Lydie et les mondes

L'histoire du conte "Lydie et les mondes"

JEUNES ÉCRIVAINS Lydie et les mondes par Chloé

mai 2003

Le pays des sourires envolés
Aujourd'hui, ma grand-mère vient me garder... Elle est encore vivante, et ma mère non, elle, elle a mystérieusement disparue, je l'ai connue jusqu'à environ 3 ans, puis elle est partie...
Revenons à grand-mère Éliette, qui est une femme ennuyante à mourir. Elle est bizarre. Avec elle, le souper est toujours prêt en moins de 2 minutes, même si on mange des crevettes, avec des spaghettis, du pudding chômeur et du steak! Elle prépare toujours la nourriture à la vitesse de l'éclair! Et. Ce n'est pas tout! Mais. Revenons un peu à ce qui m'ennuie chez elle : elle passe ses journées à écouter du Mozart, assise dans un vieux fauteuil déchiré à flatter le chat qu'elle trimbale partout! Je lui ai déjà demandé pourquoi elle était si "ÉTRANGE". Mais, chaque fois, elle me répondait de sa voix grinçante :
-Tu veux vraiment le savoir? Tu sais que ta mère en est morte!
Moi, j'étais intriguée, mais peureuse comme je suis, je ne répondais pas et m'imaginais de terribles choses dans ma tête. GRAND-MÈRE EST UNE SORCIÈRE, ELLE A TUÉ MA MÈRE!
Aujourd'hui, je n'ai aucune envie de voir grand-mère. Mais. La voilà qui arrive! Et papa qui s'en va, sans savoir que grand-mère est une dangereuse meurtrière!
Je suis décidée à trouver son véritable secret! Même si, pour cela, je dois répondre OUI à sa terrible question et l'entendre me répondre de sa voix grinçante. Je dois le faire! Je veux connaître la vérité!
Ça y est, papa est parti, et grand-mère Éliette s'est assise dans son vieux fauteuil. Je suis paralysée à l'idée de connaître ses manigances. Pourtant, à sa terrible question, prononcée par sa voix grinçante qui m'emplit de frissons, je réponds OUI!
Alors, elle sourit de toutes ses dents (chose étrange, très bien conservées par le temps!) et me répond de la suivre. J'obéis, en tremblant. Arrivée près de la porte, elle me prend la main et fait tourner la poignée dans le sens qui bloque, normalement.
La porte s'ouvre. Je m'attends à me retrouver dehors, mais j'entre plutôt dans une petite pièce, remplie d'objets bizarres. Je m'apprête à prendre un petit miroir, très joli d'ailleurs, quand Éliette m'en empêche et me tend une paire de chaussures à l'ancienne.
Elle m'explique alors, de sa voix toujours aussi détestable :
-Tous ces objets mènent à un monde différent. Pour la plupart, il te suffit de les toucher pour qu'ils t'y emmènent... Mais certains sont un peu plus capricieux.
Fait tout de même attention. Pour entrer ici, il te suffit de le vouloir très fort et de tourner la poignée comme je l'ai fait. Et c'est bien évidemment la même chose pour le retour! Notre famille vient secrètement ici depuis des dizaines de générations. Mais, je soupçonne d'autres familles de faire la même chose. Que la visite commence!
Eh. Nous avons une petite tradition. Pour les nouveaux, on visite d'abord le pays des sourires, un pays assez original, d'ailleurs, et qui fait assez "bébé".
Ça ne t'embête pas trop, j'espère?
- Non, non, j'ai dit. C'était bien la première fois qu'elle me demandait mon avis! Et. rajoutais-je, ça ne m'explique pas vos drôles de "pouvoirs".
- Eh bien. De petits cadeaux. Et de petits emprunts. Chaque fois que je quitte un monde, ou la plupart du temps, un ami me remet un petit flacon, parfois ce n'est pas un ami qui me le donne mais... disons que. Il m'arrive de, l'emprunter. Mais en tout cas. Si tu vois un flacon bleu garni d'une lune dorée, sache que c'est un nouveau pouvoir pour toi!
