

  • Auteur : Sylvène

L'histoire du conte "L'échappée belle"

JEUNES ÉCRIVAINS

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L'échappée belle

une histoire écrite par

Sylvène

août 1999

Le ciel s'était couvert en quelques minutes. J'entendais le souffle rauque de l'animal suffoquant sous mon poids. Je le sentais oppressé et apeuré, comme s'il avait pressenti l'effroyable tempête qui s'amorçait sous nos yeux. Le martèlement sourd de ses sabots sur la chaussée se répercutait en mon corps; chaque foulée me faisait souffrir davantage. La violence et le déchaînement des éléments couvraient les cris de terreur et d'effroi causés par la lente agonie de notre espoir.
Il était encore tôt dans l'après-midi et, pourtant, on se serait cru en pleine nuit. Cette obscurité grandissante ne faisait qu'accroître plus encore la menace qui pesait sur nos épaules. La plaine était méconnaissable, tapie dans un manteau asphyxiant de brume et l'atmosphère paraissait chargée d'électricité. Soudain, ma courageuse monture s'arrêta. Le temps de la pause était-il venu ?
Les oreilles pointées vers son encolure puissante, les yeux exorbités, Danio humait l'air et scrutait, hagard, l'étendue, hier encore verdoyante de la Basse Plaine. Je n'osais mettre pied à terre de peur que mon ami ne me fausse compagnie. À mesure que les secondes, angoissantes et glacées se coulaient dans les minutes à un rythme d'enfer, le ciel se couvrait de plus en plus. À l'instant où je stimulai Dan', toute frissonnante de l'espoir de le voir s'avancer sur le petit chemin, un éclair gigantesque transperça les nuages le lançant au galop sur la piste incertaine. Mon sang ne fit qu'un tour au moment où, totalement paniquée, je vis le ciel se rapprocher de moi. Danio fuyait toujours, éperdu, comme dans un état second.
Hélas, ce dont ne se doutait pas ce pauvre cheval, c'est que le chemin était verglacé, et que, en s'engageant dessus par mégarde, nous venions de faire une grosse, grosse bêtise. Alors qu'au ciel la tempête faisait rage, au sol j'assistait à une vraie danse de Saint Guy... Il se débattait tant bien que mal dans la tourmente avec force de ruades et de cabrades

*****

Pauvre Danio ! J'étais alors prête à le soulager, voire à le secourir du mieux que je le pouvais, lorsqu'il se cabra avec une incroyable puissance... C'est alors seulement que j'eus réellement peur, car je vis le sol s'approcher de moi comme pour mieux me voler et ensuite je dus perdre connaissance car je n'ai aucun souvenir de ce qui put ce produire entre ce moment et l'aube nouvelle qui m'éveilla subitement, par sa fraîcheur, et son ciel, magnifique, rosissant et dépourvu de la moindre envie de nuire à quiconque.
Je me souviens seulement de ce réveil, douloureux, brumeux, et de ce chien, au regard torve qui m'épiait du bout de sa laisse. Il était d'une noirceur flamboyante, et fit renaître en moi une petite étincelle de vie, au milieu du nuage poisseux qui m'entourait. J'avais mal à la tête et ne pouvais songer à me relever sans aide, tant ma cheville me faisait souffrir. Je cherchai pourtant Danio, mon compagnon, mon espoir, ma seule joie... Mais celui-ci s'était bel et bien enfui.
Le maître du chien, un gentil fermier affublé - je l'appris plus tard - du sobriquet de Biclou à cause de sa peur panique des bicyclettes, bien en chair et fort sympathique, se proposa pour m'héberger, le temps qu'il me faudrait pour reprendre des forces et renaître à la vie, c'est-à-dire, recouvrer tout mon courage et toujours garder en moi l'espoir de retrouver Danio. Qu'était-il donc arrivé à mon pauvre cheval, où était-il ? Tant de questions se bousculaient dans ma tête...
Dehors, le soleil brillait de nouveau, comme si rien n'avait pu laisser présager pareille tempête.
Tout le temps que je passais à la ferme, je pensais à Dan', seul, perdu et inquiet dans ce bout de pays qu'il ne connaissait pourtant que trop bien. À chaque souvenir, une honte horrible coulait le long de ma colonne vertébrale et faisait renaître en moi le sentiment qui m'oppressait depuis l'accident, ce sentiment effroyable de culpabilité, alors que je n'y étais pour rien ! De plus, je voyais les jours qui passaient, tous semblables, tous atroces et cruels. L'angoisse me nouait perpétuellement la gorge. Ma cheville avait rapidement recouvré sa vigueur naturelle et c'est, le plus souvent en marchant, que je pensais à cet instant où tout s'était brouillé, où j'avais perdu, peut-être à jamais mon meilleur ami.
Cela faisait déjà quatre jours que j'avais perdu Danio. Ce matin-là, je me levai comme d'habitude, vers neuf heures. Je m'apprêtais à m'habiller lorsque Aimé Dhroix, enfin, Biclou, frappa à ma porte. J'entrouvris cette dernière avec toute la force du désespoir, pour trouver sur le palier un fermier éprouvé et abattu.

