Une nouvelle vie pour Darcy

Darcy est tout ce qu’il y a de plus heureuse : elle est belle à craquer, ses parents sont richissimes, elle a des tas d’amis, elle est pom-pom girl et son petit ami fait partie de l’équipe de football. Mais d’un jour à l’autre sa vie change du tout au tout quand elle doit déménager pour se retrouver dans une école où elle devra se battre pour se faire accepter

L'histoire du conte "Une nouvelle vie pour Darcy"

chapitre 1 Darcy venait de saisir son verre de jus d’orange quand un klaxon familier retentit dans la grande allée bordée de palmier qui menait à la somptueuse demeure de San Francisco qu’elle habitait. Dylan, pensa-t-elle avec tendresse. Elle avala son jus d’une traite et se précipita pour lui ouvrir la porte. - Salut ma belle ! Il lui posa un baiser sur les lèvres. Elle l’entoura de ses bras. - Salut beau gosse ! - Alors tu es prête ? - Une minute, mon sac est dans le séjour. Elle alla le chercher et croisa sa mère qui descendait à la cuisine : - Bonjour m’man ! - Bonjour ma chérie. Dylan est déjà là ? - Oui, il vient d’arriver. À ce soir ! Elle embrassa sa mère et rejoignit Dylan dans sa voiture, une belle décapotable rouge avec des sièges en cuir. Il mit le moteur en marche, descendit l’allée et passa le portail en fer forgé blanc. Le temps était superbe sur la côte est. Darcy se laissa aller contre le dossier de son siège et admira le ciel. Dylan était un fou de vitesse mais roulait de façon modérée pour sa sécurité -et par respect de sa personne. Darcy était follement amoureuse de lui. Dylan... Si beau, si tendre. Avec sa parfaite carrure de footballeur, il attirait les regards de toutes les filles. Elle avait de la chance, lui disait-on. Et puis ils faisaient un superbe couple, disaient d’autres. En effet, ils formaient un couple saisissant : elle, blonde, les yeux bleus, grande et mince, meneuse des pom-pom girls ; lui, brun, les yeux de la même couleur, grand svelte mais musclé, capitaine de l’équipe de football. - Kat dit que Ben et Marjorie menacent de rompre, dit soudain Dylan, la tirant de ses pensées. Ces deux-là sortaient ensemble depuis à peine une semaine. - Ça ne m’étonne pas. Marjorie est une fille difficile à combler. À chaque fois qu’elle sort avec un type, elle ne peut s’empêcher de flirter avec un autre. Ça ne doit pas être drôle pour Ben. -Tu dois avoir raison. - Bien sûr ! Et puis ce serait la meilleure chose à faire. Je connais une fille géniale qui aimerait bien sortir avec Ben..., fit-elle, songeuse. - Quoi ? fit Dylan interloqué en lui lançant un regard interrogateur. - Mais non, pas moi nigaud ! Je t’aime trop pour ça ! Elle lui posa un baiser sur la joue puis elle éclata de rire. Soulagé, il lui sourit. Quelques minutes plus tard, ils s’engageaient dans l’allée menant à la demeure de Kat. - J’espère qu’elle est prête, dit Dylan, parce que sinon on va être en retard. Il donna les deux coups de klaxon habituels. Trois secondes plus tard, Kat passait la porter d’entrée. - Salut les amis ! - C’est un miracle que tu sois déjà prête ! dit Darcy pour la taquiner. Saisissant le ton d’amusement, elle répondit : - Tu ne devines pas à quel point : il y a cinq minutes encore je n’avais qu’une robe de chambre sur le dos ! Elle s’installa à l’arrière et boucla sa ceinture. chapitre 2 Après les cours, comme convenu, Dylan et Darcy avec Kat et Chris - le dernier petit ami en date de Kat - à bord de la décapotable, rejoignirent quelques amis dans un pub du bord de la baie avec vue sur le Golden Gate. Ils y retrouvèrent Beth et Jack, et Sarah et Craig. Ils se joignirent à leur table. - Où sont Kelly et Kurt ? demanda Kat. - Pas encore arrivés. Tu sais comme Kurt a une certaine obsession sur ses tenues et celles de celle qui l’accompagne. Ils éclatèrent ensemble de rire. - Je me demande encore comment Kelly arrive à le supporter, fit Beth. - C’est l’amour fou ! déclara Jack. - J’espère qu’ils ne vont pas tarder. La nuit tombe vite en cette saison et mes parents n’aiment pas me savoir dehors la nuit, dit Sarah. - Même si je suis là pour te protéger ? fit Craig. - Toi ? Me protéger ? Tu fuis devant une malheureuse souris, tu grimpes au rideau face à cafard et tu n’effraierais pas une mouche mais tu saurais me protéger d’éventuels malfaiteurs ? Toute la tablée se mit à rire sauf Craig. - Voyons Craig, tu sais bien que je plaisante. Je sais bien que je peux compter sur toi. C’est pour ça que je t’aime. Et elle l’embrassa. - Alors comme ça si t’étais pas cap de défendre ta meuf elle voudrait pas de toi ? ! dit Jack d’un ton moqueur. - Jack ! firent-ils en choeur. Ils commandaient café, diabolo menthe et bière sans alcool, quand le dernier couple d’amis arriva enfin. Vêtu d’une magnifique chemise de soie bleu foncé et d’un pantalon noir, Kurt paru accompagné de la ravissante Kelly, portant, elle, un chandail moulant rose sur une longue jupe évasée aux différents tons de rouge. - Ils sont adorables, dit Darcy. Ils approchèrent de la table : - Désolé pour le retard, s’excusa Kurt. On a eu du mal à... -Trouver les vêtements adéquats ? Il écarquilla les yeux, surpris : - Ben... ouais. - Vous avez déjà commandé, je suppose ? demanda Kelly en s’asseyant. - Hum hum. - Je ne sais pas pour vous, mais je commence à me sentir minable à côté de ces deux gravures de mode, confia Darcy. - Très drôle, rétorqua Kelly. Dès que Dylan l’eut ramené chez elle, Darcy pressentit une ombre planer sur son bonheur. En entrant, la vision de ses parents, tous deux à la maison, l’attendant au salon ne présageait rien de bon. Il est encore tôt, pensa-t-elle. Que se passait-il ? Elle s’approcha. Quand sa mère la vit, elle s’exclama : - Darcy ! Approche ma chérie, nous t’attendions. Nous avons à te parler. Darcy s’avança et s’installa dans un fauteuil en face de ses parents. - Qu’y a-t-il ? questionna-t-elle. - Ma chérie, commença sa mère, ta tante Brigitte a téléphoné à ton père à son bureau ce matin. - Il est arrivé quelque chose ? s’inquiéta Darcy. - Non, heureusement, répondit sa mère. Ton père va t’expliquer tout ça. Son père s’éclaircit la gorge et commença : - Je sais que ça ne va te plaire Darcy, mais... en