Le rouge et le vert

L'histoire du conte "Le rouge et le vert"

JEUNES ÉCRIVAINS

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Le rouge et le vert

une histoire écrite par

Bryan

octobre 1998

Jamais je n'aurais cru rencontrer la mort au supermarché.
Et pourtant, ça m'a frappé. La mort était bien là!
Je regarde à ma gauche. Des kilomètres de viandes rouges, de steaks, de cuisses de poulets... De tout, de toutes les teintes, de toutes les formes. Je prends quelques secondes et, en regardant tout ces généreux étalages, je me demande si dans tous les supermarchés du monde on retrouve des stocks de viande aussi diversifiés... Combien y a-t-il de supermarchés sur cette planète? Des milliers! Des centaines de milliers?
Mon Dieu, mon Dieu... Je prends tout à coup conscience, comme une illumination, du point de vue des végétariens. Je les avais pourtant considérés auparavant comme d'étranges marginaux qui allaient à contre-courant, refoulant au plus profond de leurs êtres ce qui fait néanmoins partie de l'homme! On mange de la viande depuis toujours, depuis la préhistoire! À quoi bon tout à coup se poser mille et une questions sur notre nature carnivore? Comme si Fred Caillou se posait des questions en mangeant ses steaks de brontosaure!
Mais à cet instant précis, je comprenais. Je voyais comme les végétariens. Combien de bêtes sont mises à mort pour remplir les étagères de milliers de supermarchés? Combien de litres de sang couvrent le sol des boucheries pour nourrir notre race ignoble? J'ai froid dans le dos. J'imagine le carnage...
Les végétariens ont raison. Mangeons le moins de viande possible!
D'un air décidé, donc, je prends mon carrosse d'épicerie et me dirige d'un pas décidé vers le rayon des légumes. J'ai le regard d'un bénévole de Greenpeace. Non, mesdames et messieurs! Je ne participerai plus jamais à cet effroyable génocide! Je vais manger vert!
Je me dirige vers l'étalage, empoigne quelques légumes, quelques salades...
Et une fois de plus, l'illumination arrive.
Une vision, d'abord, de grands champs, d'espaces verts... Oui, les légumes poussent dans la terre, quoi de plus naturel! Mais: que dire?
Pour avoir de la terre, il faut défricher, couper des arbres, non? Pour créer ces immenses jardins, ne faut-il pas tuer les poumons de la planète?
Oh, oh.
La vision d'épandeur à fumier, de machines agricoles de plus en plus perfectionnées, d'insecticides puissants, de machines anonymes ramassant des légumes à la chaîne. Production, production, surexploitation de la terre!
Finalement, en voulant effectuer un retour à la terre, est-ce que je ne favorise pas, justement, les malheurs de cette terre?
Ouais. Ça devient mêlant... Moi et mes grandes questions. Si je me contentais de faire seulement l'épicerie, comme tout le monde, à la course, sans penser à rien sauf aux spéciaux et aux coupons rabais, en espérant être revenu à temps à la maison pour faire telle chose...!
Je crois tout de même avoir compris qu'on ne peut pas être dans un seul extrême sans nuire à une autre chose. Et voilà!
Le rôle de l'humain, c'est nuire. Il ne veut pas nuire, soit, mais il nuit tout de même par trop de bonnes intentions. Et on ne peut pas seulement manger des spaghettis, non?

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