Le cheval englouti

Conte - A partir de 10 ans

Une drôle d'aventure pour la famille d'Augustin le bûcheron. Éclair, un brave cheval est englouti par les eaux. Morgane, la fille du bûcheron, disparaît dans la sombre forêt des terres du Marquis. Augustin parviendra-t-il à sauver sa fille? Éclaircira-t-il la disparition de son fidèle cheval? Tu le sauras en lisant cette histoire.

  • Auteur : Les élèves de classe de cm1-cm2 (1998-99) École publique Montreuil-sur-Ille

L'histoire du conte "Le cheval englouti"

Il y a fort longtemps, une pauvre famille de bûcherons vivait en bordure de la forêt de Bourgouët près de Feins. Ils n'avaient ni ami, ni voisin. Le père Augustin travaillait dans la forêt, aidé par son fidèle cheval: Éclair. C'était une brave bête à la robe noire. Ses yeux bleus respiraient la confiance, la gentillesse et le courage. À plusieurs reprises, il a sauvé son maître qui s'enfonçait parfois dans les marais.

Un soir, Augustin posa le bois qu'il avait coupé, près de sa maison. Il conduisit son compagnon brouter l'herbe tendre d'une prairie. Mais ce soir-là, en enfonçant le pieu qui tiendrait le cheval, de l'eau commença à couler.

- Que se passe-t-il? dit Augustin en retirant le pieu.

C'était une source claire, belle et fraîche.

Pendant quelque temps, la famille ne va plus chercher l'eau au puits du village, mais à la source. Cela devient leur fierté, un rêve qui va virer au cauchermar!

En effet, jour après jour, l'eau gagne du terrain et recouvre la prairie.

- Si cette eau continue à couler, la forêt de Bourgouët sera bientôt inondée! pense Augustin.

Il n'a plus qu'une idée en tête! Arrêter cette maudite eau qui va finir par noyer sa maison.

C'est alors qu'il se rappelle avoir vu dans les ruines du château d'Aubigné, un village voisin, un énorme boulet de canon!

Monté sur son cheval, Augustin part pour Aubigné. Dans une main il tient une corde et de l'autre les rênes. Après une demi-heure il arrive au château, mais ne voit pas le boulet! Il fouille dans les débris et finit par en trouver un énorme! À l'aide de la corde, il attache et tire la boule de pierre.

- Allez tire, tire mon brave Éclair! crie Augustin

La bête courbe l'échine, pousse sur ses jambes. Avec lenteur, ils arrivent enfin à franchir les quatre kilomètres.

Le cheval sue quand il rentre dans l'eau. Éclair est à bout de force... Le bûcheron guide l'animal de manière à pouvoir poser le boulet sur le satané trou! Mais, dans la manoeuvre, la corde se rompt, l'animal à bout de forces, chute dans l'eau, et se trouve aspiré par un tourbillon. Il disparaît!

Augustin plonge aussitôt mais ne voit rien, Éclair n'est plus là! Augustin pleure en priant, espérant que son ami revienne. Mais ses ennuis ne sont pas terminés!

Tête basse, traînant les pieds dans l'eau, il part annoncer la mauvaise nouvelle à Joséphine sa femme.

Malheur! L'eau a envahi sa maison. Il aperçoit ses enfants: Martin, Charles et Morgane, seaux à la main, occupés à repousser l'eau. C'est trop tard, il faut quitter les lieux.

Joséphine rassemble le peu de leurs richesses. Les enfants aident, l'un prend les outils, l'autre les provisions et le troisième conduit la basse-cour en sécurité. Augustin court au village pour trouver le curé qui va sonner le tocsin.

- Mon père, sonnez le tocsin immédiatement!

- Mais pourquoi? continue le curé.

- L'eau envahit ma maison, la forêt et tout ce qui l'entoure. C'est le diable! Il a pris mon cheval.

Les villageois s'affolent, mais vite la rumeur passe chez les habitants. Alors tout le monde prend des outils, les marchands vident leurs boutiques, les paysans courent chercher leurs chariots pour transporter pierres et terre. Ils parlent entre eux et décident de construire une digue pour arrêter l'eau du diable.

C'est en creusant la terre que les villageois découvrent des vestiges romains: tuiles, poteries... C'est le boulanger qui le premier découvre une pièce de monnaie où est gravée l'effigie de Jules César. Tard dans la soirée, la digue est enfin achevée.

