La maison perdue dans la forêt

Conte - A partir de 10 ans

  • Auteur : Adeline, 9 ans

L'histoire du conte "La maison perdue dans la forêt"

- Brr...

Je frissonnai dans mon lit.

- Il fait caillant, ici! Brr...

En plus cette forêt... Ce n'est pas très rassurant. Et ces bruits...

Bah... Ce n'est que le plancher qui craque... Mais...

- J'ai peur!

Je n'arrivais pas à y croire! J'avais peur pour la première fois de ma vie!

- Ha...!!!!!!

Je me levai en sursaut. J'en étais sûr maintenant! Des loups...! Il y avait des loups près de ma nouvelle maison! Oh... Pourquoi? Pourquoi maman avait-elle choisi cette maison éloignée de la ville?

Et cette forêt... Mais pourquoi ma mère avait-elle acheté cette maison qui était à l'entrée d'une forêt? Oui... Ma mère était folle! Il n'y avait pas d'autre solution... Elle était folle!

D'une main tremblante, j'allumai ma lampe de chevet qui, posée sur ma table de nuit, semblait m'attendre. Je soupirai voyant ma chambre. Il n'y avait que des caisses empilées les unes sur les autres. Et demain, je devrai ranger tout cela. J'éteins ma lumière de peur d'apercevoir un fantôme. Oui, il y avait des loups dans la forêt! Mais qu'est ce que j'ai fait pour mériter cela? Dieu veut peut-être m'envoyer sauver Israël?

- Allez, debout paresseuse!

- Ha... Où suis- je?

- Bien chez toi.

Ma soeur me regarda, surprise.

- T'es sûre que tout va bien?

- Oui, oui... Enfin... Non he... Oui.

- Oui ou non?

- Aucun des deux!

Isabelle haussa les épaules et partit perplexe de ma chambre.

J'enfilai une robe bleu ciel, un gilet et descendis dans ma nouvelle cuisine.

- Salut! Bien dormi?

Maman semblait fatiguée et préoccupée.

- Super, man'. J'ai bien dormi, dis-je pour ne pas l'inquiéter.

Je m'assis sur une des chaises. Dire le contraire de ce que je pense... Dieu m'en voudra...

- Prune!!!!!!!

- Oui...

La tête d'une fillette de 5 ans émergea de la porte entrouverte.

"Bonne petite frimousse" disait souvent papa. Je m'attristai à ce souvenir. Mon père avait disparu depuis 2 ans. Mort? On n'en savait rien. On savait juste que papa était parti au Congo, envoyé par la croix rouge. Pendant un an nous avons reçu des lettres et des lettres. Maintenant... Rien...!

- Tu veux bien demander à Isabelle si elle veut aller chercher des cerises dans la forêt? Notre nouvelle voisine m'a dit qu'il y en avait des centaines.

Une petite toux se fit entendre. Maman se retourna vers sa deuxième fille qui n'était autre que moi.

- Est-ce que ça va?

- Oui, je crois.

Je n'allai quand-même pas avouer à ma mère que si le petit morceau de ma tartine de choco était passé dans le mauvais trou, ce n'était que parce-que j'avais entendu le mot "forêt".

Prune parut ennuyée et ne bougea pas d'un pouce.

- Bon... Ok, Prune, tu peux aller vaquer à tes occupations.

Ravie, elle s'enfuit en courant de la cuisine.

- Tu la gâtes de trop! marmonnai-je entre mes dents.

Maman ne parut pas faire attention à ma remarque et soupirant elle me dit:

- Sandra... S'il-te-plaît? tu veux bien aller chercher des petites cerises pour ta maman chérie?

Un grand noeud noua mon estomac.

- Non! Il y a des loups déclarai-je mal à l'aise.

Elle fronça les sourcils et éclata de rire.

- Des loups! Mais tu es complètement maboul! Tu lis trop d'histoires. Penses-tu que si il y avait des loups, je te laisserais aller toute seule dans la forêt?

Malgré moi, je souris voyant celle qui m'a mis au monde de si bonne humeur.

- Bon... D'accord... J'y vais.

Résignée, je pris le panier en osier que maman me tendait.

- Allez, file!

Je courus jusqu'à la forêt mais, arrivée là, j'eus le sentiment qu'on m'observait. Est-ce un loup? À cette idée, j'eus envie de retourner chez moi. Mais courageusement, je m'avançai vers cette forêt lugubre.

- Haï, haï, ouille.

À chaque pas, je trébuchais. J'avais de plus en plus mal à mes pieds et dans le panier reposaient six cerises. Maman voulait faire sûrement de la tarte. Et avec six cerises... Ce n'est guère possible.

Je m'aventurais de plus en plus loin dans la forêt et je commençais à haïr cette voisine. Bien oui... C'est à cause d'elle si je me trouvais dans le pétrin.

- Haï!

Je lâchai mon panier qui atterrit un petit peu plus loin. Pendant ce temps, j'essayai de me lever mais impossible... Mon pied me faisait trop souffrir. J'avais trébuché sur une racine d'arbre et maintenant j'étais étalée de tout mon long sur le sol de la forêt.

J'avais au moins parcouru deux bons kilomètres. Et ces deux kilomètres, je devrais à nouveau les parcourir. Mais je m'en sentais incapable car... mon pied...!

Chaque fois que je le posais à terre, un terrible malaise m'envahissait. Je ne pouvais quand-même pas sauter à cloche pied jusqu'à chez moi. Ce serait de la folie et impossible! Donc... Donc quoi? Pour la deuxième fois j'avais peur. Qu'est-ce que je pouvais bien faire? Mon pied me fait tellement souffrir! Et j'avais peur!

M'aidant d'un morceau de bois, je m'assis en gémissant.

Mon panier avait disparu. Peut-être se cachait-il derrière un buisson? Si oui... Je n'avais pas la force d'aller le chercher.

Oh non... Oh non...! Ma tête se mit à tourner, mon corps à trembler. Un loup... Il y a un loup juste en face de moi. Il n'avait pas l'air bien méchant mais... C'est un loup. N'a-t-il pas mangé le petit chaperon rouge? Oh non... Oh non...! Mais qu'ai-je fait au bon Dieu pour mériter cela? Qu'ai-je fait?

