Le train

L'histoire du conte "Le train"

JEUNES ÉCRIVAINS

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LE TRAIN une histoire écrite par

Bryan

janvier 1998 Un train, un wagon. Et elle, elle que je regardais. Elle leva soudainement les yeux, vit que je l'épiais. Cela la fit rougir doucement. Oh! Qu'elle était belle! Les plus beaux yeux du monde, un visage d'ange, le tout cerné par cette abondante chevelure noire... Je manquais de mots pour décrire celle qui avait conquis mon coeur. Je souriais; elle était mienne. La vie m'était parfaite. Jusqu'à ce moment. Le train s'arrêta brusquement, ma belle et moi furent jetés en bas de nos sièges à cause de la puissance du choc. Des cris d'enfants et de femmes effrayés parvenaient à mes oreilles. Qu'arrivait-il? J'ouvrai la porte de notre compartiment. Dans le corridor, ce n'était que cris et furie. J'entendis par bribes le récit de ce qui venait de se passer: la locomotive de devant aurait rencontré un bris majeur dans la voie, ce qui l'aurait fait chavirer, d'où l'accident. Heureusement, nous, près du wagon de queue, avions eu plus de peur que de mal. Le train ne bougerait certainement pas pendant quelques heures, aussi décidais-je d'aller prendre une promenade. J'en avertis ma chère compagne, et je sortis. Je fus tout de suite surpris, car voilà qu'à tout juste une cinquantaine de mètre se trouvait une petite gare. Comment diable avait-on pu faire un tel accident si près d'une gare? À partir de ce moment, je ne me souviens plus de rien.

* * *

 

Je me suis réveillé au cours de la nuit. Je me trouvais aux côtés d'une immense botte de foin. J'avais un horrible mal de tête... Bien vite, je réalisai que je n'avais plus rien sur moi. On m'avait dépouillé de tout ce que j'avais! Puis je me souvins: le train! Je me levai péniblement, aperçu la gare. Je marchai, puis courus... Mais je réalisai bien vite l'ampleur du drame: le train n'était plus là! L'avait-on remis sur pied? Déjà? Était-il reparti? Je fixais la vieille voie rouillée comme si elle pouvait me donner une réponse. - Que faites-vous là, jeune homme? demanda une voix grincheuse derrrière moi. Je me retournai, et vis un homme sur le quai de gare. Je supposai que c'était le maître de gare et lui expliquai la situation. - Mon pauvre jeune homme! Je crains de ne pas pouvoir vous être d'un très grand secours! Le train est parti voilà un bon deux ou trois heures... - Et quand le prochain arrive-t-il? demandai-je, espérant pouvoir le prendre pour rattraper ma compagne. - Hélas, monsieur! J'ai encore une fois une mauvaise nouvelle à vous annoncer! Le train dans lequel vous voyagiez fut le dernier à traverser notre village... Vous avez vu cette vieille voie rouillée? Elle n'est guère bonne... Et notre village est si loin, si retiré, si petit! Cela ne valait guère la peine de faire cet énorme détour... Maintenant, il passera par la ville voisine, qui est, ma foi, à au moins soixante-quinze kilomètres d'ici! - Quoi? Je n'arrivais pas à y croire. À cause de vulgaires bandits, j'allais rester ici? Condamné par tant de malchances? Mais mes pensées allaient vers ma compagne... Ma fleur, mon étoile! Qu'allais-je devenir sans elle? Le maître de gare m'invita à passer la nuit chez lui. J'entrai dans sa maisonnette avec l'image de ma fiancée en tête... J'étais loin de me douter que ce ne serait pas la dernière fois. Cette nuit-là, il neigea abondamment. J'étais définitivement pris ici.

* * *

Les saisons passèrent... Je rêvais encore de cette femme qui avait traversé le ciel de ma vie, pour qui mon amour était tout entier. Mais au lieu de son corps sous mes mains, de son regard et de l'odeur de ses cheveux noirs, je devais me contenter de souvenirs... Les saisons avaient passé, oui. Je m'étais habitué à la vie sereine du village, à ses montagnes. Je ne regrettais pas la ville. Mon bonheur eut été entier si elle avait été ici. J'aurais peut-être pu quitter le village. Mais je n'avais pas osé. Que se serait-il passé si en ville je n'avais pu retrouver la femme de mes rêves? J'aurais alors perdu mes deux joies... Le village, qui justement, connaissait un essor. Un de mes amis avait trouvé de l'or dans une des collines et c'est maintenant par dizaines que les prospecteurs arrivaient dans notre coin reculé avec espoir de faire fortune. Le maître de gare m'apprit même un jour qu'à cause de toute cette frénésie, la voie allait être réouverte. C'est par un jour de mai que j'entendis de nouveau le sifflement du train. J'étais comme un enfant; je me ruai dans les champs et grimpai sur une immense botte de foin pour mieux voir cet ancien compagnon. Et il était tel que dans mes souvenirs. La terre trembla légèrement; bruit d'air compressé. Le train arrivait en gare. Une dizaine de personnes en débarquèrent. Puis, une, doucement. Marche après marche, comme si elle avait tout son temps. Elle débarqua sur le quai, regarda la vieille gare toujours pareille... Je n'en croyais pas mes yeux. Eh, oui! C'était elle! Elle, elle, elle... Elle que j'avais tant attendu, que je n'attendais plus... J'étais figé. À ce moment, une petite fille débarqua avec candeur de son wagon. - Maman! Elle se retourna. La petite lui sauta dans les bras. Une larme coula sur mes joues. Sur les siennes aussi. - Pourquoi tu pleures, maman? - C'est une longue histoire, chérie... Maman a déjà connu un ami, ici... Il me manque beaucoup, tu sais. Qu'est-ce qui me retenait? Pourquoi ne courai-je pas pour aller sentir encore une fois ses cheveux, toucher ses tendres lèvres? J'avais tant rêvé de ce moment! Mais cette fillette avait tout changé. Elle me montrait que ma belle s'était refait une vie et que je n'avais plus ma place dans cette nouvelle vie... À quoi bon? me dis-je... À quoi bon tout déranger? Sa vie et mes souvenirs? Je ne pouvais qu'admettre que rien n'était plus pareil. Notre histoire était du passé. Le train se remit en branle. Un sourire béat aux lèvres, pleurant à chaudes larmes, je le regardai partir...

©1996 -  
 

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