Épisode 14
Mathilda
Ça y était... Panorama se dirigeait vers la plage d'un air abattu. Elle
priait intérieurement. Une crevaison dans l'autobus qui les amenait? Non...
Un chauffeur myope qui leur aurait fait prendre l'autoroute vers Bangkok ou
Minsk?
Non plus...
Lorsqu'elle vit toutes les traces de marchettes et de cannes dans le
sable blanc de la plage de Baribu, elle savait que c'était sans espoir.
Elle n'eût pas le temps de se sauver. Déjà, la petite voix de crécelle
l'atteignait:
-Panorama!!! Ma petit fille chérie!!!!
-Bonjour, grand-maman Mathilda! Ici pour battre vos records en boulingrin?
Battre son record? Non... Battre les juges et les autres adversaires,
surtout! Car voilà, la gentille dame à l'air candide qui lui donnait ses 50
livres de sucre à la crème habituelles était un méchant numéro...
Oui: Panorama devait se faire à l'idée, Mathilda était en ville!
Non, c'était une charmante personne: facile à vivre, caractère enjoué,
bonne sportive, amatrice de courtepointe finlandaise sur tissus de lin
importé de Japon... Les seuls problèmes: sa vantardise et son goût de victoire.
Combien de fois avait-on entendu ses exploits de jeunesse? "J'ai
embrassé Paul McCartney, des Beatles..." ou encore "J'ai escaladé une
montagne en Suisse"... A moins que ce soit le classique "Oui, j'ai donné la
main au pape..."
Comment allait-elle, cette fois-ci, se comporter avec les gens de son âge?
Panorama se souvient encore des dernières Olympiques de l'Age d'or, il y a
trois ans. Elle avait lancé sa boule de bowling sur le pied de monsieur
Tremblay, parce que celui-ci avait fait un abbat. Mathilda avait été
discalifiée, et le juge avait alors mangé un coup de quille derrière la tête.
Voilà, les compétitions débutaient...
(Suite dans le prochain épisode)