Marie ou le maléfice de novembre

L'histoire du conte "Marie ou le maléfice de novembre"

JEUNES ÉCRIVAINS

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MARIE ou LE MALÉFICE DE NOVEMBRE une histoire écrite par

Bryan

mai 1998 Je me souviens d'un certain jour. C'était au printemps, oui. Les rayons du soleil s'acharnaient sur les dernières plaques de neige rebelles... Moi, j'avais décidé d'aller me promener sur les berges de la rivière. Je m'étais assis sur un vieux banc de bois, face à la rivière qui coulait en un impressionnant torrent en cette saison. J'étais complètement hypnotisé par la beauté du paysage quand soudain une voix déclara fermement derrière moi:

- J'aurais aimé naître au printemps. Je me retournai. C'était Marie. Marie était une étrange fille. Certains la croyaient un peu folle. Moi, je la croyais seulement très spéciale.

- Et pourquoi? lui demandais-je alors que la jeune fille s'assoyait sans autre invitation sur le banc.

- Eh! Bien! Je suis née en automne. Pire! En novembre... J'ai toujours su que cela ne m'apporterait rien de bon. Penses-y un peu, Philippe. L'automne, c'est la saison de la mort. Les arbres perdent leurs feuilles, les oiseaux s'en vont. Alors qu'au printemps, les fleurs jaillissent, les oiseaux reviennent... C'est une cascade de lumière.

 

Elle n'était plus assise, maintenant. Elle virevoltait dans les airs. Sa robe fleurie tourbillonnait autour d'elle, le soleil faisait briller ses doux cheveux dorés.

- Merci, lui dis-je. Moi qui suis né en hiver, qu'est-ce que je suis? La mort?
-Non... dit-elle, songeuse, en arrêtant tout d'un coup sa danse. L'hiver, ce n'est pas la même chose... Vois-tu, ajouta-t-elle en se rassoyant à mes côtés, l'automne c'est vraiment l'agonie. L'hiver, c'est l'attente. On sait que tout va bientôt renaître...

Elle fixa la rivière quelques minutes.

- Regarde la rivière, elle coule à flots! Il est impossible que les personnes nées au printemps ne profitent pas de cette énergie! Tandis que moi, la pluie grise et la blanche neige pourtant si noire des mois de novembre ne peuvent que me décourager et m'enlever toute mon énergie... Car c'est la fin.

Elle se recroquevilla sur le banc, ressemblant vaguement à un arbre mort. - Tu es étrange, tu sais, Marie.
- Mais tu verrras, Philippe. J'ai raison. Je ne vivrai pas longtemps! Je sais d'avance que je n'ai rien à vivre, sauf la mort de mon automne. Toi, tu vivras vieux, oui... Car tu te diras toujours que quelque chose de nouveau arrivera bientôt. C'est ta philosophie d'hiver.

Puis, aussi rapidement qu'elle était arrivée, elle s'enfuit.

Quel bon souvenir...!

Je regarde la tombe de Marie. Je ne sus jamais quand elle mourut. La vieille pierre tombale m'informe qu'elle n'a même pas pu jouir de tout ses vingt ans.

Je souris, une larme coule sur mes joues. Mon étrange amie avait donc raison... J'allais bientôt avoir quatre-vingts ans et elle est morte jeune, comme elle l'avait prédit.

Cependant, aurait-elle vécu plus longtemps si elle ne s'était pas convaincue si fort de son maléfice de novembre?

©1996 -  
 

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