Une fillette qui semblait avoir mon âge venait de surgir des buissons. Elle était plutôt impressionnante. Ses yeux reflétaient la gentillesse mais aussi la crainte. Elle était assez jolie malgré les égratignures qui marquaient son visage. Ses mains sont robustes mais petites. Elle est habillée en haillons: une robe blanche déchirée et c'était tout.

Debout, pieds nu, cheveux ébouriffés on aurait dit un personnage sortit tout droit d'un conte.

Un grand frisson me parcourut. Cette enfant se pencha sur l'oreille du loup, toucha de sa petite main sa magnifique fourrure grise et, sans broncher, il partit.

Mes yeux s'émerveillèrent. Une fillette de mon âge n'a guère peur d'un loup et lui parle sans difficulté tandis que moi je suis immobile comme une statue, raide comme un piquet et verte comme un petit pois devant cet animal étrange.

Oui, j'en suis sûre. Cette fille a parlé au loup. Oui, elle. Elle quoi? Serait-ce de nouveau la peur qui s'emparait de moi pour la troisième fois? Qui était-ce cette bizarre personne parlant au loup. La fillette s'approchait de moi tout tout doucement. Mon coeur bat à du cent à l'heure. Elle étalait sur mon pied de l'herbe d'une drôle de couleur. Elle remit ma chaussure et se tourna vers moi.

- Chez... toi... Pied... Reposez...!

Cette fille avait du mal à parler car après chaque mot, un long silence planait. Je m'étonnais de m'entendre dire

- Parles-tu français?

La fille-au-loup ne répondit pas. Je ris en moi- même. Pourquoi avais- je à l'instant inventé un nom pour elle? N'avait- elle pas comme tout le monde un prénom?

- Comment t'appelles-tu?

Là, la fille au loup recula d'un pas puis d'un autre et s'enfuit en courant. Mais qu'avais-je dit de mal? Je lui avais demandé tout simplement son nom. Alors? Pourquoi s'est- elle enfui?

Ha...! Les gens ici sont vraiment bizarres!

Sentant que mon pied allait beaucoup mieux, je cherchai mon panier. L'ayant trouvé, j'empruntai le chemin du retour.

- D'où viens-tu? Tu sais que je commençais à m'inquiéter? Et tes habits? Qu'as- tu fait? D'où sors- tu?

C'est vrai que je n'étais pas très agréable à voir. Mes vêtements étaient déchirés, ma figure griffée et ma chaussure ouverte à cause de mon pied.

- Maman...! Calme-toi, je suis...

- Me calmer? Me calmer quand je vois zéro cerise dans le panier de ma fille!

Ma mère n'avait pas tort. Tantôt où reposaient six cerises il n'en restait aucune.

- Je les ai perdues en chemin.

- En chemin? Tu as donc couru?

- Non...!!!!!!!!

- Pourquoi les as-tu perdues en chemin alors?

- Eh...! Je ne les ai pas perdues en chemin.

Ma mère devient rouge comme une tomate.

- Quoi? Tu les as perdues ou tu ne les as pas perdues. Il faudrait savoir ce que tu dis! Et de toute façon tu crois peut-être que je vais avaler tes bobards? Que je vais croire que les cerises ont disparu toutes seules par fantaisie?

- C'est l'accident...

- L'accident?

- Oui, la fille au loup est arrivé...

Ma mère éclata de nouveau de rire, sûrement à cause du mot "loup".

Je soupirai. Elle ne me croyait pas quand je disais qu'il y avait des loups dans la forêt. Moi, je le savais. Et maintenant j'en avais la preuve. J'en avais vu un de mes yeux. Voyant maman qui riait toujours je me dis que quoi que je dise elle ne me croirait pas. Autant mentir...

- Oui maman, tu as raison... J'ai couru et j'ai perdu les cerises. Si mes vêtements sont déchirés, c'est normal, j'ai été jouer dans les arbres. Mais ce qui est vraiment vrai, c'est je me suis fait mal à mon pied.

Ma mère me fusilla du regard.

- Va dans ta chambre et range-la! Tu es privée de dessert!

- Oui maman...

Je montai les escaliers et me trouvai nez à nez avec Isabelle.

- Isabelle?

- Oui, j'ai tout entendu... Je te passerai le mien...

- Merci, je t'adore...!!!!

En un clin d'oeil, j'étais dans ma chambre. Je mis une autre robe et des pantoufles car mon pied me faisait encore souffrir.

Je commençai à déballer les caisses. Livres, vêtements, objets personnels, collection ; tout cela fut rangé très vite. À la fin, je m'éloignai le plus loin possible pour admirer ma nouvelle chambre. Ma table de nuit était à gauche de mon lit où mes poupées étaient installées. Ma lampe de chevet était à côté d'une de mes poupées en porcelaine sur la table. Dans le premier tiroir était rangé mon journal intime, photos, bijoux, etc.... Ma bibliothèque était de nouveau bourrée de livres. Je dis bien bourrée! Les beaux éléphants en bois que mon grand père m'a rapporté exprès pour moi d'Afrique se reposaient paisiblement sur l'appui de fenêtre.

- Sandra?

Une petite voix douce s'éleva derrière moi.

- Prune? Qu'est-ce que tu veux?

Ma petite soeur s'avança vers moi.

- Et ben...

- Hum... Et bien...

Prune laissa jaillir de sa bouche un petit grognement (cela m'était familier... peut-être maman ... Et dire qu'elle ose nous engueuler...).

- Et bien... J'ai vu le fils de la voisine de notre voisine.

- Ah...! Il est gentil?

Je savais au fond de moi-même que Prune n'était pas venue dans ma chambre pour me parler du fils de la voisine de notre voisine. Quelque chose d'autre la tracassait. Mais... Quoi?

- Ben...

- Ne t'ai-je pas dit qu'il faut dire " Eh bien... ".

Le bruit familier ressortit pour la deuxième fois de sa bouche.

- Eh bien... Il m'a demandé comment il était mon papa.

Je devins sérieuse. Voilà la vraie raison. Prune voulait me parler de papa!