Joséphine va voir son mari et lui demande:

- Où allons-nous dormir?

- Dans la grotte de Louvet.

- Tu n'y penses pas, les loups, les pillards...

À ce moment là un villageois leur propose l'hospitalité.

Le lendemain matin, surprise! Les eaux ont envahi la forêt. Deux chemins sont inondés: l'un permettant d'aller à Saint Rémi du Plain et l'autre donnant l'accès aux terres du Marquis.

Morgane, Charles et Martin courent loin devant. Charles trébuche, tombe et aperçoit une brèche dans la digue construite la veille.

Il alerte son père.

- C'est une catastrophe! Si la digue s'effondre à présent, toute l'eau contenue derrière va noyer les alentours!

- Les enfants, courez faire sonner le tocsin une nouvelle fois.

- Martin, file devant! crie Morgane, on te suit.

Comme la veille, tout le village s'anime comme une fourmilière. Rapidement les habitants accourent à la digue. Ensemble, ils s'interrogent, mais il faut faire vite car la fissure s'élargit.

- Dévions l'eau, la digue ne pourra jamais résister!

- Creusons une rigole jusqu'à la rivière de l'Ille! dit Augustin.

- Mais nous ne sommes pas assez nombreux, fait remarquer le curé.

- Allons chercher ceux de Montreuil, propose le boulanger

Pendant des jours et des jours tout le monde met sa force à creuser la rigole qui ira se jeter dans l'Ille. Le forgeron aidé d'Augustin et du menuisier fabrique une vanne qu'ils placent sur la brèche.

Une semaine après la rigole est terminée.

L'eau coule tranquillement et se jette dans la rivière. Elle ne monte plus. Un étang vient de naître.

Aidé par les villageois, Augustin se construit une belle petite maisonnette placée juste derrière la digue. La nuit, couchée, la famille entend le murmure de la chute de l'eau.

Pourtant un soir Charles n'arrive pas à s'endormir. Le ciel est étoilé, il va s'aérer sur le bord de l'eau.

À peine assis, que voit-il? Des reflets argentés! Pas de doute, ce sont des poissons.

- Comment sont-ils arrivés là? pense Charles.

Aussitôt il court prévenir ses parents déjà endormis.

Somnolants, Augustin, sa femme et les enfants sortent pour éclaircir ce mystère.

La lune se reflète sur l'eau, sa surface est immobile, on ne voit rien.

- Retournons nous coucher, ce n'était que les reflets de la lune, murmure Augustin.

- Regardez! crie Morgane, là-bas, sur le chemin du Pont au Marquis, quelque chose bouge!

- On verra ça demain, allons dormir, ordonne le bûcheron.

*

Le lendemain matin, Morgane est persuadée d'avoir vu quelque chose.

Ainsi part-elle en direction du Pont au Marquis. Arrivée sur les lieux, la fillette distingue dans la terre humide et molle, des traces de fers à cheval. Morgane décide de les suivre. Elle marche dans l'eau qui recouvre le chemin du Pont au Marquis.

- Si je continue, je vais entrer dans les terres royales qui sont interdites! pense-t-elle.

Mais la curiosité l'emporte jusqu'au moment où elle arrive devant une pierre gravée du blason du Marquis.

Cette fois elle hésite un peu. Cependant elle aperçoit de l'herbe couchée, choisit de pénétrer dans la forêt sombre et inconnue.

Elle entend craquer les branches mortes sous ses pas...

Morgane partie, Augustin et les garçons vont à Feins voir Ernest le menuisier.

- Peux-tu me construire une barque? demande le bûcheron.

- Une barque? Que veux-tu en faire?

- Je veux retrouver le boulet.

- Pourquoi souhaites-tu le retrouver?

- Pour comprendre un mystère!

- Tu veux retrouver ton cheval!

- Je voudrais bien mais... il n'y a plus d'espoir!

- Tu auras ta barque demain, je te l'apporterai.

- En échange je te donnerai du bois! dit Augustin.

Sur le chemin du retour, les enfants sautent et dansent de joie. Mais, en arrivant, ils trouvent Joséphine pleurant à chaudes larmes disant:

- Morgane n'est pas encore revenue...

Il est déjà trois heures de l'après-midi, le soleil est haut dans le ciel, pourtant Morgane ne voit presque rien: la forêt est sombre, terriblement sombre. Le vent fait grincer les branches, les arbres ont des formes étranges.

