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JEUNES JOURNALISTES

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sujetHAUT-LES-COEURS
auteurMarie
datedécembre 2000

Épisode 5:
La fugue

- Lin Marquet ?
Personne n'a répondu présent.
- Lin Marquet ? Non ? Bien, je note.

La prof d'histoire a noté sur la feuille d'appel que Lin était absente, elle l'a donnée au surveillant et elle est passée à autre chose. Moi, à peine 5 minutes après le début du cours je m'étais déjà à moitié endormie ! Si seulement j'était assise à côté d'un de mes amis... Mais non, c'était la prof qui avait eu l'idée ingénieuse de nous placer en début d'année. Resultat, j'avais atterri toute seule au fond.

Je m'inquiétais pour Lin. Depuis quelques temps, elle avait mauvaise mine et paraissait distante, perdue dans ses pensées qui n'avaient pas l'air bien gaies pour qu'on la retrouve en larmes dans un recoin de la cour. J'ai essayé d'aborder le sujet avec elle mais elle n'a rien voulu dire.

- Sarah ? Pouvez vous nous donner le résultat de l'exercice à faire pour aujourd'hui ? demanda la prof de sa voix pincée.

Voilà qui me tira de mes pensées. On ne peut pas dire que je suis bien brillante en histoire. Du coup, toutes les réponses que j'ai données étaient fausses. Au beau milieu de mes corrections (lamentables, je précise), je me suis arrêtée net en entendant la porte de la classe s'ouvrir: c'était madame Emeric, la conseillère d'éducation, suivie de M. Ferry, le directeur du collège. Vu leur visage, la situation devait être grave...

- Ecoutez, entama madama Emeric. Lin a disparu de chez elle hier. Elle n'est pas rentrée de l'école.

Il y a eu un blanc dans la classe. Personne n'a rien dit. J'ai juste entendu celui devant moi qui murmurait à son copain :

- Bon débarras... On a perdu la petite naine.

Ces deux là étaient toujours à dire des reflexions très "agréables".

J'aurais aimé me lever et les frapper. Mais devant madame Emeric et monsieur Ferry...

J'ai senti les larmes me monter aux yeux, mais je n'ai rien laissé paraître.

C'est à ce moment que, dans l'entrebaîllement de la porte, j'ai aperçu deux adultes. Un homme et une femme. La femme pleurait et l'homme avait un regard grave. Les parents de Lin.

- Ses parents sont très inquiets, poursuivit M. Ferry. C'est pourquoi nous vous demandons si vous avez quelconque information sur l'endroit où elle pourrait être.

Personne n'a répondu. Moi j'étais deéespérée. Je voyais bien que Lin n'allait pas bien. Et pourtant je n'avais rien fait...

- C'est très important... insista M. Ferry.

Mais rien. La mère de Lin fondit en larmes.

Le soir, après la classe, on s'est attardés dans la cour. Il y avait Marco, le blagueur, mais qui n'avait pas envie de rire aujourd'hui, Jack, toujours prêt à foncer, Elisha, ma meilleure amie qui sait prendre les décisions, Sancho, un espagnol sympathique et toujoujours là et moi, Sarah, celle qui règle les problèmes et les disputes. Il ne manquait que la curieuse et pétillante Lin...

- On ne peut pas rester comme ça ! Lança Jack. Je ne rentrerais pas chez moi sans savoir où est Lin !

- Je te suis, dis-je. Je veux la cherche, mais si ça me prend toute la nuit !

- J'aimerais bien je viens avec vous mais j'ai la famille qui débarque ce soir ! s'excusa Sancho avec un français assez correct pour un espagnol.

- Moi je passe un concours de guitare, ajouta Marco.

- Mon programme attendra, s'exclama Elisha. Mais pas Lin.

Nous étions donc trois à partir. Sans prévenir les parents car ils nous auraient dit que ce n'était pas à nous de nous occuper de cette affaire.