tant que sa famille la plus proche, nous nous devons de dépanner ta tante. Tu te souviens qu’elle va bientôt divorcer de ton oncle Bruce ? - Je sais bien. Mais en quoi pouvons-nous l’aider ? - Eh bien... La décision a été prise que ce serait ton oncle Bruce qui gardera la maison. Et pour s’y faire, ta tante Brigitte veut quitter immédiatement cette maison. Seulement pour en trouver une autre... C’est là que nous intervenons. Etant donné que nous possédons bien d’autres résidences, nous allons lui laisser celle-ci, quelque temps. Elle vient dès demain avec ses enfants pour un temps indéterminé. Juste celui de trouver... une demeure à elle. - Quoi ? s’écria Darcy. Tu veux dire qu’on devra quitter San Francisco dès demain ? Et pour aller où ? À Montréal ? - Après mûre réflexion, nous avons décidé que notre villa dans le Minnesota ferait très bien l’affaire, répondit sa mère. - Non mais vous vous entendez ? Vous voulez que je quitte tout ce que j’ai jamais connu ? Mes amis, Dylan ! Elle se leva et se précipita dans sa chambre. De rage, elle envoya son sac à travers la pièce, saisit un oreiller et l’éventra, faisant voler une bonne pelleté de plumes. Puis de frustration, des larmes lui montèrent aux yeux. Elle se laissa tomber impuissante sur son lit, secouée de sanglots. On frappa à sa porte. Sa mère entra et s’assit au bord du lit : - Chérie, essaie de comprendre... - Je ne veux pas comprendre ! Je ne veux pas aller vivre dans le Minnesota ! - Mais j’avais cru comprendre que tu avais apprécié, quand nous y sommes aller l’an dernier. - C’étaient de chouettes vacances, d’accord. Mais je n’ai jamais souhaité y vivre ! se récria Darcy. Elle tourna le dos à sa mère et ne dit plus rien. Voyant son entêtement sa mère s’en alla. chapitre 3 Salut Kat, Deux jours ici, et c’est déjà l’enfer ! Un week-end de gâché ! Si tu savais... Vous me manquez tant déjà Kelly, Sarah, Beth et toi. Je n’ai pas l’impression que je vais me plaire ici. Certes le quartier n’est pas mal, il est calme et la maison n’est pas plus petite que celle de Californie mais... Je ne sais pas. J’ai le mal du pays sans doute. Je commence à comprendre pourquoi malgré leurs épopées à travers le monde entier, mes parents ont fait leur possible pour que je demeure en une seule ville durant les périodes scolaires. Je n’en reviens toujours pas que mes parents aient laissé notre maison de Californie à tante Brigitte ! Comme je te l’ai dit avant de partir, elle prétend qu’elle n’a que nous comme recours. Je pense qu’elle veut dire que nous sommes ses parents les plus riches et donc que nous nous devons de l’aider. Toujours est-il, elle a toujours su s’y prendre avec mes parents pour leur soutirer tout ce qu’elle voulait. Et j’avoue que je n’y comprends rien. Ce qui est sûr c’est que je lui en veux et que jamais je ne le lui pardonnerais. Pour ne pas te paraître m’apitoyer sur mon sort, changeons de sujet. Le bon côté dans tout ça, c’est que papa m’a promis que je pourrais tous vous inviter pour une piscine -partie dans quelques semaines, pour mon anniversaire. Maman, elle, m’a promis une robe neuve et des chaussures assorties, et le maillot dont je rêve ces derniers temps. Super non ? J’attends de tes nouvelles avec impatience, Ta meilleure amie, Darcy. P. S. : N’oublie pas de me donner plein de détails sur tous les potins du lycée ! Tu sais que j’adore ça. " Darcy cessa de taper les touches du clavier de son PC, se relut et entama la procédure d’impression. Quand sa lettre sortit de l’imprimante, elle la plia, saisit une enveloppe où elle avait fait imprimer l’adresse et l’y glissa. Elle poussa un soupir en regardant l’enveloppe. Ses amis lui manquaient tant. Et Dylan... Son regard se porta sur son poignet. Quel beau bracelet, pensa-t-elle. En argent, il comportait cinq plaques où étaient gravées les lettres de son prénom. Quand elle pensait qu’il lui avait offert ce bracelet la veille de son départ sans rien savoir encore de ce qui allait se passer. Quand il avait su, il lui avait promis de l’aimer malgré la distance qui les séparerait, et de lui téléphoner très souvent. Darcy se mit à fouiller frénétiquement dans les cartons pour s’emparer enfin de la photo qu’avait prise Kat sans se faire voir, du couple Darcy et Dylan s’embrassant. C’était un moment mémorable et il le sera toujours, pensa-t-elle. Elle sortit ensuite une autre photo où on pouvait voir toutes ses amies : Kat, Beth, Sarah, Kelly et elle au centre. La nostalgie s’empara d’elle à nouveau. C’était terrible d’avoir à quitter ce qu’on avait toujours connu pour... l’inconnu. Elle tomba sur le dernier cliché que lui avait donné Kat le jour de son départ. Il y avait là toute sa bande de copains : ses quatre amies et leurs petits amis respectifs plus quelques élèves de sa classe. Elle sentit la tristesse l’envahir et les larmes lui serrer le coeur. Tout cela lui manquait horriblement. chapitre 4 Darcy s’était levée de bonne heure ce matin pour pouvoir se préparer pour sa première journée dans son nouveau lycée. Elle hésitait sur plusieurs tenues en se demandant si cette robe courte ne faisait pas trop provocante, si cet ensemble ne faisait pas trop pimbêche, si cette jupe ne faisait pas trop chic, etc. Elle n’avait aucune idée du style à porter, celui qui faisait tendance dans le coin. Elle opta finalement pour un haut en lainage léger et moulant jaune abricot avec un col en " V " et à manches longues sur un jean stretch noir. Elle accompagna sa tenue de chaussures à talons compensés à brides oranges et noires. Hésitant entre une queue de cheval et laisser libre son abondante et longue chevelure dorée, elle finit par les attacher à l’aide d’une barrette en papillon de nuit, incrustée de minuscules pierres. Elle se jeta un regard satisfait dans le miroir. Ni trop sophistiquée, ni trop ringarde d’après la dernière tendance en Californie. Darcy s’arma de courage, descendit de voiture en embrassant son père. Il lui souhaita une bonne journée et repartit. Elle resta un instant immobile devant l’aspect imposant de sa nouvelle école. C’était un gigantesque bâtiment de trois étages s’étalant sur environ cinq cents