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JEUNES ÉCRIVAINS
la page dont vous êtes les auteurs
1942 
une histoire écrite par
Bryan
août 1997
Alexeï se réveilla en sursaut. Il se leva brusquement, fixant l'horizon
lointain. Mais de son arbre, rien n'apparaissait devant ses yeux. Qu'était
alors ce bruit qu'il avait entendu? Le vent? Ou encore ce bruit monotone de
roulement de tank?
À ses côtés, Evgueni avait aussi tressailli. Dans la tête de ces deux
Biélorusses, il n'y avait plus de doute. D'un simple regard, Evgueni
comprit qu'il devait aller avertir le chef de leur bande de résistants,
Vitaly.
Mais en dévalant l'arbre, Evgueni ne put s'empêcher d'avoir un pincement au
coeur. D'accord, ils auraient peut-être encore à attaquer. Après tout,
c'était l'objectif de tous les résistants de Biélorussie en ce printemps de
1942: empêcher les Allemands d'avancer, les retarder et leur causer du
tort. Des rumeurs voulaient qu'ils soient déjà aux portes de Moscou... Mais
l'URSS avait confiance en son chef Staline.
Mais... Que se passerait-il, cette fois? Depuis quelque temps, tout allait
mal. Leurs cachettes les plus secrètes étaient facilement découvertes, les
Allemands s'attendaient à leurs attaques... Comme si chacun des coups des
Biélorusses était connu et prévu par l'ennemi. Que se passerait-il, donc,
cette fois? Evgueni avait vu Yakub se faire prendre, entre autres. Une
balle dans la tête, et tout était fini. Il y avait eu aussi Olga, Piotr,
Dmitry, Ivan... La liste s'allongeait toujours.
Evgueni arriva donc au "camp", beau mot pour désigner ce qui n'était en
fait qu'un lit de branches couché en dessous de quelques autres gros
arbres, donnant un abri simple mais sécuritaire. Autour d'un maigre ragoût
peu nourissant se trouvait le reste de la bande: Vitaly, Elena, Inna, Oleg
et Andreï. Plus que sept.
Tous étaient issus du même village, au sud-ouest de Bobruysk. Il fut l'un
des premiers à tomber sous le joug allemand. Alors que la dévastatrice
vague hitlérienne se déversait sur leur village, une trentaine de personnes
avait réussi à se sauver. Quelques-uns moururent, bien sûr, mais depuis
quelque temps... maintenant, l'attaque pressait plus.
- Vitaly! Encore des chars!
Le message était clair. D'un coup, le chef se leva, son regard semblait
dire: "allons-y".
Rapidement, ils ramassèrent leurs pauvres et maigres munitions. Il faudrait
frapper peu mais fort, pensa Evgueni. Il n'en vit pas plus, car déjà il
était reparti avertir Alexeï de leur attaque.
* * *
Le soir tombait, maintenant. Evgueni était placé avec Elena en haut d'un
arbre et ils fixaient le village. Alexeï, Vitaly et les autres devaient être
aussi à quelque endroit statégique. Et le bruit monotone, mais persistant
et menaçant des chars se faisait entendre.
Finalement, se joignit à l'image le bruit. Une colonne de poussière,
puis les chars d'une affreuse couleur verdâtre apparurent.
Immédiatement, Evgueni et Elena se placèrent en position d'attaque, mais
toujours sous le sécurisant feuillage. Les chars s'arrêtèrent, des
Allemands en sortirent. Les deux Biélorusses restaient immobiles. Ils
attendaient le premier coup de feu de Vitaly pour jouer leur rôle.
Ce coup de feu ne vint jamais... Déchirant l'air, alors, ils
entendirent deux autres coups de feu; ce n'étaient pas ceux de leurs
amis. Elena vit un lancinant Andreï sortir d'un bosquet. Puis un autre coup
de feu, et Andreï s'effondra face contre terre.
- Avec qui était-il?
- Alexeï, répondit Elena.
Et deux de moins, pensa Evgueni.
- Écoute, dit alors la voix mal assurée de la jeune fille. Je ne crois pas
qu'on soit en sécurité ici... S'ils ont trouvé les autres, ils nous
trouveront aussi. Partons!
Evgueni était tiraillé entre l'envie de rester où Vitaly lui avait dit et
celle de suivre le jugement d'Elena. Déjà, celle-ci descendait de l'arbre. Ses
yeux semblaient dire: Enfin, fais ce que tu veux. Evgueni la suivit.
Ils n'étaient pas encore arrivés en bas qu'Elena se jeta derrière un petit
arbre. Sans en saisir la raison, Evgueni la suivit. À ce moment là, il vit deux
Allemands arriver et escalader l'arbre où ils se trouvaient tout juste
quelques secondes plus tôt. S'étant rendu compte de leur disparition, l'un
d'eux se mit à jurer. Puis, jetant furtivement des coups d'oeil aux
alentours, ils descendirent de l'arbre. Evgueni tira deux coups de feu, et
les deux s'effondrèrent.
Comment avaient-ils pu savoir qu'ils seraient là? pensa Evgueni alors
qu'Elena ramassait les armes des deux défunts. Malheureusement, la seule
solution qui lui vint à l'esprit... un espion.
Mais qui? Pas lui, pas Elena, qu'il n'avait pas quitté. Vitaly, leur propre
chef? Inna? Oleg? Quel homme, quelle femme pouvait ainsi trahir ses amis et
son pays? Il n'en savait rien. Tout était flou... Un coup de feu, deux. Il
ne pouvait s'empêcher de se demander qui maintenant venait de rendre l'âme.
- Le danger est passé, je crois, remarqua Elena. Remontons...
Evgueni la suivit. La scène qu'ils virent de leur arbre était terrifiante.
Dans le centre du village, qui ne comptait que deux ou trois cents
habitants, tout le monde avait été rassemblé et les Allemands les forçaient
à entrer dans la vieille église.
Ils barrèrent la porte.
Que faisaient-ils? Que se passait-il?
Quatre coups de feu s'étaient fait entendre. Il ne restait donc qu'une
personne de leur groupe avec eux. L'espion... Ils le virent, oui. Qui
allait vers les Allemands, leur parlait. Pleurait, aussi. Mais Evgueni
était sans pitié. Il avait tué les siens!
Oleg.
Le traître.
Il parlait, s'agitait. Alors, de loin, ils virent les Allemands allumer
des torches, mettre le feu au village. Puis l'église... et ils entendirent
Oleg.
- Mais vous aviez dit que vous alliez me laisser partir! avec Tatiana!!!
Un autre coup de feu; Oleg n'est plus. Les cris, l'église en flammes.
Tout se mêlait devant leurs yeux humides et incrédules. Les Allemands
brûlaient le village!
Et eux n'y pouvaient rien... c'était fini, maintenant.
619 localités biélorusses furent totalement détruites par les Allemands
durant la Deuxième Guerre mondiale.
©1996 -
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