*****

- Dites, vous avez lu le journal ? On y parle d'un cheval en détresse sur la nationale Vitoux - Saint Séverin ! Ne serait-ce pas le vôtre par hasard?
- Il... Je... Dan' ? Non, impossible ! Non, pas la nationale !
Je fermai les yeux, bouleversée par la nouvelle, et ne voulus pas en apprendre davantage.
Je sentais les larmes envahir mes joues, disloquer mon regard...
Je me jetai, affolée et désespérée sur mon lit. Rien que de songer à ce que mon fier cheval avait pu subir me faisait frémir d'horreur.
Le fermier me contemplait du haut de son mètre soixante, l'air bonhomme, souriant, un peu hagard.
Il n'avait dû s'attendre à pareille réaction de ma part ! Pleurer ne me le ramènerait pas mais c'était plus fort que moi, les larmes jaillissaient de mes paupières, toujours plus nombreuses, toujours plus cruelles. Alors Biclou, se sentant peut-être fautif, s'avança dans la chambre jusqu'au lit et m'encercla les épaules avec une douceur merveilleuse. Je m'abandonnai à la protection rassurante de ses bras, comme une enfant.
Cet homme me paraissait pour le moins étonnant : premièrement, il me vouvoyait toujours, malgré les quelques jours que nous venions de passer en commun, il me soignait comme si j'étais sa propre fille tout en s'inquiétant de ma santé... Ce fut le meilleur remède et le meilleur infirmier que j'eus la chance de connaître.
Quant à mon cheval, j'osai lire le quotidien régional, après que Biclou m'aie consolée, et découvris qu'il était à peu près sain et surtout sauf !!!!!
Je me laissais submerger par une vague de bonheur et songeais tout de suite aux moyens à employer pour aller chercher Danio.
Celui-ci, après m'avoir évacuée, s'était échappé vers la Haute Plaine, pays inconnu pour lui, où il avait erré deux jours, avant de continuer son chemin vers la nationale. Arrivé là, plus perdu encore qu'auparavant, il se fourvoya en voulant traverser la chaussée, comme il l'avait déjà fait souvent en ma compagnie. Hélas, sur la voie encore glissante bien que salée, son pied, d'habitude si sûr, avait dérapé, aidé par l'incertitude qui le rongeait alors et Dan' s'était retrouvé couché sur le flanc, sur la nationale, réputée extrêmement meurtrière, et n'avait eu d'autre possibilité que celle de hennir à qui mieux mieux , avec l'espoir d'être entendu et sauvé. C'était hélas encore bien surestimer les automobilistes que de croire qu'ils allaient ralentir à la vue d'un cheval blessé. Le seul qui daigna s'arrêter, ce fut un peu tard !
Le temps que le conducteur s'aperçoive qu'il l'avait heurté, l'animal fuyait sur ses trois jambes encore valides.
Il marcha longtemps, s'arrêtant parfois pour brouter quelqu'herbe rafraîchissante ou se reposer une minute.Puis, rompu de fatigue et de douleur, sale et malheureux, il avait échoué sur une aire de repos baignée d'une ombre bénéfique, pour enfin sombrer dans un sommeil sombre et fiévreux.
Le lendemain à l'aube, il repartait déjà, renonçant au repos, anxieux et solitaire, en quête de quelque substantifique nourriture qui lui aurait peut-être redonné espoir, fougue et vitalité.