mètres. Elle respira un bon coup, s’arma de courage et passa les hautes grilles de fer blanc signalant l’entrée de son établissement. Plusieurs élèves qui traînaient encore dans les couloirs la regardèrent avec intérêt. Elle s’avança vers une fille qui lui semblait sympathique pour lui demander où se trouvait la salle où elle était censée se rendre. Elle la lui indiqua en souriant puis poursuivit son chemin. Darcy se pressa. Si elle considérait le peu d’élèves encore dans les corridors, elle était en retard. Manquerait plus que ça, pour son premier jour. Quand elle arriva à sa salle, elle se rendit compte que seule une dizaine d’élèves était présente. Soulagée, elle s’assit à un pupitre inoccupé, à côté d’un garçon aux cheveux blonds, et aux yeux clairs, protégés par des lunettes. Pas spécialement beau, il avait l’air d’un bûcheur. Darcy vit son intérêt s’éveiller dès qu’elle s’installa. Il se tourna vers elle et d’une voix empreinte de gentillesse, il se présenta : - Salut, je m’appelle Dan. Dan Brant. Tu es nouvelle, n’est-ce pas ? Elle allait acquiescer quand il secoua la tête. - Suis-je bête ! Ce n’est pas une question à poser. Tu es nouvelle, forcément. C’est quoi ton nom ? - Je m’appelle Darcy Hyot. - Joli prénom. - Merci. - Tu viens d’arriver dans le Minnesota, je suppose. Tu viens d’où ? Il remonta ses lunettes. - De San Francisco. - C’est pas la porte à côté ! Et... ça explique ton look. - Oh ! fit Darcy. Elle regrettait de se faire ainsi remarquer. Elle qui pensait que la tenue plairait et passerait des plus banales ! - Comment t’as atterri ici ? Elle soupira. Elle le trouvait plutôt sympathique mais elle commençait à se lasser de ses questions. - Une histoire de famille... Est-ce qu’on pourrait changer de sujet ? Il parut déçu de ne pouvoir en apprendre plus à son sujet. Mais elle ne revint pas sur sa décision. - Désolé, je ne voulais pas faire le fouineur, s’excusa-t-il. - Dis, pourquoi sommes-nous si peu nombreux ? - Ce cours n’est pas suivi par toute la classe. Seuls les intéressés s’y rendent. - Oh ! Je vois. Elle entendit alors approcher trois des autres élèves présents. Elle se tourna pour leur faire face. - Eh ! Mais c’est qu’elle est mignonne la nouvelle ! s’exclama un garçon de belle allure qui lui fit penser à Dylan par sa carrure. Dis ça te dirait de... - Salut ! Moi c’est Claire, lui c’est Marc, mon petit ami et voici Molly. D’où on était, on n’a pas pu s’empêcher de capter quelques brides de la conversation, l’interrompit-elle. - Alors comme ça, tu viens de Californie ? demanda Molly. - Oui. J’y ai toujours vécu ; jusqu’à aujourd’hui. J’espère que ça ne va pas durer. Ils se rembrunirent. - Comment ça ? Tu te sens trop bien pour notre petite ville, c’est ça ? s’indigna Claire. - Non, ce n’est pas ce que je voulais dire. C’est que... Mais ils ne la laissèrent pas poursuivre. - Autant que tu saches que Dan ne fait pas partie des gens à fréquenter si tu veux te faire une côte dans ce lycée, ajouta Marc. Et ils la laissèrent là, désemparée. Quelle bourde ! Elle s’était mal fait comprendre et maintenant elle avait ruiné toutes ses chances aux côtés des gens bien vus de ce lycée. Car Molly, Claire et Marc en faisaient partie. C’était certain. La matinée durant elle ne cessa d’entendre des chuchotements sur son passage. Détends-toi, se conseillait-elle intérieurement. Mais elle avait beau rester de glace, elle ne sentait pas la bienvenue et en était fort déçue et mal à l’aise. Elle se sentait comme un spécimen unique de laboratoire rejeté par les chercheurs. Tout cela, sans qu’elle s’en rende compte lui portait atteinte mais elle ne voulait pas se l’avouer. Alors ce sentiment de rejet mal reçu se transforma en rage et colère envers sa tante Brigitte. C’était sa faute si elle se retrouvait ici. C’était sa faute si elle avait dû se séparer de ses amis, de sa ville. Tout était la faute de tante Brigitte. Des larmes de frustration lui montèrent aux yeux. D’un revers de main, elle les chassa de ses joues. chapitre 5 - Jamais plus je ne remettrais les pieds dans ce lycée ! dit-elle à sa mère, une fois calmée. Elle se jeta dans un canapé : - J’arrive à peine que je suis déjà jugée et bannie. Je déteste cet endroit ! - Voyons Darcy, tu ne va pas te laisser abattre de cette manière. Je t’ai connu plus forte. Elle réfléchit. Sa mère avait raison. À quoi bon se plaindre et se morfondre sur son sort : ils ne chasseraient pas tante Brigitte de la maison de Californie. Elle soupira. - Montre leur ce que tu vaux. Ils s’en mordront alors les doigts, de ce qu’ils t’ont fait subir. Tu pourras alors faire d’eux ce que bon te plairas. Elle se le leva : - On verra. Le lendemain elle sortit son chemisier jaune abricot, sa jupe mi-longue abricot avec des franges et des chaussures à hauts talons compensés jaune parme. Qu’ils viennent dire quelque chose à propos de sa tenue, elle saurait les remettre à leur place. Dès qu’elle franchit la porte de sa salle de cours, elle attira l’attention. Dan était surpris, Molly semblait outrée, Marc intéressé et Claire soucieuse. Darcy passa près d’eux sans leur adresser ni la parole ni même un regard et pris place au pupitre près de Dan qui la salua et la complimenta de sa tenue : - J’ai beaucoup hésité, dit-elle. Mais finalement j’ai décidé d’être moi. D’un geste de la main, elle fit passer des mèches de cheveux sur ses épaules. Elle croisa alors le regard de Marc qui ne la quittait pas des yeux. Claire lui donna un coup de coude dans les côtes. Il se reprit et bredouilla. Mme Makwin entra et commença le cours. Darcy aurait pu jurer que Claire lui jetait un regard empreint de haine. À l’heure du déjeuner, elle décida de s’installer seule à une table dans le fond, près d’une fenêtre. Dès elle fut assise, une nuée de filles de sa classe se rua vers sa table. Sans même lui demander, elles s’assirent. L’une d’elles prit la parole : - Salut ! Je suis Karen, le capitaine des majorettes. Dès que je t’ai vu, je me suis dit: ça, c’est de la graine de majorette. - Et alors ? demanda Darcy, négligemment. - Eh bien...Il y a eu une épidémie de grippe dernièrement et pas mal des filles ont été