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JEUNES ÉCRIVAINS
la page dont vous êtes les auteurs
L'appel de l'eau
une histoire écrite par
Claudine
avril 1998
Le lac étendait son bleu marine dans l'épaisse noirceur de cette nuit
sans lune. De petites vagues en troublaient la candeur. On aurait dit que
l'eau avait la chair de poule. Près de la rive se trouvait la paisible
route au bord de laquelle je m'étais arrêtée. Appuyée sur le garde-fou, je
n'avais d'yeux que pour la lumineuse tâche orange qui contrastait
agréablement avec la teinte sombre du lac. Le lampadaire qui la produisait
agissait comme un projecteur. J'aurais voulu marcher sur l'eau et
apparaître dans ce cercle clair sous les applaudissements d'une foule
ébahie.
Bientôt, j'aperçus une petite barque amarrée non loin de là à un arbre
qui étendait ses racines dans le fond sablonneux du lac. J'enjambai
vivement le garde-fou, mais j'hésitai longuement avant de détacher
l'embarcation.
Enfin, je déliai la corde, poussai la petite coque de bois et m'y
installai. On lisait mon inexpérience dans les premiers coups de rames. Je
pris bien vite de l'assurance, attirée que j'étais par la lueur orangée.
Lorsque j'entrai dans la zone chatoyante, j'eus l'impression d'être
l'initiée d'une secte maléfique. Cette lumière que j'avais crue
réconfortante me donnait maintenant froid dans le dos. Je me mis
inconsciemment à écouter le clapotis des vaguelettes. Il me sembla entendre
un hymne, une prière, de longues litanies. Je vis une algue flottant à la
surface. Je me penchai pour approcher mon visage de ce monde mystérieux. La
célébration sous-marine s'amplifia; les chants devinrent plus insistants.
Une inspiration subite me poussa à me dévêtir. Je me levai et jetai un
rapide coup d'oeil vers la route. D'un geste théâtral, je fis passer ma
robe légère par-dessus ma tête et l'envoyai valser dans les airs. Le tissu
froissé échoua sur les planches usées. Je dénouai mes cheveux et laissai le
vent emmêler cette cascade de boucles blondes. Debout dans la barque, mon
corps blanc avait la grâce irréelle d'une fée veillant sur les rêves d'un
enfant.
Je sentis sous mes pieds que le frêle bateau tanguait. Je n'eus pas le
loisir de réagir: déjà il se renversait. En tombant, je perçai la surface
de l'eau. S'offrit alors à mon regard stupéfait la plus étrange des
cérémonies: une réunion de créatures aquatiques que présidait un
grassouillet poisson doré.
Je n'eus pas le temps d'observer leurs rites. L'algue que j'avais
aperçue entoura mon cou gracile, m'étranglant. J'étais la victime offerte
en sacrifice au
Maître des eaux.
©1996 -
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