- Qu'est-ce que t'as répondu?

- Ben...

- PRRRruNNNe!

- Eh... Oui, bien... J'ai dit que je n'en avais pas.

- Mais Prune tu en as un. Pourquoi t'as dit ça? m'énervai-je.

- Mais alors pourquoi il n'est pas là? dit-elle entre deux larmes.

Je restai interloquée pendant quelques instants. Notre père avait disparu quand Prune n'avait que trois ans. Elle se souvient à peine de lui. Je n'allais quand-même pas lui expliquer que papa était peut-être mort. En plus, elle ne savait même pas ce que voulait dire "mort".

- Qu'est- ce qu'il a dit?

- Et ben...

Prune se rattrapa.

- Eh bien... Il a rigolé et a dit que j'étais bête et que tout le monde avait un papa. Dis, il est où papa?

Je m'agenouillai pour être à la même hauteur de Prune.

- Il ne faudra pas pleurer si je te le dis!

- Je ne pleurerai pas. C'est promis!

Je m'assis par terre et Prune m'imita. Je passais mon bras autour de ses épaules et je pris une très grande inspiration.

Je commençais...

- Il est peut- être mort...

- Ça veut dire quoi?

Je souris, mais tristement.

- Ça veut dire que...

Mes yeux se remplirent de larmes.

- Ca veut dire qu'il est peut-être au Paradis. Le paradis, c'est un endroit à la fois magnifique et magique. On a des ailes. On vole et on rit. La tristesse, cela n'existe pas, là-bas. Il fait toujours beau. Les oiseaux parlent et chantent. Les maisons sont faites en nuage ou en chocolat. Les piscines sont les énormes nuages. Les plaines de jeux sont très belles car elles se font sur des oiseaux qui les emmènent là où il le veut.

- C'est le ciel?

- Oui, c'est le ciel.

- Mais... Je ne vois pas papa dans le ciel! s'exclama Prune.

- C'est normal, personne ne le voit. C'est tellement haut!

- Lui, il nous voit?

- Oui, il nous regarde jour et nuit. Et quand il nous arrive quelque chose, il envoie toujours quelqu'un pour venir nous sauver.

Soudain, je me rappelai l'aventure dans la forêt. Et si... Et si la fille au loup était l'envoyée de papa? Oh non... Là tu exagères Sandra! C'était juste une coïncidence. Et puis de toute façon papa est peut-être encore vivant.

- Ah bon...

- Ou alors il est peut-être vivant.

- Chouette alors!

Et Prune partit en courant. J'éclatai en sanglot. Oh papa...! Pourquoi n'es-tu plus là?

Le lendemain, vers 10h, je me réveillai par les cris plaintifs de ma mère. Elle venait de casser un verre. Donc... Je n'osais pas lui demander si mon dessert pouvait être englouti par moi! Surtout que hier, le dessert d'Isabelle a valsé à terre. Je me levai, m'habillai et descendis les escaliers à pas de loup. Je rentrai dans la cuisine pour me retrouver nez à nez avec maman. Oh...! Mon dieu... Ce n'était vraiment pas l'instant pour que je la dérange pour mon dessert. Rouge comme une tomate, sourcils froncés, cheveux en désordre. On aurait dit Dracula en personne!

Je m'assois à ma place après m'être servi de Corn Flakes.

- Maman...!!!!!!! J'ai...

Isabelle venait d'entrer en trombe dans la cuisine. Ses habits étaient poussiéreux et ses magnifiques cheveux noirs étaient devenus grisâtres. L'oeil déconcerté de maman et mon visage contrarié la fit taire.

- Ouais? Qu'est-ce qu'il y a? marmonnai- je.

- Et bien... J'ai trouvé un grenier.

- Hein...? Où?

D'un bond, je m'étais levée, lâchant ma cuillère. Un grenier... Ma soeur avait prononcé: "grenier". J'étais aux anges. Depuis ma naissance je rêve d'avoir un grenier pour me réfugier lors d'une soudaine tristesse et pour y cacher des choses personnelles comme mes manuscrits...

- Eh, une minute vous deux... Je vois où vous voulez en venir. Si tu crois Isabelle que tu vas trouver un trésor, je te rassure tu n'y en trouveras pas. Et toi, Sandra, ne pense pas que je vais te laisser aller jour et nuit dans ce grenier poussiéreux.

Maman avait retrouvé sa bonne humeur.

- Mais oui... Qu'est-ce que vous attendez? La semaine des quatre jeudis? Allez-y! Et plus vite que ça!

J'abandonnais mon bol de Corn-Flakes et suivis ma soeur qui n'avait que deux ans en plus que moi.

- Je l'ai découvert dans le hall d'en haut. J'étais en train de prendre les poussières quand j'ai vu une porte. Bien sûr, je l'ai ouverte... Et il y a un escalier qui donne sur un grenier.

Dans le hall nous gravissons l'escalier et...

- Hoai! Quelle poussière! m'exclamai-je.

- Oh oui, alors...!

Le sol était recouvert d'une épaisse couche de poussière.

- Et t'as vu? Des coffres en bois! Des coffres!

À peine ai-je répondu que ma soeur était déjà en train d'en ouvrir un. Pour une fois elle n'avait pas tort. Malgré l'épaisse couche de poussières qui les recouvraient, ils étaient d'une beauté grandiose. Le bois était très ancien. Des initiales en or étaient enfoncées dans le dessus des coffres.

- Une vraie antiquité! Ça vaut des millions. Oh! J'aimerais ouvrir ces coffres. Mais les serrures sont verrouillées.

Je n'écoutais pas Isabelle et regardais plutôt avec admiration les initiales en or: "E.D.B". Peut-être que ces coffres appartiennent à Elisabeth de Bavière! Ha... Sissi...! Je ris en moi-même.

- Voyons, Sandra...! Tu lis trop de romans sur les impératrices!

Je sortis de ma rêverie, me rendant compte qu'Isa voulait absolument ouvrir un des coffres.

- Tu n'as qu'à donner un coup de pied dans la serrure! Elle tient à peine!