atteintes. Certaines tournantes aussi. Il nous manque alors des filles et on a un match dans trois semaines. On organise une audition demain. Alors, ça te tente ? - Non, je ne peux pas. Leurs yeux s’agrandirent d’étonnement. - Et pourquoi ça ? - Écoutez, ça me ferait vraiment plaisir mais... - Alors quoi ? Tu vas laisser passer une chance pareille ? ! En fait, Claire avait raison. - Non, elle ignore tout. Je vais te les donner mes raisons. Pour tout te dire, je suis capitaine des majorettes de l’équipe de San Francisco. Je ne peux pas me permettre de changer de camp alors que je ne resterais pas ici bien longtemps. - J’ignore si tu dis la vérité mais quoiqu’il en soit, c’est bien dommage pour toi. Puis, s’adressant aux autres filles : - Venez, on va rejoindre l’équipe. chapitre 6 Elle entendit alors la sonnerie du téléphone retentir. Elle arrêta de taper, se dirigea vers son lit, s’assit et déccrocha : - Allô ? - Darcy ? Cette voix fit parcourir de doux frissons glacés le long de son corps. - Dylan ? Je suis heureuse de t’entendre ! - Alors, comment tu t’en sors ? - Pas mal. Parle-moi plutôt de ce qui se passe à San Francisco. Kat m’a écrit que vous vous ennuyiez sans moi. Est-ce que c’est vrai ? - Ça oui, tu peux me croire. Kat a une mine affreusement triste, Sarah et Craig pleurent sur ton enthousiasme contagieux, et Kelly et Kurt regrettent tes plaisanteries affables mais parfois taquines. Quant à moi... Tu me manques terriblement ! Kat et moi, on passe beaucoup de temps à partager notre nostalgie. - Mais... Et Beth et Jack ? Dylan soupira. - Ils ont décidé de se séparer quelque temps. - Que s’est-il passé ? Kat ne m’en a rien dit. - C’est arrivé hier. Alors qu’ils étaient au centre commercial ensemble, une fille a fait du gringue à Jack et le pire, c’est qu’il a flashé sur elle. Beth ne l’a pas supporté et c’est elle qui a proposé une rupture... momentanée. - C’est dingue ! A ce que je vois, rien ne va plus quand je ne suis pas là ! Ils s’esclaffèrent tous les deux. - Bon, puisque ça a l’air d’aller... - Oui, ça va, assurai-je. - Bien. Je vais te laisser j’ai un... - ...entraînement de foot, compléta-t-elle. Je sais. - J’t’embrasse ! - Moi aussi. La communication fut coupée. Cela faisait du bien d’avoir des nouvelles. Elle avait l’impression de n’avoir pas vécu cette horrible semaine. Quand elle arriva au lycée le lendemain, rien n’avait changé. Elle était toujours montrée du doigt par tous, toujours évitée par tous, et toujours la cible de toutes les rumeurs désavantageuses qui couraient. Bref, elle était le centre de toutes les conversations mais pas comme elle l’aurait souhaité. Elle alla jusqu’à sa salle de cours sans se préoccuper de quiconque. Une fois à son pupitre elle soupira. Relevant la tête, elle vit Dan entrer. Il lui sourit et vint s’asseoir à côté d’elle. - Salut Darcy. - Salut Dan. - Alors, comment ça va aujourd’hui ? - Comme d’hab. Tu sais, dédain, mépris, antipathie... Je m’habitue. - Je devine que ça n’est pas facile, dit-il compatissant. - En effet. Puis le plus sincèrement du monde, elle ajouta : - Tu es vraiment gentil avec moi. - Je fais seulement ce que les autres n’ont pas jugé utile de faire : te comprendre. C’est toujours difficile de s’intégrer. - Tu l’as déjà vécu ? - Plus d’une fois ! Ce lycée est l’endroit où je suis resté le plus longtemps. J’ai fait, jusque là, quatre établissements d’États différents. Tu vois, je sais ce que c’est. En plus, être un bon élément ne m’a pas aidé à me faire accepter. Elle lui sourit, d’un sourire sincère. Il était vraiment sympathique si on prenait la peine de le connaître. - Je suis contente que nous soyons amis. - Parce que nous sommes amis ? - Bien sûr ! Enfin... pourquoi ? Tu ne veux pas.. - Non, ce n’est pas ça, l’interrompit-il. C’est juste que... je ne pensais qu’une fille comme toi puisse être ami avec un type comme moi, c’est tout. - Eh bien tu vois. - Alors j’en suis heureux moi aussi. À l’heure du déjeuner, alors que Dan et Darcy étaient à table, Claire et sa bande s’arrêta près d’eux. Claire prit la parole, les yeux lançant des éclairs : - Écoute espèce de garce, siffla-t-elle. Tu ferais mieux de laisser Marc tranquille où alors... je te jure que tu le regretteras. - Ouais, tu le paieras cher, rajouta Molly. - Claire, je ... - Ne t’avise pas de m’adresser la parole ! cria-t-elle presque. Je sais quel genre de fille tu es et à quel jeu tu joues. Les gens comme toi, on n’en veut pas ici. Compris? Sans laisser le temps à Darcy de répliquer, elle s’en alla. Quand elle fut loin, Dan fit remarquer : - Elle a l’air de t’en vouloir à mort ! Je haussai les épaules : - Quoiqu’elle dise, ça n’est tout de même pas ma faute, si j’ai tapé dans l’oeil de Marc. - C’est vrai, mais elle n’en démordra pas pour autant. Pour elle, Marc ne peut en aimer une autre. chapitre 7 Les jours se suivirent, toujours pareils, jusqu’au jour où Darcy fit la connaissance de Ned. C’était la semaine suivante, à la sortie du lycée. Alors qu’elle sortait de son dernier cours et s’apprêtait à rentrer chez elle, quelqu’un l’interpella. Elle se retourna et vis un garçon d’environ un mètre quatre-vingt, joli garçon, les cheveux noirs, vêtu d’une chemise et d’un jean, se précipiter vers elle. Elle réfléchit pour savoir si elle le connaissait. Mais elle avait beau chercher, ce visage ne lui disait rien. Quand il fut devant elle, il se présenta : - Je m’appelle Ned Finks. - On ne s’est jamais vu, je crois. - Non, en effet. Mais j’ai beaucoup entendu parler de toi et...Je me demandais si ça te disait de venir boire un café avec moi. - Tiens, c’est étrange. - Quoi donc ? - Eh bien... Je n’aurait jamais cru que... Non laisse tomber. - Alors, ce café ? Elle réfléchit. Ned avait l’air sympa. Et puis c’était la première personne à part Dan qui l’abordait. Et elle avait grand besoin de se faire des amis. - C’est d’accord. Quand tu veux, accepta-t-elle en souriant, l’air insouciant. - Et pourquoi pas.... Maintenant ? - Là ? Tout de suite ? Elle pensa à la réaction de ses parents. Oh et puis ! Ils seraient ravis de savoir qu’elle se faisait des amis. Surtout sa mère après leur dernière discussion. - Très