Nous sommes allés chacuns de notre côté. Nous étions tous sur nos vélos, ça c'était une bonne chose. Elisha longeait la plage, Jake vérifiait dans une partie de la ville et moi dans l'autre. Il fallait qu'elle soit là.

Mais au fur et à mesure que je roulais, je commençais à paniquer. Et si il était arrivé quelque chose à Lin ? Les pires idées traversèrent mon esprit. Impossible de les éviter. Ca faisait 1 heure que nous cherchions. J'avais fait déjà 3 fois le tour de la ville, cherché dans les moindres recoins, demandé à tous les passants et crié son nom des centaines de fois. Mais rien. Et cette fois ci, je n'ai rien fait pour retenir mes larmes. Lin était vraiment partie. Elle ne s'était pas contentée de se cacher dans la ville... C'est là que j'y ai pensé... La forêt ! Où pouvait-elle être sinon là ?

Je crois que je n'ai jamais pédalé aussi vite de ma vie. Arrivée à la lisière des bois, j'ai prié pour la retrouver et j'ai suivi un chemin de terre, espérant que c'était le bon. J'ai roulé le plus vite possible et pendant longtemps. La forêt était grande, vraiment grande. A présent j'étais loin de la ville. A pied, ça faisait une belle trotte ! Je perdais espoir. Alors que je m'apprêtais à faire demi-tour, je l'ai vue ! Elle était là, devant moi et elle marchait assez vite.

- Lin ! m'exclamais-je

Elle s'est retournée vivement. Ses yeux étaient rougis tant elle avait pleuré.

- Va-t-en ! cria-t-elle, laisse moi, j'ai pas besoin de toi !!

- Non Lin, désolée, repris je calmement, ça fait deux heures qu'on te cherche partout et maintenant que tu es là, je vais pas te lacher.

- Eh bien suis moi jusqu'à ce que tu craques si tu veux. Personne ne m'empêchera de partir tu m'entends? Personne !

- Mais partir où ? hurlais-je.

Elle n'a rien répondu et à continué à marcher. Alors je suis restée à côté d'elle en poussant mon vélo. Et j'essayais de la raisonner. J'aurais aimé garder mon calme, mais je n'y suis pas parvenue.

- Tu n'as nulle part où aller. Tu as prévu quelque chose ? Tu as de l'argent ? A manger? Un endroit où dormir? Tu veux refaire ta vie à 14 ans? C'est sur que ça va t'aider à démarrer dans la vie. Avec un peu de chance, à 17 ans, tu tiendras à peine debout pour faire la manche... Bonne chance !

Toujours pas de réponse.

- Pourquoi tu es partie ? Et nous alors ?

- Mes parents... Je ne supporte plus qu'ils s'injurient, qu'ils se frappent, qu'ils me renvoient dans ma chambre en hurlant parce qu'ils sont en pleine dispute. Dans leurs yeux, il n'y a plus que de la haine. Même pas un peu d'amour pour moi. Ils ne me regardent plus. Tout ce qui les intéressent, c'est la façon dont ils vont pourrir l'autre demain...

- Parlons-en de tes parents. Ils étaient là en cours ce matin. Personne ne les a vus sauf moi. Ils pleuraient.

- Tu mens. Ils ne ressentent plus rien. Plus d'émotions...

Et elle m'est tombée dans les bras. Alors je l'ai serrée. Elle pleurait toutes les larmes de son corps... Pauvre Lin...

- On rentre maintenant...

Jack, Elisha et moi, nous nous tenions de l'autre côté de la rue où était la maison de Lin. Cette dernière sonna. C'est sa mère qui lui a ouvert. Dès qu'elle l'a ue, elle l'a prise dans se bras, elle a pleuré et elle lui a promis des tas de choses.

On n'avait plus rien à faire tous les trois. Alors on est parti, le sourire aux lèvres.

Prochain épisode : La chute

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20/12/00