- Ah...Ah...! Très drôle. S'il y a quelque chose de fragile... Tu y penses?

- Non...

Ma soeur éclata de rire et je n'eus même pas le temps de savoir pourquoi: j'étais déjà par-terre. Je me relevai.

- Ah...Ah... Très drôle! Tu crois que c'est gai de se ramasser un mannequin sur la tête?

Ma soeur était au bord des larmes tellement elle riait. J'avançai vers le fond du grenier en l'ignorant. Il faut croire que cela marcha: elle se remit à son travail ; ouvrir le coffre.

- Et une fenêtre est ouverte! m'exclamai-je avec joie. Je courus vers celle- ci pour respirer la bonne odeur du printemps. Mais... En bas... L'herbe était raplatie et formait un petit chemin vers la forêt. Une échelle fabriquée sûrement à la main était derrière un de nos buissons. Maman? Non... Que ferait-elle d'une échelle? Prune? Trop petite...! Isa? Non... Elle est trop occupée à prendre ses poussières. Mais alors... Qui? Oui, qui?

- Sasa! Regarde!

Je faillis hurler. Sasa! Quel surnom! Malgré moi, je me retournai. D'un coup, j'oubliai l'échelle et l'herbe raplatie. Isabelle venait de sortir du coffre qu'elle venait d'ouvrir une magnifique robe du passé.

- Houai!

- Appelle maman!

Isa courut dans le petit escalier pendant que moi j'admirai ces belles robes. Il y en avait une à ma taille. Je la pris et la trouvai splendide. Elle était en soie bleue. Un volant de dentelle était en bas de la robe et au- dessus. Toute simple mais ravissante avec ses petits boutons dorés et un petit col.

- C'est vrai qu'elles sont très belles.

Maman, elle aussi était impressionnée.

- Alors on peut les garder?

Le visage suppliant d'Isabelle se tourna vers maman. Moi, je les regardai.

- Et une minute, Isa. C'est vrai, je l'avoue que ses robes sont vraiment très très jolies et valent beaucoup d'argent...

- Mais on ne veut pas les vendre! répliquai- je.

- Je sais ma chérie.

Maman me sourit.

- Mais ça ne me mène pas où je veux en venir. Voilà, je veux tout simplement dire que ces robes ne nous appartiennent pas. C'est de même pour les coffres et toutes les choses qui se trouvent dans ce grenier.

- Mais nous avons acheté la maison. Donc ça nous appartient!

- Non, Isa. Nous avons acheté la maison, que la maison. Et non ces robes et ces coffres.

Isabelle s'assit dans la poussière et se mit à bouder.

- Je vais essayer de contacter l'ancien propriétaire et je vais lui demander si ces robes lui appartiennent. Si oui, il viendra les chercher ici. Sinon, ou s'il ne les veut plus, j'irai à la police dire que j'ai une grosse somme d'argent chez moi. Ils enverront sûrement un antiquaire. Si celui-ci trouve que c'est quelque chose de splendide, il les reprendra chez lui. Et je ne veux pas de boudeuse!

Maman fusilla du regard Isabelle.

- Et ni de pleurs et de gamineries. Ai- je été assez claire?

- Oui maman...

- Bien... Le dîner est prêt.

Maman descendit.

Isabelle se leva, furieuse.

- C'est toi qui a dit que je devais aller chercher maman. Et t'as-vu le résultat?

- Et ce n'est pas de ma faute! Tu aurais pu dire non.

- Pour te voir pleurer!

- Je n'aurai pas pleuré! me défendis-je. Tu aurais dû être plus ferme et puis de toute façon tu sais très bien qu'elle aurait découvert notre secret tôt ou tard.

- Oh... On aurait fermé la porte à clé.

- Ha... Et tu crois que c'est une porte qui vas l'arrêter?

Isa ne me répondit pas et partit.

À la cuisine, cela se passa dans le plus grand silence sauf les quelques mots de maman.

- Pendant que vous papotiez dans le grenier, j'ai téléphoné à l'ancien propriétaire. Ce n'est pas à lui. Voilà, je voulais vous mettre au courant.

- Je peux disposer...

- Oui, bien-sûr.

Je me levai avec empressement et sortis dehors où un vent chaud m'attendait. Je me précipitai vers le fond du jardin mais là stupeur... L'échelle n'était plus là!

Peureuse, je jetai un regard furtif autour de moi. L'herbe verdoyante vibrait de gauche à droite, les fleurs se balançaient au rythme du vent et surtout le soleil nous donnait une source de chaleur. Rien d'anormal... Et pourtant mon coeur se mit à battre à du cent à l'heure et je fis une brève prière en moi- même.

L'échelle avait été dressée sur le mur de la maison et celle- ci atteignait la fenêtre cassée du grenier. Oh mon dieu... Pendant notre dîner quelqu'un s'était introduit en cachette à la maison. Un voleur...? Si oui, peut- être que maman était déjà égorgée? Je veux en avoir le coeur net. Je montai l'échelle, à mon tour. Je tremblai... Dans le grenier, mon coeur fit un bond. La fille au loup était assise, se tenant la tête dans ses deux mains.

- Et... Que fais-tu ici?

Elle ne semblait pas m'entendre... Je répétai encore une fois mais plus fort.

- Et... Que fais-tu ici?

Toujours la même réponse... Un silence...

Tout doucement je m'approchai d'elle et posai ma main sur son épaule? Elle se retourna vivement. Je faillis ne pas la reconnaître. Son visage rouge, brûlé par le soleil s'était transformé en une pâleur à faire peur. Ses yeux gris étaient devenus fiévreux. Elle s'approcha de moi et je distinguai parfaitement ses traits fatigués.

- Que fais-tu ici? dis-je d'une voix mal assurée.

- Parle... Pas t'entendre... Sourde... Moi!

Je reculai d'un pas, surprise. La fille au loup était sourde. Tout devenait clair maintenant dans mon esprit. Pourquoi s'était- elle enfuie dans la forêt quand je lui ai demandé son prénom? Parce qu'elle est sourde. "Sourde"... Ce mot résonnait étrangement dans ma bouche.