bien, allons-y. Son visage s’éclaira et il lui proposa de s’y rendre avec sa voiture. Salut Kat, Bien qu’hier encore mes premières impressions sur cette ville étaient toujours de mise, je crois qu’aujourd’hui les choses s’améliorent. Ce matin même, un garçon super craquant m’a invité à prendre un café. Ce n’est pas ce que tu penses : je suis seulement très heureuse que quelqu’un d’autre que Dan ( tu te souviens de lui), fasse attention à moi, de façon positive. Donc, on est allé prendre un café en amis. Je le trouve super ! Il est drôlement marrant comme type et il a l’air de vouloir me connaître mieux. Je commence à me sentir moins négative. Puisque je sais que tu aimes les détails, je vais tout te raconter de A à Z. Après m’avoir invité, il m’a proposé qu’on y aille avec sa voiture. Durant le trajet, j’ai appris qu’il était dans l’équipe de basket et un ami de Marc. Il m’a parlé d’à peu près tous les élèves du lycée. J’ai ainsi appris que Marc et Claire était le couple phare ( ce que j’avais deviné ), et qu’elle me détestait au point de faire courir des rumeurs sur moi, certainement parce qu’elle était jalouse et ne savait pas quoi faire d’autre. Je me suis tout de suite sentie à l’aise avec lui. Il était populaire, hyper sympa, et surtout, parce qu’il prenait mon parti devant Claire. Une fois que nous fûmes au café, il a voulu que je parle un peu de moi. Je lui ai parlé de San Francisco, puis du déménagement, sans trop entrer dans les détails. Ensuite nous avons bu un cappuccino tout en parlant de tout et de rien. Trois quarts d’heure plus tard, il m’a ramené chez moi. Sympa, non ? Tu crois que c’est la chance va enfin tourner ? Moi, je l’espère. C’est déprimant d’être dans le camp des rejetés sans raison. J’attends ta réponse impatiemment, Ta meilleure amie, Darcy. P.S. : Embrasse tout le monde de ma part ( ne t’attarde pas trop sur Dylan!). Cette nuit-là, elle alla se coucher le coeur enjoué, pour la première fois depuis son arrivée. Elle était certaine que la malchance, qui avait jusque-là pesé sur elle, se dissipait enfin. chapitre 8 Quand Darcy parla de Ned à Dan, à la cafétéria le lendemain, celui-ci ne parut pas convaincu. - Pourquoi tu fais cette tête, Dan ? Je croyais que tu serais content pour moi. - Ça me paraît louche. Darcy fronça les sourcils : - Pourquoi ? Que peut-il y avoir de louche à ce qu’on ne m’évite plus ? - Ce n’est pas ça. Enfin pas tout à fait. - Alors quoi ? - Ben... Ned est le meilleur ami de Marc et il ne dirait jamais de mal de Claire. Ils sont tous dans la même bande. - Eh bien peut-être ne dit-il pas de mal de Claire devant elle et Marc, mais je t’assure que... - Non, je ne crois pas, l’interrompit-il. Cette histoire cache forcément quelque chose. Darcy, agacée, se leva d’un bond et élevant le ton, rétorqua : - Oh ! Je vois ! Tu es jaloux ! En fait ça t’arrange qu’on me déteste, ici : tu sais que je n’ai que toi sur qui compter et tu ne voudrais pas que ça change ! Et elle tourna les talons. Cet après-midi-là, elle tomba sur Ned dans les couloirs. - Salut ! lança-t-elle. - Darcy ! Je suis content de te revoir. - Moi aussi. Il regarda autour de lui puis la regardant en face, lui demanda à voix basse : - Tu serais partante pour venir manger un morceau chez moi plus tard ? - Avec plaisir ! - Dis, ça ne te dérange pas si j’ai quelques copains à la maison ? On avait prévu de réviser. - Non, aucunement. J’ai grand besoin de connaître du monde, au contraire. Il lui donna l’adresse puis dit : - Vers dix-sept heures ? Elle hocha la tête, et il partit rejoindre les membres de l’équipe de basket. Oui, c’était sûr : le nuage gris était passé. Quand elle rentra chez elle et fit part de l’invitation de Ned à sa mère, celle-ci parut ravie : - Tu vois ? Je savais bien que ça s’arrangerait. - Oui, acquiesça-t-elle. Mais mes amis de San Francisco me manquent toujours. Personne ne pourra les remplacer. - Je sais, ma chérie. Nous ne resterons pas indéfiniment. Juste le temps... - Que tante Brigitte se trouve un endroit où habiter, compléta-t-elle. Elle soupira. - Quelque chose d’autre te contrarie ? - C’est juste que... La réaction de Dan m’a surprise. Moi qui pensais qu’il était mon ami, il... Je pensais qu’il serait content pour moi, pour Ned et tout le reste, mais... - Que s’est-il passé ? - Il dit que ça n’est pas normal, qu’il y a quelque de louche là-dessous. Je ne sais pas comment réagir avec lui maintenant. Je lui en veux, mais c’est quand même le premier qui m’a mise à l’aise ici. Elle soupira, puis se leva du sofa pour monter se préparer. À quatre heures et demi sa mère la déposait chez Ned. Elle parcourut le chemin de bitume jusqu’à la porte et sonna. A peine eut-elle ôté le doigt de la sonnette, que la porte s’ouvrait déjà, sur Ned qui lui sourit et la fit entrer. Elle scruta la pièce : un séjour aménagé d’un grand canapé et de trois fauteuils rangés en demi-cercle autour d’une table basse. Les volets, nombreux le long du mur, filtraient une lumière abondante. - Installe-toi. Elle s’assit sur le canapé puis dit : - Je croyais que tu devais recevoir des amis. - Ils arriveront d’un instant à l’autre. Tu veux boire quelque chose ? - Volontiers. Il se dirigea vers ce qui devait être la cuisine puis revint avec deux cannettes de Coca. Il lui en tendit une et s’assit près d’elle. Il entame alors une conversation sur le prochain match de basket qui serait décisif pour la saison. Un quart d’heure plus tard, on sonna à la porte. Ned alla ouvrir et Darcy vit entrer deux garçons qui lui étaient totalement inconnus et une fille qu’elle identifia tout de suite : Karen. Au moins, ni Marc, ni Claire n’était en vue. Ils approchèrent, Ned en tête. - Darcy, je te présente, Ryan, Gordon et Karen, fit-il. - On a déjà eu l’occasion de se voir Darcy et moi, dit Karen, en souriant. - Vraiment ? demanda Ned. - Oui, confirma Darcy. Karen m’a proposé de rejoindre les pom-pom girls mais j’ai refusé. - À juste titre d’ailleurs, ajouta Karen. Cette dernière s’installa près de Darcy et les garçons prirent place sur les canapés. - Je vous laisse lier connaissance pendant que je vais chercher la bouffe, dit Ned. chapitre 