Ma tante, ma mère... ou le contraire?

Une histoire proposée par Marie-Hélène, 13 ans.

L'histoire du conte "Ma tante, ma mère... ou le contraire?"

    Prologue
    Hier j'ai eu treize ans. Enfin, ma mère commence à me traiter un peu plus en adolescente et elle m'a laissé faire un super party. Tous mes amis étaient là; on était au moins vingt-cinq au sous-sol. Tous les gars, ou presque, voulaient danser avec moi... pour une fois que je suis le moindrement populaire! Bien sûr, il y avait Esther, ma meilleure amie, qui dansait avec son beau Julien. Je crois les avoir aperçus s'embrasser, mais je dois demander à Esther la confirmation de mon doute!
    Tout était parfait, j'ai reçu de supers cadeaux de tout le monde... mon préféré fut celui de ma meilleure amie, elle avait demandé la permission de ma mère pour le cadeau et m'avait offert... une chatte! Elle est toute mignonne, toute grise et je l'aie appelée Edza.
    Ce soir, je suis super heureuse, je repense à hier, couchée sur mon lit avec Edza. J'écoute de la musique avec mon nouveau lecteur de c.d., cadeau de ma tante (et marraine) Hélène. Sans m'en apercevoir, je me dois m'être endormie car je me réveilla le lendemain toute endolorie.
    Chapitre 1
    Nous sommes lundi.
    J'enfile un jeans et un t-shirt propre et descends à la cuisine. J'y trouve ma mère, les cheveux en bataille, les yeux cernés et en pyjamas, qui boit un café.
    - Bonjour Éli, tu te prépares pour l'école ?
    - Ouais, répondais-je en me servant un bol de céréales. Je mange vite en écoutant ma mère raconter le plan de sa journée. Je n'écoute que d'une oreille distraite, je pense à autre chose. Quand maman termina de parler, je monta à ma chambre pour m'y préparer.
    Je monte dans l'autobus et, comme depuis le début de l'année, vais m'asseoir auprès d'Esther. La discussion se porta, bien sûr, sur mon anniversaire. Je ne pus m'empêcher de lui demander, d'une façon trop directe à son goût:
    - Es-tu amoureuse de Julien Martineau ?
    Mon amie me regarda avec de grands yeux, mais je savais bien qu'elle s'amusait comme une folle en entendant ça. Mais je la vis bien rougir et je ne pus m'empêcher d'éclater de rire. Ça s'arrêta là.
    En descendant de l'autobus, nous nous dirigeons toutes deux vers les portes avant de l'école secondaire. Nous marchons aussi vers le même casier puisque nous le partageons. Esther et moi sommes toujours ensemble, partout: dans les cours de peinture, d'improvisation... tout!
    Esther me chuchote:
    - Oh non Éli, Julien s'en vient par ici... m...!
    - Ben voyons ! répondais-je. Je te laisse avec ton... amoureux.
    Je laissai quelques secondes d'espace entre "ton" et "amoureux".
    En marchant vers le local de mathématique, je me demandai bien ce qu'ils pouvaient se raconter, et me dis aussi qu'il serait bien temps que j'en ai un amoureux, moi aussi.
    Je m'assis à mon bureau et sortis mes cahiers. Pour une fois, monsieur Gauthier ne me regarde pas avec ses gros yeux, car aujourd'hui je ne suis pas en retard. C'est plutôt Esther qu'il fixa de cette façon quand celle-ci entra! Elle rougit un peu en stoppant sa marche, et puis vint s'asseoir à côté de moi. Le cours commença.
    Je déchire un bout de mon cahier et écrivis: «Raconte-moi», simplement.
    Mon amie me le repassa, il était écrit:
    «Il me donne rendez-vous après l'école.»
    «Chanceuse !»
    C'est ce qui est écrit sur la feuille que je lui tend. Malheureusement pour nous deux, le prof remarqua notre petit manège et vint m'arracher le bout de papier des mains. Résultat: une copie de cent mots. La journée fut longue.
    Ce soir là fut un soir bien ennuyant. Ma mère ne cessait de me demander si j'allais bien, car j'était supposément toute blanche. J'avais aussi cette foutue copie de monsieur Gauthier, ce professeur sévère surnommé «Macaroni» dont j'avais oublié la cause de son surnom. Bref, je n'avais pas le coeur à écouter les propos d'Esther quand celle-ci me téléphona, mais j'écoutai tout de même, par gentillesse peut-être. Son après-midi avec Julien avait été super, romantique et tout et tout... re-bref, mon amie était la plus heureuse de toutes et, non pas que je sois jalouse, mais ça me désespérait un peu. Je suis montée me coucher, avec Edza sur les talons. Je me suis endormie en rêvant.