Revenue de ma surprise, je me rendis compte qu'elle en avait profité pour partir. Je descendis de l'échelle et empruntai le chemin d'herbes raplaties. L'avait-elle pris? Je n'en savais rien. Mais je le suivais sans savoir pourquoi.

Qui était cette fille sourde? Où habite-elle? Dans la forêt? Pourquoi est-elle habillée en haillons? Oui, qui était la fille au loup et comment se fait-il qu'elle parle à ces animaux qui finissent son surnom? Pourquoi parle-t-elle avec difficulté? Je ne savais pas répondre à toutes ces questions.

Mon attention fut attirée vers le sol. Je m'accroupis pour ramasser une photo. De la boue séchée la recouvrait entièrement ne laissant pas voir ce qu'elle représentait. Mais que fait une photo dans un jardin? L'a-t-on perdue lors du déménagement? Non... Elle ne serait pas recouverte de boue séchée et elle ne serait pas arrivée ici à moins... Qu'une fée de sa baguette magique aurait transformé une feuille d'arbre en une photo. Mais pourquoi aurait- elle fait cela? Je la serrai dans ma main, entrai dans ma maison et montai dans ma chambre.

Sur mon lit, je grattai la boue avec mon ongle. Avec stupeur je découvris une photo de nous trois. J'étais beaucoup plus jeune. Je devais avoir 9 ans. Isa était juste derrière moi. Prune souriait tendrement. "Bonne petite frimousse"... Oui, elle devait en avoir trois. Mais je n'en pouvais plus. Oui, je n'en pouvais plus. Qu'est- ce que ça voulait dire? Je mis la photo dans ma poche et descendis dans le salon en pleurant près de maman.

- Je veux déménager, maman!

Des larmes dégoulinaient sur mon visage.

Maman se retourna vers moi, surprise.

- Voyons arrête de pleurer... Tu te trouveras des amies, tu verras. Et tu peux garder les robes. J'ai téléphoné à un antiquaire qui m'a dit que vous pouvez les garder.

- Maman... C'est pas ça. Il se passe des choses étranges... Je n'en peux plus. Maman, s'il te plaît partons!

Maman resta interdite pendant quelques instants mais se reprit aussitôt.

- Des choses étranges? Écoute... Je ne comprends rien à tes jérémiades! Et arrête de pleurer. On dirait un bébé! Et on vient à peine d'arriver ici que tu veux déjà partir? Et bien c'est non! On restera dans cette maison le temps qu'il faudra! Compris?

Là, des larmes et des larmes dégoulinèrent de plus en plus vite sur mon visage.

- Maman... Je veux déménager... Je déteste cette maison et cette forêt!

- Sandra! Je ne le répéterai pas trois fois. Si ce sont ces loups qui te font peur ... Je te dis qu'il n'y en a pas! Et de toute façon, on restera ici car c'est la volonté de ton père! est-ce clair?

Les yeux de maman se remplissent de larmes.

- La volonté de papa? Qu'est-ce que tu veux dire? J'pige pas!

Maman s'assit sur le canapé en pleurant.

- Quand... Quand il est parti... Il... Il m'a dit que...

Que si il ne rentrait pas après deux ans... Je...

Maman passa sa main dans ses cheveux et reprit en articulant avec difficulté.

- Je devais partir près... près de la forêt sauveuse... Et il est parti tenant dans sa... tenant dans sa main une photo de vous trois. Et il a disparu sac au dos, au loin Moi, j'ai toujours fixé l'horizon pensant... Pensant qu'il allait réapparaître... Mais non, plus jamais je ne l'ai revu...

Je me mis à pleurer de plus belle.

- Pourquoi ne m'avoir rien dit?

Maman ne répondis pas.

- Ce n'est pas cette photo?

Je la sortis de ma poche et la tendis à maman qui la prit en tremblant.

- Mon dieu... Oui, c'est celle- là... Mais... Mais alors il est vivant!

Elle s'évanouit, serrant la photo que quelques années plutôt papa avait lui aussi tenue dans sa main.

- Isabelle!!! Prune!!! ai-je crié en un souffle.

Elles arrivèrent en un tourbillon. Prune en apercevant maman se mit à pleurer. Isa coucha maman convenablement sur le canapé et se retourna vers moi, inquiète.

- Vite! Va chercher le médecin!

Je reculai regardant ma petite soeur qui pleurait. Oui, elle pleurait... Prune pleurait!

Je me mis à courir ne pensant qu'à maman. Chaque fois que je m'arrêtais pour reprendre mon souffle, maman me revenait en mémoire. Alors, je me remettais à courir. Oui, courir... Je courais, courais ne sachant pas où j'allais. Je ne pensais qu'à maman! Une maison en pierres de pays m'apparut à l'angle du chemin. Je m'en approchai, courant et sans prendre garde j'entrai dans cette bâtisse. J'ouvris une porte au hasard et me retrouvai face à une dame très âgée.

- Vite! Dépêchez-vous! Appelez un médecin! Maman est évanouie!

La femme sursauta éberluée.

- Oui, oui.

Et elle se dirigea vers son téléphone en maugréant: "Ha... Les jeunes d'aujourd'hui sont vraiment sans gêne ".

Je m'assis dans un fauteuil.

C'était vrai. J'aurai pu être plus polie et demander la permission avant de m'asseoir mais je m'en souciais peu. Ah! Que d'événements!

La fille au loup, maman, le grenier, l'échelle et PAPA!

La vieille femme revint, enfila un vieux manteau et me prit la main.

- Debout paresseuse! On doit arriver avant le médecin.

Je me levai et nous sortîmes dehors.

En fait... Elle n'était pas si méchante que cela! Je la regardai ... Ses cheveux gris pendaient le long de son dos courbé. Son visage marquait la souffrance et la solitude.

On arriva enfin à la maison. Isabelle était toujours près de maman qui était toujours sans connaissance. Je montai dans ma chambre après avoir bien installée Claudine, qui n'était autre que la vieille femme, dans la chaise à bascule de maman. Je m'écroulai sur mon lit et éclatai en sanglot. Je n'en pouvais plus... Oui, je n'en pouvais plus mais cette fois c'était vrai. Je passai bien une heure à pleurer.

