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JEUNES ÉCRIVAINS
la page dont vous êtes les auteurs
THÈSE SUR LE BINGO
une histoire écrite par
Claudine et Bryan
juillet 1997
Une centaine de tampons colorés sont levés, attendant avec impatience
que M. Dionne, malheureusement trop presbyte et aveugle pour ce travail,
s'écrie d'une voix forte quelque chose dans le genre: "B2, je répète,
B2..." pour ensuite tamponner avec frénésie les petites cartes quadrillées
devant eux. Bienvenue à la salle paroissiale de Ste-Marie-Clothilde de la
Vérendrye! C'est ici que moi, l'ÉMMINENTE SPÉCIALISTE psychologue
Marie-Andrée Lacasse, je m'apprête à faire une analyse de ce phénomène
social si marqué, si influent pour ma nouvelle thèse... J'ai nommé: le
bingo.
Je remarque alors que la plupart des personnes assises aux tables ont
depuis belle lurette atteint l'âge de la retraite. À croire que le club de
l'âge d'or au complet s'est donné rendez-vous dans cette salle. De voir
cette colonie ici attroupée, traînant avec eux leur appareil auditif ou
leur canne, cela me fait pitié. Mais pourquoi se traînent-ils ici quand
même, malgré leur condition pénible? Pour l'insouciance du moment, le
bonheur de se voir réunis avec des amis ou encore l'espérance de remporter
quelque chose?... Non: pour le plaisir de se chicaner avec leur voisine de
table, on dirait! Comme cette dame, qui semblait pourtant noble, qu'on a
jettée dehors parce qu'elle a tamponné le visage de sa voisine de quelques
coups de marqueur... Parkinson, ou vieux différend?
Mais alors, le miracle! Ils peuvent paraître frêles et fragiles, mais!
À croire que les bancs sont branchés sur la prise de courant, électrisant
du même coup cette bande de joyeux lurons (retroussant aussi la perruque de
Mme Labbé... mais là n'est pas la question!).
Je ne comprends toujours pas, terrée secrètement dans le fond de la
salle, mon calepin à la main, ce qui rend le bingo si populaire... Derrière
mes lunettes, je scrute tous les visages, mais je ne comprends vraiment
pas...
Le moment culminant de la soirée est, bien sûr, cet instant où une
grébiche octagénaire maigrichonne située au bout de la table lâche un cri
qui en fait trembler les tables, qui fait tomber le dentier de quelques
messieurs et qui provoque chez quelques uns presque une crise cardiaque
(autrement dit 7 ou 8 sur l'échelle de Richter): BINGO!
Je lâche un cri d'effroi... Tous se retournent et me dévisagent. Ciel!
Je suis découverte! Gênée, mais surtout démasquée, je quitte la salle sans
avoir pu découvrir le secret du bingo...
En tout cas... Demain, je découvre celui du Monopoly!
©1996 -
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