Le tigre et le rat

Conte - A partir de 5 ans

  • Auteur : Miguel

L'histoire du conte "Le tigre et le rat"

Ne croyez pas que les animaux d’aujourd’hui, ont toujours été ainsi, avec les mêmes fourrures, les mêmes apparences physiques. Ne serait-ce que le tigre, cet animal n’a pas toujours eu une robe à poils ras, bien au contraire. Mais voyons donc comment le tigre a changé d’aspect. Pour ce faire il faut nous remonter le cours du temps.

C’était il y a très, très longtemps, dans la jungle profonde. Jadis, vivait un tigre cruel qui terrorisait tous les animaux. Il ne se passait pas un jour sans que ce carnassier n’attaqua une autre bête pour la manger.Son rugissement suffisait à paralyser les plus peureux. Quant aux autres, les fuyards, son agilité et sa vitesse avaient tôt fait de les rattraper. Nul animal n’était à l’abri des crocs du tigre et la faune de la jungle à cette époque vivait, à chaque instant, dans la crainte de se faire dévorer .

Pourtant si ce chasseur était parfaitement silencieux, il ne passait pas inaperçu . Fort heureusement, d’ailleurs, pour les animaux qui restaient encore en vie.

En effet, en ce temps là, le tigre n’était pas tout à fait comme maintenant. Il était poilu, très poilu, très très poilu. Tout autour de son cou il avait une crinière, un peu comme un lion. En plus et surtout il avait, ce dont il était particulièrement fier, une superbe queue en panache. Une queue touffue, avec des poils longs, mais longs vous ne pouvez pas imaginer.

Ce tigre était tellement fier de sa queue en bouquet, qu’il en prenait grand soin. Il la portait droite et raide comme un i. Et c’est vrai qu’il avait fier allure, quand il courait, on avait l’impression qu’il brandissait un drapeau avec les poils de sa queue qui flottaient au vent dans la même direction. Quand il ne chassait pas, il ne se passait pas une heure sans qu’il nettoya son panache puis satisfait de lui il allait se pavaner à travers la jungle, montrant à tous qu’il était non seulement le plus fort , le plus rapide mais aussi le plus beau et bien entendu il ajouta le plus intelligent. Pour le prouver il clamait à travers la jungle que s’il existait un animal plus rapide, plus fort , plus beau ou plus intelligent que lui, il quitterait à jamais la jungle.

Jusqu’à présent les rares animaux qui avaient relevé le défi étaient dans son ventre, ce qui le rendait encore plus orgueilleux.

Les derniers animaux de la jungle se demandaient comment faire pour se débarrasser de ce tueur. La gazelle la plus rapide n’avait pas tenue la course, l’ours le plus robuste avait eu les vertèbres brisées, et un paon prétentieux s’était vu plumé en quelques secondes.

Ils avaient perdu tout espoir quand un oiseau migrateur leur fit savoir qu’il existait dans la forêt voisine un rat que l’on disait fort sage et qui pourrait peut-être avoir raison du tigre. Un messager fut envoyé pour aller demander de l’aide. Il se faufila derrière les arbres, s’enfonça dans les broussailles les plus épaisses, regarda à droite, à gauche, devant lui, derrière lui et s’il n’apercevait pas une touffe de poils qui trahirait la présence du tigre, il sautait dans le taillis le plus proche. Le tigre n’aimait guère s’arracher les poils et évitait les ronces. Si bien que de buissons en buissons, de ronces en ronces, l’ambassadeur des survivants parvint jusqu’au rat de la forêt voisine.

C’était un vieux rat, ses poils gris trahissaient son âge, il se déplaçait avec lenteur, difficilement. A le voir ainsi, l’envoyé des animaux perdit confiance. Mais il s’était déplacé au péril de sa vie jusque là, aussi il expliqua au rat la situation. Le vénérable rongeur l’écouta attentivement, l’histoire semblait l’amuser.

- Si je vous débarrasse du tigre, me laisserez vous rester dans votre jungle jusqu’à la fin de mes jours ? demanda le rat.

- En mon nom et au nom des derniers survivants nous te laisserons rester chez nous, s’engagea l’ambassadeur des animaux.

- Soit, partons, mais avant de rentrer dans ta forêt, il te faudra me rapporter dix grosses poignées de poils de la queue du tigre.

- Mais je serai mort avant, se lamenta le messager.

- Seul, oui, mais tous ensemble vous pouvez y arriver. Voilà comment vous allez faire....

Ce matin là, le tigre était particulièrement fier de lui, il s’était admiré longuement dans l’onde de la rivière, s’était trouvé superbe et cet exercice l’avait mis en appétit. Il se mit à rugir, espérant ainsi faire fuir sa prochaine victime. Il avait envie de courir. Un peu de sport avant le repas se disait-il ne pouvait pas faire de mal. Il allait être servi.