9 En sortant de chez Ned, Darcy se sentait vraiment bien. Les amis de Ned s’étaient montrés très sympas et Karen s’était montrée très amicale. Sa mère fut ravie de voir qu’elle s’accommodait à sa nouvelle existence. Le jour suivant, quand elle se présenta au lycée, le regard des élèves avait changé. Tout le monde lui souriait et la saluait. Elle marchait sur un petit nuage rose. Quand elle rejoignit Dan dans la salle de cours, il lui sourit comme si rien de leur désaccord d’hier n’était arrivé. Trop reconnaissante pour rester en colère contre lui, elle lui rendit son sourire et s’assit au pupitre d’à côté. - Tu m’as l’air... différente, aujourd’hui. - Cela se voit tant que ça ? Il hocha la tête. - Eh bien... J’ai fait la connaissance de Ryan et Gordon, des copains de Ned. Ils sont très chouettes. Une ombre assombrit le visage de Dan. - Qu’y a-il ? demanda-t-elle. - Rien, rien. Je suis... heureux... que ça s’arrange pour toi. Que ces paroles étaient douces à entendre ! Elle lui fit un grand sourire puis se tourna vers le professeur qui entrait. Au déjeuner, alors qu’elle se dirigeait vers sa table habituelle, rejoindre Dan, Ned l’invita à venir à ta table qu’il partageait avec ses amis. Comme elle hésitait, il insista. Mais elle ne bougea pas, indécise : - Qu’est-ce qui se passe ? lui demanda-t-il alors. - C’est que... Dan m’attend. On déjeune tous les deux d’habitude. - Je suis sûr qu’il ne t’en voudra pas. Vous êtes dans la même classe non ? - En effet. - Alors vous vous voyez toute la journée. - Oui, mais... - Allez.... Viens. Ça ne te coûte rien de déjeuner avec nous pour une fois. Darcy se laissa entraîner par Ned, sentant la culpabilité peser sur ses épaules. Quand la table fut en vue, Darcy distingua clairement, en plus de Karen, Ryan et Gordon, Marc, Claire et Molly. Elle avait bien besoin de ça ! Ned la fit asseoir entre Molly et Karen. Elle retint son souffle. Elle se sentait comme en terrain miné. Le moindre faux pas et boum ! Mais contrairement de ce à quoi elle s’attendait, Claire la salua, un sourire aimable aux lèvres : - Je suis vraiment désolée de la manière dont les choses ont commencé entre nous. J’aimerais vraiment qu’on s’entende. Karen m’a dit que tu étais capitaine des majorettes dans ton ancien lycée ? Et la conversation continua un bon moment sur le sujet, jusqu’à ce que le sport en général prenne la place. Claire et Molly pouvait être très agréables quand on les connaissait. À la fin des cours, Darcy rattrapa Dan à la sortie. - Je m’excuse pour ce midi. J’étais avec... - Tes nouveaux amis ? compléta-t-il, d’une voix neutre. Ne t’inquiète pas pour moi. Je m’y attendais. - Mais Ned ne m’a pas laissé le choix, il... - Laisse tomber, je ne t’en veux pas. - C’est vrai ? - C’est vrai. - Même si je commence à connaître du monde ici, tu es et seras toujours mon meilleur ami dans le Minnesota. - C’est trop d’honneur, répliqua-t-il avec un pauvre sourire. Et il s’en alla. Darcy le trouvait de plus en plus bizarre. Que se passait-il ? Elle avait bien senti son appréhension ce matin-là. Mais il n’avait pas voulu en parler. Etait-ce toujours pour la même raison qu’il lui faisait la tête à sa manière ? chapitre 10 Salut Kat, Après que les choses se sont plutôt arrangés au lycée, j’ai eu la surprise de ma vie aujourd’hui. Tu te souviens de Ned ? Eh bien figure-toi qu’il m’a demandé à sortir. C’est vrai, on est allé boire un café ensemble et il m’a invité chez lui et présenté des amis ; mais je n’aurais jamais pensé qu’il ferait ça ! Il m’a rattrapé alors j’étais sur le chemin pour rentrer chez moi et m’a proposé de me déposer. Durant le trajet, il a entamé la discussion sur l’acharnement de l’équipe aux entraînements, et soudainement, il s’est arrêté et la voiture avec, devant mon portail. Il a pris ma main, m’a regardé droit dans les yeux, et la voix rauque, Il a prononcé les mots : "Darcy, ça te dirait de sortir avec moi ?" Et moi, je suis restée sans voix, incrédule, totalement prise de cours. Il m’a dit que je pouvais encore y réfléchir, qu’il ne voulait pas me forcer la main. Je sais ce que tu penses, Kat : je n’ai donc parlé à personne de ce cher Dylan ? Je dois t’avouer que je n’ai pas tenu à étaler toute ma vie de californienne devant eux et que Dylan fait partie de ce que je n’ai pas pris la peine de préciser- comme un tas de choses vous concernant tous, si tu veux le savoir. Mais ce n’est pas tout ; parce que si je ne l’ai pas dit auparavant, j’aurais pu le lui dire à ce moment-là. Mais non. Pourquoi ? Eh bien parce que primo, j’étais trop surprise pour dire quoi que ce soit, et secundo, parce que j’ai réfléchi. Et tu veux que je te dise : je ne sais pas quoi faire. Comment ça ? Voilà. C’est que si j’accepte, sans vraiment le prendre au sérieux bien sûr, je suis certaine que je serais complètement et définitivement acceptée par tous. Et si je ne le fais pas, je risque de revenir à mon point de départ, en bien pire. Je sais, je sais, sortir avec Ned, ce n’est pas bien. Mais ce ne sera pas du sérieux -enfin pour moi. Qu’est-ce que je dois faire d’après toi ? J’attends ton avis avec impatience, Ta meilleure amie, Darcy. Le week-end réparateur arriva enfin. Depuis son réveil, Darcy n’avait qu’une envie : se rafraîchir avec quelques brasses dans la piscine. Elle sortit son maillot de bain, passa un peignoir et descendit au rez de chaussé. Elle trouva sa mère dans la cuisine, préparant le petit-déjeuner. - Bonjour ma chérie ! Comment ça va aujourd’hui ? - Bien, répondit Darcy avec conviction. Je vais faire un tour dans la piscine. - Excellente idée pour commencer la journée. Tu veux un verre de jus d’orange ? Darcy prit le gobelet qu’elle lui tendait. - Merci. - J’ai une idée : je vais me mettre en maillot et je te rejoins. - D’accord ! Darcy posa son verre vide et poussa la porte arrière qui donnait dans l’arrière-cour. Elle posa son peignoir sur une chaise longue et se précipita dans l’eau. Le contact froid lui fit un bien fou. Elle entama de faire la longueur du bassin à la brasse. Alors qu’elle atteignait l’autre rive, elle entendit sa mère l’appeler. Elle sortit de l’eau, à regret, et demanda ce qu’il