J'entendis le médecin venir et partir. Mais je n'avais pas envie de descendre. Une petite main fine et fragile passa dans mes cheveux. Je souris à Prune. Oui... Car c'était bien elle. Ah... Qu'est-ce que je ferais sans elle? Elle était toujours là pour nous dire une chose gentille, pour nous remonter le moral et pour nous aider quand on a besoin d'aide. Peut-être que quand elle sera morte, on la nommera Sainte Prune? Après tout... Pourquoi pas? Elle pense toujours aux autres avant de penser à elle. "Bonne petite frimousse"... Oui, ce petit surnom lui allait bien... Son petit air coquin lui donnait l'allure d'une chipie. Et si on regardait au fond de ses yeux, on aperçevait une profonde tendresse vue nulle part. Sainte Prune... Oui, ça lui irait bien...

Prune se blottit contre moi.

- Arrête de pleurer. Maman est guérie. Et elle est réveillée. Isa est sur ses genoux et Claudine dit des choses et je n'y comprends rien! Dis... Quand je serai vieille, je dirai aussi des choses que je ne comprendrais pas?

- Non... Ne t'en fais pas...

- Ouf... Tu es la meilleure grande soeur qu'il y a.

J'en fus très touchée et serrai très très fort Prune contre mon coeur. Je ne pus que dire entre quatre larmes.

- Et... Et toi... La meilleure petite soeur qui puisse exister.

Prune s'endormit contre moi et je m'endormis à mon tour avec cette phrase qui restera à jamais sur mon coeur "Tu es la meilleure grande soeur qu'il y a".

Je me réveillai vers 17h. Prune dormait toujours. Je l'étendis convenablement sur son dos et descendit en bas. Maman était assise sur le divan et lisait un livre. Isa était près de maman et la regardait en souriant. Claudine n'était plus là.

- Ma petite chérie... Viens un petit peu là.

Maman venait de m'apercevoir et me montrait ses genoux de ses mains encore tremblantes. Et comme quand j'étais petite, je m'assis dessus et posai ma tête sur ses épaules.

- J'ai eu peur! ne puis-je que dire.

- Elle doit beaucoup se reposer a dit le docteur et surtout ne pas s'inquiéter, dit ma soeur Isa.

- Maman m'a tout raconté pendant que tu dormais avec Prune! rajouta-t-elle.

- Oui, ma chérie, je lui ai tout dit. Elle m'a proposé que vous alliez dans la forêt pour retrouver votre père. Oui... Votre papa est sûrement dans la forêt soit blessé ou en pleine forme. Mais nous pensons Isa et moi qu'il est plutôt blessé car sinon il serait déjà ici. Enfin... Pendant ce temps- là, je garderai Prune. Alors...? Qu'en dis-tu?

Je souris. C'était bien ma maman que j'avais devant moi. Elle avait retrouvé son énergie et sa bonne humeur.

- Je suis d'accord! déclarai- je comme si c'était une question qui dépendait du monde entier.

"Faites que papa soit vivant!" priai-je en moi-même. La soirée se passa calmement. Je m'endormis vers minuit.

- Debout, debout!

J'ouvris mes yeux avec difficulté.

- Debout Sandra! Si on veut retrouver papa et être rentrées pour le dîner... Il faut y aller!

- Oui, oui...

Réveillée, ma tartine de confiture aux fraises engloutie, je pris le chemin avec Isa conduisant dans la forêt.

- Pour retrouver papa, il faudra aller chacun de son côté.

- Yes!

- Et... Si on ne le... retrouve p...

- Sandra! Je t'interdis de penser à des choses pareilles!

- Oui, tu as raison.

J'avalai ma salive. Les loups! Les loups venaient de nouveau hanter mon esprit. D'accord... Le loup de l'autre fois ne semblait pas bien méchant. Mais peut- être que les autres le sont? Mais y a- t- il des autres loups? Oh là là... Si c'est oui...

Je me rassurai à l'idée que la fille au loup serait sûrement dans les parages si jamais on était attaqué. Oui, après tout, je crois qu'elle est notre sauveuse.

- Bon! on y est! Toi, tu vas par là et moi de l'autre côté! Sois prudente! On se retrouve ici dans une heure.

Ma soeur partit et j'empruntai le chemin qu'elle m'avait montré. Quoi, ce n'était pas vraiment un chemin... Il n'y avait que des arbres et je devais à chaque instant les contourner. J'essayais de me souvenir de ceux- ci pour le retour. Ce n'était pas le moment de se perdre! J'aperçus une petite clairière. Une sorte de cabane était construite avec des branches d'arbres. Je m'en approchai. Qui pouvait bien vivre là- dedans? Mon coeur s'arrêta de battre. Un homme était étalé sur une paillasse de paille.

- PAPA! puis- je dire en un souffle.

Papa, papa... Papa je t'en supplie, réveille- toi! Papa! C'est Sandra, ta petite fille. Tu te rappelles? Papa, je t'en supplie... Réveilles- toi!

J'étais en un clin d'oeil auprès de lui. Il ouvrit les yeux difficilement et prit ma main.

- Mon dieu... Sandra... Oh... C'est toi!

Il referma les yeux.

- Oh... Non... Papa. Paaaaappppaaaaaa!!!!!!!! Réveille toi! Ne meurs pas. Pas maintenant!

Isabelle alertée par mes cris me rejoignit et pleura à la vue de papa. Dix minutes s'écoulèrent. Je n'étais capable de rien faire. Isa aussi. On était comme paralysées par nos pleurs.

- Laissez-moi passer!

Un homme d'une trentaine d'années s'agenouilla près de papa.

- Docteur! s'exclama Isabelle.

C'était sûrement l'homme qui avait sauvé maman.

Alors... Peut-être que... Oui! - Oh papa... Tu vas voir... Tu vas guérir!

- Il n'est pas mort mais il faut se dépêcher. Vite! Aidez-moi à le transporter dans ma voiture que j'ai laissée en dehors du bois.

Ma grande soeur aida le docteur à installer papa à l'arrière de la camionnette. Je m'assis près de lui et Isa devant, près du docteur.

