Le refuge

L'histoire du conte "Le refuge"

JEUNES ÉCRIVAINS

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Le refuge une histoire écrite par

Colette

décembre 1997 L'Angélus résonnait au loin annonçant les longues heures des soirs d'hiver. Le hameau où vivait Elise et sa famille était agrippé au flanc d'une montagne contre laquelle le son des cloches rebondissait lugubrement. Elise en avait peur. Elle avait fêté ses 6 ans depuis un mois déjà et avait toujours aussi peur. Elle avait pensé qu'à cet âge important elle aurait été guérie de cette frayeur qui s'emparait d'elle chaque soir quand la petite église du village d'en bas agitait ses cloches, mais non, c'était pareil. Ses parents avaient bien tenté de l'apaiser, de lui expliquer, lui avaient même fait visiter l'église par un beau jour ensoleillé. Tout cela fut vain, elle se glaçait toujours de la même terreur. Pour échapper à l'emprise de ces voix menaçantes venues du ciel, elle s'était aménagé un refuge dans la bergerie, près des brebis douces et tièdes. Elle s'y était fait un nid dans la paille blonde qui sentait bon l'été et le soleil, et l'avait agrémenté d'une petite couverture bleu ciel qu'elle avait trouvé dans le grenier, derrière la grande malle noire de son père. Elle appelait son refuge sa "planète bleue". Elle aimait ce mot "planète" sans trop savoir ce qu'il voulait dire. Il sonnait comme un nom de gâteau, un mot chaud, sucré, rassurant. Le bleu de la couverture lui rappelait ces petites fleurs en forme d'étoile qui adoucissaient les grands pans sombres de rochers au printemps, quand l'air vibrait des frissons de la nature qui s'éveille. Blottie entre "Pirouette" la plus jeune des brebis et la paille tiède, elle se laissa glisser sur le traîneau des songes, dans le monde merveilleux de la planète bleue. Sa planète était toute petite, doucement irisée de camaïeux de bleus, et perdue aux confins de l'univers sombre et froid des "Autres", ceux qui ne rêvent pas. Elle connaissait les moindres recoins de son monde minuscule : Là, la fontaine aux paillettes qui ne s'éveillait qu'à Noël. Plus loin, juste à côté de la grande fleur sans nom, une toute petite pierre taillée en diamant. Le sol, lisse comme un miroir, reflétait les grandes herbes bleu nuit qui lui chatouillaient les mollets et la faisaient tant rire. Elise laissait errer ses pensées depuis un bon moment dans la quiétude silencieuse de la planète bleue, quand elle eut la sensation étrange et désagréable d'une présence qui la tira de sa torpeur douillette. Un peu inquiète elle appela d'une voix timide :

- Il y a quelqu'un ? Seul le silence fit écho.

- Pas étonnant, pensa-t-elle, je suis toute seule ici, c'est chez moi ! Mais la même sensation, plus forte, persistante cette fois, la tira complètement de sa léthargie. D'une petite voix craintive elle appela de nouveau :

- Qui c'est ?... Réponds-moi !... Elle tendit l'oreille, le silence lui semblait moins profond. Soudain le ciel sembla se déchirer. Venu des noirceurs interstellaires, un grondement sourd s'amplifiait de seconde en seconde, emplissant l'air de mystère et d'horreur. Un froid sinistre gagnait la petite planète. La fillette effrayée cria à tue-tête :

- Tu m'fais peur, qui t'es toi ?... Le grondement devint énorme sans qu'aucun mot vienne apaiser l'enfant. Transie, hagarde, entre deux sanglots elle hoqueta :

- Il... faut... me répondre..., je ne suis... qu'une toute petite fille moi,... Pourquoi tu m'fais peur ?... Pas de réponse cette fois encore, mais le grondement atteignit un point tel que ses petites jambes se dérobèrent sous elle. L'herbe bleue, balayée comme par un ouragan, tourbillonnait autour d'elle, cinglant ses membres frêles. Les paillettes de la fontaine pâlissaient. La lumière, si douce un instant auparavant, devint électrique. Un nuage pourpre, terrifiant, l'enveloppa et l'arracha soudain à son cher paradis. En hurlant, les yeux plissés d'épouvante, elle battit des bras et des jambes pour se dégager de cette emprise suffocante. Elle sentit sur sa joue quelque chose d'humide et tiède qu'elle repoussa vaillamment en ouvrant les yeux à demi. Elle entrevit tout d'abord un gros nez surmontant une épaisse barbe noire. Pas tout-à-fait sûre d'elle, elle ouvrit les yeux tout grand :

- Papa !... s'exclama-t-elle dans un soupir de soulagement.

- Ma chérie, que fais-tu là ? Et pourquoi tous ces cris ? Tu te démenais comme un beau diable, que s'est-il passé ? Allez, viens me raconter...

- Oh, papa... Mais Elise ne put en dire plus. Son père avait fière allure avec sa belle chemise rouge. Il la tenait dans ses bras, serrée contre lui, la couvrant de baisers pour la calmer. Il la porta jusqu'à la maison. Tout au long du chemin elle entendit un grondement sourd monter du sol. Ce n'était que le bruit des lourdes bottes de son père sur la terre gelée.

 

pour une autre version de l'histoire

©1996 -

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