y avait. - Dan te demande. Il t’attend dans le salon. Dan ? Ça c’était une surprise ! - Dis-lui donc de venir par ici maman. - Tu es sûre ? - Mais oui, mais oui. Elle remit son peignoir et s’allongea sur une chaise longue. Sa mère rentra et une minute plus tard, Dan apparaissait. Il vint s’asseoir près d’elle. - Tu te détends à ce que je vois. - Comme tu peux le constater. Elle se tourna vers lui et demanda : - Qu’est-ce qui t’amène ? Il leva la tête vers le ciel. - J’ai entendu dire que Ned t’avait demandé à sortir. Darcy sursauta. Ned ne le lui avait pas demandé plus tard que la veille au soir, alors... - Comment es-tu au courant ? - Eh bien... En fait, tout le monde le sait. - Comment ça ? Elle se releva à demi pour scruter le visage de son interlocuteur. - Tout le monde au lycée en parle. La rumeur s’est répandue toute la journée d’hier. - Mais c’est hier soir, en me ramenant chez moi qu’il me l’a demandé. Le lycée ne pouvait alors pas... - Détrompe-toi. C’est même Claire qui a lancé la rumeur à ce que je sais. Là, Darcy vit rouge. - Tu dirais vraiment n’importe quoi pour que j’arrête de fréquenter cette bande ! Elle se leva et se précipita vers la porte de la cuisine. Quelques plongeons ne pouvait plus rien elle maintenant. Dan se leva à sa suite et la retint par le bras : - Je sais que tu refuses de me croire mais... Je t’en prie, méfie-toi de toute cette histoire. - Sors d’ici ! cria-t-elle. Va-t’en ! Je ne veux plus t’entendre ! Elle ôta son bras de son étreinte. Dan s’en alla sans broncher, la tête basse et l’air désolé. chapitre 11 Le lundi suivant, Darcy ne savait toujours pas si elle devait sortir avec Ned ou pas. À la fin de la journée, elle trouva la réponse dans le courrier que lui adressait Kat. Salut Darcy, Je suis vraiment désolée d’avoir à t’apprendre une si affreuse nouvelle, mais il faut bien que quelqu’un le fasse. Alors, comme je suis toute désignée... En quelques mots : Dylan ne t’est pas resté fidèle. Mais le pire reste à venir. Parce que c’est Beth l’heureuse élue. J’ai toujours pensé qu’elle avait un faible pour lui. Il faut tout de même que je te dise qu’au début, ça n’avait rien de dramatique. Je pensais qu’il voulait aider Jack et Beth à se retrouver. En tout cas, c’est ce qu’il m’a dit quand je lui demandais pourquoi il passait tant de temps avec elle. Et puis, il y a deux jours, les soupçons se sont confirmés. Je passais chez Beth pour lui remettre un livre, et j’ai vu la voiture de Dylan devant la maison. Rien de spécial, jusque là. Mais au moment où j’allais sonner, j’ai entendu des rires de l’autre côté de la maison. Alors, j’ai fait le tour et je les ai vus. Tous les deux dans la piscine, en train de s’embrasser. Langoureusement, longuement, amoureusement. Et ce n’est pas tout. Parce qu’ensuite j’ai entendu Beth demander : " Et Darcy ? ". Et Dylan répondre (désolée pour le mal que ça va te faire) : "Darcy ? Mais entre elle et moi c’est fini depuis des lustres ! Notre relation commençait à devenir monotone. Alors que nous deux... " Et les baisers ont repris. C’est vraiment triste tout ça, mais je me devais de te l’apprendre. Je ne sais quoi te dire d’autre à part : je suis vraiment navrée pour tout ça. Ou plutôt si. Tu devrais peut-être sortir avec ce Ned finalement. Mais seulement si t’en a envie. Et je t’en prie, ne t’embarque pas dans une histoire trop sérieuse. D’accord ? Je m’en voudrais si cela tournait mal. Bien sincèrement, Ta meilleure amie, Kat. Darcy resta un instant sans réagir. Elle n’avait pas encore saisit la portée de toutes ces lignes. Et puis soudain, les larmes se mirent à couler d’elle-même le long de ses joues. Secouée de sanglots incontrôlables, elle s’affala sur le canapé de l’entrée. Comment Dylan avait-il pu lui faire une chose pareille ? Et qui plus est avec Beth ! Elle aurait aimé que Kat soit là pour lui remonter le moral. Une demi-heure plus tard, alors que ses pleurs s’estompaient, la colère l’envahit. Dylan n’avait qu’à aller se faire voir ! Maintenant, elle était libre de sortir avec Ned si elle le désirait. Et elle ne se priverait pas de le faire. Elle monta au premier, sortit d’un tiroir de son bureau les précieuses photos qu’elle avait gardées de ses amis de San Francisco. Elle mit de côté toutes celles où apparaissait Dylan avec le projet de les brûler. Des larmes coulèrent le long de ses joues, malgré elle. Elle les chassa la main et se mordit la lèvre pour les empêcher de trembler. Elle avait vécu d’heureux moments avec Dylan. Et maintenant...Elle se réprimanda, et reprenant le dessus, poursuivit sa tâche. Elle regarda le dernier cadeau qu’il lui avait fait. Le magnifique bracelet où était gravé son prénom. Elle allait l’enlever, puis se ravisa. Après tout, c’était un bien beau bracelet, et rien n’indiquait, à part son souvenir, qui le lui avait donné. Elle décida donc de le garder. Elle descendit ensuite à la cuisine, sortit les allumettes et regarda les photos partir en fumée. Alertée par l’odeur de brûlé, sa mère, revenant du jardin, entra en trombe dans la pièce. - Mais que fais-tu Darcy ? - Je détruis tout souvenir de Dylan. - Mais pourquoi donc ? - Rien, si ce n’est qu’il m’a laissé tomber pour Beth, sans même me le dire. - J’ai du mal à te suivre. - J’ai reçu une lettre de Kat aujourd’hui qui me l’a appris. Apparemment, je ne leur manque pas autant que je le croyais. Une ombre passa sur le visage de sa mère. - Je suis vraiment désolée ma chérie, dit-elle en la serrant dans ses bras. Alors la tristesse ressurgit et Darcy se remit à pleurer. - Je...Moi qui croyais... qu’il m’aimait vraiment... - Chuuuuut. Laisse-toi aller. Pleure un bon coup et ça passera. Elle sanglota encore un quart d’heure puis, la sentant s’apaiser, sa mère relâcha son étreinte. - Ça va mieux maintenant ? Darcy hocha la tête. - Merci maman. Elle s’enlacèrent une fois de plus, puis Darcy se rassit et brûla les photos restantes tandis que sa mère repartait au jardin. chapitre 12 Ça y est. C’était décidé : elle sortirait avec Ned. Qu’avait-elle à perdre ? C’était la meilleure chose qui pouvait lui arriver. Ce jour-là elle se mit donc à sa recherche pour enfin lui donner