Mais surtout, seulement les flacons bleus avec une lune dorée! Pas une lune rouge ou orange! Rien de ça, c'est des arnaques!
Bon, assez discuté! Allons visiter le pays des sourires! À, j'oubliais, tu ferais mieux d'apprendre leur chanson thème, ça attire la sympathie des villageois :
Une vie morne et triste,
Personne ne mérite ça,
Une vie morne et triste,
Ça ne se vit pas,
Si votre vie est morne et triste,
Venez habiter ici!
Vous aurez vite une belle vie!
- Allez, suis-moi, c'est ce tableau, là-bas.
Je suis ma grand-mère, mais je tremble! J'ai peur d'accrocher une de ces tuiles, avec ma main, si jamais je tombe, je suis certaine que ce sont des portes, ça se sent!
-Eh. Allons-y! Mais. Comme c'est étrange! Le tableau. Le bonhomme ne sourit plus! Son sourire c'est transformé en. En visage d'effroi et de tristesse! Je connais bien les habitants, ça doit être une de leurs farces! Allez!
Ma grand-mère appuie ma main sur le tableau et entonne une petite formule (ça doit être un tableau capricieux!) :
Une vie morne et triste
Le tableau entonne :
Vous attend ici
Éliette a l'air inquiet, elle dit, comme pour se rassurer :
- Une blague, ce n'est qu'une mauvaise blague!
C'est alors que tout se met à tourner. Tourner et tourner, si vite que je vomis sur la tête de quelqu'un!
Ce quelqu'un en question a l'air horrifié! Horrifié et triste! Il a le teint bleuâtre et chante, une chanson, avec une voix triste :
Depuis que Lima Dia est partie,
On vit une vie triste.
Et morne.
Si Lima Dia revenait
Tout s'arrangerait.
Grand-mère avait l'air, à son tour, horrifié. Je lui demanda pourquoi. Elle me dit qu'elle n'avait aucunement peur et que je devais devenir folle. Je savais qu'elle mentait.
Elle m'emmena vers ce que l'on peut appeler un hôtel, c'était un grand endroit, assez chic, avec de la bonne musique et beaucoup de chambres. Tout le monde chantait le même drôle de refrain que la personne sur laquelle j'avais vomi. Et elles étaient toutes bleues!
À mon grand bonheur, l'hôtel était GRATUIT! Je trouvais ça étrange, mais ma grand-mère ne sembla pas s'en étonner. En montant, j'aperçus une chambre entrouverte. Là se trouvait un homme, un homme qui souriait! Il était jaunâtre, et de lui émanait un belle lumière dorée! À côté de lui se trouvait un flacon bleu, avec une lune dorée! J'attirai l'attention de ma grand-mère sur lui.
Elle insista pour entrer dans la chambre et aller le saluer. Je trouvai cette idée bizarre, mais j'entrai tout de même.
Le bonhomme nous sourit, et, sans me connaître, il me donna le flacon. Je le mis soigneusement à l'abri dans ma poche, et je le remerciai. Malheureusement, des hommes bleus vinrent interrompre notre rencontre muette en s'approchant de l'homme souriant.
Il me parla alors et me dit :
- Bois, c'est bon pour toi, et ne t'en fais pas, ils ne peuvent pas t'avoir, ils ne s'en prennent qu'aux hommes souriants.
Je ne compris pas tout de suite ce que cela voulait dire, mais je le sus quand les hommes bleus l'encerclèrent et se mirent à chanter :
Depuis que Lima Dia est partie,
On vit une vie triste.
Et morne.
Si Lima Dia revenait
Tout s'arrangerait.
Le bel homme souriant se transformait peu à peu en homme bleu. Son visage perdit son éclat et plus aucune lumière n'en émanait. C'était horrible.
Éliette me pousse hors de la chambre et m'entraîne jusqu'à la notre (la 97). La pièce est grande et assez jolie. Je m'assois sur un des 2 lits et me rappelle le flacon. Quand je l'ouvre, je sens une odeur horrifiante de mélasse et d'oeufs pourris. Malgré l'odeur répugnante, j'avale le flacon.

