Une musique

L'histoire du conte "Une musique "

JEUNES ÉCRIVAINS

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Une musique par

Hélène, 13 ans

octobre 2000

Mme Zèfs, professeur d'histoire, avait surpris toutes ses élèves ce matin-là en leur faisant une interrogation surprise. Comme le D.S d'éducation civique avait eu lieu la veille, aucune des filles n'avaient pris la peine d'apprendre leur leçon d'histoire.
Les élèves étaient bien concentrées. Elles tentaient vainement de faire ressurgir de leur tête des souvenirs du cours. Quelques-unes, ultra-stressées, sentaient une sueur froide leur couler dans le dos, perdaient leurs couleurs, mordillaient avec rage leurs crayons, maudissaient ce jour qui, elles l'avaient senti depuis leur réveil, leur serait néfaste, et lançaient des regards affolés à leur voisine. Caroline arrivait à se contrôler. Sans son visage tout blanc de frayeur, aucun signe visible ne démontrait le stress qui lui tordait le ventre, si ce n'était peut-être un léger tremblement de la main. Sa voisine, Nawal, concentrée, sa tête entre les mains, semblait courbée sous le poids des soucis, et adoptait une posture fataliste : " j'ai raté, j'ai raté. Et alors? ". Louise semblait parfaitement calme, mais ses regards perdus, hagards, me montraient clairement qu'elle crevait de trouille et qu'elle maudissait cette sale prof.
Moi, j'avais atteint un degré de stress inimaginable, aussi haut que la plus haute colonne de la terre, et j'étais tombée de ce pilier. Je stressais tellement que je ne stressai plus. c'est peut-être ça l'infini. Il y a une fin, mais on retombe toujours au début, donc on n'en sort jamais. Un cycle, un rond sans fin. Je parcourus des yeux la classe et y cherchai mes amies. Josette soupirait à tout bout de champs, et, je le sentais, ne pensais plus qu'aux futures engueulades de ses parents. Shirley me lança un regard épuisé, et je lui répondis par un soupir qui sonna fort. Anne-Sophie paraissait totalement absorbée par sa feuille.
C'est alors qu'Elle retentit. D'abord doucement, comme un vague à l'âme. Nous relevâmes toutes la tête, d'un même mouvement. la musique enflait, grossissait, s'évanouissait, reprenait vie. Elle semblait danser, pour nous. Chacune avait l'impression qu'elle vivait en elle, elle prenait tout notre esprit. Nos soucis disparaissaient en ne laissant aucune autre trace qu'une douce mélancolie poignante qu'accentuait la musique. Jamais je n'ai senti quelque chose d'aussi beau. Les larmes commencèrent à couler sur nos joues. C'était trop beau, trop divin, pour être entendu par nous, pour retentir sur cette terre.
Doucement, elle prit fin, nous laissant un grand vide dans le coeur. Quelqu'un nous aurait dit que c'était la musique d'Anges, nous l'aurions cru, parce que ce n'était pas une mélodie terrestre, c'était trop fort pour avoir été inventé par des hommes.
Nous sommes toutes sorties en hâte de la classe, suivies de mme Zèfs, elle aussi profondément remuée. Nous pensions qu'Elle venait du 5e étage, de la salle de musique. Sur notre passage des portes s'ouvraient sur des élèves aussi éberluées que nous. Nous formâmes bientôt un troupeau se mouvant, nous en tête.
Ce fut moi qui ouvris la porte de la salle de musique. M Reigil, notre professeur, gisait à terre, un couteau planté dans la poitrine, baignant dans son sang. Nous comprîmes alors que la musique était bien une musique divine, la musique de la Mort.
critiques et commentaires bienvenus. Merci, Hélène

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