    Ce matin je me suis réveillée avec un terrible mal dans le dos et un effrayant mal de coeur. En me voyant, ma mère a tout de suite décidée que je manquerais l'école. J'étais toute blanche, toute cernée, finalement, pas très jolie à voir !
    La journée fut deux fois pire qu'hier, couchée dans mon lit à ne rien faire. Heureusement qu'Esther m'appela en fin de soirée ! Contrairement à la veille, je ne fut pas désespérée de son appel, plutôt heureuse qu'elle me raconte les potins de la journée:
    - À la cafétéria, Pat (Patrick est le moins populaire de l'école) s'est étouffé avec son hot-dog, je te jure; tout le monde était crampé... dommage que t'étais pas là... Oh, dit-elle comme si elle se souvenait de quelque chose, il faut que je te dise...
    - Quoi ? demandais-je, curieuse par son ton mystérieux..
    - Benoît est venu me voir aujourd'hui...
    Benoît est tout le contraire de Patrick: c'est le plus gentil, attentif, drôle, beau des gars et toutes les filles ont déjà rêvé de sortir avec lui... même moi. Je répondais à mon amie:
    - Chanceuse, mais maintenant tu dois choisir entre lui et Julien!
    - Espèce de dinde ! C'est pour toi qu'il venait me voir, cornichon!
    Je ne pus m'empêcher d'éclater de rire; ce qu'elle pouvait être drôle, Esther, quand elle essayait de m'insulter! Mais après mon fou rire, je fus embêtée... qu'est-ce qu'il me voulait? Après tout c'était le garçon le plus populaire de l'école... et moi, comme dirait Esther, j'ai l'air d'une dinde à côté de lui ! C'est justement ce que je demandai à Esther.
    - Il m'a demandé si je savais si tu t'intéressais à lui. Je lui ai répondu que même si j'étais toujours avec toi, je n'en savais absolument rien ! Et j'ai rajouté qu'il n'avait qu'à faire ses commissions tout seul, après tout... t'inquiète pas, j'ai dit ça en blague!
    - ... Et tu as bien fait ! dis-je d'une voix sûre.
    - Hmm... Il y a un autre point, je ne sais pas si tu vas en penser la même chose... je lui est donné ton numéro de téléphone...
    -Quoi !?!
    Quelques minutes plus tard, je raccroche le téléphone. J'en reviens tout simplement pas; non seulement le plus beau des gars s'intéresse à moi... mais il a mon numéro de téléphone ! Esther a eu du culot de lui donner...
    Le lendemain en me réveillant, j'étais un peu mieux qu'hier, mais tout de même fatiguée. Ma mère décida de ne pas m'envoyer à l'école... encore une fois ! J'en avais un peu marre de rester seule à ne rien faire, surtout que ma mère devait aller travailler aujourd'hui. Mais j'acceptai et ma journée fut la pire de toutes.... bien pire que je ne pouvais l'imaginer!
    En fin de soirée, ma mère n'est toujours pas arrivée. Je commence sérieusement à m'inquiéter! Soudain, le téléphone sonna. Je me rue sur l'appareil et la voix d'une jeune dame me demande:
    - Bonjour, est-ce bien Élisabeth Dubé au téléphone?
    Puis elle poursuivit:
    - Votre mère est à l'hôpital, mademoiselle, elle vous réclame. Vous feriez mieux de venir très vite.
    En deux temps trois mouvements, j'ai mon manteau sur le dos, mes souliers dans les pieds et monte dans la voiture du père d'Esther. Hop, en route pour l'hôpital!
    En chemin, je me retiens bien pour ne pas pleurer. Esther essaie du mieux qu'elle peut de me consoler, avec misère. Quand la voiture s'arrête dans le grand stationnement, je sors à toute vitesse et entre dans l'immense bâtiment. C'est à peine si j'écoute le numéro de chambre que l'infirmière me laisse.
    En entrant dans la pièce, j'y trouve ma mère, toute blanche, couchée sur le grand lit. Je vins m'asseoir et pris sa main froide. Elle me chuchota de sa voix faible:
    - Quand je vais mourir, je veux que tu habites chez ta tante Hélène... C'est mon dernier souhait. Je t'aime Éli.
    Puis ma chère maman ferma les yeux. C'était terminé et la vie avait décidé de m'arracher ma mère. Comme ça, sans raison apparente.
    Toute seule, je retournai dans les corridors, sans aviser personne, ni demander à qui que ce soit la raison du décès d'une personne qui m'était si chère. Toute seule, je retournais chez moi, sans pleurer et sans en dire un mot à mon amie.
