Veuillez vous asseoir

L'histoire du conte "Veuillez vous asseoir"

JEUNES ÉCRIVAINS

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"Veuillez vous asseoir"

une histoire écrite par

Claudine

octobre 1998

Immobile, adossée contre un mur tapissé des plus belles soieries, j'observais en silence l'entrée des nobles gens qui avait reçu l'invitation de mon richissime maître. D'agréables odeurs émanaient des cuisines, des sourires amusés se lisaient sur les visages à la suite de quelque fine blague et l'ambiance de fête était palpable d'un bout à l'autre de la pièce. Une fois de plus, à mon grand dam, je n'étais que le témoin passif d'une telle réception.
De petits groupes se formaient et divisaient le flot de paroles désordonnées en autant de foyers de conversation. Muette, je suivais distraitement la discussion qui me parvenait avec le plus de clarté. On y échangeait avec légèreté des propos raffinés.
La douce mousseline d'une robe me frôlait quelquefois, lorsque l'une de ces gentes dames, en traversant la salle, passait près de moi en gardant la tête haute. Je me savais petite, mais qu'avais-je fait pour qu'on ne me remarquât point? Je croyais pourtant être encore digne et jolie, quoique vieillotte.
Quelques notes s'élevèrent du majestueux piano blanc et l'air connu d'une valse résonna à travers le grand salon, poussant à la danse les jeunes couples et me confinant davantage à ma mélancolie.
Bientôt, on annonça le somptueux banquet, qui fut sur-le-champ transporté sur de magnifiques plateaux d'argent. De coquettes servantes aux robes empesées offrirent d'abord quelques hors-d'oeuvre, puis prièrent les invités de se servir et, surtout, de ne se priver de rien. Je restais figée dans mon coin, ne ressentant pas la faim.
Pendant que les assiettes se remplissaient, s'approcha de moi un charmant jeune homme, séduisant dans son complet classique. Je fus surprise de constater qu'on ne m'avait point oubliée. Dans ma stupeur, je m'étonnai de voir cet aristocrate lisser les plis de son pantalon avant de prendre place sur moi. Mais qu'aurait-il pu faire d'autre?
Je ne suis qu'une chaise, après tout.

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