La voiture démarra dans un bruit "atrosphérique". Je regardai papa. Il avait bien changé. Sa barbe noire avait poussé avec quelques cheveux gris. Mais ses yeux bleus n'avaient pas changé. Oh papa... Comme tu m'as manqué! J'avais envie de pleurer mais je n'y arrivais pas. Mon regard était fixé sur lui quand une question traversa mon esprit. Qui...? Qui avait prévenu le médecin? Isabelle? Non, elle était près de moi. Moi? Soyons réalistes...! J'étais près d'Isa. Maman? Non, elle était avec Prune et Prune était près de maman. Mais alors qui?

- On y est.

Je ne pus répondre à cette question. On débarqua papa et on le déposa dans une chambre d'amis car la salle où on ausculte, ne pouvait être libre. La maison du docteur était vaste. J'allai avec ma soeur à la salle d'attente. La femme du docteur téléphona à maman. Et des heures passèrent dans l'angoisse et l'espérance.

Maman arriva avec Prune qui pleurait. Cécilia, la servante (je crois qu'ils sont très riches) nous obligeat à boire une tasse de thé chaud toutes les 5 minutes. Mais maman ne souriait pas pour autant. À vrai dire, je la comprenais Ce n'est pas une tasse de thé qui nous remonte le moral!

Le docteur arriva enfin. Il paraissait ennuyé et triste.

- Pour ne pas vous mentir son état est grave. Une personne l'a soigné avec beaucoup de soin et heureusement, sans cela il serait déjà mort. Enfin... Normalement je devrais l'envoyer à l'hôpital. Mais le trajet est plein de secousses et dure 2h. Si je risque... Il meurt! Il restera donc ici mais je ne vous garantie rien.

Maman qui s'était levée se rassit et recommença à pleurer.

Je ne savais pas quoi faire et Isabelle aussi. Pauvre maman!

- Une tasse de thé, Madame?

Elle ne répondit pas et moi je sortis de la pièce pour prendre l'air. J'en avais besoin. Je savais que maman devrait m'imiter. Cela lui aurait fait du bien. Je passai devant la chambre de papa et des plaintes en sortirent. Je ne pus résister et ouvris la porte. Je m'approchai de lui. Il m'aperçuy et me dit ces mots à peine perceptibles.

- Fille... Loup... Sandra... Écoute moi... Fille avec... Loup...

Je les compris tout de suite. La fille au loup... C'est elle qui a soigné papa avec beaucoup de soin. Sans elle, il serait mort. Il faut que j'aille lui dire merci. Oui, c'est certainement cela que papa voulait. Que j'aille lui dire merci.

- J'y vais pa'...

Je sortis de la maison aussi vite que je pus.

- Quel côté la forêt? Ah oui, à droite.

Je courus, je courus jusqu'à la clairière. Mais là, je me laissai tomber sur le sol et me mis à le taper de toutes mes forces. La fille au loup était devant moi, évanouie sur le sol. Je comprenais maintenant pourquoi elle était aussi blanche dans le grenier. Elle avait attrapé la maladie de papa. Peut-être était-il trop tard pour la sauver? Oh non! Oh non! Pas la fille au loup, pas la "sauveuse" de papa!

Je me relevai avec courage et me mis à courir. Courir! Courir! Ne jamais m'arrêter! me répétai-je sans-cesse. Oh si j'avais des ailes... Je pourrais voler, voler jusqu'au pays de la guérison. Et la fille au loup serait sauvée. Que les oiseaux ont de la chance. Ils volent au lever du jour et partent pour une destination. Peut-être le jardin d'Eden? Eux, ils volent accompagnés de leurs chants. Eux, ils volent grâce à leurs ailes éclatantes sous le soleil. Ils peuvent atteindre les nuages, les survoler sans dommages. Mais n'est ce pas l'au-delà des nuages le paradis? Le calme, la liberté nous en fait rêver.

J'ouvris la porte de la maison du docteur avec violence. J'entrai dans la salle d'attente où le docteur était toujours là. Je me précipitai sur lui, en larmes.

- La fille au loup... La sauveuse de papa, elle, est évanouie dans la forêt, là où on a trouvé papa. Oh docteur ne la laissez pas mourir! Sauvez-la! Papa le veut, il me l'a dit! Oh docteur... Je vous en supplie...

À mes mots, il attrapa sa mallette et prit la direction de la forêt.

Je ne savais pas pourquoi mais à cet instant précis une source de courage monta en moi. Peut-être est-ce parce-que j'aperçus autour de moi des personnes qui pleurent et ne font que cela? Pourquoi perdre courage? Papa ne disait-il pas qu'il fallait être courageux comme les Indiens?

- Arrêter de pleurer! En plus, vous ne pensez qu'à vous. Si papa meurt... Qu'est-ce qu'on va devenir? Si papa meurt qu'allons-nous faire? Mais à lui... Y avez-vous songé un instant... À lui? Moi, je vais vous dire ce que papa aimerait bien. C'est de la volonté, du courage et un peu de tristesse. Reprenez-vous? Si papa vous voyait, il ne serait vraiment pas fier!

Maman parut honteuse et sortit son mouchoir de sa poche. Prune, ne comprenant plus rien se mit à rire sans savoir pourquoi. Je sortis de la pièce, fière de mes mots. J'entrai dans celle de papa et lui serrai bien fort sa main.

- Vite... Aidez-moi!

Je sortis de la pièce aussi vite que j'y étais rentrée. Le docteur tenait la fille au loup dans ses bras. Il la déposa avec l'aide de "tasse de thé" dans un lit dans la chambre voisine. Je retournai dans la salle d'attente. Maman buvait justement une tasse de thé, Prune jouait avec ses doigts et Isabelle était immobile comme une statue.

- Vous devriez-vous reposer et rentrer chez vous dit Cécilia.

- Me reposer! Jamais! répliqua maman.

Et des jours passèrent dans l'angoisse et le silence. Isa, moi et Prune rentrions le soir chez-nous. Par contre maman préférait rester. Elle avait des cernes et j'étais sûre qu'elle ne dormait pas la nuit. Le docteur n'était pas d'accord pour cela mais maman était pire qu'une enfant!

