|
|
 |
Sur les côtes du Nil
Sur les côtes du Nil
de Claudine et Bryan
juillet 1997-avril 1998

Sapity en fut toute retournée lorsque Tayot, son mari, lui annonça la
nouvelle de la mort de son beau-père. Hemut serait mort?
Elle ne savait pas si elle devait être triste ou plutôt heureuse du
passage vers la vie éternelle de celui-ci... Tayot, lui, osait avouer
franchement son soulagement.
Voilà que son beau-père allait rejoindre Osiris au pays des morts...
Mais probablement pas pour une très longue période. Hemut était si cruel,
si terrible... Il se ferait probablement manger par ce monstre céleste dont
on parlait tant, et les préparatifs pour sa future vie éternelle
s'avéraient donc totalement inutiles, selon elle.
Inutiles... Quoiqu'il lui était agréable d'imaginer les embaumeurs lui
retirer le cerveau et les viscères, à l'aide d'une tige de métal,
probablement. Et ses organes se retrouveraient dans des urnes spéciales,
près du reste du corps... Morbides, oui... Mais il le méritait.
Comment décrire Hemut de son vivant? Il était cruel, oui, vil de
richesses. Il était le favori du pharaon et pouvait donc se permettre des
extravagances. Mais il s'attendait aussi, en réponse à son pouvoir, à ce que
tous ses enfants l'écoutent comme on écouterait un sage. Mais! Ses jugements
étaient souvent plus immoraux et ridicules. Comme sa pauvre femme, Yrena,
qu'il avait forcé à avoir bébé sur bébé. La pauvre avait rendu l'âme sur le
lit, emportant avec elle son septième enfant en un peu plus de cinq ans.
Oui, vraiment. Devait-elle être heureuse ou triste?
Une autre question la triturait... Combien avaient réellement aimé
cet homme?
Des messagers partirent à l'annonce de la mort de Hemut avertir les
cinq autres enfants que leur père était passé dans le pays des ombres...
Mais il ne faisait aucun doute dans la tête de Sapity qu'aucun n'avait
alors de pitié pour Hemut et sa triste destinée, mais que leur tête ne
serait qu'emplie de vils désirs de pouvoirs et de richesse en pensant à
tout ce que Hemut laissait derrière lui...
Zainub, la cadette, la plus hypocrite des enfants d'Hemut, fit croire
au messager que son désarroi était profond. Elle pensait que ses frères et
soeurs feraient tous de même pour tenter de camoufler la haine qu'ils
ressentaient envers leur père. Elle osa cependant une petite allusion à
l'héritage en demandant candidement au messager: "A-t-il laissé un
testament?". Cependant, devant l'ignorance du messager, elle n'insista pas.
Un messager dut parcourir une bonne dizaine de lieues pour aller aux
abords de la Méditerranée, à Alexandrie, rejoindre Yelarus, l'ainée de la
famille, la plus vieille des enfants de Hemut. Celle-ci ne cacha pas
derrière un masque, comme sa soeur Zainub, qui n'avait, elle, pas hésité à
user de ses talents de comédienne. Le messager assura que sa réaction fut
très calme et placide, comme si elle venait d'apprendre la mort d'un être
lointain, inconnu presque. Ce qui n'est pas surprenant, puisqu'elle avait
quitté la maison depuis longtemps et qu'elle avait délibérément évité toute
visite. Cependant, le messager n'avait pas la moindre idée de ce qui se
passait derrière les grands yeux verts mystérieux et sybillins de
Yelarus...
Liverpy, qui venait tout juste d'acquérir sa propre terre, fut
peut-être le seul à être réellement désolé. Son père avait était bon pour
lui, disait-il, car il lui avait permis de donner libre cours à son plus
grand vice: la paresse. Vice qu'il n'avait certes pas hérité d'Hemut, car
l'assiduité au travail de celui-ci était sans doute sa seule vertu.
Maintenant que son père était parti pour toujours, il regrettait amèrement
de ne pas avoir passé plus de temps avec lui dans les champs, pour
apprendre le métier de paysan... Mais un éclair lui traversa le regard et
un sourire apparut sur ses lèvres lorqu'il pensa que, peut-être, les terres
de Hemut seraient bientôt annexées aux siennes. Il suivit, en toute hâte,
le messager en direction de la demeure familiale.
Enisenb fut lui aussi inspiré d'une bien étrange façon de la mort de
son père. Hemut était bien un ami du pharaon? Peut-être serait-il disposé à
recevoir le pauvre fils d'un ami en entrevue... Enisenb n'était qu'un
pauvre scribe, et son père avait toujours refusé de glisser quelques mots
au dirigeant des terres égyptiennes dans le but d'améliorer sa situation.
Mais peut-être à ce moment tout cela changerait... Lui aussi partit donc en
trombe vers Gizeh.
Teti, le quatrième des enfants de Hemut, n'était pas chez lui. Il
était parti vers les greniers à blé du Caire. Le messager n'avait reçu
aucune autre consigne que de faire savoir la nouvelle et ce, à tout prix.
Il partit donc à la recherche de Teti, sachant très bien que celui-ci
risquait de manquer les funérailles de son père. La femme de Teti, Hameri,
eut donc la responsabilité de préparer leur voyage alors que le messager
partait en direction du Caire. Mais alors!... Le pauvre messager
s'attendait à ce que Teti montre un peu plus d'enthousiasme à l'idée
d'aller se recueillir sur la dépouille de son père. Mais on aurait dit que
le fils de Hemut aurait plutôt aimé rester dans les champs que de partir
pour Gizeh. Car il s'attendait à ce que... À ce que quoi, au juste? Le
messager laissa la famille sur sa faim. "Il n'a déclaré que: «Bien sûr, "IL"
fera son apparition!»"
Qui était ce IL?
http://www.momes.net/
Page en construction permanente, dernier remaniement le
15/04/98 |
 |
|
|
|
|
|