    «C'est fini, tout est fini à présent»
    Et toujours toute seule, j'appelle la seule personne qui puisse m'aider: tante Hélène. Elle est venue me chercher. Toutes les deux, dans son petit appartement, serrées l'une contre l'autre, nous pleurons à chaudes larmes. Je repense à mon père mort, et ma mère maintenant partie le rejoindre. À treize ans, moi, Élisabeth Dubé, je suis orpheline.
    Chapitre 2
    Les jours ont passés, puis les semaines, et puis les mois. Je vis avec Hélène, comme le désirait ma mère avant de mourir il y a deux mois. Cette journée était affreuse et je m'en rappelle comme si c'était hier. Puis il y avait eu les funérailles, plein de monde que je connaissais, ou pas, était là.
    J'avais déménagé chez ma tante presque immédiatement et j'ai maintenant ma chambre et Edza près de moi. Ça fait moins mal quand je parle de ma mère, mais ce n'est toujours pas guéri... et ce ne le sera jamais.
    Tellement de choses ont changé depuis!
    Benoît est maintenant mon chum et d'ailleurs ce soir nous allons à un bal costumé. J'essaie de m'amuser le plus possible et de moins penser à ma mère bien-aimée. Hélène est d'ailleurs en train de chercher au grenier pour mon déguisement, car le thème est l'ancien temps. Elle redescends enfin avec un gros coffre brun à serrure, tout vieux et sale. Ma tante brise le cadenas, le pousse vers moi et me dis:
    - C'était les vêtements de ton arrière grand-mère. Il y a aussi d'autres choses qui m'appartiennent quand j'étais jeune. Je te le donne, il est à toi.
    Je fis mon plus grand sourire pour la remercier, l'embrassa sur la joue et monta à ma chambre pour inspecter le coffre.
    Quand je l'ouvre il y a une odeur de pourriture qui s'en dégage. Mais je l'oublie bien vite en découvrant le coffre. De grandes robes anciennes avec des rubans et de la dentelles sont pliées, il y a de grands chapeau, des gants... tout sera parfait! Je choisis une robe blanche avec un ruban bleu marin à la taille, un grand chapeau également de cette couleur, des gants assortis... Je suis parfaite! Ce fut aussi l'avis d'Hélène, ainsi que celui de Benoît. Lui, il était habillé d'un grand veston noir, d'un noeud papillon, de pantalons chics, d'un chapeau haute-forme... et d'une fausse moustache! On fait vraiment un couple ancien, c'est génial! En arrivant au bal, je reconnus Esther, toujours au bras de son beau Julien. Son amoureux et le mien sont devenus supers-copains, ils sont souvent ensemble et on se réjouit de ça, Esther et moi. On fait souvent des sorties de couple, au cinéma par exemple. Hélène rit de m'entendre parler comme ça!
    Esther est coiffée avec un chignon tout parfait, une robe noire et de longs gants. Elle s'exclame:
    - Wow Éli! Il est super ton déguisement, tu as vraiment l'air d'être sortie de l'ancien temps.
    Julien et Benoît sont partis plus loin. Esther me demande, puisque nous sommes seules:
    - Est-ce que ça va bien avec ta tante ?
    - Elle est tellement gentille Esther tu ne peux pas savoir... mais je m'ennuie de ma mère.
    - Je comprends.
   
    En rentrant à la maison, je monte à ma chambre et, bien qu'il soit très tard, fouille dans le coffre. Je sors les vêtements et les bijoux un par un, les regardant attentivement. Je suis contente qu'Hélène m'ait donné le coffre; je peux ainsi chercher à l'intérieur sans gêne. Quand il fut vide, je trouve deux pochettes dans le fonds... Je passe ma main dans la première, puis dans la deuxième. J'y trouve un cahier. Sur le dessus est inscrit en lettres dorées: «Journal intime d'Hélène». Wow, je ne savais pas que ma tante tenait ça. Je ne pus m'empêcher de l'ouvrir, c'est comme si mes mains bougent toutes seules. Et je lis les pensées intimes de ma tante, comme ça, sans sa permission.
    21 janvier
    Cher journal,
    Je m'appelle Hélène Dubé, 16 ans. J'ai décidé de t'écrire pour me confier et jamais je ne te mentirai. Je vais tout d'abord te parler de moi, car tu dois bien te demander qui je suis. J'ai une soeur aînée, Sarah, et ma mère est morte. Mon père ne comprend rien aux femmes et est très dur avec Sarah et moi. Il lui est déjà arrivé de nous frapper, mais ça, je n'en parle à personne. J'ai peur, j'ai peur de ce qui va arriver. J'ai rencontré un garçon récemment, Marc. J'ai osé le présenter à mon père... oh la gaffe! Sarah était assise dans le fauteuil en face de moi, elle ne disait rien. Ma soeur, elle dit ne jamais vouloir de mari, ni d'enfants. C'est bien son choix. Mon père est content de sa décision, pas moi. Je te laisse pour ce soir, Bonne nuit.