À peine avait-t-il fini de rugir qu’il aperçut à cent mètres de lui une gazelle d’aspect fort appétissant. Le tigre se pourléchait déjà les babines.

-Tant pis, la chasse sera courte, se dit-il.

En à peine cinq bonds il sautait sur l’animal. Un cri terrible foudroya le calme de la jungle, il venait de tomber dans un buisson d’épines, et il avait beau lever au maximum son arrière train, les ronces s’agrippaient aux poils de sa queue. Il perdit dans ce buisson une grosse touffe de poils. Énervé, il chercha la gazelle, elle avait disparu, mais au loin à une centaine de mètres de là un éléphant marchait paisiblement.

-Tant pis pour lui, il paiera pour la gazelle, se dit le tigre.

En cinq bonds, il sauta sur... un autre buisson plein de ronces. Un rugissement encore plus terrible que le précédent retentit. Cette fois-ci il perdit deux touffes de poils. Enragé, le tigre cherchait l’éléphant, rien, sinon qu’à quelques bonds de lui, il aperçut un gros cochon sauvage.

- Je vais le manger pour les autres, se dit le tigre.

Oubliant toute prudence tant il était en colère, il rebroussa chemin et ressauta sur.... le premier buisson où il y laissa encore deux autres touffes de poils.

Le tigre écumait, rugissait comme un fou et les yeux injectés de sang il sautait à chaque fois dans un autre buisson d’épines. Puis après un dernier saut, plus rien à l’horizon. Le tigre avait beau chercher, pas un animal en vue, pas un animal à flairer, à croire que la jungle s’était vidée de tous ses habitants.

Encore tout endolori, il alla remettre de l’ordre dans sa robe de fauve en se jurant que demain il ferait un massacre pour se venger.

Le rat lui attendait calmement l’arrivée des animaux. Quand ceux-ci le rejoignirent à la lisière de la forêt, ils étaient très fiers, non seulement aucun d’entre eux n’avait été mangé mais et surtout la ruse du rat avait marché. Ils avaient les précieuses touffes de poils demandées. Maintenant c’était au rat de remplir sa part du marché.

La nuit tombait, il donna rendez-vous aux animaux le lendemain à l’aube afin qu’ils le conduisent vers une large clairière d’où le tigre ne pouvait pas ne pas le voir. En allant s’abriter pour la nuit certains animaux pensèrent que c’était du suicide, seul en terrain découvert face au tigre. Et si le rat n’était pas de la jungle, la farce de la journée qu’il avait imaginé à l’encontre du tigre faisait de lui un animal sympathique dont on ne souhaitait pas particulièrement la mort. Mais voilà le tigre allait sans doute se venger, alors, chacun s’en retourna persuadé que le rat mangé leur donnerait quelques heures de repos.

Le rat regarda partir les animaux de son nouveau territoire, rassembla en une grosse touffe les poils du tigre, s’enfonça dans la forêt, chercha et finit par repérer un arbre dont il entailla profondément l’écorce. Puis il se lova sur les poils du tigre et s’endormit en toute confiance. Si le tigre voulait chasser cette nuit, il ne pourrait pas le repérer à cause de son odeur, avec tous les poils qu’il serrait précieusement entre ses pattes, il sentait le tigre à pleines narines.

Après une nuit paisible, le rat s’éveilla, fit sa toilette et trempa longuement sa queue dans un liquide blanchâtre et gluant qui coulait de l’écorce de l’arbre entaillé la veille, puis il se mit au travail.

Le soleil débutait sa course à l’horizon, les animaux s’impatientaient, le rat lui continuait calmement à faire on ne sait quoi avec sa queue. Il regardait le ciel, enfin quand le soleil fut à moitié de sa courbe, il se remit sur se pattes et dit :

- Allons-y

- Allez-y, répondirent les animaux qui s’empressèrent de lui montrer la clairière et s’enfuirent aussitôt dans les buissons les plus profonds.

Le tigre avait passé une nuit affreuse, il avait soigné sa pauvre queue douloureuse. Mais il était affamé, et quoique peu fier de sa mésaventure d’hier, il partit en chasse le port bien raide . Il ne lui fallut que quelques secondes pour parvenir à la clairière où se tenait le rat. En deux bonds il était sur lui, mais au moment de l’avaler comme un ogre gobe un oeuf, il s’arrêta.

- D’où te viens cette queue ? demanda le tigre intrigué, au rat.

Le rat se retourna, fit tourner sa queue qu’il tenait droite comme un i, très content de son travail. Il avait collé sur sa queue les poils du tigre que les animaux lui avaient apporté. Il avait maintenant une queue toute velue, presque aussi belle que la queue du tigre.

- Cette queue, c’est un trophée, un tigre qui se croyait plus intelligent que moi, écarte-toi de mon chemin, si tu ne veux pas perdre ton panache, répondit le rat au tigre.

