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JEUNES ÉCRIVAINS
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La bête de Goepsôpgiag
Une histoire écrite par
Bryan
juillet 1997
Bien avant l'arrivée de l'homme en Amérique, sur le bord d'un grand
fleuve, il y avait un petit village micmac juché sur une colline... C'est
là qu'habitait Celui-qui-ne-fait-rien, un homme qui jamais ne pêchait, ni
ne chassait, se contentant de penser toute la journée en regardant la mer.
Tous le traitaient de lâche.
La vie au village était paisible, s'écoulant au même rythme que le
fleuve. Cependant, une nuit, peu de temps après que la plaine ait verdi,
tous furent réveillés par un cri d'une puissance jamais égalée. Les
villageois sortirent de leur tente, mais ils n'eurent le temps que de voir
une bête gigantesque s'éloigner très rapidement. Alors, le chef s'écria:
- "Yeux-d'Or! Il a enlevé ma fille!"
Il demanda aux plus braves de partir à sa recherche, promettant, à
celui qui la sauverait, la main de la pauvre fille.
Celui-qui-ne-fait-rien
pensa partir, car il trouvait Yeux-d'or particulièrement
belle, mais il savait qu'il ne pourrait jamais la marier, surtout à cause
de Le-meilleur-de-tous, le plus brave et le plus fort guerrier du village.
Alors, à la surprise générale, la doyenne du village,
Celle-qui-a-vu-naître-le-monde, se leva... Elle était probablement la seule
amie de Celui-qui-ne-fait-rien. Les gens la trouvait stupide de sympathiser
ainsi avec un tel lâche, mais, puisqu'elle était si vieille et si sage, on
la respectait. Cependant, personne ne pu s'empêcher de pouffer de rire
lorsqu'elle demanda au chef d'envoyer Celui-qui-ne-fait-rien avec
l'expédition.
- "Il faudra bien qu'il fasse quelque chose un jour!",
expliqua-t-elle entre les rires. Sa requête fut acceptée...
- "Mais pourquoi?" demanda le lâche.
- "Écoute, lui dit-elle. Je sais que
tu peux sauver Yeux-d'Or... Souviens-toi seulement que le monstre a peur de
la chaleur qui danse..."
Et elle partit, le laissant sans plus
d'explications.
Quand le soleil apparut, le groupe partit à la poursuite de la bête,
qui avait laissée derrière elle une large piste d'arbres déracinés et
d'énormes traces de pas. Celui-qui-ne-fait-rien supportait assez bien le
voyage, malgré les blagues des autres Micmacs.
Après quatre jours de
marche, ils atteignirent la rivière Matapédiac, qu'ils suivirent jusqu'à
une pointe rocheuse où se fusionnaient deux rivières dans des eaux
cristallines. En regardant en face d'eux, ils virent que ce qu'ils
prenaient pour une bosse sur la colline était la bête...
Un guerrier s'approcha d'elle courageusement et lui tira une flèche.
Le monstre le frappa d'un coup de patte et ses compères le virent,
impuissants et horrifiés, s'écraser mortellement au bord de la rivière.
Alors, Celui-qui-ne-fait-rien pensa au conseil de sa vieille amie. Quelle
idiotie! La chaleur dansante! Qu'est-ce que cela voulait bien dire?
Il dit cette phrase aux autres. Le-meilleur-de-tous le regarda avec
vantardise.
- "Tu es fou de te fier aux divagations d'une si vieille femme!
Regarde et apprends, stupide!"
Il se lança sur le monstre armé de ses
flèches. Mais elle le vit et cracha une boule de feu en sa direction.
L'Amérindien prit peur, tomba et se fracassa la tête contre un rocher...
Les autres pensait alors fuir, tant ils étaient effrayés.
A côté de Celui-qui-ne-fait-rien, la boule de feu avait terminé sa
chute sur un arbre. Alors, le lâche compris! Le feu, bien sûr! La chaleur
dansante!
Réagissant très rapidement, il prit une flèche, l'enflamma et la
lança sur le monstre. Son poil prit feu, la bête poussa des gémissements
horribles alors qu'elle fondait en or... Elle tomba dans la rivière, et le
lit se couvrit de petites pierres brillantes. Ça y est, elle était morte.
Le groupe retrouva Yeux-d'Or un peu plus loin en aval et ils reprirent
la longue route qui les ramèneraient au village.
Celui-qui-ne-fait-rien, de
retour au village, se fit nommer Celui-qui-pense et il épousa la fille du
chef. Le-meilleur-de-tous, quant à lui, apprit qu'il fallait toujours
écouter les autres, même ceux qu'on croit stupides, car eux aussi peuvent
être bons...
Celui-qui-pense n'oublia jamais Goepsôpgiag, "là où il y a une pointe
rocheuse et des cailloux brillants au fond"...
Seul le nom, bien que déformé, resta et au XIXe siècle, quand
Jonathan Noble fondait le village de "Causapscal", la leçon de
Le-meilleur-de-tous avait sombrée dans l'oubli... et n'aurait peut-être pas
dû...
©1996 -
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