Qui es-tu?

L'histoire du conte "Qui es-tu?"

Qui es-tu ? une histoire écrite et illustrée par
Colette
décembre 1997 C'était par un beau soir d'été plein d'odeurs de fruits mûrs. La lune déjà haute dans le ciel découpait en habits noirs les silhouettes des grands arbres, sentinelles immobiles au milieu de la plaine. Je me reposais des moiteurs du jour quand un chant doux comme le vent interrompit mes songes. Prêtant l'oreille à si étrange musique, je me levai pour découvrir quelle gorge exquise pouvait chanter tant de douceur. Au détour d'un chemin, tapi au creux d'un arbre, un enfant me sourit. Vêtu de ce que je croyais un simple drap de couleur indéfinissable, il semblait m'attendre le regard plein d'étoiles. De ses lèvres rondes et pleines d'étranges sons glissaient dans l'air léger comme un sourire. Il y avait tant de tendresse dans l'harmonie de ces quelques notes que le ciel en semblait éclairé. Surprise de le trouver là, si fragile au coeur de la nuit, décontenancée par cet enfant au regard si doux, si insistant qui me perçait le coeur, je ne pus que bredouiller quelques paroles stupides, dénuées d'intérêt, je m'en rends compte à présent :

- Qui-es-tu ?...
- Comment t'appelles-tu ?...
- Que fais-tu là ?...
- Où habites-tu ?...

À chacune de mes questions d'enfant répondait par un chant différent, ou plutôt par un murmure musicale, comme l'eau d'un ruisseau quand elle court sur la mousse. Au début je pensais qu'il se moquait de moi et de mes questions d'adulte. Agacée je repris :
- Mais enfin, qui es-tu ?

Comme si ma question était de la plus haute importance. Le chant reprit plus doux encore. Je m'apprêtais à retourner sur mes pas, trop lasse pour jouer aux devinettes avec un enfant muet, quand je ressentis une émotion bleu clair, tendre comme un ciel de printemps, balayer le flot de mes questions sans réponse. Stoppée net dans mon élan je lui dis :
- Les émotions n'ont pas de couleur !

L'enfant me regarda longuement :
- Tu n'écoutes pas..., ouvre ton coeur...

J'écarquillai les yeux, ses lèvres n'avaient pas remué, seules trois notes claires et hautes s'étaient échappées de sa bouche mi-close. Puis trois notes encore et tout mon être fut inondé d'une clarté rose pâle comme un coeur de fleur prêt à offrir ses senteurs. Alors je compris que c'était son langage, que des sons naissaient des couleurs qui elles-mêmes étaient émotions et d'un seul coup j'entrevis l'ironie de ce monde régi par des questions dont la réponse importe peu puisque personne n'écoute plus, où les mots sont devenus autant de barrières aux sentiments.

Soudain une note sombre, lugubre et lourde, couleur de sang figeau l'air du soir alors le monde, mon monde, m'apparut croulant sous le poids des chaînes qu'il s'était si industrieusement fabriquées. L'image était effarante : structuré, scellé, codifié, labellisé, désindividualisé, déshumanisé, il dormait dans les joies étroites de ses petits amours étriqués et fermés. Son plus clair produit : la société dont la suprématie en tout s'installe par la peur qu'elle inspire. On parle d'elle comme d'une multinationale dont chaque cellule se doit d'être rentable :
- Amour ?
- Connais pas !
- Sentiments, tendresse ?
- Connais pas !

Inutiles aussi le pardon, la compassion, la charité, la bonté, la beauté enfin tout ce qui donne à l'homme sa dignité , autant de mots à odeur de souffre or, c'est justement tout le cadeau que venait de me faire l'enfant. A cette pensée un tourbillon de couleurs m'envahit au gré des notes qu'il modulait si harmonieusement. L'enfant sourit de nouveau et j'eus l'impression d'entrer dans sa lumière...

Alors seulement il se leva et ce que je pris tout d'abord pour un drap était en fait une étoffe mouvante aux reflets changeants, comme s'il était vêtu de millier de papillons. Il glissa sa petite main dans la mienne et il y eut comme un souffle de Paix dorée, couleur de soleil. Sa chaleur me gagna, me pénétra d'un amour absolu ou "comprendre" n'avait plus de sens. Je sus alors qu'il était venu pour moi, que de mes larmes tombées à terre surgiront des champs d'espérance. Doucement il desserra ses doigts des miens et il y eut une étoile de plus dans son regard. Puis, sur une longue note grave, il disparut au détour du chemin emportant son mystère.

©1996 -
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