- Je suis le tigre le plus intelligent, le plus beau, le plus rapide, et le plus fort nul animal n’est plus intelligent, plus rapide, plus beau et plus fort que moi. Je te mets au défi de me vaincre, si tu y arrives je te laisserai la vie sauve, ricana le tigre

Le rat, nullement impressionné, l’observa longuement, fit le tour du tigre plusieurs fois, en faisant à chaque tour frôler sa queue le plus près du tigre ce qui à chaque fois énervait un peu plus le tigre et quand le rat jugea le tigre suffisamment impatient d’en découdre avec lui, il répondit

- Je vais te laisser la vie sauve, mais tu quitteras cette jungle à jamais, quand je t’aurai battu.

Le tigre pestait, il accepta le pari pour en finir le plus rapidement possible, il avait de plus en plus faim.

- Que peux-tu faire que je ne sois pas capable de faire ? demanda-t-il sur un ton condescendant.

Le rat regarda le soleil, et dit au tigre:

-Viens ici, mets toi dos au soleil, tu vois l’ombre de ta queue à deux mètres devant toi, pose une de tes pattes dessus et tu as gagné.

Une fois placé comme le rat le demandait, la queue du tigre qu’il tenait toujours très droite et bien haute s’allongeait dans l’herbe devant lui et semblait attendre que le tigre y posa sa patte.

- Une patte de derrière alors, sinon c’est trop facile, répliqua le tigre ravi de pouvoir montrer encore une fois sa force et sa vitesse.

Il bondit d’un trait sur l’ombre de sa queue, mais quand il atterrit, elle était toujours à deux mètres de lui.

- Dommage dit le rat, essaie encore.

Le tigre bondit, dix fois, vingt fois, cent fois, sans résultat. Le rat loin de se moquer de lui le stimulait, lui donnait des conseils. Le tigre sur les conseils du rat sautait moins haut et plus vite, mais ça ne suffisait pas.

Le tigre ennuyé, lui demanda si les pattes de devant comptaient, le rat répondit que oui. Alors le tigre redoubla d’efforts, quelquefois, il se retournait pour surprendre son ombre mais elle disparaissait de sa vue instantanément, alors il recommençait dos au soleil.

- Essaie en tournant sur toi même, tu es rapide, tu vas y arriver, disait le rat

Et le tigre sautait, courait.

Et le tigre sautillait, clopinait, peinait.

- Allons encore un effort tu y es presque, regarde.

Et c’était vrai on aurait dit que plus le tigre perdait des forces, plus il se rapprochait de l’ombre de sa queue qu’il allait presque la toucher.

- Courage, oui, encourageait le rat.

Le tigre s’écrasa lourdement sur le sol, complètement épuisé, il n’arrivait même plus à bouger une oreille.

Le rat se dirigea vers le tigre, fit le tour du fauve vaincu, passa à bonne distance de ses crocs, s’approcha de lui et lui mordit la queue. C’est à peine si le tigre put émettre un son malgré la douleur. Alors le rat sauta sur le vaincu et se mit à l’épiler entièrement. Il lui arrachait ses poils par touffes entières sans se demander s’il faisait mal au tigre. Les animaux de la jungle regardait le spectacle avec envie, et maintenant entouraient le rat, trop heureux qu’ils étaient de pouvoir regarder l’agonie du tigre.Quand le rat eut entièrement rasé le tigre, le soleil était à son zénith. Le pauvre fauve reprenait juste assez de forces pour lui demander.

- A toi maintenant, mets-toi dos au soleil et marche sur l’ombre de ta queue.

Le rat n’eut aucun mal, le soleil était juste au-dessus de lui et l’ombre de sa queue était juste sous ses pieds.

Le tigre s’avoua vaincu. Il avait trouvé plus fort que lui, le rat avait réussi à lui arracher tous ses poils. Il avait trouvé plus rapide que lui, le rat avait marché sur l’ombre de sa queue.

Quant à savoir s’il pensa que le rat était plus intelligent que lui, le tigre était trop bête pour le comprendre.

Restait à se demander s’il était plus beau que le tigre.

Quand le tigre se releva, quand il vit toute sa toison éparpillée sur le sol, de honte il quitta la jungle. Lui qui était si fier de sa queue en panache quand il vit sa queue aussi nue qu’un ver de terre, humilié il la cacha entre ses pattes arrières, et s’en alla ainsi sans demander son reste. Il ne revient jamais dans la jungle et le rat termina ses jours respecté de tous.

De nos jours, encore , les félins qui viennent d’être battus par un autre animal plus fort qu’eux, s’enfuient comme notre tigre la queue basse. Les animaux de la jungle disent que cette attitude viendrait de notre pauvre tigre. Quant au tigre, depuis cette mésaventure, lui et sa descendance ont, et à jamais, perdu tout espoir de retrouver un jour leur crinière et leur queue en panache.

0 commentaire
  • Saisissez ce code de sécurité : captcha Refresh