Puis un jour d'été, quand le soleil éclairait le vaste jardin de la petite maisonnette du docteur, une voix familière me fit sursauter.

- Bonjour tout le monde!

Je relevai la tête et dans un souffle je m'exclamai

"PAPA"!

- Oh papa...

Des larmes dégoulinèrent sur mes joues... Lentement... Puis de plus en plus vite et de plus en plus vite je me mis à courir vers lui. J'avais le sentiment que je ne touchais pas le sol. Je volais sûrement... Et je me retrouvai dans les bras de mon père sans savoir comment. Il me serra contre moi et déposa un baiser sur mon front.

Plus tard, je m'en souviendrais sûrement de ce jour. Ça faisait si longtemps... Si longtemps que je n'avais plus eu la sensation d'un bisou paternel. Isabelle pleura elle aussi et se précipita dans ses bras. Prune sourit mais ne pleura pas.

- Ah... C'est donc lui mon papa... Il est grand!

Maman laissa couler quelques larmes. Elle était trop émue pour parler.

- As-tu dit merci de ma part à cette fillette qui sait parler au loup.

- Oui papa. Elle a attrapé ta maladie mais ne t'en fais pas, elle est sauvée.

Et de nouveau des jours et des jours passèrent. Mais, personne ne pleurait, tout le monde riait. J'étais heureuse...

J'allais voir tous les jours la fille au loup chez le docteur et chaque fois que j'y allais, elle me disait merci.

- J'y vais, m'man...

J'enfilai précipitamment mon vélo que papa m'avait offert, roulai jusqu'à la maison du docteur et entrai. Papa était là et je sus tout de suite qu'il s'était passé quelque chose. Son air était grave. Il me prit la main.

- La fille au loup est partie. Ne pleure-pas! Cela ne sert strictement à rien. Hier soir, elle m'a parlé. Elle m'a dit de te dire encore merci et qu'elle allait rejoindre sa maman. J'ai eu du mal à comprendre. Elle parlait très lentement en passant des mots. Mais aujourd'hui, j'ai compris en voyant ce médaillon et la fenêtre ouverte. Elle a une mère et elle veut la retrouver. C'est sûrement parce-qu'elle te voyait heureuse et elle voulait l'être aussi. Et puis de toute façon elle est libre. Elle est habituée à sauter, à courir, à gambader. Tu sais, elle a toujours vécu dans la forêt. On s'est un peu occupée d'elle quand elle était petite puis elle s'est débrouillée seule! Et tu sais ce qu'elle a laissé?

- Non... dis-je entre deux larmes.

- Le loup, il est à toi maintenant, elle te l'a donné. Il est très gentil. Tu n'as aucune raison d'en avoir peur.

Tout doucement des larmes commencèrent à dégouliner sur mon visage. Je pris le médaillon dans la main de papa, rentrai dans la chambre et m'approchai de la fenêtre. Le médaillon était splendide. Peut-être était-il en or? Le loup était là, il regardait dehors. Oui, papa avait peut-être raison... Et je suis sûr qu'elle retrouvera sa mère et qu'elle sera heureuse tout comme moi.

Mais moi si je le suis c'est d'abord grâce à elle... Et même si elle n'est pas là, je lui dis merci. Oh oui... Merci! Jamais... Jamais je ne l'oublierai... Jamais je n'oublierai cette "sauveuse", ma "sauveuse", la "sauveuse" de papa... Oh oui, jamais jamais jamais jamais je n'oublierais cette mystérieuse sauveuse, cette mystérieuse fille mais avant tout JAMAIS je n'oublierai la fille au loup.

- J'arrive pas...

Je montai dans la voiture accompagnée de Loup. Je sais, j'ai toujours eu une imagination fertile mais je trouvais que ce prénom lui allait bien!

Papa arrêta la voiture, j'en descendis avec "mon cher ami" et papa repartit dans la nuit. J'avais encore un bon kilomètre à faire pour arriver chez mon amie qui m'avait invitée à une sorte de soirée. Mais cela n'avait aucune importance. J'aimais marcher dans l'obscurité accompagnée de Loup.

Maintenant j'avais 15 ans et je m'occupais beaucoup de Prune.

- Oh... Excusez- moi...

Sans savoir ce qui m'arrivait, je me retrouvai sur le sol. Je me relevai, de mauvaise humeur.

- Vous ne pourriez pas faire attention!

- Pardon... Excusez- moi... Je suis vraiment navrée.

Je n'écoutai pas la jeune fille et regardai plutôt avec inquiétude mon loup. Il la léchait! Il léchait une inconnue.

- Encore pardon...

Je la regardai. Malgré la nuit, elle devait être très belle et sûrement riche!

Elle partit en courant. Loup gémit et je dus le retenir car il était prêt à partir sur les pas de cette personne. C'était vraiment bizarre... Pourquoi se conduisait- il de cette manière?

- Allez- viens...!

Je continuai mon chemin mais m'arrêtai un petit peu plus loin. Pourquoi est- ce que loup l'avait léchée? Pourquoi est- elle partie en courant... Serait- ce... Serait- ce la fille au loup? Oh mon dieu... Est- ce elle? Pour moi, cette soirée fut un enfer. Je ne pensais qu'à cette mystérieuse fille...

Enfin, ce fut l'heure de rentrer à la maison. Je me précipitai dans ma chambre, ouvrit ma boîte à bijoux et... Le médaillon n'était plus là... C'était... C'était bien elle... C'était bien la fille au loup que j'avais croisé. Et dire que je ne l'ai même pas reconnue! Elle a appris le langage des sourds... Oui, elle l'a appris... Elle est venue chercher son bijou... Oh... Mais je la retrouverai! Elle doit être très riche... Je ramassai un petit papier sur le sol et lus ces quelques mots...

Merci,

La fille au loup.

Mais comment savait- elle que je l'appelais ainsi? Oui, c'est certain... Elle restera pour moi un mystère que je n'essaierai pas d'élucider car pour moi... C'est un miracle... C'est de la magie... car pour moi... la "sauveuse" de papa... C'est avant tout la fille-au-loup.

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