Je suis là, dans ta tête, je n'y resterai pas longtemps, alors écoute attentivement. Ce flacon te permet de propager ton humeur aux gens. En leur tenant la main, et en le souhaitant! Mais attention, si eux sont en contact, ne serait-ce que d'un cheveu avec quelqu'un d'autre, c'est comme si tu lui tenais la main à lui aussi, même chose si cette autre personne touche à une autre personne, ainsi de suite.

La voix s'éteignit, j'aurais tellement voulu lui poser des questions.

Je voulus en faire-part à Éliette, mais j'entendis une longue chanson, c'était le refrain misérable des hommes bleus. Je regardai par la petite fenêtre de la chambre. Tous les hommes bleus se tiennent par la main, ils sont tous là, j'en suis sûre, il n'y en a plus aucun qui traîne dans les rues! C'est l'occasion ou jamais!

Je descends les escaliers à toute vitesse, je suis tellement énervée, et contente en plus! Sans expliquer à Éliette (qui est à mes trousses), je sors dehors et j'empoigne la main du premier homme bleu venu, en espérant très fort que ça marche! Et ça fonctionne! Il devient jaune! Il est joyeux, et semble comprendre mon stratagème, il ne lâche pas ma main, et la même chose arrive aux autres! Bientôt, le chant morne et triste devient: Une vie morne et triste,
Personne ne mérite ça,
Une vie morne et triste,
Ça ne se vit pas,
Si votre vie est morne et triste,
Venez habiter ici!
Vous aurez vite une belle vie! Ça marche! Mais reste à savoir comment tout cela est arrivé.

Éliette semble d'abord étonnée, mais je suis sûre qu'elle a fini par comprendre, car elle ne m'en reparla pas.

Je commençai mon enquête le lendemain matin, après avoir passé une agréable soirée avec les hommes souriants, qui m'avaient chaleureusement accueilli après ma réussite.

Je demandai plus de renseignements à grand-maman Éliette, qui hésita puis m'avoua tout. Elle était Lima Dia, en fait, ç'avait été son nom, lors de sa première visite ici. Elle avait sauvé les hommes sourires des hommes fâchés, qui habitaient autrefois cette place. Ils étaient cruels, très cruels. Quand elle partit, un homme sourire se transforma en homme triste, car il n'était pas très content de la voir partir. Puis, il devient un homme triste et horrifié, car il avait peur que les hommes fâchés reviennent. Par malheur, il avait lui aussi un pouvoir, celui de transmettre ses émotions par la chanson! Chaque fois que quelqu'un entendait la chanson, il devenait comme lui et, quand il répétait la chanson, c'était comme si Horace (l'homme qui était devenu triste) chantait.

Je commençais à comprendre. Mais je demandai quand même à grand-mère de m'en raconter un peu plus sur les hommes fâchés.

"C'était les premiers habitants de cet endroit, répondit-elle, mais l'un d'entre eux (Horace) se lassa un jour de leur méchanceté et alla visiter un autre monde, (personnellement, je ne sais pas comment il s'y est pris pour trouver comment) et découvrit le don dont je te parlais tantôt. Il rentra heureux de sa découverte et se mit à chanter, ce qui rendit plusieurs habitants heureux. Malheureusement, les hommes fâchés décidèrent de détruire les hommes sourires, c'est là où je suis arrivée, avec ma grand-mère. Je suis venue sous un faux nom, car j'avais déjà visité un autre monde auparavant (eh oui, j'étais contre les traditions, à l'époque!) et j'avais très mauvaise réputation.

J'avais apporté un magnétophone, ce qui m'a permis d'enregistrer la chanson des hommes sourire pour la faire jouer dans tous les haut-parleurs de la ville. Beaucoup d'hommes fâchés se sont sauvés, c'est pour ça que les hommes sourires ont peur de leur retour. Si je n'avais pas été là, les hommes fâchés auraient rendu muets les hommes sourires (ils étaient de très bons sorciers) et les auraient par la suite chassé du monde."

Et à ce moment, le chat d'Éliette sort de nul part et saute dans mes bras en disant:

- Il y a tellement longtemps que je voulais qu'Éliette me raconte tout ça. Tu sais que tu es chanceuse? Elle te dit tout, à toi.

Et bien. Je crois qu'il me faudra des semaines pour m'en remettre.

Mais. L'aventure n'est pas encore complètement terminée, je crois. Il me reste quelque chose à vous dire. Contrairement à ce que grand-mère croyait, Horace ne peut transmettre ses émotions qu'aux gens nés dans son monde natal. C'est pour cela que rien ne nous a affecté! Il faut aussi savoir que les hommes fâchés (non mais, il y a une différence entre original et complètements dingue, on dirait que ça sort tout droit de Peggy Sue ça, quoi-que c'est même un peu insultant pour Serge Brussolo!) sont revenus.

Comme nous nous sommes dit que nous ne pourrions jamais les éloigner, nous voilà, avec un bon millier d'hommes souriants, à la recherche d'un nouveau monde habitable. Après tout, ce monde appartient aux hommes fâchés... Reste à savoir comment les envoyer dans un autre monde! Enfin, les hommes rouges (c'est mieux dit comme ça, j'en ai ras le bol de "fâchés") nous laissent la paix, pour être sûrs que nous partions vite!

Rendez-vous dans un autre monde!

Lydie James

pour écrire à l'auteur : Chloé

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