Les yeux de la tristesse

L'histoire du conte "Les yeux de la tristesse"

JEUNES ÉCRIVAINS

la page dont vous êtes les auteurs

 

Les yeux de la tristesse par ??

janvier 2001

Il arriva chez nous un dimanche de novembre. J'avais à l'époque 13 ans, et j'était un peu perdue, entre mon père et ma mère qui venaient tout juste de divorcer. Il en avait 19. Il était venu d'Amérique pour apprendre le français chez nous. Quand il avait franchi la porte, j'avais été impressionnée par ses yeux. Ils étaient d'un gris magnifique. Il ne parlait pas beaucoup, mais ses yeux parlaient pour lui.
Quatre jours plus tard, alors que nous marchions lui et moi au long de la Seine, il me parla de son envie d'aller en discothèque. Je lui donnais le nom de la discothèque la plus proche de chez moi. Le soir même il décida d'y aller avec la moto qu'il avait louée.
Je l'attendis bien sagement dans mon lit jusqu'au lendemain matin, mais il ne vint pas me réveiller en me chatouillant comme d'habitude. Alors soudain, très inquiète, je me mis à le chercher partout dans la maison, mais il demeurait introuvable.
En regardant par la fenêtre je le vis, assis sur le banc bleu de notre cours. Il avait la tête dans les mains. Je descendis et je m'aperçus qu'il sanglotait. Je m'assis à côté de lui et moi, qui suis si sensible, je me mis à pleurer sans raison dans ses bras. Après un bon quart d'heure nous nous regardâmes les yeux dans les yeux en riant. Je ne lui demandais pas tout de suite son secret, j'attendais que la tristesse s'efface un peu de ses yeux.
Je n'eus pas besoin de lui demander ce qui c'était passé hier soir, il commença tout seul : “Ce qui est arrivé est terrible.....Je ne sais par où commencer, ça c'est passé si vite.....Voilà, je sortais de la discothèque et pour fêter mon arrivé à Paris, j'avais auparavant un peu trop bu de bière; je m'étais assis sur ma moto et m'étais lancé dans une course folle à travers Paris illuminée. Et soudain le drame est arrivé........ j'ai heurté une jeune femme enceinte, je ne savais pas quoi faire, je suis descendu pour voir si elle respirait encore, mais elle était morte. Alors j'ai regardé autour de moi et j'ai vu la Seine toute silencieuse. J'ai traîné la femme jusqu'au fleuve et je l'y ai jetée.”
Il s'arrêta de parler et me regarda avec un regard qui signifiait : “tu ne le diras à personne, tu me le jures”? Je me penchais vers son oreille et murmurais: “Je te le jure”.
Ça fait maintenant depuis plus d'une semaine qu'il est parti et je pense toujours à lui. Comment l'oublier lui et son secret? Ce matin en me réveillant, il y avait une lettre pour moi posée sur ma table. Je l'ouvris et lus à haute voix ce qu'il y avait écrit dessus : “Chère Léa,
j'espère que tu vas bien. Oublie ce qui c'est passé et pense à la vie et à la liberté, ce sont les choses les plus importantes de ce monde.
Salut,
Calvin”.
Mais comment pouvais-je oublier? Il était vrai que la vie et la liberté étaient importantes, mais pas si on les obtenait en mentant.
Après avoir lu et relu cette lettre, je me suis aperçue que j'étais en retard pour l'école; j'ai enfilé une robe en satin et j'ai filé. Sur le chemin de l'école Paco est venu me rejoindre et il m'a demandé si je faisais quelque chose dimanche soir (il faut que je vous dise qu'il est l'un des garçons les plus beau de cette planète, après Calvin), je lui ai répondu que non, je ne faisais rien.
Dimanche, on est allé au ciné voir “American Pie”. C'était génial. Après le ciné, il m'a proposé de faire un tour sur les berges de la Seine. Je n'aurais jamais du accepter car, en arrivant, il y avait une foule de gens tout autour d'un corps qui avait été pêché par un policier. J'ai dit à Paco que je voulais rentrer chez moi, mais il m'a traité de poule mouillée. Alors je suis restée.
Quand je suis rentrée à la maison, ma mère et ma soeur regardaient les infos à la télé. “Léa”, me dit ma mère , “c'est incroyable ce qui c'est passé, on a trouvé le corps d'une femme enceinte d'environ sept mois, dans la Seine. Les policiers n'ont pas trouvé de pistes pour le moment, peut être qu'un certain Marco, un clochard du quai, aurait pu entendre quelque chose......”
Je n'écoutais plus ce qu'elle disait ; je courus dans ma chambre et composais le numéro de Calvin, il décrocha : “Calvin? c'est toi? Tu es au courant pour la femme? Non? Alors écoute moi bien, je vais te donner un bon conseil que j'espère que tu suivras, parce que sinon tu es un homme mort : pars le plus loin possible, en nouvelle Zélande, à Hawaï, où tu veux, mais pars.”
Je raccrochais et priais pour lui.
Ceci est maintenant une vieille histoire. Personne n'a découvert qui a tué madame Pondufiel (la femme enceinte). La seule personne qui aurait pu fournir une preuve, si elle avait été là, (Marco, le clochard), avait enfin accepté le soir du crime, d'être placée dans un foyer pour SDF.
Je vais maintenant vous quitter car il faut que j'aille dénoncer Calvin. J'ai compris qu'il ne faut pas garder un secret s'il est nocif pour quelqu'un ou trop lourd car il risque de vous suivre partout, de plus je pense que c'est mieux ainsi.
FIN

0 commentaire
  • Saisissez ce code de sécurité : captcha Refresh