Soudain un corbeau croasse.

- Il ne faut pas que je m'attarde ici, il fait de plus en plus sombre. Je suis perdue, pense la jeune fille.

Tout à coup, au fin fond des terres royales, elle aperçoit une ombre bouger entre les troncs!

- Mais, on dirait Éclair, notre cheval! Par quel miracle est-il arrivé ici? C'est à peine croyable! se dit-elle

Petit à petit Morgane s'approche de la silhouette. Le corps de la bête s'immobilise.

- C'est bien un cheval, murmure-t-elle pour se donner du courage.

À ce moment précis l'animal galope vers la fillette. Morgane crie:

- Éclair! Éclair! Arrête-toi!

Surprise, le cheval s'arrête. Doucement l'enfant avance, lui touche le nez. C'est bien son ami.

- Si tu savais comme tu nous as manqué! Nous te pensions mort! chuchote-t-elle à l'oreille du cheval.

Devant les pleurs de Joséphine, Augustin prend la direction du Pont au Marquis car il se rappelle que Morgane avait cru voir quelque chose bouger à cet endroit la veille. Arrivé sur place, il distingue dans la vase des traces de petits pieds.

- C'est sûrement ceux de Morgane! se dit-il.

Il les suit des yeux en avançant à grands pas. Mais il constate qu'il va droit sur les terres royales du Marquis.

- Je lui avais pourtant interdit de pénétrer sur cette propriété, gronde le bûcheron en passant devant la pierre gravée aux insignes du Marquis.

Le bois est sombre et inquiétant: les arbres prennent des allures fantomatiques. Une épaisse brume tombe. Mais la volonté de retrouver sa fille l'encourage à continuer sa recherche. Une chauve-souris lui frôle la tête, en poussant des cris stridents.

Augustin a peur pour sa fille et appelle:

- Morgane! Morgane! Es-tu là?

Seul l'écho de sa voix lui parvient. La nuit est là, Augustin est désespéré, il doit rentrer à la maison, éclairé par la faible lueur de la lune. Tout en marchant, sans mot dire, le pauvre homme pleure.

- Où est-elle? Les loups sont nombreux sur ces terres...

Quand il arrive chez lui, Joséphine tombe dans ses bras.

- L'as-tu retrouvée?

- Non, je repars demain matin!

Le lendemain matin, Augustin est réveillé car on frappe à la porte. Le bûcheron a mal dormi à cause de la disparition de sa fille.

- Est-ce toi Morgane?

- Non, c'est moi Ernest. Ta barque est prête, je l'ai mise à l'eau.

Augustin ouvre la porte et remercie le menuisier en lui disant:

- Prends autant de bois que tu le souhaites, il est derrière la maison sous l'abri.

C'est en franchissant le seuil de sa demeure, que le bûcheron se dit qu'il perdrait moins de temps en traversant l'étang en barque pour rejoindre le Pont au Marquis.

Il rame et rame encore!

À un moment donné notre homme aperçoit une tache noire. Il s'arrête et distingue le boulet. Avec sa rame, il le touche, sonde le fond. Pour mieux voir il se lève, se penche, perd l'équilibre, bascule et tombe dans l'eau.

Augustin, comme son cheval, est pris dans le tourbillon qui le jette dans une galerie.

Morgane est seule avec son cheval dans la forêt sombre et froide des terres du Marquis. Éclair tire la manche de la fillette, comme s'il voulait lui dire quelque chose.

Elle a confiance en lui et monte sur son dos. Mais le trajet est pénible car elle est fatiguée.

Soudain Éclair s'arrête devant un buisson. La fillette intriguée découvre stupéfaite un énorme trou noir. Elle hésite quelques instants, mais elle entend des loups hurler au loin. Comme la nuit est tombée, tous les deux s'enfoncent dans l'étrange entrée. Morgane se blottit contre son cheval, pose la tête sur le doux poil de son compagnon. De temps en temps, elle est réveillée par les loups qui grognent au clair de lune.

Au petit matin un courant d'air vient les tirer de leur sommeil. Voyant à peine, Morgane arrive à distinguer une torche et, juste en dessous, une poterie. Elle y plonge la main et en ressort un morceau d'amadou.

- Je vais allumer la torche, on y verra mieux! pense-t-elle.