Hélas ! Cette herbe n'existait point, même dans les rêves les plus fous d'un équidé en détresse, et la faim était bel et bien là, le faisant se tordre de douleur à chaque nouveau pas. Le jour se leva tout de même, frileux et pâle, répandant son onde chaleureuse sur la vallée. Les oiseaux chantaient dans les buissons, la nature était aux aguets.
Après la faim, plus atroce encore, vint la soif, accablante. La force et le courage réussissaient encore à unir les mouvements saccadés du cheval, et dans un dernier espoir, il marcha vers la forêt la plus proche en quête d'eau.
Doué d'un odorat exemplaire, il se dirigea sous couvert du feuillage encore pâle. Mais Danio était las de ces aléas de la vie qui font que, malgré la chance d'être encore en vie, on a l'indubitable envie de mourir, pour éviter la souffrance, pour expier le mal qui nous ronge.
Le soleil, à présent haut dans le ciel, trouait l'épais feuillage qui s'offrait alors au regard, et se reflétait sur la robe de Danio, comme une douche bienfaisante. Sa jambe le faisait souffrir mais l'espoir, qui était le maître mot de ses pérégrinations en forêt, atténuait la douleur lancinante de son canon antérieur gauche déchiqueté sous le poids de l'automobile. Il pensait à Morgane, sa si gentille cavalière, qu'il avait laissée en arrière, le jour de cette tempête sournoise et affolante. Rien que d'y songer de nouveau le glaçait d'effroi, et ses yeux exorbités, comme pour mieux se prouver qu'il avait peur, cherchaient en vain la douceur protectrice de sa cavalière. C'était dans ces moments de grande détresse empreinte de nostalgie, dans ces moments d'égarement qu'il était difficile de laisser l'espoir reprendre le dessus sur tous les autres sentiments qui se bousculaient en son coeur. Mais il savait aussi que là, dans la forêt était tapie la source de sa survie.
C'est pourquoi il avançait toujours malgré tout. La faune arboricole de la forêt ne cessait de l'émerveiller et sa gaieté de le rassurer. Sa tête dodelinait toute seule, comme bercée par les élancements de la soif, et de la douleur.
"Pourquoi, se demandait-il, le Monde est-il si cruel envers ses Créatures ? J'ai tellement soif que cette dernière ne me laisse en repos... Et j'ai si faim que j'aperçois des lucioles dans les arbres, en plein jour...
Je rêve d'une source claire, baignée de lumière, d'une jolie clairière, de beaux arbres verts...
Je rêve de la douceur printanière, si chère à mon écuyère, ma petite amie aux grands yeux bleu outremer, et aussi de repos sur les feuilles rousses de l'automne qui cachent la douceur de la terre...
Je rêve de cette plaine douce et verdoyante, où nous aimions jouer jusqu'à la nuit tombée, et puis de mon pré et de son herbe juteuse et croquante...
Je voudrais juste revoir celle qui fut ma vie, car sans elle je n'ai plus envie...
...De vivre... aujourd'hui...
Je vais le coeur en peine ; sans trouver la force nécessaire pour chercher, retrouver, et rattraper le temps perdu, et mon amour, ma Morgane."