sa réponse. Quand elle le trouva enfin, ce fut pour apprendre une nouvelle des plus inattendues. Salut Kat, Rassure-toi, je ne mourrais sûrement pas de ce qui est arrivé entre Dylan et moi. Par contre, j’ai quelque chose de bien pire à t’annoncer. Dan avait raison. Je sais, comme ça peut paraître sans queue ni tête, mais laisse-moi t’expliquer. Aujourd’hui, j’étais sur le point de faire la plus grosse bêtise de ma vie, à savoir, accepter de sortir avec Ned. Parce que, figure-toi que tout cela, n’était que de la comédie. Tout cela, c’est-à-dire, Ned s’intéressant à moi, Claire et Karen devenues si sympathiques avec moi. Oui, un canular très bien monté ! En fait, c’est en cherchant Ned pour lui donner une réponse, que j’ai tout découvert. Ils étaient tous ensemble dans le couloir, à chuchoter. Je me suis avancée et c’est à ce moment-là que, saisissant quelques brides de la conversation, je me suis arrêtée et les ai espionnés. D’après ce que j’avais compris, la bande avait parié que Ned ne réussirait jamais à me faire m’intéresser à lui. Et ils avaient raison. Jusqu’à ce Dylan me lâche, du moins. Mais maintenant... Maintenant je reviens à la situation première. Non seulement, je ne suis pas intéressée, mais de plus, je les déteste tous et suis plus décidée que jamais à leur faire front. Ils se sont joués de moi ! Ça m’écoeure! Et Dan qui m’avait prévenu... Je m’en veux vraiment de l’avoir rejeté comme je l’ai fait. Il a toujours vu juste et moi, je n’ai pas voulu le croire. Qu’est-ce que je peux faire, pour réparer ça ? Il s’est montré si gentil depuis le début. Comment j’ai pu lui faire ça ! Je ne sais plus où j’en suis. Tout tombe en ruine autour de moi. Enfin, c’est ce dont j’ai l’impression. La seule chose qui me console, c’est de savoir que je te verrais bientôt à l’occasion de mon anniversaire. J’espère que cela me changera les idées. Bon, je crois que je t’ai tout dit. A très bientôt, pour mon anniversaire, Ta meilleure amie, Darcy. Darcy entreprit d’appeler Dan pour lui présenter des excuses. Elle s’apprêtait à le faire, quand le téléphone se mit à sonner. Elle sursauta, puis calmant les battements précipités de son coeur, répondit : - Allô ? - Darcy ? - Oui. Qui est à l’appareil ? - C’est moi, Dan. Elle en resta sans voix pendant un instant. Elle était étonnée mais heureuse qu’il l’appelât. - Je... J’allais justement t’appeler, dit-elle. Qu’y a-t-il ? - Je... voudrais m’excuser... pour tout ce que j’ai dit la dernière fois. Je crois que j’ai exagéré les choses. - Non... Non, pas du tout. Tu avais parfaitement raison. - Ah bon ? - Oui, soupira-t-elle. Marc, Claire et les autres avaient... parié que Ned ne réussirait pas à m’avoir. Le silence à l’autre bout de la ligne la poussa à dire plus. - Je sais, poursuivit-elle. Tu m’avais prévenue et je n’ai pas voulu t’écouter. - C’est normal. Tu voulais tellement te faire accepter dans cette école. Darcy eut alors l’idée du siècle pour se faire pardonner : - Je m’en veux tellement, tu peux pas savoir. Tu accepterais de venir à la piscine-partie que je donne pour mon anniversaire le week-end prochain? Il ne répondit pas. - S’il te plaît. Ça me ferait réellement plaisir que tu sois là. Il n’y aura que mes véritables amis. J’aimerais qu’ils te connaissent. Surtout Kat. - Kat ? - C’est ma meilleure amie. Je suis sûre qu’elle va t’adorer tout autant que moi. Ses paroles la surprirent. Rouge comme elle était, elle était bien heureuse qu’il ne la vît pas. - D’accord, je viendrais. À sa réponse, elle pouvait le voir sourire à l’autre bout du téléphone. - Merci, Dan. Elle allait raccrocher quand elle entendit : - Darcy ? - Oui ? - Moi aussi, je... Je t’aime beaucoup. Et la communication fut coupée. Une joie intense s’empara d’elle. Malgré tous les dommages qui lui étaient arrivés, tout ce qu’elle avait pu subir ces dernières semaines, elle se sentait incongrûment heureuse. chapitre 13 et dernier À son anniversaire, le plus beau cadeau qu’elle reçut fut d’avoir tous ses amis avec elle: Kat, Kelly, Kurt, Craig, Sarah et Jack - puisqu’elle n’avait rien contre lui, contrairement à Beth et Dylan - parmi ses camarades de Californie et Dan, parmi ceux d’ici. Leur présence la remplissait de bonheur. Sa mère avait été fort déçue qu’elle n’en invite pas plus du coin. Mais Darcy avait riposté, en faisant comprendre à sa mère que Dan était son unique ami ici. Finalement, elle reçut aussi certains élèves de sa classe qui ne l’avaient pas spécialement rejetée. Et une autre bonne nouvelle l’emplissait de joie. En effet, deux jours plus tôt, ses parents lui annonçaient que tante Brigitte avait décampé. Pas avec ces mots, bien sûr, mais c’est tout ce qui importait : elle allait enfin pouvoir rentrer en Californie. Mais durant les deux jours suivant, elle avait beaucoup réfléchi: voulait-elle vraiment rentrer ? D’accord tout son petit monde l’attendait, là-bas. Alors qu’ici, elle ne manquerait à personne. À moins peut-être que Dan... Non, il ne fallait pas s’inventer des histoires. Dan et elle avait sympathisé depuis le début, mais c’était tout. Vraiment ? Après tout, il avait toujours été là, pour elle, même quand elle lui en voulait pour ses suppositions qu’elle pensait grotesques. Il avait été son unique ami et l’était encore. Voulait-elle vraiment le quitter ainsi ? La réponse s’imposa à son esprit, claire et nette : non. Non, elle ne voulait pas partir. Elle devait le reconnaître : elle était tombée amoureuse. Et c’était loin d’être comme le sentiment qu’elle avait éprouvé pour Dylan. Ce qu’elle ressentait maintenant était bien plus fort, bien plus profond et elle ferait tout pour que Dan le partage. Elle savait ce qui lui restait à faire. Sa décision était prise et elle ne comptait pas changer d’avis. Elle pourrait continuer à échanger quelques lettres avec Kat, en plus de quelques coups de téléphone - Kat comprendrait. Et puis, elle pourrait la voir à loisir, en période de vacances scolaires. Bien sûr, il lui faudrait s’imposer dans ce lycée, mais... avec Dan à ses côtés, cela ne lui semblait guère un problème insurmontable...

0 commentaire
  • Saisissez ce code de sécurité : captcha Refresh