Surprise elle aperçoit des signes romains sur les blocs de pierre. Peu à peu elle s'aventure dans un long couloir suivie d'Éclair. Elle entend le bruit des sabots ferrés résonner sur le sol. Combien de temps marche-t-elle? Un quart d'heure? Une heure? Sa torche commence à vaciller et finalement s'éteint. Morgane s'affole et crie. Le cheval hennit.

À moitié assommé, Augustin peu à peu retrouve ses esprits.

- Où suis-je? Un couloir en vieilles pierres assemblées par des hommes! Il fait sombre et humide! Tiens, une torche! Qu'y a-t-il dans ce vase? De l'amadou!

Le bûcheron allume le flambeau et s'aventure dans le tunnel.

- Quelle direction prendre? À droite ou à gauche? réfléchit Augutin.

Finalement il se décide et choisit la gauche. Il marche pendant une demi-heure et arrive dans une salle décorée de bijoux! Impressionné, Augustin remplit ses pauvres poches, comme le ferait un voleur dans une bijouterie. mais le temps passe vite, la torche commence à s'éteindre! Alors Augustin revient sur ses pas qui résonnent entre les parois. Il est heureux mais désespéré car il n'a pas trouvé sa fille qui est sans doute dévorée par les loups.

Arrivé au tourbillon, le bûcheron fait attention à ne pas se faire aspirer et engloutir par la colonne d'eau qui s'enfonce dans les entrailles de la terre. C'est alors qu'avec la torche il éclaire une tache de sang où est collé du crin de cheval

- Pas de doûte, mon cheval est passé par là!

Soudain le bûcheron entend les hennissements d'un cheval.

- Et si c'était Éclair? A-t-il résisté lui aussi au puissant tourbillon? Il faut que j'aille voir! pense Augustin.

Il avance dans ce couloir tellement long qu'il paraît sans fin. L'homme épuisé reprend espoir et continue son pénible chemin.

Tout à coup, deux points brillants scintillent dans la lueur de la torche. Un terrible hennissement retentit accompagné de l'écho. Augustin s'approche prudemment car la bête peut se cabrer.

- Au secours! À l'aide! hurle une voix familière.

- C'est toi Morgane?

- Papa! Papa! J'ai peur! Il fait tout noir.

Un sourire de joie doit illuminer le visage du bûcheron qui court vite à l'idée de revoir sa fille. Fou de bonheur, ému, Augustin serre son enfant dans ses bras et la réconforte. À ce moment précis un hibou frôle leurs têtes! Un danger approche: de l'eau ruisselle entre les pierres qui commencent à s'effondrer sous la pression de l'étang juste au-dessus.

- Vite, sauvons-nous!

- Papa, je connais la sortie.

- L'eau monte, grimpons sur Éclair!

Gêné par l'inondation le cheval avance de son mieux pour échapper au tunnel qui commence à s'écrouler. Enfin le jour! Tous les trois prennent le chemin du retour, en regardant une dernière fois le souterrain effondré.

Le retour est rapide, Éclair semble voler! Ils quittent sans regret les terres du Marquis et arrivent à la maison. C'est Charles et Martin qui les voient en premier. Ils appellent leur mère:

- Maman! Maman! C'est papa et Morgane sur Éclair!

Joséphine quitte la cuisine et tous courent à leur rencontre. C'est près de la cheminée qu'Augustin et Morgane racontent leur aventure. Augustin se souvient des bijoux qu'il retrouve dans ses poches.

- On a frôlé la mort!

- Heureusement le brave Éclair était là, fait remarquer Morgane

- Oui! Tu as raison, mais grâce aux Romains nous sommes moins pauvres!

Et Augustin explique:

- Les Romains avaient construit un atelier souterrain pour protéger leur fabrication de bijoux. Un long passage secret, inconnu des villageois, leur permettait de s'y rendre sans se faire remarquer des Gaulois.

Joséphine cache les bijoux en disant:

- La plus belle richesse c'est d'être ensemble tous réunis!

C'est ainsi que toute la famille passe de longues années, bien abritée dans leur maisonnette près de la chaussée du Boulet. Ils ne manquent de rien, aidés parfois par la vente d'un bijou. Éclair ne travaille plus, il passe de longues heures à brouter l'herbe fraîche, tout en regardant l'étang du Boulet.

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