*****

J'étais accablée par tous ces jours qui passaient sans nouvelles de Danio.
J'étais retournée à Levezant, et avais retrouvé mes parents. J'imaginais que leur compagnie estomperait la douleur lancinante qui me barrait le coeur depuis si longtemps déjà. Mais Danio était toujours là, tapi au fond de mon coeur, tel un fidèle ami, tel un double, et sa jolie tête me faisait l'effet d'un arrache-coeur.
De son côté, Danio avait trouvé refuge dans une clairière baignée d'une douce clarté, et regardait le ciel avec ferveur, comme s'il eût pu lui indiquer quelque destinée favorable, bien que la journée qui allait suivre celle-ci, s'annonça malheureusement aussi décevante. Loin de se laisser aller à ce désespoir si attirant, il se sentit heureux de trouver dans la clairière un petit étang fort agréable. Tout en étanchant sa soif, il cherchait le moyen le plus simple et le plus rapide pour rallier Chemigny. Le crépuscule lui attirant le regard, il repensa soudain à Iphthis, sa petite jument adorée, mère de tous ses adorables foals et poulains . Comme elle lui manquait aussi, sa dulcinée ! La solitude se répandit dans son coeur et la flamme incandescente de la solitude, qui brûle tous les souvenirs, commença à lui accaparer l'esprit.
Il se résolut à marcher encore deux heures durant car il savait depuis ces quelques instants, depuis la seconde où il avait aperçu l'eau, que son espoir dès lors serait increvable. Une force intérieure et inconnue le forçait à avancer toujours, malgré les embûches, à poser résolument un pied devant l'autre et l'enjoignais à avancer encore quoi qu'il lui en coûtât par la suite.
Dès qu'il arriva à l'orée de la clairière, après avoir longtemps cheminé entre les broussailles, son coeur bondit dans son poitrail et son sang ne fit qu'un tour!
N'était-ce point Velaisay, qui s'étendait dans la vallée et coulait, paisible sous ses sabots ?
Il s'élança vers la bourgade dans un galop à perdre haleine...
J'étais affalée sur mon lit, le coeur en berne. Qu'en était-il de ce pauvre compagnon aujourd'hui disparu ? Aucune fête, aucun cadeau, aucune vie future ne pourrait m'apporter la confiance et l'amitié profonde et intime, qui me liait à Danio, mon poulain, mon cheval, mon idole.
Je me sentais meurtrie et abandonnée, incomprise surtout, de tous ces gens qui croyaient de bon ton de me répéter à tout moment "Ne t'en fais pas, il reviendra !" ou encore "Un de perdu, dix de retrouvés!". Mais, en mon for intérieur, je savais, je savais que où qu'il soit, Danio pensait à moi, et réciproquement, et que cette force, cette intuition nous réunirait un jour. J'étais depuis longtemps rétablie et courait en tous sens en l'espoir de récolter quelque nouvelle de mon cheval. Mes pensées m'avaient toujours conduite par des chemins, certes tortueux, là où je voulais aller, et c'est ce pourquoi je me trouvais ce matin à l'aube, sur cette route, la nationale Vitoux - Saint Séverin.
La mousse spongieuse étouffait le claquement des sabots sur les branches mortes.Marchant en bordure de forêt, Danio n'avait eu aucun mal à repérer la rassurante bourgade qui s'étendait jusqu'à l'horizon. La beauté picturale des toitures régalaient ses yeux, ternis par trop de douleur, de souffrance. Velaisay était un petit paradis terrestre, une ville chatoyante restaurée dans le style des cités d'autrefois, avec ces murs beiges aux grosses pierres saillantes, ces larges baies vitrées de six carreaux chacune, les géraniums accoudés aux appuis de fenêtre, les volets colorés, les petites ruelles pavées...Tout cela lui faisait du baume au coeur. Il se sentait moins seul et savait l'issue du cauchemar proche.
Soudain, le chemin si encourageant se divisa en deux issues identiques. Laquelle choisir alors ? Il opta pour un circuit improvisé entre les broussailles bordant le sentier, invisible piste perdue dans les herbes folles, les coquelicots et les marguerites...
Perdu ! Pris de panique, il dévala la sente à une vitesse impressionnante, se ramassa en bas, presque entier, et partit dans un galop à perdre haleine. L'ivresse succédant à la peur, un bonheur, une joie incommensurable s'empara de son âme, de son coeur.
Le plaisir du galop enivrant sur les tapis de petites fleurs des champs, la griserie des chasses aux papillons dans le clos des Lavandiers, les cris et les rires de la vie, le soleil des journées d'été, la folie des jours gris... Tout resurgissait dans sans sa mémoire, bribes de tendresse et d'affection, petits lambeaux de rêve déçu, tous ses souvenirs, ses joies, ses peines refaisaient surface, après des semaines d'errance, d'égarement et de solitude. Ils étaient comme un îlot perdu sur une mer bleu azur, immobile et solitaire. Et Danio savait qu'il devait se raccrocher à cela pour arriver au but. D'un pas leste et l'humeur taquine, il s'avança sur une allée. Il se sentait enjoué, frileux, mais heureux, terriblement heureux...
Les rues de Velaisay étaient toutes chamarrées et bondées de monde. La présence humaine le rassurait, il sentait le bonheur à portée de coeur. D'un petit trot enjoué, il s'avança sur la chaussée, traversa rues et ruelles, bifurqua plusieurs fois, pour arriver en vue de la Basse Plaine et de Chemigny, de son clocher vert et des ses bosquets où Morgane prenait plaisir à se cacher rien que pour l'ennuyer! *****