    Déjà, je n'en reviens pas ! Ma tante a vraiment tenu ce journal pendant quelques années (car à en juger par l'épaisseur du livre, elle a écrit beaucoup!) ? Et ce qu'elle disait à propos de ma mère; elle n'a donc jamais voulu avoir d'enfants ? Je suis un... accident ? Mon grand-père les battait ? Il y a toutes ces questions, mais je n'arrive pas à y répondre. Je poursuis donc ma lecture, je me sens un peu coupable car c'est quand même la vie de ma tante. Mais après tout, elle m'a donné le coffre et ce qu'il contenait.
    Les pages se suivent et Hélène raconte sa vie. Au fil de ma lecture, je découvre qu'Hélène et Marc étaient devenus peu à peu amoureux. Moi qui croyait que ma tante avait toujours été célibataire ! Puis, le 7 février, ce texte attira mon attention:
    7 février
    Cher journal,
    Aujourd'hui, sujet délicat à aborder. Je vais aller directement au but; Je suis enceinte. Jamais je n'aurais cru ça... mais j'en suis contente. Quand on se met à penser à ça; imagine Moi, Hélène Dubé, 16 ans, j'ai un bébé dans mon ventre. Que ferais-je ? Qu'est-ce que mon père va dire? Et Marc? Et Sarah, comment réagira-t-elle? Toutes sortes d'idées, belles ou pas, me passent par la tête. Je me couche, très bonne nuit à toi...
    Je ne peux m'empêcher de continuer ma lecture. J'ai donc un cousin ou une cousine quelque part ? Hélène a donc fait adopter son enfant ? C'est sûrement son père qui l'a obligé, jamais ma tante n'aurait fait ça. À moins que ce soit Marc qui ne voulait pas de l'enfant...
    11 février
    Journal,
    Ça y est, tout le monde le sait. Au début, j'avais peur de le dire à mon père, de peur qu'il recommence à me battre. Ce n'est pas ce qu'il a fait, mais je ne l'ai jamais vu aussi fâché. Je suis triste. Marc et Sarah le savent aussi. Sarah est toute heureuse à l'idée qu'elle sera tante, et Marc, lui, se réjouit d'imaginer son enfant prononcer papa.
    13 mai
    Journal,
    Je suis désolé de ne pas t'avoir écris avant; ici tout va tellement vite, et nous sommes tellement occupés ! Mon père n'arrive toujours pas à se faire à l'idée. Il ne me parle plus, c'est comme si je n'existe pas. Je suis tannée, journal, tu me comprends? C'est pour cette raison que j'ai décidée d'attendre jusqu'à l'accouchement pour t'écrire; peut-être qu'alors j'aurai moins d'idées noires ! Désolé journal.
    Ma tante Hélène a donc déjà vécu tout ça ! Mais pourquoi ne m'en a-t-elle jamais parlé? On est si proche pourtant ! Et ma mère, pourquoi ne m'en a-t-elle jamais glissé un mot? Je n'en reviens pas ! J'ai donc un cousin ou une cousine à quelque part... c'est incroyable ! Vous devez comprendre que je ne puisse arrêter ma lecture! Je continue donc à lire, et nous sommes déjà rendus à l'accouchement... Hey, mais attendez, le 26 octobre, c'est la date de mon anniversaire !?!
    26 octobre
    Salut Journal,
    Ça y est, je suis mère d'un beau petit bébé... une fille ! Une mignone petite fille que j'appelle tout de suite du plus beau prénom de la terre: Élisabeth. Malheureusement, tout ne peut pas aller pour le mieux. Il s'est passé vraiment beaucoup de choses depuis la dernière fois...
    Premièrement, nouvelle triste, qui m'a choquée, fait pleurer mais je m'y suis habituée: Marc est décédé. Sans prévenir personne, sans même m'en parler. Tu le devines, il s'est suicidé. Pourquoi a-t-il fait ça ? Ce n'était pas la chose à faire, même si on était obligé de faire adopter Élisabeth ! Et puis, ce n'est pas comme si on la confiait à un inconnu, après tout. Je t'explique: mon père a décidé que je n'étais pas assez vieille pour m'occuper d'un enfant, pas assez mature quoi ! C'est Sarah qui prend la garde de ma petite Éli. Je sais qu'elle s'en occupera bien, ma grande soeur...
    J'ai beau ne pas y croire, c'est pourtant bien vrai. Le bébé dont parle Hélène, c'est moi ! Moi, Élisabeth Dubé, je ne suis pas orpheline. J'ai une mère, une vraie mère.
    Hélène entre à cet instant et je crie:
    -Maman !
    FIN

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