Les Trois Amis

Conte - A partir de 4 ans

  • Auteur : Conte populaire russe

L'histoire du conte "Les Trois Amis"

LES TROIS AMIS

Conte populaire russe

Illustrations : Maguelone DUMY

Sur la mer, sur l'océan, sur l'île Bouyan habite le chat savant, endormeur-enjôleur. Tout autour de sa maison, sur les arbres et les buissons, poussent des contes et des chansons. Le chat savant les cueuille, les ramasse, dans sa cave les entasse. J'y suis allé par une nuit bien noire, j'ai volé au chat une histoire. Si ça vous plaît, vous n'avez qu'à écouter. On va commencer... Tout le monde y est?... Alors voilà :
Dans la forêt, dans la clairière, dans une petite chaumière, vivaient trois camarades, trois amis, trois frères: un moineau, une souris et une crêpe au beurre. Ils travaillaient comme ils savaient, s'entraidaient comme ils pouvaient. Le moineau allait chercher les provisions, la souris coupait le bois et allumait le feu et la crêpe au beurre faisait cuire la soupe.
Le soir, ça se passait d'habitude comme ça : Le moineau rentre des champs. Il est fatigué. Il a froid aux pattes. Et dans la chaumière il fait bon, il fait chaud! Le moineau s'assoit sur le banc et se repose. La souris se dépêche de mettre la table. Et la crêpe au beurre apporte la marmite de soupe. Et quelle soupe! Epaisse, grasse, beurrée, parfumée...
Le moineau dit :
- Une soupe pareille, même le roi des rats ne s'en offre pas tous les dimanches. Et nous, c'est chaque soir comme ça!
La crêpe au beurre dit :
- C'est parceque, avant de servir, je plonge dans la marmite, je m'y tourne-retourne, clapote-barbote - et voilà la soupe beurrée, assaisonnée!
La souris dit :
- Et moi, je ramasse le bois, je le ronge fin-fin pour qu'il brûle bien, j'attise le feu du bout de ma queue, la soupe cuit encore mieux!
Et le moineau ajoute :
- Et puis, il faut voir avec quoi elle est faite, cette soupe. Rien que des produits de tout premier choix! C'est moi qui les trouve, c'est moi qui les cueille, c'est moi qui les apporte. Un champignon par ci, un grain d'orge par là, deux feuilles de chou, trois pois chiches - c'est ça qui fait la soupe riche!
Et tous les trois, ils disent en choeur :
- Oh, la bonne soupe, bien faite, bien cuite, bien mitonnée, bien assaisonnée!... Donnez-m'en encore une assiette, s'il vous plaît!
Les trois amis ont vécu comme ça, sans souci ni tracas, jusqu'au jour où le renard vint à passer par là. Il a vu par la fenêtre la crêpe assise au coin du feu - une belle crêpe au beurre toute ronde, toute dorée, croustilla-a-ante! Le renard l'aurait bien mangée, mais la crêpe ne sortait jamais de la maison et la porte restait fermée au loquet.
Et voilà le renard-voleur, le rusé menteur, qui s'en va trouver le moineau dans la forêt. Il va le trouver et il se met à pleurnicher :
- Mon pauvre ami! Ça me fend le coeur de te voir te tuer à la peine... Vrai! Quand je pense que tes amis n'ont rien à faire de la journée...
- Comment rien à faire? demande le moineau, tout étonné. Mais ils travaillent, tout comme moi!
- Tu appelles ça travailler? Un fagot de bois à couper, une soupe à mettre sur le feu - autant dire qu'ils n'ont qu'à se croiser les bras! Et toi, pendant ce temps, tu cours les champs et les bois du matin au soir... Je voudrais bien voir la crêpe en faire autant! Mais pas de danger qu'elle accepte, la grosse paresseuse...
Et sur ces bonnes paroles, le renard s'en va.
Le renard s'en va et le moineau reste là, à réfléchir. Ça ne sait pas très bien réfléchir, un moineau. A force de sautiller, toutes ses petites idées se sont emmêlées dans sa petite tête. Pour lui, le dernier qui a parlé a toujours raison.
Et le moineau se dit :
"Quand j'y pense, le renard a parfaitement raison! C'est moi qui fais tout le travail. Ce n'est pas juste... Oh-o-o! Mais il faut que ça change! et pas plus tard que tout de suite."
Et le moineau a filé à la maison. Il s'est mis en colère, il a tapé du pied, il a battu des ailes - un vrai coq! Et il a crié, il a crié! Et qu'il en avait assez de faire seul tout l'ouvrage. Et qu'il fallait que ça change. Et que demain c'est à la crêpe d'aller chercher les provisions. La souris fera la soupe, pendant ce temps. Et le bois pour le feu, lui, moineau, s'en charge.