Cela faisait un mois que Danio s'était enfui, autant dire un siècle ! Morgane, l'esprit torturé par le remords se leva comme tous les jours depuis des années, à neuf heures.
Un jour frileux pointait à l'horizon. Un manteau de brume disloqué flottait au vent comme un fanion et annonçait une belle journée. Des fragments de rose, de pourpre et de carmin s'y mèlaient en un arc-en-ciel magnifique...
Du corral près de la maison montaient de petits hennissements plaintifs et stridents. Les quelques foals de l'année s'ébattaient joyeusement, couraient, jouaient ensemble et se battaient parfois, par pur défi. Ils constituaient tous la descendance de Danio et d'Iphtis, étant soit leurs fils et filles directs, soit leurs petits enfants...
Ils étaient à la limite du sevrage, à cet âge où les foals commencent à gagner leur liberté et apprennent à se détacher de leur géniteurs. Iphtis venait de mettre bas quelques jours plus tôt deux magnifiques jumeaux, par une nuit claire et étoilée. C'était à l'aube de leur vie qu'ils avaient appris à ne pas rechercher leur père, dorénavant à jamais absent. Lapis et Lazuli avaient pourtant vécu leurs premières heures dans la liesse, sans bien trop comprendre, le malheur qui était la cause de l'apitoiement de leur mère. Les autres poulains et pouliches étant nés quatre ans auparavant avaient eu de superbes descendants, tous forts et fiers, comme Danio. Halméra, première descendante d'Iphtis avait donné naissance, avec l'aide de Horus, à deux poulains successifs; la première année, à Isora, une trotteuse de premier ordre et la seconde, à Jaspe, un étalon de premier ordre. Isora et Jaspe avaient eu Kalamity, une jeune folle aux douces couleurs de caramel et l'année suivante, Lila, une petite toute noire à pelote blanche du plus bel effet. Iphtis s'acquitta donc une seconde fois à la perfection de son rôle de mère, ainsi que de celui de chef de famille. Ce fut elle qui calma les angoisses premières d'Epona, une pouliche abandonnée et qu'on avait recueillie tremblante de froid et gémissante, devenue championne, et qui, depuis peu forgeait de solides poulains et de superbes poulinières.
Morgane rêvait à tout ça, à tous ces rêves qui s'étaient envolés avec Danio... Et son coeur se serrait, et ses yeux larmoyaient à nouveau, et tout son espoir s'effaçait pour laisser place à une souffrance, une douleur incessante, lancinante. Elle songeait aussi aux mille bonheurs futurs remis en cause par cette perte, ce vide incommensurable... Quand soudain, elle entendit le doux bruit des sabots des chevaux sur la route. Persuadée qu'il s'agissait de sa meilleure amie Eva et de Plum, sa jument "iroquoise", Morgane se précipita à sa fenêtre, et... Quelle ne fut pas sa surprise de retrouver Danio, vivant, hennissant de joie à sa vue !!! Le bonheur explosa dans leur coeur et, dans un esprit de communion, ils fêtèrent leurs retrouvailles par un concert de cris, de pleurs, de hennissements et de câlins. Tous les voisins, attristés de voir Morgane malheureuse, avaient cru bon de la regarder depuis l'accident, avec des airs de condescendance qui avaient le don de la faire fuir. Alors, elle s'était terrée chez elle... Et tous étaient là, aujourd'hui, pour la voir renaître à la vie, et l'observaient, curieux et quelque peu déroutés par cette arrivée en fanfare de Danio !!!!
Morgane était assise à son bureau. Plusieurs mois paisibles s'étaient écoulés, et Danio resplendissait de bonheur et de santé. Sa jambe blessée avait supporté la douleur si longtemps que celle de porter une attelle durant plusieurs semaines lui avait semblé anodine. Une quiétude exemplaire avait pris place en son âme, et bien malin serait celui qui l'en délogerait!
Elle écrivait ses souvenirs dans un carnet argenté, car il est primordial de garder en son coeur l'essentiel du bonheur, sans en éteindre l'étincelle précipitamment... Et d'écrire le superflu pour offrir aux souvenirs un bel avenir.
Encore une preuve que l'Amour l'emporte toujours, mais que l'histoire a l'échappée belle...

- lexique -

Encolure: partie du corps du cheval qui se situe entre la tête et le corps et qui correspond au cou chez l'homme

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Stimuler: action permettant d'entraîner les mouvements du cheval par le biais d'une aide (cravache, coups de talon, éperons, etc.)

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Galop: allure la plus rapide chez le cheval, à quatre temps qui comporte un temps de suspension, en l'occurence le quatrième. Utilisée au départ pour la fuite, lorsqu'il y a présence d'un danger.

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Ruade: mouvement réflexe tendant à repousser un ennemi potentiel. Le cheval qui rue s'appuie sur ses antérieurs et lance ses postérieurs vers l'arrière.

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Cabrade: Le cheval qui se cabre s'appuie sur ses postérieurs et se lève.

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Se cabrer: Voir cabrade.

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Equidé: terme technique servant à désigner les chevaux ou tout autre animal de la même catégorie ou famille.

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Canon: partie de la jambe qui correspond au tibia chez l'homme.

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Jument: femelle du cheval.

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Foals: anglicisme qui désigne un poulain qui n'est pas encore sevré, autrement dit qui tête encore sa mère.

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Poulain: petit du cheval et de la jument.

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Cheval: mâle de la jument.

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Corral: terme américain désignant un enclos, souvent rond et dont les palissades sont en bois.

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Hennissement: cri du cheval.

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Pouliche: jeune jument.

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Etalon: cheval appelé à se reproduire pour perpétuer son espèce. Cheval dominant dans une horde.

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Poulinières: juments n'étant utilisées qu'à des fins de reproduction.

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