Bon, bon! C'est entendu comme ça. Et le lendemain matin la crêpe au beurre est partie au bois, panier au bras, cueillir les champignons, gauler les noix. Elle roule sur le chemin. la crêpe, et elle ne s'aperçoit pas que le renard-voleur, museau-pointu, queue-rousse, la suit pas à pas, de charmille en buisson, de fourré en broussailles...
La crêpe roule à travers bois et ramasse des coquilles de noix, elle roule sur la mousse humide et ramasse une cosse de pois vide. En passant sous le chêne-vert elle cueille un cèpe mangé aux vers, et en traversant l'herbage elle trouve un oignon sauvage - un peu pourri, mais ça ne fait rien! Et voilà la crêpe contente, voilà la crêpe heureuse : "Quelle bonne soupe ça va faire!" Que voulez-vous, elle ne sait pas, elle n'a pas l'habitude.
Juste comme elle se dit qu'il est temps de rentrer à la maison, voilà le renard qui sort son museau pointu de dessous les branches et ham! il attrape la crêpe par son bord beurré, doré, croustillant. La crêpe a crié. Et le renard a crié.
C'est qu'elle est chaude, la crêpe, brûlante, comme au sortir du four. Le temps que le renard lèche son long museau échaudé et la crêpe est déjà loin - elle roule vers la maison, aussi vite qu'elle peut. Et elle boite, la pauvre! Le coup de dents du renard lui a enlevé un bon morceau. Alors, pour rouler, ce n'est pas commode...
Et à la chaumière, pendant ce temps, les choses n'allaient pas beaucoup mieux.
Le moineau était allé chercher du bois. Il a voulu le couper "fin-fin pour que ça brûle bien". Il a attaqué le bois à gands coups de bec. Mais le bois, ce n'est pas une cosse de pois, ça ne se fend pas aussi facilement. Le moineau s'est obstiné - ce n'est pas le bois qui s'est cassé , c'est le bec du moineau qui s'est tordu. Alors le moineau s'est assis sur le seuil de la porte et il s'est mis à pleurer. Le travail n'est pas fait et son bec est tout tordu. Il y a de quoi pleurer, pas vrai?
La souris, de son côté, avait préparé la soupe. Elle avait fait de son mieux, mais ce n'était quand même pas la bonne soupe épaisse, grasse, beurrée, parfumée... La souris s'est dit : "Comment faisait-elle déjà, la crêpe?... "Je plonge dans la marmite, je tourne-retourne, clapote-barbote et voilà la soupe prête..." Bon. Je vais essayer d'en faire autant." Et la souris a plongé dans la marmite, la tête la première. Vous imaginez ça d'ici - la souris a été échaudée, ébouillantée, elle n'a jamais su comment elle s'en était sotie! Elle a couru dehors, elle s'est assise sur le seuil de la porte et elle s'est mise à pleurer. Sa fourrure ébouillantée pèle, elle a le bout de la queue qui tremble : C'est qu'elle a eu peur, pensez donc!
Là-dessus, voilà la crêpe qui arrive en courant, en boitant. Elle voit ses amis assis sur le seuil de la porte, côte à côte. Le moineau a le bec tout tordu, la souris a sa fourrure toute mouillée et le bout de la queue qui tremble. Et ils pleurent, ils pleurent!
Mais c'est quand ils ont vu la crêpe, quand ils ont vu qu'il lui manquait tout un morceau, c'est là qu'ils se sont mis à sangloter pour de bon!...
La crêpe dit :
- Eh bien, nous voilà jolis, tous les trois! Mais qu'est-ce qui nous a pris de vouloir changer de métier, comme ça? On le sait pourtant - le travail qui vous convient, on le fait bien et tout le monde en profite. Tandis que le travail que l'on ne connaît guère ennuie la maisonnée entière et puis après, il faut le refaire...
En écoutant ça, le moineau s'est caché la tête sous l'aile, de honte. C'est encore les deux autres qui ont dû le consoler!
Et puis après, ma foi, les trois amis se remis à vivre comme avant. Le moineau à chercher des provisions, la souris à couper le bois et la crêpe au beurre à faire la soupe. Et tout le monde en a été satisfait. Sauf le renard, bien sûr. Mais à celui-là, vous pensez bien qu'on ne lui avait pas demandé son avis!
Et aujourd'hui encore, les trois amis vivent heureux dans la forêt, dans la clairière, dans la petite chaumière. J'y était, on m'avait invité. Il y avait de la bonne soupe, beurrée, parfumée. On m'en a donné une assiette - je n'en ai pas laissé une miette. On m'en a donné une soupière - j'ai failli avaler la cuillère. On m'en a donné un pot plein - je n'en ai pas laissé un brin. On m'en a donné un chaudron - j'ai failli faire un trou au fond. Et depuis, on ne m'a jamais plus réinvité. Je me demande bien pourquoi?...

FIN Mis en page par Maguelone DUMY

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